27 décembre 2010

Catherine Wheel : Black Metallic (vidéo)

On pourrait y reconnaître quelques influences de Shining de Kubrick ou du Twin Peaks de David Lynch. Toujours que ce clip, assez sombre et glauque, manipule les images et les impressions pour bousculer l'esprit. Le groupe apparait tout aussi porté sur l'esthétique que sur la violence et l'onirisme dérangé : inquiétant comme fascinant...

Spirea X : Chlorine Dream (vidéo)

Mais qu'est-ce que fabriquait Spirea X dans les années 90 ? Avec leur psychédélisme à la cool, leurs tambourins, leur riff à la Byrds, leur cithare, leurs voix célestes aux harmonies extraordinnaires, c'est au milieu des hippies qu'ils auraient du vivre ! Woodstock revisité, lunettes à la John Lennon sur le visage, fleurs dans les cheveux, et c'est parti !

The Nightblooms : Crystal Eyes (vidéo)

Le single, de 1990, qui a permi au groupe néerlandais d'être enfin reconnu à sa juste valeur : violent, rêche, agressif, c'est une antinomie par rapport à l'extrême candeur de la chanteuse !
Une mauvaise qualité sonore et visuelle, certes, mais clip d'époque s'il-vous-plait, une archive du rock indépendant !

Moose : I wanted to see you to see if I wanted you (vidéo)

En 1993, Moose a changé de registre, ce qui lui vaudra d'une part de perdre toute l'estime de son label, désabusé de constater que le groupe sacrifie tout espoir de réussite maintream, et d'autre part de gagner l'estime des fans amoureux d'une pop un peu spéciale, romantico-fofolle, ébahis de constater que le groupe sacrifie tout espoir de réussite mainstream.

Revolver : Cradle Snatch (vidéo)

Un clip assez glauque et assez mortifère pour un groupe shoegaze, au demeurant pas forcément le plus connu. Revolver, dont les précédents singles avaient justifié qu'on porte en eux tous les espoirs de conquète, s'oriente alors vers l'étrange et la contemplation, achevant définitivement de les enterrer.

Slowdive : Ballad of Sister Sue (vidéo)

La léthargie, la contemplation, l'amour de la lenteur : une compilation d'état extatique dans toute sa splendeur, abaissant pavillon devant le monde, fuyant les rythmes effrénés de la vie quotidienne, faisant de la passivité un mot d'ordre.

Lush : De Luxe (vidéo)

On pourrait rester des heures, hypnotisé par la grâce de ces filles, ces voies ingénues et cette fantasmagorie boursoufflée.

Blind Mr Jones : Spooky Vibes (vidéo)

Ils étaient jeunes, probablement ne se rendaient-ils compte de rien, avec cette flûte et cette saturation impossible, mais ils venaient de signer une chanson incroyable.

22 décembre 2010

Fiche artiste de Lovesliescrushing















Lovesliescrushing

Couple dans la vie comme en musique, Scott Chavez et Melissa Arpin ont pourtant proposé la définition la plus insondable de l’amour et de la fusion artistique. A l’image des titres des chansons, albums ou même nom du groupe, qui bannissent les espaces entre les mots, la musique du groupe américain détruit toute forme de barrière, finissant par conjuguer des chansons dans un même marasme noisy et éthéré.
Composé de Scott et Melissa mais aussi d’une pédale steel, véritable troisième membre, Lovesliescrushing se forme à l’hiver 91 dans le Michigan. Avec pour seuls artifices une guitare, des reverb, et un delay de 0,8 secondes, ils façonnent de nouvelles structures au format rock habituel, le tout sur une 4-pistes.
Le duo déménage à Tuscon et enregistre là-bas à l’été 92 une démo de Bloweyelashwish, collage de plusieurs bricoles désunies, ce qui leur permet de signer sur Projekt Records. Cette démo fut alors, à titre expérimental, remixée et enregistrée à nouveau. Un CD suivit bientôt, sous la pression des fans, déjà adorateur de ce style unique. C’est que Lovesliescrushing est le groupe culte par excellence, adepte d’une musique peu commode, mais adulé par tous. Dans le même temps, le duo fait un ou deux show, ouvrant le groupe Low, notamment, même s’il est difficile pour eux d’exprimer l’étendu de leur déferlante de bruits sur scène.
Après avoir assuré la promo de l’album, le groupe quitte Tuscon en 95, non sans avoir auparavant sauvegardé leurs nouvelles chansons sur un ordinateur portable. Au retour dans le Michigan, Scott et Melissa se séparent.
Quelques temps après Scott se lie d’amitié avec Andrew Prinz (qui deviendra son collocataire) et sa petite amie Allysa Brown. Avec eux, Lovesliescrushing prendra plus de consistance sur scène et de nombreux concerts auront lieu à Pittsburg ou New-York, encadrant la sortie d’un deuxième album. Dans le même temps, Scott se consacre à son autre projet : Astrobrite.
Puis en 97, après un passage à Chicago, Scott atterrit dans l’Ohio, où il traversera un profond passage à vide, déprimant seul chez lui et vivant des rentes de Lovesliescrushing, sombrant même dans l’alcool et rompant l’ennui de temps à autre par des aventures. Touchant le fond, Scott retourne à Chicago pour démarrer une nouvelle vie.
De nombreuses collaborations voient alors le jour, ainsi que de nouveaux albums de Lovesliescrushing, dont un entièrement a capella, en 2005.
Comme quoi la musique peut être vu comme une rédomption.

Discographie :


Lovesliescrushing : Xuvetyn


Xuvetyn de Lovesliescrushing

Sortie : 1996
Produit par Scott Cortez
Label : Projekt

Lovesliescrushing possède la manie de ne pas vouloir se faire comprendre. C'est assez déstabilisant comme approche - on peut difficilement faire plus abscon comme musique - mais tout aussi fascinant quelque part.
Des paroles incompréhensibles, psamoldiées dans un râle suave et mixées très, mais alors très très, en retrait jusqu'à l'absence complète de support rythmique, voire même mélodique, le style éthéré du duo américain ressemble à une sorte de léthargie. Entrecoupées d'interludes très courts, où ne subsistent que des grondements électriques, des brides de distorsions étouffées ou quelques brouillages sorties des mondes féeriques, les chansons de l'album ne reposent sur rien, sur strictement rien. C'est suffisament déroutant pour le signaler.
En terme de lignes d'harmonie, on a le droit à des samples tremblotant, vaporeux, uniformes et constant, imposant un nuage frémissant. On ne peut même plus parler d'ambient puisque tout s'évanouit sous les bruits sourds de soucoupes volantes qui décollent, d'échos synthétiques provenant de très très loin, ou de mousses de savon à la texture si légère qu'on la traverse sans peine. De là, de ces nappes mélangées entre drones grondant et échos de brouillard magique, de ce décharnement extrême, émerge une sensation de flottement iréel. Comme si on écoutait la bande-son d'un rêve fantastique.
Une drôle de texture se forme, un mélange de fluide et de tressautement, qui patauge, s'imisce et disparait très vite, à la densité proche du zéro absolu, entre les chants indistinct mais léger comme tout, angélique et fondant, et les notes de distorsions d'une fluidité extrême, maintenues dans un registre constant, tissant des ambiances cotonneuses.
Impossible de trouver des repères, un semblant d'éléments solides sur lesquels s'appuyer, un contour bien défini avec des variations, des hauts et des bas : ici, tout est constant, tout est morne, tout s'évapore et rampe et se faufile comme du gaz. A tel point d'ailleurs qu'on cède : la musique de Lovesliescrushing est à ce point floue qu'on en devient passif. C'est alors la musique qui nous envahit et qui prend forme autour de nous. Pas de contour, ni d'allure, mais par contre une consistance : molle, vaporeuse, gazeuse. On la sent, ça frétille, ça coule, ça s'étend, on peut y plonger les bras et traverser de part en part, ça chatouille en passant.
Bien sûr incompréhensible et totalement réfractaire à toute forme d'analyse ou de décryptage, cet album référence du genre n'en demeure pas moins incroyablement dépaysant, avec cette recherche systématique de faire se mouvoir l'informe.

30 novembre 2010

Fiche artiste de State of Grace


State of Grace

Bien que considéré comme culte dans le monde underground des boites de nuit dans les années 90, State of Grace n’a jamais réussi à recueillir le succès qu’il méritait.
La faute à des albums de plus en plus lisses, trop pop, trop artificiels, trop lumineux, malgré la voix suave de Sarah Simmonds. Le groupe tente un mélange entre la Brit-Pop et la dance sur ces albums, le non moins réussi « Jamboreebop » et à un degré moindre, « Everyone Else’s Universe ».
Loin donc de l’esprit des tout premiers singles du groupe, ceux sortis sur le label culte Cheree Records. Au début des années 90, peu après leur formation à Londres, State of Grace (Sarah Simmonds, Anthony Wheeldon, Tim Madesson et Paul Arnall, signe des chansons extraordinaires, envoûtantes, vaporeuses, évanescentes, alliance entre guitares brouillées, boite à rythme et ambiance psychédélique. Ces singles, dont le mirifique « Camden » en 1992, en hommage à ce quartier de Londres, qui à l’époque était le centre névralgique du rock indépendant et du monde de la nuit, seront regroupés plus tard en un album, « Pacific Motion ». Un recueil superbe, indépassable, dont on ne peut s’empêcher d’éprouver une tendresse toute particulière.
Une affection infinie et inexplicable pour ce groupe et ses tout premiers titres, « Love, Pain and Passion » ou « Miss You » par exemple, aux zébras de guitares de Paul Arnall et aux claviers nébuleux, dont on ignore encore pourquoi ils nous accrochent autant. Sans doute est-ce du à la voix pernicieusement douce et charmeuse de Sarah Simmonds… Mais ce qui renforce encore davantage cette impression d’attachement, c’est de réaliser qu’on est bien seul à aimer ce groupe, que ces chansons, personne ne les connaît, mais qu’en les écoutant, dans le noir, avant de s’endormir, suffit à les faire vivre, à les rendre réelles. Dans ce cas, on se trouve face à un trésor : une source inépuisable qu’on cacherait jalousement et qu’on défendrait contre toute la raison du monde.

Discographie :

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Pacific Motion

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Jamboreebop

Fiche artiste de Whipping Boy


Whipping Boy

Squattant les bars mal famés de la banlieue Nord de Londres, le quartier de Camden, qui ne vit que la nuit, les garçons originaires de Dublin font brûler la poudre à base de concerts endiablées comme enfumées. S’associant à la scène shoegaze comme au rock psychédélique de Loop ou Spacemen 3, Whipping Boy se fit surtout connaître pour ses frasques.Drogues, musique noisy et auto-mutilation sur scène etc… : Fearghal McKee, le leader du groupe, n’hésitera pas à se couper les bras avec des tessons de bouteilles. Ce qui n’empêchera pourtant pas de sortir deux EPs, vite cultes, sur le label Cheree Records (The Telescopes, The Bardots, State of Grace), « Whipping Boy » puis « I think I miss you ».Par la suite, Whipping Boy continuera sa revisite du rock saturé avec son premier album « Submarine », paru sur Liquid en 1992. Et participera à la lancée du mouvement Camdem Lurch à partir de leurs bases, divers bars à Camden. En 1995, une signature avec la major Columbia aboutira à un deuxième album, « Heartworm », qui sera acclamé par la critique, accompagné de trois singles, mais trois ans plus tard le label les lâchera. Le groupe se sépare alors. Le dernier album éponyme sera alors enregistré sur leur propre label, dans l’indifférence générale.
Whipping Boy, c’était donc Paul Page (guitare), Myles McDonnel (basse), Colm Hasset (batterie) et surtout Fearghal McKee (chant), ce meneur torturé, à l’esprit frappé, haineux et doué.

Discographie :

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I think I miss you EP

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Submarine

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Heartworm

Whipping Boy : I think I miss you EP


I think I miss you de Whipping Boy

Sortie : 1990
Produit par Whipping Boy
Label : Cheree Records

A ses débuts, Ferghal McKee abordait sa musique comme s’il était en colère contre tout le monde. Une telle rage déborde de cet EP !
Un énorme riff saturé à fond, répété à satiété, avec une ligne de chant pleine de morgue et d’affront, la bave aux lèvres et les yeux injectés de drogues en tout genre, des distorsions à n’en plus finir pour un régal de morceau déjanté et martelant, tambourin de sortie. Avec « Daze », une révision des Telescopes ou Loop (ce qui n'est pas étonnant puisque ces groupes ont aussi signé sur Cheree Records), ça gueule, ça joue les narquois et les effrontés.
Le psychédélisme est pourtant bien de mise, comme en témoigne cette intro à la My Bloody Valentine, flottante et fuyante, sur le superbe « Highwayman », d’autant que derrière les roulements de batterie à la cadence militaire, se cache une nonchalance extrême, notamment dans le chant, parlé et désabusé, qui rappelle les sombres heures des Television Personnalities ou The Blue Aeroplanes. Les textes au vitriol, concentré de haine masochiste et de tortures intérieures, sont scandés sous un mur de distorsions.
« She makes me ill » est plus reposé, plus lent, plus vaporeux et sans conteste plus fumeux aussi, évoquant Spacemen 3 ou ce que fera plus tard Spirtualized.
Mais le summum du malaise est atteint avec le titre éponyme, « I think I miss you », puisqu’il ne s’agit que d’une décharge robotique, noisy au possible, presque noise (on pense à Bailter Space bien sûr mais aussi au mouvement Camden Lursh, cette scène si culte et si méconnue, dont faisait partie Whipping Boy au départ, au même titre que The God Machine, Sun Carriage, The Loveblobs ou encore Therapy ?), qui n’en finit par de s’intensifier. Il ne faut pas chercher le calme ici, au contraire, c’est particulièrement agressif. Les guitares sont crades, aiguisées comme des lames de rasoir, Ferghal McKee éructe et prêche comme un dératé sous LSD, avant que tout ceci ne s’envole en un tourbillon infernal, saturations, superpositions de guitares, coups portés destinés à faire mal, voix de plus en plus gueulardes, jusqu’à s’arracher les poumons en un final qui laisse pantois d’effroi.

24 novembre 2010

Whipping Boy : Submarine


Submarine de Whipping Boy

Sortie : 1992
Produit par Whipping Boy
Label : Liquid Records

La claque ! Un riff coup de matraque ! Puis ça s’ouvre, ça s’éclaire, ça fait rentrer de la lumière pour une mélodie doucereuse noyée de saturations. « Safari », le premier morceau de cet album, marque le tempo pour la suite : il y aura beaucoup de bruits.
Une certaine forme de violence se dégage de cet album. Ferghal McKee est un personnage torturé et il prendra le soin de colorer sa musique selon l’humeur du moment. Particulièrement gorgées de guitares, les chansons de Submarine, cathartiques et vombrissantes, frappent et cognent plus qu’elles ne caressent.
Progressivement, avec le concours de la section rythmique, plutôt martiale, une certaine tension va s’installer, comme sur le superbe « Beatle », irrespirable, enfermant l’auditeur dans un étau. Subjugué par la puissance des coups, ce dernier étouffe presque, s’asphyxie. La nonchalance du chant, parfois même parlé, la gravité du ton, la douceur des mélodies cristallines de certaines intro, renforcent cette impression d’intensité dépassant de loin ce que l’auditeur peut contenir, obligé alors de s’incliner.
Quelque part entre les agressions industrielles du mouvement Camden Lursh (Whipping Boy possède quelques similitudes avec The God Machine ou Therapy ?) et les évanescences du mouvement shoegaze, le groupe irlandais de Ferghal McKee impose un maxi-format de froideur et de saturations.
Il est assez rare de voir autant de violence dans ce type de musique, mais ici, elle est soit subjugué, déformée en un trip robotique (« Buffalo »), soit elle est contenue, rentrée en des moments vaporeux et saturées, aux voix légères comme des plumes (« Astronaut Blue », adorable merveille shoegaze).
Dans un mélange des deux, cela aboutit à de grandes chansons ébouriffantes : « Sushi » et alternant passage cristallin et soubresaut industriel, « Favorite Sister », sa basse, ses roulements de batterie, sa flûte, ses moments d’accalmie, toujours sur la corde raide, ses déferlantes de guitares ou bien « Snow », son groove et sa basse magique en forme de lame de rasoir.
Ce qui est étonnant avec cet album, très réussi, mais malheureusement éclipsé par le succès du deuxième, c’est la facilité avec laquelle Ferghal McKee accepte et semble apprécier devoir se plier sous les coups de ses propres guitares, dans une sorte de masochisme pervers et particulièrement jouissif. Mêlant ainsi riff plutôt rêveur et saccages tourbillonnant, Ferghal McKee cède sous le poids des saturations (extraordinaire morceau éponyme de fin), se laisse emporter, comme s’avouant vaincu, conférant une force de percussion toute particulière à ses chansons.

3 novembre 2010

Whipping Boy : Heartworm


Heartworm de Whipping Boy

Sortie : 1995
Produit par Warne Livesey
Label : Columbia

Cet album de Whipping Boy ne cache pas le fait qu’il soit le premier à être signé sur une grosse major, à savoir Columbia. On y retrouve un Ferghal McKee plein d’allant et de détermination, accompagné par une section rythmique énervée, une froideur digne des années 80 et un gros son, avec de grosses guitares, car il faut le dire, ces dernières sont énormes, plus proches du rock américain que du shoegaze originel.
La production et les moyens offerts se mettent au diapason de la puissance cathartique de Whipping Boy. Le combo irlandais hargneux et désabusé s’offre alors une intensité à la hauteur de la noirceur qui les habite. « Users » ou « Blinded » (qu’on croirait piqué à Adorable) sont des titres ronflants, décoiffants, mais qui possèdent des refrains d’une grande force évocatrice.
Car si les guitares prennent le dessus, le ton lui est vertigineux, alternant les douceurs et les passages davantage brutaux. Whipping Boy est un groupe en perdition, obscur et résolument inquiet. Même si les lignes mélodiques de Paul Barge soufflent un vent épique au sein des morceaux, les glissades, les chutes et les saturations plombent les morceaux, les lestent d’un poid insoutenable, celui des déboires et de la hargne. Le refrain, pardon l’hymne, le slogan, la revendication amoureuse (rare dans le monde du shoegaze), de « We don’t need nobody else » joue sur ces transitions d’état, avec d’abord un chant parlé, puis plus clair, avant d’être trafiqué par mégaphone, le tout sous des guitares saturées et vigoureuses.
L’intro féerique du sublime « Tripped » se laisse complètement saccagée par une basse quasiment grunge et des guitares pataudes. Ferghal hésite entre chant mordant et négligence décontenancée. La violence, jusque là contenue, ne pourra que fatalement finir par exploser à la fin du morceau, assez tourbillonnant.
Car l’humeur n’est pas à la joie avec les tortures intérieures de Ferghal. Une noirceur va s’immiscer dans chacun de ces morceaux épiques et plus lyriques que la sobriété de leur propos. Sur « The Honeymoon is over », tout le désenchantement peut éclater, avec ses guitares tranquilles et sa batterie émoussée, Ferghal peut alors jouer à Nick Cave, finalement la personnalité qui lui ressemble le plus, lui ce grand harangueur du désespoir.
Cette colère prend parfois des airs pompiers mais touche souvent au céleste et laisse pantois, comme sur « Twinkle », énorme et efficace. Le gros son offert et promis par Columbia fait ici son effet, permettant de faire basculer un couplet froid et caressant vers un refrain éclaté, véritable bataille rangée de saturations gonflées à l’hélium.
Cet album, même s’il fut n°1 en Irlande et certifié disque d’or, ne réussit pas à atteindre les ventes espérées, si bien que le label finit par se désengager du groupe. Probablement que malgré le gros son, qui évoque Catherine Wheel notamment, le groupe possédait une noirceur et un esprit trop alternatif pour plaire au plus grand nombre.
Dommage, car une bonne partie des gens passèrent à côté de petites merveilles, ballades romantiques désabusées, noyées sous les cordes de violons, comme les fabuleux « Personality » ou « Morning Rise ».

28 octobre 2010

State of Grace : Jamboreebop



Jamboreebop de State of Grace

Sortie : 1995
Produit par Paul Arnall
Label : 3rd Stone

Sur son premier album, le groupe se fait davantage accessible, en s'orientant plus vers la pop que d'habitude.
La délicieuse voix de Sarah Simmonds est beaucoup plus claire, voire mordante, aux lignes mélodiques faciles à suivre. Ce qui fait que la chanteuse perd en mystère, en charme langoureux, ce qu'elle va gagner en clarté et en vivacité. Quant à la magie sybiline des premiers singles, peu de traces. L'album sera avant tout chaleureux.
La plupart des chansons sont plus courtes, allant à l'essentiel, à savoir un mix entre la techno et la pop acidulée, chargées de guitares, de claviers et de boite à rythme. Quelques réminiscences orientales et psychédéliques s'infiltrent de ci, de là, ajoutant plus de lumière dans la musique du groupe qu'auparavant. Par exemple, "Smile" offre un engagement significatif, de même pour "Hello" à la fraîcheur bienvenue. On oserait même le folk avec la ballade "Different World" et sa guitare sèche.
On pourrait avoir peur que le groupe s'égare mais il faut reconnaître que c'est l'optimisme qui a gagné : le titre final éponyme offre un nuage de bonheur, de "lalala" communicatifs, de saturations et de bonhomie merveilleuse.
Heureusement, une certaine langueur reste de mise, comme sur "Fluorescent Sea", aérien, "Rose" et ses distorsions lointaines. Le style du groupe, unique et précurseur, c'est un esprit évanescent et lougne que le monde des boites de nuit connait finalement peu en Angleterre. Le grand public, lui, méprisera cet album. Ce qui occultera de tel effort expérimentaux, tel que les douze minutes de "Bitter Sun", avec ses recouvrements incroyablement tristes et cette torpeur qui sert la gorge et étreint le coeur.
Une féerie totalement artificielle habite cet album. A l'image du magnifique "And love will fall", qui malgré sa candeur, reste avant tout un superbe hommage aux guitares, dont les distorsions se frayent un chemin derrière les claviers orchestraux et tombant en pluie d'or. A cette occasion, le chant de Sarah Simmonds devient inouï, vigoureux et instannément vibrant. Et c'est bien tout ce qui compte...

Fiche artiste de The Boo Radleys



The Boo Radleys

Le groupe de Martin Carr glissera progressivement du shoegazing vers la pop en passant par le psychédélisme mais sans jamais connaître le succès qui lui était
C'est lorsque, péniblement, The Boo Radleys fera parler de lui, qu'ils décident de se tirer une balle dans le pied, dénonçant l'hypocrisie de leur label, dont le patron Alan Mc Gee commençait à prendre la grosse tête suite à la renommée de Oasis.
Le groupe de Liverpool sera considéré alors comme le plus grand groupe anglais inconnu du grand public.

Pour plus d'informations, vous pouvez consulter la biographie du groupe.

Discographie :




24 octobre 2010

Fiche artiste de Henry's Dress


Henry's Dress

L’histoire de cette formation américaine s’est un peu faite selon le hasard, suite à des coups de bol, et de beaucoup d’intuitions.Le groupe, composé de Amy Linton, Matt Hartman et Hayyim Sanchez, enfermé à Albuquerque, où ils sont comparés à Oasis par certains fans, alors qu’ils détestent ce groupe, décide en 1993 de s’installer à San Fransisco, (Amy Linton ayant été acceptée à l’Institut des Arts) dans l’espoir d’y côtoyer des groupes proches de leur inspiration, comme Brian Jonestown Massacre ou The Rosemarys. Arrivés là-bas, le groupe est désappointé par l’étendu de la ville, son immense activité, et cette impression que le temps y passe plus vite. Déboussolé et intimidé, Amy envoie alors une démo au seul label qu’elle connaisse : Slumberland Records.La structure leur permet de produire un single puis un premier maxi de huit titres, avant un album en 1996. Leur musique se rapproche de ce qui se faisaient dans les années 80 avec My Bloody Valentine, The Darling Buds ou bien The Jesus and Mary Chain, mais avec une urgence propre aux groupes garage et mods que le groupe affectionnait beaucoup (The Sonics, The Who, Kinks ou Pretty Things). Mais les projets d’Amy Linton (notamment avec The Aislers Set) ne permettent pas d’assurer une pérennité au groupe, qui finalement tombera dans l’oubli dès l’année suivante. On se souviendra notamment de Henry’s Dress pour avoir participé à un split avec Rocketship, dont le génial « Over 21 » (qui sera suivi d’une tournée commune).

Discographie :


Henry's Dress : Bust 'em Green



Bust 'em Green de Henry's Dress

Sortie : 1996
Produit par Dustin Reske
Label : Slumberland

Le retour au bon rock n’roll à l’ancienne ! Sur cet album, qui a des parfums de rock garage comme il se le pratiquait dans les années 60, on retrouve donc des guitares absolument crades, mal travaillées, distordues, saturées, mais surtout un sens du rythme carré et basique : c’est binaire et on ne se pose pas plus de questions !
« The way she goes » (et son groove entêtant, ses accès de fureur, son esprit vintage), ou encore « Get Yourself Together » sont des condensés de sauvagerie, punk dans l’âme, pop dans la forme, ou l’inverse, peu importe, ce qui prime c’est le bruit, c’est la simplicité, c’est le brut.
La voix espiègle de Amy Linton vient s’immiscer dans cette fureur criarde avec toute la fausse innocence qu’on lui connaît, comme sur les bombes que sont « Target Practise » et « Zero zero zero ». On n’avait pas connu une telle urgence depuis les Primitives ou Talulah Gosh. C’est avec ce genre d’album, que seul le label Slumberland pouvait produire, qu’on revient aux fondamentaux.
Alors bien sûr, il faut se taper les innombrables distorsions, d’autant que le mixage (s’il a bien eu lieu !) n’aide pas à polir le son, et on doit se résoudre à avoir des acouphènes, mais derrière ce tempo endiablé, cette urgence (peu de titres dépassent les deux minutes), cet esprit particulièrement lo-fi, on découvre de véritables perles mélodiques. Le riff très gras de « Winter 94’ » est un pur régal : il est si simple qu’on se demande comment il n’avait pas encore été inventé. Le délire boogie-woogie de « Not Today » est irrésistible. « Treefort », avec sa basse chewing-gum, ses saturations orageuses, son chant nonchalant et divin, est le titre le plus cool et le plus sexy que le groupe ait jamais écrit !
Il n’y a peu ou quasiment pas d’intro, pas de couplet / refrain d’ailleurs non plus, la chanson est un refrain en entier, passé au mixer, complètement torpillé et saccagé par des distorsions infernales ou encore une production déficiente, volontairement en dessous des moyens de l’époque, pour un rendu unique, qui sert uniquement la nonchalance du groupe. Des titres comme l’extraordinaire « Hey Allison » ou « All This Time for Nothing » n’en ressortent que grandis.

21 octobre 2010

State of Grace : Pacific Motion


Pacific Motion de State of Grace

Coup de coeur !

Sortie : 1994
Produit par State of Grace
Label : 3rd Stone

Etat de grâce. Le groupe ne pouvait pas porter d’autre nom. Le sommet est atteint de manière insidieuse, sans qu’on s’en rende compte, mais chaque seconde est encore plus magique que la précédente, on baigne dans une sorte de torpeur merveilleuse et apaisante, propice à l’évasion. Tout trouve sa place, tout se mélange parfaitement, tout s’étend et se prolonge, pour des morceaux dépassant largement les cinq minutes, tout invite au raffinement et à l’ivresse.
Pour cet album dont jamais on n’aurait parié en tomber amoureux, mais qui devient très vite un album de chevet, de ceux qu’on écoute religieusement, seul ou à deux, allongé sur le lit, coupé du monde, du vrai monde, ce qui est surprenant c’est que le monde proposé par State of Grace, lui, est complètement artificiel.
Un état de grâce certes, mais un état de grâce qui dépend d’artifices fabriqués, synthétiques, urbains. Et c’est là que tout ceci devient épatant, puisque la magie, le rêve, finalement une dose de mélancolie, vont se retrouver avant tout dans ces samples de clavier et ce rythme technoïde. On n’avait jamais entendu cela avant et les premiers singles de la formation anglaise se révèleront des bijoux qu’on n’avait pas vu venir mais qu’on chérit par la suite. Ces singles, qui malheureusement passeront trop inaperçus, ont été regroupés ensuite sur cette compilation, « Pacific Motion », sorti en 1994 par le label 3rd Stone.
La lenteur approche de l’ambient, et en cela State of Grace sera un précurseur, ce à quoi s’ajoute une répétition dans les phrasées, les thèmes, les gammes mélodiques. La montée sera progressive, avec une structure alanguie, sinueuse, des réminiscences et des vagues de guitares samplées, de chants mixées, à la douceur infinie. C’est d’un nuage que sort la voix magnifique de Sarah Simmonds. Une percée qui traverse le coton. Un rayon féerique qui vient de loin, de très très loin, au travers l’intro de « Sooner or later », comme s’immisçant dans un sommeil profond, et qui se répète indéfiniment. Un sample de voix qui brouillent les pistes, perturbent les balises, instaurent un climat onirique, sur lequel va se baser une ligne de chant de sirène, trafiquée, puis plus tard un rythme souple à la batterie, un groove ralentie. C’est une boucle qui ne varie jamais, les mêmes phrases se répétant, s’enchaînant et se superposant avec une langueur de boite de nuit. Une nonchalance qui va se renforcer au grès de l’instrumentalisation (la boite à rythme qui s’impose, les claviers, les échos) et qui va donner envie de dodeliner de la tête, tranquillement, doucement, et de fermer les yeux.
Une fois les yeux fermés, le corps se mouvant dans ce faux rythme un peu perdu, un peu adouci et artificiel, la portée des morceaux n’en est que plus grande. Ainsi « Miss You », qui pourtant s’ouvre sur un tempo totalement contrefait, à base de boites à rythme, se love dans une moiteur sexy, grave et quelque peu orientale, probablement de par la voix sensuelle de Sarah Simmonds, et permet à l’esprit de s’y enfoncer, de s’en imprégner. Quant à « Camden », premier single du groupe paru dès 1992, malgré son intro tout en distorsion, la féerie est de tous les instants, dans les petits bidules et les petits clapotis, dans cette voix moite et langoureuse, mille fois trafiquée pour la faire ressembler à celle d’une déesse, dans cette indolence qui peu à peu va se laisser recouvrir de bruits de guitares, de claviers, de claps et de réverbérations, pour un crescendo mécanique, où envers et contre tout s’échappera une petite mélodie entêtante à se damner. Les guitares magnifiquement saturées achèveront le morceau, ainsi que les samples de violons pour le porter vers un luxe tout aussi inouï que reposant.
Il n’y a pas de batterie à proprement parler, juste des machines, ni même un tempo binaire, puisque les plages flirtent avec l’ambient, il n’y a pas d’ossature puisque tout sera flottant, léger comme l’air, fluide, et il n’y a pas non plus de lignes de guitares puisque ces dernières n’apparaîtront que samplées pour déverser des saturations électriques et orageuses. C’est l’incorporation du mécanique, du froid, du numérique dans la beauté.
Ce qui ne nous empêche pas d’être totalement bouleversé. Et la finesse de State of Grace est de réussir à chambouler, à créer un monde magique, digne des Cocteau Twins ou de Slowdive (ah ! ce riff génial de « Love, Pain and Passion » ! Impossible à oublier…), sans composer une seule fois avec des moyens organiques. A partir d’une froideur instrumentale, d’un calcul sans fois refait et modifié, aboutir à une composition vivante, prenante, improvisée, débordante d’émotions. On sent une tendresse infinie dans ces chansons, dans leur façon d’étirer les minutes, de refuser de jouer avec les canevas, avec la limite instrumentale. Avec ces premières chansons, les ajouts se font et se défont, au grès des montées progressives, et il n’y a rien qui retient le tout, mélange de samples, de voix, de claviers, de bidouillages, mille-feuille expérimental à la base d’une beauté incroyable, nouvelle et relaxante.
Cette beauté, on va la trouver lorsque le groupe ose une pause dénudée, plus dépouillée, plus romantique aussi, avec le divin et insurpassable « Bitter Sun », à la guitare sèche et à la basse sublime. On n’a rarement entendu une pareille déclaration d’amour au spleen gothique. Près de huit minutes quasiment parfaites où le chant si gracieux, si angélique de Sarah Simmonds feraient fondre les plus insensibles, près de huit minutes à se perdre et à rêver devant un tel miracle mélodique, près de huit minutes à retenir ses larmes.
State of Grace ne se sert pas des schémas habituels, se contente d’une seule ligne de conduite qu’il étend sur toute une plage, à additionner les instruments, artificiels ou non, pour échafauder une exposition d’une rêverie sans limite, qui s’enrichit au grès des saturations, tout en maintenant une suavité infinie, notamment dans le chant et la tranquillité du rythme.
« Ruby Sky » est ainsi un parfait exemple de ce que l’ouverture peut entraîner : véritable lacher-prise effectuée lentement et avec douceur, ce morceau lumineux et entraînant, celui où le chant de Sarah Simmonds est le plus clair, repose sur des guitares, une orgue, des soubresauts de distorsions dans le lointain, des trompettes en arrière fond, un xylophone qu’on surprend parfois, le tout pour une féerie qui ne demande qu’à éclater, à s’ouvrir, à s’épanouir. La surenchère se fait progressivement, on se laisse facilement entraîner, d’autant que les riffs de guitares nous invitent à partir, et petit à petit les instruments s’ajoutent, s’intensifient, se font plus distincts. Enfin, le morceau abandonne, la richesse prend le pas sur tout et tout est alors envahi, on ne distingue plus bientôt la voix de Sarah Simmonds, renversée par les nappes de guitares distordues, pour un final chaotique, long, interminable et évoquant les grandes envolées du shoegaze.
Et alors qu’on pensait avoir touché au sublime, voilà que survient « Head », morceau tout aussi époustouflant de finesse, qui ne se laisse pas gagner si facilement, mais qu’on apprécie et qu’on chérit plus que tout au fil des écoutes. Comme le reste de la compilation du reste, album qui nécessite de l’attention et qu’on y revienne plusieurs fois, avant d’en faire un compagnon pour l’entrée dans le sommeil. « Head » est époustouflant, car comme les autres morceaux, jaillit d’une intro compliquée, biscornue, et entre par une voix complètement déformée qui scande un slogan. Véritable trip sonore psychédélique, le morceau offre son lot de chausse-trappe, de moments plus sombres et plus tortueux, ces passages noirs comme la nuit, comme de gerbes de lumières et de chaleurs, d’appui, de renforcement, notamment par les trompettes (merveilleuses), d’arrivées impromptues qui tout à coup sauvent le monde, confèrent espoir, plénitude et énergie.
On ne peut s’empêcher de ressentir beaucoup d’affection pour ce groupe et ces premiers essais, ici réunis, à plus forte raison parce qu’on sait que c’est une formation que quasiment personne ne connaît. Au moins, au cours de ces chansons, ont-ils atteint une sorte de perfection. On n’aurait sans doute jamais cru qu’elle aurait pu venir d’une musique si simulée, autant basé sur la retouche, sur le sample, sur les claviers, sur la falsification, et pourtant c’est bien le cas.
Pour s’en rendre compte, il suffit de se laisser porter par le splendide « P.S. High », son chant sexy, ses samples divins, son tempo roucoulant de boite de nuit, ce chant qui se prolonge dans le lointain, cette façon de susurrer des choses magnifiques avec une nonchalance extrême, presque quasiment défoncée et envahie d’une plénitude artificielle. Une poésie incroyable qu’on croirait sortie tout droit des machines, qui dans une autre vie, aurait leur propre sens de la beauté, leur propre définition de l’évasion, leur propre définition de la grâce.

18 octobre 2010

Fiche artiste de Swirl


Swirl

On ne peut s’empêcher de ressentir une tendresse toute particulière pour ce groupe de Sydney, son discours, sa musique aérienne qui s’apparente à une vague, son style indie, ses fringues gothiques et les longs cheveux noirs de Nicola Schultz, probablement une des plus belles chanteuses de l’univers shoegaze.
C’est avec eux que l’indie pop australienne prend le plus de signification, avec ce refus de s’abaisser à la facilité et ce romantisme mélancolique, flou et vaporeux.
Tout a commencé entre jeunes, Ben Halways (guitare et chant) et Nicola Schultz (basse et chant), rejoints peu après par David Lord (batterie) au cours d’une soirée « micro libre » au Lansdowne Hotel, où ceux qui le désiraient pouvaient monter sur scène et proposer leurs chansons devant un public clairsemé. Ceci dit parmi ce public, enfin plutôt derrière la table de mixage, figurait Nic Dalton, et il se trouve que Nic Dalton était également le manager du label Half a cow.
A l’orée des années 90, le label en était encore à ses balbutiements, encore affilié au magasin de comics tenu par Nic et n’était pas encore devenu la structure culte et incontournable d’aujourd’hui. Toujours est-il que Nic Dalton est tombé amoureux de Swirl, alors que la formation débutante n’était jamais sorti du garage des parents de David, et leur offre l’opportunité d’enregistrer leur première chanson, « Burning Castles », qui sortira sur une compilation en 1991.
Aussitôt, Swirl, avec son mélange de guitares acoustiques et saturées, ses ambiances twee et gothique, shoegaze, devient vite le chouchou de la scène locale de Sydney, profitant du succès de Ratcat et The Humingbirds. Swirl fait alors de nombreuses premières parties dans les salles de concert, comme pour My Bloody Valentine, Ride, Pop Will Eat Itself, Ned’s Atomic Dustbin ou The Lemonheads, le groupe d’Evan Dando, très proche du label Half a cow. Dans le même temps, un deuxième single sort dans la foulée, avec les époustouflants titres « People I know », très indie pop dans l’esprit, et surtout « Breathe », beaucoup plus éthéré. Le succès est tel que Waterfront Record leur propose de signer mais Swirl décide de rester fidèle à Half a cow, petite structure indépendante qui commençait tout juste à se faire un nom (mais quel nom !).
Historiquement parlant, Swirl sera connu pour avoir à l’origine du premier compact disc du label, dont les moyens jusqu’ici ne lui avaient jamais autorisé jamais plus que viser à presser des vinyles. Il s’agira de « Aurora », magnifique petite surprise shoegaze australien, dont les premiers exemplaires sont vite sold out, obligeant de nouvelles éditions express. La nouvelle parvient même jusqu’aux oreilles du label Dirt, à Chicago, anciennement appelé Aurora, et qui s’occupait de Galaxie 500. Intrigué par cet album au nom similaire, ils tombent sous le charme et s’occupent de la diffusion de l’autre côté du Pacifique.
S’ensuit alors une tournée aux Etats-Unis, véritable succès et plébiscite, puisque le groupe tournera avec Luna, Yo La Tengo ou encore Straitjacket Fits. Ils en reviendront avec un deal à New York et de nombreux articles dans la presse les présentant comme figurant parmi « les quinze groupes à surveiller » au cours de l’année. Fort de cette expérience, un deuxième album, au son encore plus travaillé (entendre la voix éthérée de Nicola, noyée sous les violons, est une expérience qu’il faut avoir vécu au moins une fois dans sa vie), « The Last Unicorn », est enregistré Festival Studio à Sydney et sort en 1994. La qualité de l’écriture et la finesse des arrangements, entre shoegaze obscur et folk gothique à la Dead Can Dance, impressionne le monde du rock indépendant. Souvent figurant parmi les cent meilleurs albums des années 1990 en Australie, dans le top-ten de Roger Grierson (une référence locale) et tournant en boucle dans les college radio américaine, « The Last Unicorn » permet à Swirl de revenir triomphant aux Etats-Unis, notamment en première partie de Sunny Day Real Estate.
Malheureusement la sortie de ce deuxième album correspond aussi aux premiers problèmes financiers de Half a cow, victime de son succès, et obligé de signer un partenariat avec Mercury, grosse écurie. Même si la réédition (avec une nouvelle jaquette et un tracklisting modifié) de « The Last Unicorn » est une priorité et que la chanson éponyme sera diffusée en boucle sur la célèbre radio nationale, Triple J, les années suivantes seront floues pour le groupe, avec des singles sorties, des concerts incluant une nouvelle direction musicale (plus de claviers et de samples) mais aussi une incertitude concernant la date de sortie d’un troisième album.
Ce dernier tardant à sortir, Nicola Schultz quitte le groupe, ce qui sera un premier coup dur. Elle sera remplacée par Richard Anderson avant que la tout aussi belle Keira Hodgkison ne prenne le micro. Ce nouvel line-up oblige le groupe à se remettre en question et à refondre son style, pour se diriger alors vers une pop plus sophistiquée. Seulement pour aboutir à ce changement, le groupe se défait de la structure historique Half a cow pour rejoindre Festival Records et enregistre à nouveau des démos, ce qui pousse l’attente des fans pour un nouvel album à près de cinq ans, autrement dit une éternité. Celui-ci finit par sortir, en 2000, « Light fill my room », au son plus poli et qui plait davantage aux radios. Mais le groupe n’a même pas le temps d’en profiter que déjà il se sépare, mettant ainsi un terme à l’histoire de cette formation culte qui était probablement un des plus attachant de la scène australienne.

Clip vidéo : "Tide"

Discographie :


11 octobre 2010

Swirl : Aurora


Aurora de Swirl

Coup de coeur !

Sortie : 1992
Produit par Ric Dalton
Label : Half a cow


Bien souvent le shoegaze fut raillé, dénigré comme étant du sous-rock, une absence de prise de risque, un calfeutrage derrière un mur du son, une sorte de dérive puérile, comme si cette pop saturée et électrique devaient témoigner d’une maladresse.
A la différence du rock traditionnel, celui qui groove, celui qui fait danser, celui qui ne réfléchit pas, le shoegaze et ses myriades de couches alanguies et béates se positionnent vers un pôle beaucoup plus évanescent en fin de compte. Vécu comme une arborescence indigne, un bâtard, ce mouvement sera mis de côté, et tous ces groupes, comme Swirl, formation australienne, en même temps.
Swirl, pourtant, pratiquait une musique magique, à la fois noire et pleine d’innocence, construite autour d’ambivalences, de floues et de vagues passionnelles. Si on y réfléchit bien, Swirl ne voudrait faire que de la pop, de la vraie, pure, stupidement enjouée et optimiste, comme sur les adorables ballades folk « Afraid » et « People I know », sauf qu’à chaque fois, le tempo est alors ralentie, les voix toujours aussi douces mais moins convaincues, se laissant gagner par le désenchantement. C'est ce romantisme qui fait qu'on a de la tendresse pour ce groupe.
Là où le rock traditionnel appliquait sa formule ultra-classique et raisonnable, guitare + rythme binaire = bonheur, le shoegaze, celui de Swirl particulièrement, avec ses chansons gothiques recouvertes de guitares sucrées, érige plutôt l’agitation comme credo. Une agitation qui touchera autant les guitares, entre tranquillité et tourbillon forcenée, que les passions, un coup pleines d’espoir, un autre désemparées. Sous les soubresauts émotionnels, ces jeunes musiciens lascifs et au look de corbeaux noirs, chantres du psychédélisme, en viendront à abdiquer, abandonner toute idée de contrôle pour laisser parler les guitares saturées et les roulements de batterie. Les mélodies toute petites et toutes mignonnettes, qui évoquent tant la twee des groupes de Sarah Records (comme Sweetest Ache ou Brighter), traversées de zebras mirifiques de guitares sèches, sont alors interrompues brutalement par une accélération soudaine, déboulant sans prévenir. C’est le cas de « My small life », et c’est le cas aussi de « Kaleidoscope », qui après avoir démarré sur une berceuse avec harmonica, se conclut sur des tonnes de saturations, de coupures de rythme, des démarrages et des ralentissements, partant dans tous les sens dans une orgie sonore.
Les contradictions s’immiscent, entre la légèreté des voix, des chants, et la rudesse des guitares (« The Chase », quasiment aussi noise que The Telescopes) ou les entrées martiales, obscures et solennelles, rompant avec la langueur ambiante.
On pourra toujours reprocher à Swirl son refus du classicisme, cette absence de clarté dans le sens ou le message, malgré tout, cela démontre que le shoegaze est avant tout un mouvement fait pour s’abstenir de contraintes et de barrières. C’est cet élan lunatique, parfois maladroit et disparate, qui sera à la base de ce rassemblement d’échos tout aussi timides que lyriques, tout aussi humbles que tempétueux. Définition même du romantisme, le shoegaze de Swirl, qui se sera révélé comme un groupe attachant injustement méconnu, aura été celui de jeunes gens, un peu perdus mais agités de sentiments exacerbés, tournées vers eux-mêmes et non pas vers l’extérieur, comme pour témoigner un désenchantement générationnel, aussi bien en terme de portée musicale, que de portée tout court. Cela va se traduire par des saturations qui n’en finissent jamais et des chœurs soufflés qui n’en finissent jamais non plus.
C’est noir, presque gothique, mais cela reste léger et aérien. A l’instar des très beaux « Tears » (bouleversant) ou « She goes », tempête grondante, basse en avant, guitare indie pop, et pureté du chant, qui en plus de faire rêver, rassemble en quelques minutes à peine l’amassement des états émotionnels, extases, décroches, tourments. Si bien qu’on obtient quelque chose de bien différent du rock traditionnelle, sans doute trop centré sur le « je » adolescent pour obtenir l’approbation de la presse et du grand public, mais qui a le mérite de proposer un écrin parfait pour le rêve, le ravissement, le mystère, la grâce.
Une manière de se réapproprier les espaces et l’instrumentalisation pour en faire un nouveau refuge, un confident aux aspirations et aux doutes. Car il est si doux de se lover au sein de cette mélodie, celle de « Breathe », chanson fleuve de près de 9 min, si incroyablement belle, menée par une basse de toute beauté, une ligne à la guitare splendide de douceur, des harmonies vocales soufflées d’enfants de chœurs, et des secousses de saturations à en trembler de bonheur.

6 octobre 2010

Swirl : The Last Unicorn


The Last Unicorn de Swirl

Sortie : 1994
Produit par Ben Aylward
Label : Half A Cow


Même si Swirl laisse un petit peu de candeur infiltrer ses chansons, pour une bonhomie qui rappelle le bon temps de l’indie pop, l’innocence et la légèreté, comme sur « Strangelands » ou « Going Home », très traditionnel, il ne faut pas se leurrer : ce deuxième opus est en réalité beaucoup plus noir.
Les ambiances, derrière les apparences, sont nocturnes, avec un je-ne-sais-quoi de féerique qui fait toute la différence. La façon dont les guitares sont distordues à la fin de « Strangelands » annonce la couleur. En réalité, le ton est plus grave et plus profond.
Ainsi les chansons en général sont assez torturées, emportées, assombries aussi quelque part, probablement par les tourbillons de guitares ou le ton évanescent du chant. « Tailor’s Eye » est un superbe morceau, tout aussi magique que dark, mêlant à la fois solennité et émerveillement. La petite mélodie absolument adorable et crépusculaire qui inaugure « Chains », comme on entame une cérémonie funéraire, finit par être recouverte par une déferlante qui n’en finit jamais, sur un ton particulièrement auguste, sorte de tourbillon de plus en plus fort, à en couper le souffle. Ce côté épique, on va le retrouver par exemple sur « Dark Star » (qui porte bien son nom), avec son roulement de batterie d’enfer, ces saccades saturées, ce shoegaze dantesque et impressionnant, conférant de l’ampleur au message.
Mais là où Swirl est le plus subversif encore, c’est probablement dans sa gestion, parfois durant le même morceau, de ses temps effrénés, martiaux, tranchants, et de ses relâchements rêveurs, plus romantiques, dans le chant notamment, très suave. « The Last Unicorn », la chanson éponyme, démarre comme dans un rêve, de manière douce et merveilleuse, soutenue par la voix de déesse de Nicola Schultz, avant d’être entrecoupée de guitares saturées plein d’allant et d’énergie.
Paradoxalement, c’est lorsque les guitares shoegaze s’éteignent progressivement, que Swirl dévoile alors le cœur de son style avec le plus de pudeur, drapé par une théâtralité acoustique, rempli de violons tristes, comme sur « Night of the Unicorn » ou « Poppel Grave », qui évoquent tout autant la dream-pop que le gothisme moyenâgeux, pour atteindre une beauté incroyable.
Beauté qui ne manquera pas d’être sublimée et renforcée par les attaques de guitares saturées, à l’instar du long et ultime « Hyperon Crash ».

3 octobre 2010

Fiche artiste de Straitjacket Fits


Straitjacket Fits

Straitjacket Fits est originaire de Nouvelle-Zélande. Et aussitôt, pour l'amateur averti, cela déclenche une foule de souvenirs : la fameux Dunedin Sound, le label Flying Nun Records, The Clean, The Verlaines, The Bats, The Chills et tous ces groupes cultes.
Ce groupe, qui s'est formé en 1986 sur les cendres de The Double Happys après le décès tragique de Wayne Elsey, est avant tout eclipsé par son leader Sayne Carter, une forte tête. Mais c'est l'arrivée d'Andrew Brough qui va complètement changer la donne : lui, c'est le timide, l'amoureux de la pop, tout l'opposé de Sayne Carter en somme. A eux deux, ils seront les dépositaires du style de Straitjacket Fits, aux guitares abrasives et aux voix adoucies.
Un premier EP, "Life on one chord", sort en 1987, évidément sur le label Flying Nun, qui se classe dans le Top 50 néo-zélandais pendant près de dix semaines d'affilées ! La chanson "She speeds" devient un hymne.
Le groupe quitte ensuite Dunedin pour rejoindre la capitale Auckland. Le premier album sort en 1989, intitulé "Hail" et produit par Terry Moore (ex-Chills), ce qui permet de le défendre en Australie puis en Europe. A leur retour, fort de cette expérience et des influences shoegaze anglaises, un deuxième album, "Melt" parait l'année suivante, ce qui constituera le sommet de leur carrière.
Straitjacket Fits fait alors la première partie de My Bloody Valentine en Australie et de The La's aux Etats-Unis. Malheureusement, c'est là-bas que les tensions entre Sayne Carter et Andrew Brough deviennent insoutenables, entraînant la séparation du groupe et la multiplication des parutions parallèles, au sein de Dimmer ou de Bike.

28 septembre 2010

Straitjacket Fits : Melt


Melt de Straitjacket Fits

Sortie : 1990
Produit par Gavin McKillop
Label : Flying Nun

Straitjacket Fits, le groupe culte de Nouvelle-Zélande, est avant tout mené par deux hommes, Sayne Carter et Andrew Brough, qui chacun est à la composition. Frères ennemis, leurs styles s’opposent tout comme ils doivent se servir l’un de l’autre pour se sublimer. C’est de cette relation ambivalente, très tendue, qu’est né Melt, sans conteste leur meilleur album, le plus travaillé, celui où malgré les divergences, chacun va permettre à l’autre de trouver sa place. Le duo est des plus classiques, et évoque tant d’histoires, connues comme oubliées, dans l’histoire tumultueuse des groupes : l’un est pop (ce sera Andrew Brough), l’autre est rock (ce sera Sayne Carter). De cette contradiction naîtra pourtant une des plus belles synergies. La grâce des mélodies et des chants, vaporeux ou langoureux, se verra renforcée par un tempo plein d’allant et des guitares vives, pleine de morgue et rappelant un esprit tout ce qu’il y a d’indie pop, dans la plus pure tradition du pays et du fameux Dunedin Sound.
Les guitares de Carter tourbillonnent, se font souvent saturées, avec un son tout aussi brouillon que magique, s’affolant parfois en des solos distordus et lunaires, appuyant son chant mordant (« Headwin »), arrogant et lâché entre les dents, tandis que le sens inné pour les déviances pop et féeriques, les ajouts de guitares sèches et les voix ouatées, délicates et sexy de Brough, sublimeront l’ensemble (« Down in the splendor », tout simplement superbe, probablement leur plus belle chanson). A l’origine du ténébreux « Skin to wear » (quelle ligne de guitare !), on trouvera la patte de Sayne Carter, mais à l’origine des voix et des chœurs doucereux, il y a sans conteste l’ajout de Brough, de même pour la guitare sèche discrète qui arrive à la fin, enrichissant ainsi la chanson et lui donnant un style que seul Straitjacket Fits possède et qui ne sera pas pour rien dans celui de Swervedriver plus tard. Il suffit d’écouter le romantique « Hand in mine » pour comprendre.
Ces deux forces d’écritures permettront d’écrire quelques unes des plus belles compositions tout aussi rock n’roll que psychédéliques. A ce titre, « Bad note for a heart » et son incroyable virement de cap au milieu de la chanson où après un début noir et brouillé, la musique s’ouvre en un étalage lumineux de forces, de merveilles dédoublées et de guitares lunaires, une vraie mine riche et travaillée. C’est d’un tumulte saturé, vigoureux, qu’émerge, comme sortis des fumées, des affres lunatiques de la musique, une voix marquée par le psychédélisme (« A.P.S »), et c’est d’une vague féerique, que parviennent à nos oreilles ces chants soufflés comme des arias magnifiques (« Melt again yourself »). Alourdi par des caisses frappées avec force et détermination et zébré de long en large par des guitares électriques, distordues sorties du lointain et métalliques, « Such a daze » sera pourtant une ballade magique, avec derrière ces saturations, un chant des plus savoureux, doux et plusieurs fois doublé de chœurs.
C’est doux, c’est dur, c’est noir, c’est lumineux, tout ceci se mélange et se confond, parfois dans la même chanson (le final « Cast Stone », crescendo de défoncés, se passe de tout commentaire, il suffit de se référer aux frissons qu’il procure pour comprendre), prouvant que les deux compositeurs sont ici à leur sommet, tant tout est d’une maîtrise incroyable. Andrew Brough et Sayne Carter signent là avec Melt un pur bijou, une merveille de la scène de Dunedin et de Flying Nun Records, ancré dans l’indie pop, le psychédélisme et le shoegaze de l’époque, style que malheureusement on aura du mal à retrouver par la suite.

26 septembre 2010

Fiche artiste de Nyack


Nyack

Après une série de concerts en première partie de Velocity Girl ou de Medicine, les démos de Aenone finissent par tomber aux oreilles du producteur Steve Ferrara qui venait tout juste de monter son label anglais Echo.
Craig Sterns, Kim Collister, Bill Stair et Steve Crowley s’envolent alors pour Londres et rejoignent leur producteur ainsi que Alan Moulder au mixage. Après avoir été forcé de changer de nom (Nyack sera choisi en référence aux quartiers de New-York dont ils sont tous originaires), ils enregistrent alors tout d’abord un single, "Savage Smile", qui est une reprise d’une ancienne chanson de l’époque d’Aenone, puis un premier album, « 11 Track Player ». La pochette n’est pas sans évoquer celle de Zipgun. L’album voit la musique du groupe hésiter entre le shoegaze des débuts et un entrain power-pop. Mais malgré une bonne presse, de multiples concerts au CBGB’s et des premières parties pour la tournée de Sleeper, les ventes sont maigres, obligeant les musiciens de Nyack à revenir sous un autre nom, dès 1997, à savoir Fork.

Nyack : 11 Track Player


11 Track Player de Nyack

Sortie : 1995
Produit par Steve Ferrara
Label : Echo


Nouveau nom et nouvel album pour les jeunes de New-York qui en profitent pour revenir plein d’allant et d’envie. « Lost in you » ou « Knuck » confirment ce retour punchy. Un style qui se rapproche finalement pas mal des Posies ou des Foo Fighters.
Des bons petits morceaux accrocheurs, emballants sans être excitants, aux guitares light, au son tout juste ce qu’il faut de saturé mais jamais trop, limpide et sans aspérité.
On pourra toujours discuter de cette production, hyper lisse, dont surtout rien ne dépasse, qui ajuste un tempo suffisamment alangui et énergique pour ne pas faire de vagues, ou qui met en lumière un chant tout ce qu’il y a de plus romantique, sous fond de grosses guitares, dans la pure lignée power-pop américaine, mais il n’empêche qu’il y a de sacrés mélodies.
Car c’est tout de même le point fort de Nyack et sur ce terrain, le groupe n’a rien à envier aux autres formations plus connues et au plus grand succès.
Dans un credo « ballade à grosses guitares saturées », le groupe excelle, notamment dans la deuxième moitié de l’album, où à partir de là, le rythme lent, les voix adoucies et légères, un poil lyrique, mais chevrotantes, les dédoublements, les guitares lourdes et saturées, font absolument merveille ! L'extraordinaire « I remember red », par exemple, le passionné « Evergreen » ou le lent « Sepia » sont des petits bijoux shoegaze qu’il est bon de savourer.
Et puis il y a aussi « Summersleeper », ses guitares sèches et ses violons avec ces nuages de saturations, qui est une curiosité romantique à découvrir !

31 août 2010

Historique de la scène d'Arizona


"Beautiful Noise"

Kimber Lanning dans son magasin de disque, Stinkweeds, toujours à Phoenix.

Du fin fond de l’Arizona, région qui n’est guère connue pour son activité trépidante, on s’imagine volontiers que les radios locales ne diffusent que de la country. Difficile de croire que pourtant, c’est bien dans cet Etat qu’est née une des plus bouillantes scènes de l’époque.
Alors bien évidemment, il faut remettre les choses dans leur contexte, il ne s’agissait que d’une poignée de groupes, peu connus et qui ne sortaient guère de chez eux pour s’exporter, et à l’heure actuelle, peu de gens se souviennent encore de cette scène. Pourtant beaucoup de groupes américains actuels qui tentent de faire revivre le mouvement shoegaze leur doivent un petit quelque chose.

La principale empreinte qu’a laissé cette communauté dans le monde du rock indépendant, c’est le nom d’un festival, intitulé « Beautiful Noise », qui eu lieu plusieurs fois dans la région. Non seulement les groupes qui jouaient se devaient de partager en commun un goût certain pour les mélodies planantes et les guitares noisy, mais ils se devaient aussi d’être pour la plupart originaire du coin, c'est-à-dire du trou perdu que représentait l’Arizona.
Pour sa première édition, le 30 avril 1993, il fallu trouver un nom à la hâte, trouver une location dans l’urgence et évidemment inscrire des noms sur l’affiche. A défaut de moyens et de pouvoir s’étendre, la participation fut réduite à la contribution des amis, venus filer un coup de main. C’est ainsi qu’on fit appel par exemple au groupe de darkwave Lycia, originaire de Tempe et hébergé par le label gothique Projekt Records. Ces derniers, mené par Mike VanPortfleet, pratiquaient une musique peu en rapport avec ce qui se faisait en Arizona, lorgnant du côté de la musique industrielle, du drone ou de la dream-pop, comme sur l’album « A day in the stark corner » par exemple, enregistré en 1992. En compagnie de David Galas (q
ui aida à composer le chef-d’œuvre « The burning circle and then burn » en 1995) ils eurent déjà l’occasion de rassembler tous les groupes du coin, sur une compilation, « Meliorate ». On retrouve également sur cette cassette, un certain Michael Plaster, dont la chanson plut à Projekt Records, ce qui lui permit de signer sous le nom « Soul Whirling Somewhere », une formation évoquant aussi bien Cocteau Twins que Pale Saints. Sur scène, lors de ce festival, Mike VanPortfleet, David Galas et Mike Plaster présentèrent « The last thoughts before sleep », un morceau immensément long, vingt minutes de bruits si intense que les cordes de violons lâchèrent, manquant blesser Mike Plaster. Plus tard au cours de la soirée, David Galas fut appelé d’urgence pour remplacer le bassiste d’un jeune groupe, appelé « Lovesliescrushing », qui venait juste d’arriver en Arizona depuis peu et qui allait signer également sur Projekt Records dans la foulée du festival pour produire son premier album. Ce fut une des premières apparitions du groupe qui allait devenir par la suite une référence en matière de drone et de shoegaze expérimental.
Contre toute attente, le concert rassembla plus de 650 personnes, venus écouter une musique délibérément évanescente et bien loin des habitudes, qui s’étaient déplacés uniquement par la grâce du bouche à oreille. Un véritable succès qui allait prouver que ce micro-climat pop était une réalité.

La création de ce festival, qui avait pour but de réunir tous les membres de la scène d’Arizona, on le doit à un seul homme : Brandon Capps. C’est avec son groupe Half String que celui-ci travaille ses textures, écrit des chansons planantes et douces, gorgées de saturations, et participe activement à se faire fédérateur au sein de la scène de Phoenix. Formé en 1991, suite à un concert de Ride, autour de Brandon Capps, Kimber Lanning et Tim Paterson, Half String est surtout l’occasion pour son leader de s’affranchir des contraintes liées à ses origines, peu disposées à lui offrir l’opportunité de se produire sur scène. Mais tant pis, Brandon Capps prend le risque,
lui qui est plus attiré par le travail en studio que par les performances scéniques. « J’en avais assez d’écrire et de jouer seul, alors j’ai demandé à quelques amis s’ils étaient intéressés pour quelques sessions jams. Kimber emprunta alors un kit de batterie et réussit à convaincre mon coloc’ Tim, qui venait de s’acheter une basse, de nous rejoindre. Personne ne savait réellement jouer alors nos appréhensions étaient énormes. On était juste intéressé à faire du bruit et à s’amuser avec. ».
Auparavant Brandon Capps établissait de nombreuses correspondances écrites avec des jeunes musiciens, avant de se décider de quitter le Colorado pour les rejoindre dans la Valley. Pendant cinq ans, il travaille au sein du label Tower. Il monte même un projet solo, appelé Knife Felt Heart, dont une chanson paraîtra sur la compilation « Meliorate », comme quoi tout se rejoint. Mais c’est avec Half String qu’il prit une part vraiment active dans la scène shoegaze qui commençait tout juste à poindre.
En effet, dans le même temps, des groupes comme Alison’s Halo ou Introspection Trio partageaient avec eux les mêmes goûts, voire même des musiciens communs, puisque Dave (le remplaçant de Tim au sein de Half String) avait déjà joué avec eux. Quant à Kimber, elle avait aidé Six String Malfunction. Car la scène d’Arizona n’est pas un style, mais une communauté, une poignée de gens, amis entre eux pour la plupart, n’hésitant pas à échanger et à partager leur passion commune, le shoegaze, qui n’est pas né sur place, mais a été importé d’Angleterre grâce aux imports de vinyles, Creation et Sarah Records en tête. « Le Beautiful Noise c’est une étiquette sur une communauté. Car ce style de musique a toujours été là et sera permanente après nous. C’est plutôt lié au fait que lorsque les gens sortent dans des bars et écoutent cette musique, ils se disent « il faut qu’on joue comme ça pour intégrer la communauté ». » reconnaît Brandon Capps. Bien que tout ces groupes ont cessé toute activité aujourd’hui, l’esprit de cette réunion perdure encore grâce au magasin de disque de Kimber Alling (de Half String), Stinkfeest, qu’elle continue à faire vivre et qui est devenu par la force des choses la référence locale.

Mais l’éclosion de cette scène ne serait rien sans l’apport précieux du label Indepedent Project Records, le célèbre label indépendant mené par Bruce Licher, venu de Californie s’installer en Arizona. La raison ? Une simple envie d’éviter la ville et ses tracas. Heureux hasard qui allait conduire à une alliance particulièrement fructueuse entre Bruce Licher et Brandon Capps.
Ce dernier raconte la rencontre : « Bruce Licher, le patron du label Independent Project, lors de son passage en Arizona, s’arrêta au magasin de disques de Kimber, et lorsqu’il demanda quels étaient les groupes locaux, elle lui donna une de mes premières cassettes. Il a d’ailleurs bien aimé, au point d’en faire une copie pour lui et ses amis de For Against. Si bien que lorsqu’on enregistra les premières démos de Half String, on pensa à lui immédiatement. Il nous proposa alors de publier notre premier single. On était vraiment excité parce qu’on était fans du label et on collectionnait tous les albums de Savage Republic ou de For Against. »
Même s’il fallait emprunter de l’argent pour faire vivre les projets, Bruce Licher pu ainsi contribuer à la publication des albums de Alison’s Halo et Half String, confectionnant lui-même les pochettes d’albums, ces célèbres boites en carton, à l’esthétique soigné et épurée, lui qui avait réalisé celles de Savage Republic, For Against ou encore Camper Von Bethoveen. Plus tard, c’est le groupe Godspeed You Black Emperor, qui bénéficiera du coup de pouce de Bruce Licher pour leur art-work. Brandon Capps reconnaît que cette contribution fut fondamentale : « Beaucoup d’habitants de Phoenix ne possédait aucun de nos albums, mais j’ai reçu des lettres d’Italie, du Japon, de Belgique. C’était génial. ». L’influence de Bruce Licher n’allait pas que se traduire en terme de reconnaissance mais allait également marquer la philosophie de cette scène shoegaze d’Arizona, lui qui avec son premier groupe Savage Republic, allait bousculer les groupes du rock, insérer des échos post-modernes, de musique tribale et de post-punk particulièrement i
nnovant.
Lorsqu’il s’installa définitivement en Arizona en 1992, Bruce Licher en profita pour monter une nouvelle formation, Scenic, qui puisa son inspiration dans l’esprit de la région. Intégrant aussi bien la musique d’Enio Morricone que les saturations instrumentales post-rock, Bruce Licher allait lancer un concept, hommage aux déserts d’Arizona, au travers sa musique mais aussi une série de photos au graphisme superbe, publié par son propre label Independent Project.
Brandon Capps allait également participer au groupe en tant que guitariste. Si bien que lorsqu’il voulut monter son festival local, ce fut tout naturellement que Scenic fut placé en tête d’affiche, dont l’éthique allait devenir le crédo de toute la scène locale. Comme l’explique très bien Brandon, « Independent Project Records n’était pas une grosse corporation mais juste l’activité personnelle de Bruce dont il consacrait son temps libre ». C’était cet esprit que Brandon Capps voulait insuffler à l’ensemble de son festival.

Aussi surprenant que cela puisse paraître pour une série de concert de dream-pop et de shoegaze, genre minoritaire et encore quasiment inconnu aux Etats-Unis et à plus forte raison en Arizona, des magasines comme Option ou Alternative Press se penchèrent sur l’événement, permettant d’attirer l’attention et de permettre le renouvellement du Beautiful Noise festival.
C’est ainsi qu’en février 1995, Brandon Capps organise une deuxième soirée dans la salle « El Rancho de Los Muertos » à Phoenix, où il invite essentiellement ses amis : Alison’s Halo, Loveliescrushing, Nostalgia Drags, The Aprils, Six String Malfunction et bien sûr Scenic. Tous originaires d’Arizona : Six String Malfunction sera le projet solo et lo-fi de Rolan Daum, enregistrant chez lui, à Phoenix, seul dans sa maison sur une 4-pistes. Quant à Nostalgia Drag, il s’agit de la récréation de trois étudiants de cette même ville, Brent Miles, Bobby Lundberg, Matt Wiser, désireux de laisser parler leur agressivité. Originaire de Tempe, toujours en Arizona, Alison’s Halo, mené par la chanteuse Catherine Cooper et son frère Adam, évoluera plus dans une veine dream-pop, tandis que Lovesliescrushing, ce couple torturé, s’épanouira dans le gothique. Brandon Capps résume alors le style qui réunit toutes ces formations : « La composition du festival est assez éclectique, mais la chose qu’on a en commun, c’est qu’on pratique une musique originale. C’est atmosphérique et lunatique. Les sons proposés ne se limitent pas aux structures classiques de la pop. Nous sommes un peu perdus dans nos royaumes farfelus pour ainsi dire. »
Ce qui pourrait passer pour un handicap, le public ayant peu de chance de s’intéresser à une pop si difficile et détachée, a été au contraire une source de motivation pour monter ce projet rassembleur. Car en Arizona, comme ailleurs du reste, il demeurait extrêmement compliqué de pouvoir écouter ce type de musique, noyé sous les grosses productions et les tubes diffusés en boucle à la radio, qui avaient plus à faire avec le mercantilisme, l’appât du succès facile, qu’avec une vraie réflexion musicale. A ce titre, Brandon Capps se montre assez virulent : « En fait, la scène est née surtout de la frustration. J’ai remarqué qu’il y avait pas mal de choses qui méritaient d’être produites, mais qui l’étaient sur une simple 4-pistes par des groupes d’étudiants, des gens qui ne sortaient jamais de leurs bars habituels. Beaucoup de ces musiciens ont fait part de leur frustration en tentant de sortir de leur région et en publiant des albums. Lycia, par exemple, a vendu pas mal de CD dans le monde. Je me suis dit alors que ce serait pas mal de réunir tous ces groupes un soir qui partagent comme nous une certaine frustration devant la musique locale, assez mainstream et décevante. »
C’est ce
qui a constitué alors le moteur du Beautiful Noise festival, finalement lieu de rendez-vous d’une certaine frange de la musique américaine, laissés pour compte, isolés et désireux de se réunir, se rencontrer et se faire connaître. Brandon Capps s’autorise même le luxe d’entretenir l’espoir d’une reconnaissance plus grande : « Je suis assez optimiste concernant cette deuxième session de festival car la communauté est plus grande et soudée. Les radios sont aussi plus enclins à diffuser une musique différente de ce qu’ils avaient l’habitude de passer et c’est un gros changement. »

Un autre rendez-vous fut fixé quelques mois plus tard, cette fois-ci tout au long d’un week-end, en octobre 1995, à Mesa, toujours en Arizona et toujours sous la houlette de Brandon Capps. Le festival, intitulé « All fish go to heaven », allait étendre sa liste de figurants et comporter quelques unes des formations les plus talentueuses de la pop indépendante de l’époque. Outre les groupes locaux Half String, Scenic, The Introspection Trio et Alison’s Halo, qu’on retrouve une fois encore, le festival allait également accueillir des groupes comme AM Radio All Star ou Monte Verdict Stars (la nouvelle formation de Brent Miles et Bobby Lundberg, de Nostalgia Drags). C’est au cours de ce week-end mythique que des groupes shoegaze de Californie eurent l’occasion de se produire et de participer à la fête comme Jupiter Sun, Aberdeen (qui avait auparavant signé deux singles sur Sarah Records) ou encore Super Thirty-One. Le festival avait pour but de concrétiser toutes les associations existantes mais également d’en créer de nouvelles. Comme le raconte Beth Arzy : « Aberdeen, lors de sa reformation, a engagé Brian Espinoza, qui faisait partie d’un groupe qu’on aimait bien voir, Super Thirty-One. Durant la vague shoegaze, tu ne pouvais pas rendre visite à groupe sans le voir faire un concert, alors on est allé à ce truc, le All Fish Go to Heaven, en Arizona, et c’est là qu’on a rencontré Brian. ». Le festival devient alors une sorte de congrégation de musiciens.
L’événement sera parrainé là aussi par Bruce Licher, qui d’ailleurs s’occupera de réaliser les tickets, avec son célèbre hippocampe. Grâce à lui, le festival pu également accueillir en tête d’affiche le groupe For Against, qui d’habitude sortait très peu du Nebraska, source d’influence des années 80 pour toute cette communauté shoegaze et véritables idoles de Brandon Capps. A noter également l’apparition du groupe d’Athens, Apples in Stereo, qui allait devenir reconnu par la suite avec Elephant Six Records.
Même si tous ces groupes avaient un faible aura de diffusion (par exemple, Six String Malfunction qui était en réalité le projet solo de Rolan Daum, ne fit que très peu de concerts à Phoenix, contraint de devoir faire appel à des musiciens sans cesse différents, quant à Alison’s Halo, ils ne purent jamais sortir d’album), le festival eu l’avantage de les exposer tous ensemble, en un seul lieu et pour une seule date.
L’objectif de Brandon Capps était à la fois simple et clair : propager le mot « shoegaze » parmi les gens, terme encore inconnu à l’époque du grand public. « Je ne veux pas forcer les gens à apprécier notre musique. Et je ne cherche pas non plus refaire ce qu’il s’est passé à Seattle. C’est juste une manière de montrer ce qu’on fait aux gens, en espérant que ça leur donne envie de commencer à jouer à leur tour, même si c’est peut-être une musique peu conventionnelle. » se justifie-t-il.

Malheureusement le festival, bien que sidérant de part la concentration de groupes influents et représentatifs de la scène de l’époque, reste aujourd’hui complètement oublié, au mieux un vague souvenir. Le Beautiful Noise n’aura jamais été un succès mais il demeura une communauté culte, peu écouté mais immensément talentueux.
Car jamais personne, en dehors de l’Arizona, ne s’intéressa véritablement à ce type de musique, hormis quelques fans transis, trop peu nombreux, et la portée du Beautiful Noise ne se limita finalement qu’aux artistes eux-mêmes, qui trouvèrent là un moyen unique pour se rencontrer et nourrir leur passion. Pour le grand public, l’occasion est manquée. Sans doute trop d’écart. Sans doute aussi que l’isolement de la région fut un frein considérable. Excédés, fatigués par tant d’efforts vains, outrés de voire que des formations grand public raflaient la mis
e, certains musiciens ont jeté l’éponge. Même Brandon Capps le reconnaît : « Les gens se contentaient d’exposer leur composition écrite dans leur chambre. Ils souhaitaient dépasser le simple cadre des bars dans lesquels ils tournaient. Le Beautiful Noise a été intéressant de voir quelque chose de différent dans cette région qui avait toujours été un trou perdu. Malheureusement, les choses n’ont jamais pu aboutir. Les groupes se sont séparés, ont déménagés ou se sont juste renfermés dans leur coquille. C’est plus le « Beautiful Void » maintenant. Les gens tombent dans l’apathie très facilement ici. Certains qui furent très influents sont partis après avoir perdu patience. Je ne les blâme pas, moi-même j’ai désiré aller dans un endroit plus fertile en terme de création. »

C’est ainsi que la scène du Beautiful Noise a fini par s’éteindre progressivement.

Compilation : Splashed with Many a Speck

Publié en 1997 par le label Drewdrops Records, la compilation (un double CD !) regorgeait de titres à la fois shoegaze mais également dream-pop, voire gothique, faisant quasiment tout le tour de ce qui se faisait dans le style aux Etats-Unis à l’époque. Une preuve qu’il n’y avait pas que le grunge ou le punk mais aussi des gens épris de musique plus éthérée et langoureuse. Ainsi, en plus de la scène Beautiful Noise (Half String, Super Thirty-One, Six String Malfunction, Alison’s Halo, Loveliescrushing, Scenic), on y trouve jointes d’autres formations shoegaze américaines, comme Closedown, Bethany Curve, The Curtain Society, Orange, Deardarkhead, The Sunflower Conspiracy, voire même les japonais de Luminous Orange.
Et comme le gothique n’est jamais loin, il n’est pas surprenant d’y voir associés des artistes comme Love Spiral Downwards, The Von Trapps ou encore Faith and Disease.

Sources :

Interview de Brandon Capps : Vendetta #8

Reportage sur le Beautiful Noise Festival : New Phoenix Times

Biographie de Scenic : Ternovossa