30 novembre 2007

Bang Bang Machine : Geek Love (vidéo)

Single de l'année 92 et on comprend pourquoi !
Un rythme tout droit issu de la dance music et de la techno, une mélodie à la guitare à tomber à la renverse et surtout, surtout, une voix d'ange à faire pleurer !
Tout simplement merveilleux...

The Ropers : Revolver (vidéo)

Un des nombreux groupes de la scène Ouest américaine, mais un des rare à avoir eu le droit à un single diffusé sous forme de clip. Une manière donc de découvrir un des représentants de Slumberland Records.


25 novembre 2007

The Werefrogs : Swing


Swing de The Werefrogs

Sortie : 1993
Produit par Anjali Dutt
Label : Ultimate


Il y a quelque chose qui cloche avec la musique de Werefrogs. Entraînante et tonitruante, elle laisse tourbillonner des mélodies entêtantes et des bourdonnements de guitares saturées mais il y a derrière elle, on le sent, on le devine, un spleen à peine dévoilé.
Conservant une structure d’un premier abord énergique et bien ancrée dans l’action (« Green » ou le violent « Nixie Concussion»), le groupe sème pourtant quelques touches qui plombent l’ambiance, comme ça, l’air de rien. En fait on a le droit à neuf plaintes qui ressemblent plus ou moins à des formats de rock accrocheur. Les guitares s'entrelacent, les larsens se prolongent dans le lointain, la batterie éclate de tous les côtés mais il subsiste toujours cette teinte grise par dessous qui rappelle que la beauté peut aussi avoir quelque chose de triste. Mais les parties de guitares, ce son saturé, ne sont le signe que d’un état d’esprit quelque peu désabusé. Une rage frustrée s'insinue malicieusement, que ce soit au cours d'énergiques brûlots (l'excellent "Transfigured" qui démarre comme un titre sadcore de Idaho et où le chanteur finit par crier) où le jeu parfait trouve toujours une ligne de déviance, dans des passages instrumentaux vigoureux ou dans quelques prolongements de saturations qui glissent et s'échappent, ou que ce soit pendant ces retenues, cette légèreté, ces coups d'oreillers que l'on entend dans "Doctor Pain", morceau plus évasifs, proche du jazz. La voix du chanteur s'y fait plus soufflée, la batterie plus discrète et matinée et les guitares plus douces.
Les distorsions de départ de « Jellyfish » avant que la basse ne rentre balise bien la route pourtant : le monde est moche, gardez ça à l’esprit, et ça risque parfois de vous faire mal, et le pire, c’est que vous ne pourrez rien y faire. Et quand bien même le refrain, magnifique et éclatant, finit par survenir, ce n’est que pour rajouter une dose supplémentaire à la boule de colère qui est en train de se former. Le chanteur s’éraille même la voix sur la fin.
Mature, racé, le rock de The Werefrogs impose d'entrée et sans détour une façon de consumer la poudre captivante. Pourtant il s'agit d'autre chose: ce n'est pas la fougue de la jeunesse qui parle mais un certain abattement, qui teint en gris toutes les compositions. Et une certaine grâce jaillit des moments plus calmes et des ballades névralgiques, aux mélodies claires et somptueuses, comme sur le final « H. Dumty », à la guitare sèche.
Il est hors de question de faire du tape-à-l'oeil ou de l'esbroufe. Toutes guitares dehors et sensibilité à fleur de peau, The Werefrogs se fait juste, direct et entier.
On aurait du deviner, et on s’en veut d’avoir été pris au piège, qu’en réalité, le groupe new-yorkais est parasité par une tristesse, comme en témoigne « Lighthouse », sa guitare sèche, ses saturations en arrière fond, et ce refrain plombé, qui descend, et descend encore, alors qu’il devrait au contraire être moins grave que le couplet. Ici c’est l’inverse parce qu’on se laisse aller. Et que toute cette inutilité d’action se convertit en frustration, qui tourne sur lui-même, se débat inutilement, à l’image de cette voix trafiquée, de ces solos de guitares qui semblent se noyer ou de cette basse qui écrase tout. « Now that is over, I’m just a little colder » est-il répété jusqu’à extinction. Et alors c’est là que toute la tristesse insondable du groupe apparaît au grand jour, morne et effrayante.
Une noirceur absolue révélée le temps d’un instant en plein milieu de l’album, plutôt qu’à la fin, non pas comme la vérité enfin dévoilée, mais au contraire une brève apparition de la facette cachée du groupe et de la justification de leur musique. Car derrière ce jeu en tohu-bohu, il y a ça : un désespoir qui transforme « Goddess » en morceau lent, rampant, soutenu par une basse et une guitare sèche répétitive, véritable écrin à des propos sans la moindre once de gaîté. « I know it’s a selfish world » est-il murmuré d’une voix absolument grave.
Puis vite, on éteint les lumières et on passe à un morceau plus rock, quitte à couper la chanson, presque plus léger (le superbe « Potvan » avec ses hoquets qui montent dans les aigus), comme si prolonger aurait été insoutenable. Mais trop tard : le venin a pris.

Half String : Tripping Up Breathing


Tripping Up Breathing

Sortie : 1995
Produit par Brandon Capps
Label : Independent Project Records


Brandon Capps se risque enfin à durcir son ton et à se doter d’une force supplémentaire sur les cinq chansons qui composent ce maxi. Comme pour se convaincre lui-même de son attachement à la réalité, alors que cela fait bien longtemps qu’il ne représente plus qu’un continent à la dérive.
Toujours aidés de guitares sèches et d’une surenchère d’instruments électriques, le rythme devient beaucoup plus tonique, tourbillonnant (« Quiet Like Seeds »), sans pour autant oublier les arpèges, véritables signatures du groupe (« Brief Like Photograph »). Avec « Evergreen », on dirait Moose à ses débuts, lorsque ceux-ci mettaient en scène une fuite en avant, mais sans conviction, juste pour regarder ce qu’il se passe lorsqu’on court. Le reste demeure contemplatif. Le dernier morceau, instrumental, fait appel à des sonorités étranges, évoquant le cold-wave.
La voix de Brandon Capps a quelque chose de fatigué, ce qui n’est pas sans évoquer le chanteur de Red House Painters. L’esprit n’est pas à la fête, il est juste en mode passif. Cela s’en ressent avec « Slipknot », beaucoup plus calme et reposé.
Cet EP paraîtra une fois de plus sur Independent Project, emballé dans une somptueuse pochette en carton (signé Bruce Litcher), comme la majorité des artistes signés sur ce label, renforçant cette musique rêveuse, sensorielle et parfois inquiétante, parcourue d’accords noisy, de guitares sèches ou de rythmes glacées.
L'intensité sonore se construit lentement et s'impose à coup d'ambiance délicate ou d'éclairs de guitares.

22 novembre 2007

My Bloody Valentine : Isn't Anything


Isn't Anything de My Bloody Valentine

Sortie : 1988
Produit par Kevin Shield
Label : Creation Records

A sa sortie, cet album fut un pur OVNI musical. Impossible de rattacher ce son à quelque chose de déjà connu. Encore un peu tâtonnant et hésitant, on fit pourtant beaucoup mieux par la suite, à commencer par le groupe lui-même, mais à l’époque tout restait à inventer. Et les premiers à s’y coller furent My Bloody Valentine.
Imaginez, on était en 1988, autrement dit la préhistoire, et déjà le résultat ébouriffant d’une torture faite à la pop. Guitares tranchantes comme des lames d’acier, samples plaintifs et voix angéliques sorties d’ailleurs : c’est à ne rien y comprendre. Pourquoi refuser la simplicité ? C’était la toute première fois que la pop était l’objet d’expérimentation, elle la pudibonde, la timoré, qui fricote désormais avec un arsenal inquiétant et un masochisme à faire froid dans le dos.
Lorsque les journalistes tombèrent sur « Soft as snow (but warm inside) », ils ignoraient à quel point ce titre collait parfaitement à la chanson. Ils restèrent tout simplement sans voix à l’écoute ce ces coups de batterie martelant, presque méchants et agressifs, de cette basse ronde qui s’efface devant ces guitares qui ne tracent aucun riff mélodieux, mais juste des plaintes déformées comme des machines industrielles déréglées. Morceau trippant, presque tribal, dont l’effet surprenant aux oreilles est renforcé par les chœurs de Belinda tout en chant de baleine, énigmatique et captivant.
Et ce morceau s’enchaîne immédiatement sur une douce ballade (« Lose my breath ») à la guitare sèche où la voix douce de Belinda fait des ravages, ponctuant ses couplets par des « ouh ouh ouuuuuh » ravageur et sexy. A peine deux chansons, et déjà, on est dans un monde complètement nouveau.
« Cupid Come » et ses guitares lascives qui introduisent un morceau de toute beauté, pleine de nonchalance esthétique (le chant à la fois suave et branleur de Kévin), n’arrange rien à l’affaire : à peine a-t-on le temps de s’attacher à une mélodie que celle-ci est noyé par un brouillage fait de fanger, de fuzz et de feedback. Pourtant ce jeu de guitare n’est pas crade ou brouillon (Kévin Shield était un maniaque obsédé de la production), mais plutôt surchargé, moite, intense. En témoigne « (When you wake) You’re still in a dream », titre vif, sonique, presque punk, si il n’y avait pas les choeurs de Belinda qui changeaient tout.
On se dit alors que l’on va retrouver un semblant de linéarité, un accessit plus évident et moins de propos abscons, on fait alors face à « No More Sorry », composé uniquement de samples, qui tremblent, qui remuent, qui gigotent, qui bouillent, qui glissent et dérapent.
On surprend au sein de cet album atypique des orages magnétiques, des guitares complètement saturées, des bourdonnements, des synthés pathétiques, pleins de bruits bizarres. Ça n'arrête pas. Pas l’ombre d’une seule chanson normale. Impossible de faire la liste exhaustive de tout ce que contient le disque. Chaque nouvelle écoute révèle un nouveau détail. A chaque instant on frise le génie, tant l’inventivité de ce groupe fondateur est débordante.
Parfois ça cogne, ça montre les crocs, ça arrache et ça fait mal, comme sur le single « Feed me with your kiss », mais à chaque fois on distingue derrière ce fouillis un semblant de pop et de refrain accrocheur, quand bien même les voix sont neurasthéniques. Les sous-entendus sexuels sont à peine voilés. En pleine orgie, sous l’emprise des drogues, le couple Shield / Butcher passaient leur passion sous un mixeur / broyeur sans aucune pitié. « You never should » ou l’excellent « Nothing much to lose » rivalisent d’urgence, de précipitation, de crachat sonore tout en maintenant préservé dans une bulle de pureté, un certain allant romantique et poétique. Le résultat de leur délire est compris en entier dans cet album, à la fois abject et à la fois d’une beauté fascinante.
Beaucoup de journalistes et de critiques musicaux eurent du mal à trouver les mots pour décrire des chansons de la trempe de « I can see it (but I can’t feel it) », ses guitares sèches plombées, ses larsens, et ce chant désabusé, accompagné de chœurs célestes. L’album ne ressemble en aucun cas à ses contemporains et encore moins aux canons commerciaux exigés par les grosses maisons de disque. Isn’t Anything est avant tout un album expérimental. Quitte à éprouver tout d’abord un sentiment de rejet. Mais après y avoir décelé quelques secrets (le jeu à la batterie de Colm O’Closoig est épatant) ou des timbres de voix à tomber à la renverse, on ne peut que succomber à l’ivresse tourbillonnante de ce disque.

19 novembre 2007

A venir prochainement

Modifié : le 6 octobre 2009

Et voilà, petit à petit, le site se remplit, et il ne reste plus beaucoup de groupes à découvrir (quoique !), et oui !
En effet, voici quelques pistes des futurs articles à venir, histoire de nourrir votre impatience :

Chroniques : les japonais de Coalstar of the Deepers, les irlandais Whipping Boys, Long Fin Killie et ses violons celtes, The Jupiter Sun, du label Slumberland ou les gothiques de All About Eve, c'est loin d'être fini !

Biographies : bientôt vous saurez tout sur Ride, dernière série des biographies !


Historiques : à suivre, l'historique sur la scène américaine de l'Arizona, très prolifique à l'époque. Certains m'ont demandé pourquoi The Jesus and Mary Chain n'était pas présent : ils auront leur place ; tout un article de fond leur sera consacré.

Analyses : cette partie, non moins intéressante, ne sera pas en reste, au contraire, avec en chantier, des articles de fond sur l'influence des drogues (avec l'axe Spacemen 3 - Spiritualized), mais aussi une analyse de l'esthétique et du graphisme du mouvement


Le site est donc loin d'être complet : n'hésitez pas à revenir régulièrement...

Musicalement votre,

Vic

14 novembre 2007

Fiche artiste de Planète Zen


Planète Zen

Le 22 janvier 1992, Bernard Lenoir choisit de diffuser sur les ondes de France Inter le single « Charlie The Spaceriver » et s’écrie alors : « C’est le meilleur groupe du monde ! ».
Evidemment il serait un peu trop facile de réduire le groupe à cette seule phrase, mais aujourd’hui tout le monde a oublié Planète Zen et il ne reste que le souvenir de l’euphorie de Lenoir pour ce trio sympathique mais qui ne rencontra qu’un maigre succès, à une époque où la France n’avait de yeux que pour le rock torturé et violent de Noir Désir.
Deux EP et deux albums seulement au cours des années 90 pour une musique pop digne d’intérêt mais qui n’en suscita que trop peu. Le trio composé de Muriel Bonfils (chant), Stephan Haeri (guitare) et Christophe Chiabba (basse) a été un des premiers à pratiquer du rock shoegaze en France, et ce dès 1990, avant d'ajouter quelques expérimentations à sa pop, notamment du côté électronique. Mais cela ne suffit pas et le groupe du se séparer.

On retiendra cependant leur premier album, sorte de mélange pop-punk-shoegaze-indie, The Primitives rencontrant My Bloody Valentine, qui sera publié par Single KO, le label parisien. Il permit au groupe d'acquérir une certaine notoriété dans le milieu des fanzines. Malheureusement, il fut très mal accueillis par la presse intellectuelle, du style Télérama ou Les Inrockuptibles.
Hélas, les déboires ne s'arrêtent pas là puisque le label Single KO du mettre la clé sous la porte.Suit alors une période trouble, de nouvelles chansons resteront dans les cartons, et le groupe se murera dans le silence, ponctué de rares concerts comme à la Route du Rock en 1993.
C’est finalement en 1995, avec Pascal Vaillant (batteur et ex-Turbidine) mais sans Christophe Chiappa, parti à l’Armée, que le groupe ressort de l’ombre. Le maxi Tous les jours de Mars sort en édition limitée sur Garage Records. On y notera les premiers textes en français et la participation de Valérie Leuillot du groupe Autour de Lucie, qui marquera le début de leur amitié.
Encouragé et aidé par le groupe Tango, Planète Zen signera sur le label XIII Bis Records, qui leur réclamera un album. Leur amis de Autour de Lucie viennent leur prêter main forte et l’album est enregistré en 15 jours seulement par Frédérique Kirster au studio garage. Terr… sort le 20 mai 1996 avec un nouveau son : l’électronique prend la place de l’acoustique. Il sera mieux accueilli mais comme tout groupe français indépendant, les ventes n'atteindront jamais un niveau correct, condamnant le groupe...

Lucie Vacarme : Metalvox EP


Metalvox EP de Lucie Vacarme

Sortie : 1991
Produit par Lucie Vacarme
Label : Lithium


Lorsqu'on est étudiants et que l'on reprend le "Freak Scene" de Dinosaur Jr (à l'époque totalement underground), on ne peut pas dire qu'on met tous les atouts de son côté pour percer. Déjà donc, le but de ces toulousains ne se situaient clairement pas dans la recherche de reconnaissance. Désireux de pousser le rock dans ses derniers retranchements, il s'employa alors à pratiquer une musique archi-criarde, saturée et brouillonne, à la limite de l'audible, notamment en concert. Comme il fallait bien commencer quelque part et qu'à l'époque son groupe était à la recherche d'une identité propre, les comparses estudiantins allaient plutôt fouiner du côté des bruitistes, de Sonic Youth à My Bloody Valentine, en passant par Mercury Rev. Le résultat ne fait donc pas dans la dentelle. Et malgré le soutien de Lenoir, Lucie Vacarme resta dans l'ombre et le reste encore maintenant, même si le guitariste Michel Cloup (avec Diabologum ou Experience) jouit d'une autre aura désormais. En effet pas énormément de jeunes écoutaient ce genre de musique, si loin des morceaux frelatés servis en soupe tiède à la radio.
Il fallait oser, pour le coup, écrire un titre comme "Encore Stéphanie", massacre sans ménagement, avec ses longs slides crispants, son riff entêtant et ses accélérations, sous lesquels se dégagent, chantée d'une voix douce, voire inaudible, des paroles en français, dont on ne comprend finalement pas un mot, tant tout est enseveli sous un nuage de distorsions tordues et tarabiscotées. On le jurerait pourtant : il s'agit bien de pop !
Cette radicalité en matière de recyclage des influences est une des particularités de Lucie Vacarme. Ainsi le vif "Freak Scene" sera chanté non pas d'une voix nasillarde, mais plutôt fatiguée et nonchalante, à la manière des groupes shoegaze. Le groupe se place d'emblée et sans le savoir parmi les défricheurs français. Les travaux sur le son, le collage des mélodies, le détournement, la perversité (en témoigne "Metalvox", ses solos distordus, ses guitares lourdes, sa rythmique instrumentale et surtout ses dérapages) serviront de mouture pour Diabologum, le futur projet de Michel Cloup.
En attendant de devenir un artiste conceptuel reconnu, le guitariste n'était alors qu'un étudiant amoureux de ses idoles et désireux de ne rien faire comme personne. Il y a une certaine manière de prendre les choses par-dessus la jambe chez ce garçon. Jouer fort, bruyamment, en cassant les mélodies (ces sirènes stridentes qui oscillent en permanence) mais s'en moquer, faire comme si ce n'était pas important comme si la vie n'en dépendait pas, car finalement la vie est morne mais vaut mieux en rire. Du coup, des paroles aussi naïves que "je ne regarde que toi mais tu ne me vois pas" prennent une tout autre tournure lorsqu'elles sont lâchées doucement au milieu d'un bordel sonore sans nom. Le morceau "Essaie De Comprendre", un de leur plus célèbre, est symptomatique de l'esprit du groupe : dialogue de mélodies à la guitare, couplet enchanteur, d'une langueur incroyable, rehaussé par des chœurs féminins en arrière fond, tout en étant écharpé par des distorsions foldingues. On vibre au beau milieu d'un univers mutin, infantile et capricieux. Voire passionnel. A l'image des shoegazers. Le morceau se lâche sur la fin et finit complètement sous le coup de crispations fracassantes, avant que les chants savoureux réapparaissent.
Comme si les quatre de Lucie Vacarme disaient aux gens : "Vous avez mal aux oreilles ? Et bien tant pis, parce que nous, on adore ça !".

4 novembre 2007

Planète Zen : S/T


Planète Zen

Sortie : 1992
Produit par : The Rise and Fall of a Decade
Label : Single KO


Ce groupe aurait du rafler tous les succès, seulement, il y avait un tout petit problème : Planète Zen, au-delà de trahir son pays en chantant en anglais, pratiquait du shoegaze, et à l’époque, hormis quelques étudiants bretons ou parisiens, tout le monde s’en foutait.
C’est bien dommage car les titres font preuve d’un sens incroyable de l’accroche. Les mélodies se savourent comme des bonbons, malgré l’acidité des guitares. Certes la formule : distorsions + voix délicieuse (celle de Muriel Bonfils) peut paraître simpliste, surtout lorsqu’elle se décline sans peu de variations (toutes les chansons se ressemblent ou à peu près), mais elle permet de mettre au goût du jour la pop. Et d’offrir un allant, une fougue et une fraîcheur retrouvée à des mélodies naïves de simplicité.
Des titres enjoués, simplistes, assez courts, joués dans le rouge et recouverts de sons criards, voire même crispant, ne traduisent que l’empressement du groupe à se lancer dans la musique, quitte à brûler quelques étapes. « Vu que je ne savais pas du tout jouer de guitare, c'était facile: je branchais une disto, j'envoyais deux accords... ça sonne tout de suite, ça fait du bruit et quand tu fais du bruit les gens ont l'impression que tu sais jouer! » avoue Muriel Bonfils.
Alors on pourra toujours dire que après tout, Planète Zen ne fait rien de plus que du My Bloody Valentine, et certains journalistes ne manquèrent pas de le faire remarquer, et a priori c’est vrai. Planète Zen n’apporte rien de neuf. Mais ça ne peut pas faire de mal.
Et avec des chansons de la trempe de « Charlie the spacedriver » (leur plus célèbre single, celui qui lancera leur carrière) ou « Why we split », il ne faudrait pas s’en priver. On reprocha un certain manque de risque, notamment pour s’obstiner à chanter en anglais, mais cela n’est qu’un malentendu. Muriel Bonfils devra se rendre à l’évidence : « il y a vraiment un problème de rythmique dans notre langue. Il est plus difficile d'écrire des textes qui soient cohérents et qui sonnent bien, car notre vocabulaire chargé de sens est souvent trop long pour en faire des phrases intelligibles. Je prends les textes comme ils me viennent, indifféremment dans une langue ou l'autre, je ne réprime rien. ». S’arrêter là-dessus implique de passer à côté du charme indéniable de chansons comme « Dreamland » (et la voix incroyable de Muriel), véritables bombes soniques, ou bien le lancinant « Solar Hammond ». Car en réalité, le groupe ne se prend pas à la légère, comme le démontre certains titres (« J’aime pas les poufs »).
Le mérite de Planète Zen, à défaut d’être original, est de remettre au goût du jour, une certaine idée de la pop, directe, franche, entière et sans maniérisme, presque punk. On ressent pas mal l’influence de groupes comme The Darling Buds ou The Primitives en fin de compte, et il n’est finalement pas si étonnant que ça de noter la présence de « Denis », reprise de Blondie, envoyé pied au plancher et délicieux de minauderie. L’album cache même une petite ballade merveilleuse, noyée sous un déluge de guitares, « Slow », où le tempo ralenti et la voix féminine doublée font des ravages !
Et finalement le cas Planète Zen résume bien le mal du rock français : le problème ne vient pas du manque de qualité, surtout avec la vague indie des années 90 dans laquelle s’inscrivait en plein le trio, mais du fait que peu de gens en France sont capables de s’en apercevoir…

3 novembre 2007

Half String : A Fascination With Heights


A Fascination With Heights de Half String

Sortie : 1996
Produit par Ken Mari
Label : Independent Project Records


Il aura fallu pas moins de quatre années pour que le groupe provenant de l’Arizona puisse publier son premier album. Et le moindre que l’on puisse dire, c’est que ça ne ressemble en rien à une musique qui pourrait provenir de l’Arizona.
Adoptant des textures très soignés (ah ! la basse de « Shell Life ») et vaporeuses hérités de groupes anglais, Brandon Capps, faute de pouvoir quitter la platitude rattaché à son état natal, lancera son groupe dans une échappée folle, une cavale aussi bien dans la finesse que la majesté.
Seulement cela est tellement éloigné de ce qui se faisait à l'époque aux Etats-Unis que la formation ne trouva aucun écho.
D'autant que ce premier album ne survint qu'en 1996, au moment où le shoegazing n'était qu'un lointain et mauvais souvenir (pour la plupart des gens). Et ce n'est pas l'obscur et très arty label Independent Project Records qui allait aider la formation à trouver une large diffusion.
Mais cela convenait très bien à Bradon Capps, dont l'ambition réelle était de pouvoir pratiquer une musique personnelle, tout en restant le plus discret possible. Une musique rêveuse, innocente et vaporeuse, parfois nerveuse (« Backstroke »), même si les chants célestes évitent toute affectation rageuse (« Lolligag »). L'intensité se retrouve plutôt dans les arpèges cristallins, la sécheresse de la basse, le rythme souple et la multiplication des partitions de guitares, virant parfois à la création d'un mur du son enivrant (« Hurrah ? »). Plus que sur les premiers singles, le ton est concis, direct, dessinant des chansons accrocheuses (« A Fascination With Heights » prend ainsi des airs de bossa nova noisy), tout en gardant ce caractère volubile. Les textures s'envolent vite, notamment quand les saturations décollent ou que les guitares s'emballent. L'ivresse survient surtout lorsque l'ambiance se met en pause au cours de passages atmosphériques irrésistibles. Et que les parties de guitares dérivent de manière léthargique, composant un climat élégiaque, qui n’est pas sans rappeler des groupes anciens comme Felt ou Durutti Collumn.
Brandon Capps était tout aussi bien porté sur les groupes shoegaze dont il était adulateur mais il reconnaissait des influences flânant volontiers vers le post-rock, de Bark Psychosis à Savage Republic, en passant par For Against, groupe fondamental des années 80. De ces formations, il conservera le goût pour la longueur, la prédominance pour l'instrumental et les tendances compulsives pour contourner insidieusement tous les schémas structurels pré-conçus (« Departures », démarrant de façon grave avant de s’ouvrir au soleil). Il est ainsi surprenant de se rendre compte qu’il est difficile de se souvenir des mélodies entendues, comme s’il avait s’agit d’un rêve.
On sent l'envie de conduire sa musique vers une grâce chimérique, tant l'application à poser une ambiance légère et funambule se ressent partout.
A Fascination With Heights est l'album idéal pour se plonger dans de longues heures à flâner et dont les mystères se révèlent en fonction de sa disposition.