30 septembre 2011

Fiche artiste de Low Dream

Low Dream

La rock indépendant, c'est ça : nouer un contact privilégié avec les fans pour faciliter leurs venues durant les voyages et les concerts. Low Dream est devenu un groupe culte grâce à son rapport étroit avec son public, limité mais fidèle.
Pourtant, en live, Low Dream ne ressemble en rien à un groupe fougueux et agressif, qui en jetterait plein la vue, bien au contraire, sa mixture à base de guitares ressemble à une séance d'hypnose, basée sur un bruit éthéré.
Considéré comme le plus anglais de tous les groupes brésiliens, pour son style influencé par le courant shoegazing (mais également le psychédélisme du Velvet Underground), Low Dream est né à Brazilia en 1991.
Les frères Giulliano et Giovanni Fernandez, après avoir été dans un groupe appelé Flower's Land, se sont associés avec le bassiste Samuel Wolf, puis ont sorti une première chanson, "Dreamland", vendu à plus de 800 exemplaires et diffusé sur le MTV local. Elle sera ajoutée à une démo, qui avec ses six guitares mixées, préfigurera la son du groupe, très condensé.
En 1993, le groupe se fait remarqué pour sa prestation réussie et inoubliable au célèbre Juntatribo Festival, évènement essentiel qui a lancé la nouvelle scène shoegaze du Brésil. L'année suivante, sort leur premier album, hommage à My Bloody Valentine (ce qui sera revendiqué par les auteurs eux-même). Le trio reçoit alors toute l'admiration du public, qui se déplace dans plusieurs Etats du Brésil pour les voir.
Low Dream signe alors sur Midsummer Madness, label important puisqu'il héberge la plupart des groupes shoegaze brésilien, comme Old Magic Pallas ou Brincando de Deus. Le deuxième album sort en 1996 : il sera davantage mélodieux, davantage pop, bénéficiera d'un son plus clair, et nécessitera de l'apport d'un quatrième membre, le guitariste Eduardo Luiz, fraîchement débarqué d'Europe. Il sera une parfaite réussite et un des meilleurs albums du rock indé au Brésil.
Malheureusement le manque de structure efficace de diffusion au pays et le manque de place médiatique accordé au rock indé, entraîneront la séparation du groupe, qui aboutira fatalement après une longue période d'inactivité et de silence radio, malgré le projet parallèle Magneto. Seul Guilliano arrivera à tirer son épingle du jeu, en devenant, sous le nom de DJ Hooper, un des plus intéressants artistes électro de Brasilia.

Source : biographie

28 septembre 2011

Low Dream : Between my dreams and the real things


Between my dreams and the real things de Low Dream

Sortie : 1994
Produit par Low Dream
Label : Rock it!

« Sugar », « Dream », « Butterfly », « Precious Love », «Treasure», «Candy» : lorsque l’on s’attarde sur les titres employées pour ce premier album, on se rend bien compte de l’illusion encore prégnante chez ces jeunes garçons. Un domaine remplis de rêve, d’innocence et de désirs fous de tout embrasser d’un seul coup d’un seul, avec des guitares qu’on saturerait à fond.
D’ailleurs, souvent, le rythme est emballé, comme si les musiciens n’avaient que trop attendus pour s’exprimer, frappant les caisses à une vitesse accélérée, et maintenant une saturation envahissante tout du long. Les morceaux sont courts, punchy, vite commencés et vite finis. « Sugar Drop », « I had never had sugar dream », avec sa voix grave et soufflée, « Watching Caroline’s dream », mené tambour battant, autant de chansons raccourcies qui témoignent d’une envie de se lancer en avant. A lui seul, l’indépassable « Lose my dreams (in a deep blue sky ») et son refrain inoubliable, résume la conquête folle d’une jeunesse insouciante, éprise de romantisme et d’illusion.
Alors bien-sûr tout n’est pas encore parfait, quelques réglages sont de mises au cours de ce premier album, trop court assurément, et les mélodies semblent pour le moment jetées en pâture aux grosses guitares qui déboulent. La tendance compulsive de mettre le volume à fond est le signe d’une jeunesse pas encore maîtresse d’elle-même. Ceci dit, chez Low Dream, on note une grande pudeur et beaucoup de douceur. Une ambivalence incroyable se créé lorsque les voix douces et presque inaudibles se doivent affronter des distorsions folles et un brouillage de tous les instants (« Candy » ou « Chasing a butterfly », superbe).
Certains titres illustrent ainsi parfaitement ce contraste typique du shoegazing, dans lequel s’inscrit en plein Low Dream à ses débuts, entre une urgence folle d’attraper le monde avec ses mains, et une retenue pudique d’angelots. « My garden » semble tout droit sortir d’un rêve, et le texte presque parlé vient renforcer cette poésie magnifique. Quant à « Only I finest breeze », le brouillage de saturation reste malgré tout extrêmement doux, ce qui convient parfaitement à un chant lascif et reposé, dont les fins de phrase s’envolent dans une montée liquéfié, presque absente.

Fiche artiste de Beatnik Filmstars


Beatnik Filmstars

Souvent considéré comme le Guided by Voices anglais, pour son incroyable profusion d'albums et d'EPs, tous dans un style purement lo-fi, Beatnik Filmstars n'est pas un groupe très connu mais c'est certainement un groupe culte.
Difficile de les suivre, puisqu'ils signeront sur (presque) tous les labels indépendants de l'époque, entre Slumberland, Merge, Landspeed ou encore La-Di-Da Productions, accompagneront leurs albums d'autant de singles et autres faces-b, et se maintiendront avec une fidélité sans faille à une esthétique économique, débrouillarde, brouillone. La pop anglaise aura le droit à être raccourcie, rapiécée et malmenée par des guitares crasses qui doivent autant à Pavement qu'aux Weeding Present.
Mené par le génial Andrew Jarett (chanteur, guitariste et compositeur), le groupe de Bristol aura laissé derrière lui une immense discographie pour devenir la formation la plus américaine des formations anglaises.
Les débuts, au commencement des années 90, seront eux plus obscurs, avec un premier album quasiment introuvable, un premier single indie sur le label Summershine, puis un deuxième single, shoegaze cette fois-ci. Ensuite Beatnik Filmstars gardera les grosses guitares, les distorsions et le son noisy mais cette fois-ci pour un esprit beaucoup plus fun et décontracté. Le très bon "Laid Bach & English", paru en 1993, sera ainsi le premier d'une longue série d'albums trop souvent négligés mais à découvrir.

26 septembre 2011

Low Dream : Reaching for balloons


Reaching for balloons de Low Dream

Sortie : 1996
Produit par Low Dream
Label : Midsummer Madness

Des guitares saturées, tout ampli à fond, un riff entrainant, immédiat, charmeur dès les premières secondes, sans réfléchir, un style léger, gonflé, percutant, des voix douces, en retrait, allumées et mixées, qu’on retrouve sur des titres comme « Ballon Head » ou encore « What we feel », une simplicité essentielle qui sera la marque de fabrique de ce sympathique groupe brésilien. La formule petit riff délicat/gros riff tapageur marche parfaitement, sur des morceaux comme « Acid Trip Smile » ou encore le superbe « These little things touch me everytime », spacial, dont le chant est déformée, presque robotique, le riff lunaire et les saturations big big big.
Sur ce deuxième album, on sent que le son est plus léché et les mélodies plus évidentes. Low Dream a le mérite de revenir aux fondamentaux, de faire simple, de conjuguer basiquement le plaisir brute de faire cracher les guitares et de garder malgré tout le goût pour les mélodies pop trop souvent oubliées, celles avec un couplet, un refrain plus lourd et éventuellement un pont. On sent énormément d’insouciance dans ce principe là, de la fraîcheur, de la jeunesse, de l’authenticité. Low Dream ne se prend pas la tête, quitte à livrer quelques surprises, comme ce psychédélique « Ultra violet », assez kautrock dans le fond à bien y regarder. Ou encore l’étonnant « Trois millions d’étoiles », avec ce chant en français s’il-vous-plait, innocente chanson twee, bercé par un clavier très kitch et de temps à autres balayée de grosses guitares.
Ce maintien de l’innocence (la voix de chérubin, les petits riffs tout mignon tout plein), malgré le défilé des guitares vigoureuses et distordues, donne beaucoup de charme à Low Dream. Le groupe signe des titres power-pop/shoegaze dans une folle conquête étudiante impossible et c’est ce jeté sans calcul, au nom du simple plaisir du faire du rock qui rend cette musique si plaisante.
On se prend du coup beaucoup d’affection pour ces chansons, de la trempe de « Rocket Ride », pourtant très twee dans le fond (on se dit que cela faisait longtemps qu’on n’avait pas entendu une Rickenbaueur, des tambourins et des mélodies à la Another Sunny Day ou Brighter), avec un petit clavier discret juste comme il faut et surtout une voix magnifique, douce, légère, très chaude, dont on sentirait presque le souffle tant il est prononcé. « From the ocean you bewitched eyes», sous ces airs de titre évanescent, estival, insouciant et romantique, reste tout de même un superbe titre pop, l’essence même de ce que la pop devrait être, dans sa simplicité, une mélodie géniale, zébrée par des guitares saturées.

24 septembre 2011

Beatnik Filmstars : Themes from foreverdrone EP




Themes from foreverdrone EP de Beatnik Filmstars

Sortie : 1992
Produit par Beatnik Filmstars
Label : Vinyl Japan

Cela risque de surprendre pas mal d’amateurs, Beatnik Filmstars étant davantage connu pour avoir signé pas mal de titres pop lo-fi, mais « Themes from foreverdrone », un de leur tout premier EP, comporte quatre titres shoegaze lunaires et bruitistes.
On était en 1992, et avant de signer sur La-Di-Da et de se forger ce style décontracté qui allait les faire devenir culte, Beatnik Filmstars usait de guitares comme s’il s’agissait de créer une ambiance étirée et enfumée.
Le ton chaloupé de sortie de bars une nuit chaude d’été, sur le jazzy « Snowdrifter », la voix soufflée et quelque peu titubante, cette impression de saisir les conséquences d’un trip, le motif répétitif à la guitare qui accompagne le morceau, laissent la place sur une seconde partie, à des guitares bien plus tordues et un rythme plus inquiétant. On retrouve cette restitution de flottement avec des « ah ah ah aaaah » et des réverbs immenses sur le surchargé « 9 or 7 », un peu bizarre, un peu tremblotant, mais frondeur, psychédélique et tissant un mur d’instruments comme un mur d’images lumineuses. La chanson s’arrête et s’égrène sur un léger riff féerique.
Le psychédélisme sera à nouveau de mise, voire davantage revendiqué sur le superbe et paresseux « Moreover », qui se construit autour d’une basse magnifique, laisse entendre des remous dans l’eau, ainsi qu’une respiration d’accroc à la fumette. Cette dérive ostentatoire sera de temps à autres balayée par une déferlante écrasante de guitares saturées. Un morceau très particulier, une retranscription presque fidèle de l’état de trip, très lent mais absolument prenant lorsqu’on s’y plonge.
Peu de gens aujourd’hui ne se souviennent de cet EP lorsqu’il s’agit de reconstituer la discographie de Beatnik Filmstars. On en garde l’image d’un groupe léger, avenant et insouciant. Pourtant à leur début, ils étaient encore confinés dans leurs délires de guitares et de psychédélisme.
Ce qui a donné lieu à des chansons magnifiques de la trempe de « Missed », un de leur tout meilleur morceau, d’ailleurs un des meilleurs titres shoegaze de tous les temps, qui illustre parfaitement toute la symphonie irréelle de ce style. Voilà qu’avec des guitares qui sonnent comme des sirènes, qui dessinent un riff magique répété à l’envie, on touche du doigt un autre monde. Un monde où le rythme se veut emballant, approchant l’infinie, le chant se fait léger, parti dans les hauteurs de l’ecstasy, l’addition des instruments ne se veut aucune limite et aboutit à un mur du son d’une beauté inouïe car on s’envole loin des canons habituels du rock pour aller au-delà et épancher l’ivresse impalpable de la jeunesse.

Fiche artiste de Resonantes


Resonantes

Le duo Flavio Etcheto et Leonardo Ramella ont pratiqué au cours des années 90 une musique expérimentale, particulièrement novatrice et importante en Argentine. Leurs deux albums « Summergible » en 1995 et « Simultáneo » en 1997, empruntent beaucoup à l’electro et à l’ambient.
Flavio Etcheto, qui est à la base de ces recherches musicales, a notamment contribué à l’album « Colores Santos » en 1992, récréation electro, OVNI dans le rock argentin, avec Gustavo Cerati de Soda Stereo et l’inévitable Daniel Melero. L’impact sur le génial « Dynamo » à venir allait être déterminant.
Dans le même temps, il lance Resonantes avec Leonardo Ramella à la batterie et Wala à la basse. Ils participeront ainsi à l’éclosion de la scène « La Movida Sonica » en proposant une chanson (« Respueta ») sur la compilation Ruido, sortie en 1993, et où figurent aussi Suárez, Los Brujos, Demonios de Tasmania etc… Gustavo Cerati les invite alors à venir sur scène partager la présentation de leur album « Dynamo ».
Un an plus tard, sort leur premier EP, avec « Respueta » et cinq autres chansons, qui voit Daniel Melero en contribution. Le style oscille entre morceaux shoegaze et interludes plus electro, prévoyant le style à venir.

23 septembre 2011

Resonantes : Resonantes EP




Resonantes EP de Resonantes

Sortie : 1994
Produit par Victor Ponieman
Label : Random

La façon de chanter est ici bien particulière : les textes, en espagnol, sont finalement parlés, d’une voix ensorceleuse, avec un ton languissant, très latin. La langue natale de ce groupe argentin transforme ce shoegaze tecknoïde et langoureux en une démonstration de nonchalance très vite superbe. La voix plutôt grave, les souffles, cette façon de laisser trainer les voyelles, l’accent latin, tout ceci plaide pour l’ambiance.
Une ambiance élégiaque, matinée de petits riffs cristallins, d’effets de clavier et d’échos miroitant, qui à force élève et fait dériver. La musique de Resonantes n’est faite que de douceur, de guitares mirifiques, d’un rythme entrainant et chaloupé, de voix empathiques, parlant, séduisant, se détournant.
On obtient donc quelques titres savoureux, entre faux airs de dandy, laisser-aller moite, noyé sous les guitares (« Tatuaje ») et une dérive artificielle, nocturne, urbaine, ultra-sexy, avec son texte parlé d’une voix chaude et suave, brouillée par une surcharge instrumentale vaporeuse (le superbe « Como el aire »). Le tout entrecoupé de quelques interludes évanescents. Dont un « Cactus » assez étrange comme fascinant, uniquement à base de claviers et de samples, avec éventuellement une ligne de basse très lente, qui symbolise bien le monde du shoegaze. On notera d’ailleurs ce goût pour l’ambient et la musique famélique et éthérée. Le trait d’union est fait avec leur premier album, sorti quelques mois plus tard.
En attendant, avant que Resonantes ne troquent leurs guitares pour les claviers, il reste sur cet EP, le titre « Respueta », un des meilleurs, vraiment superbe, rêveur, où tout y est, ce chant si particulier, tout en espagnol, ces claviers, l’alternance entre l’épure et le mur du son qui va en gonflant, et ces guitares qui tissent des riffs absolument magiques, sachant parfaitement rebondir sur les lignes mélodiques pour les mettre en valeur.

Fiche artiste de Earwig


Earwig

Les amateurs de rock indé obscur connaissent très bien (et aprécient d'ailleurs) Insides pour avoir été un des tout premiers groupes post-rock, avec Laïka ou Pram. Le duo de Brighton, Kirsty Yates et Julian Sergei, proposèrent une electro ouatée et évanescente, sur leur album "Euphoria", avant de plus ou moins disparaître des écrans radar ou de faire des sorties solo, aussi discrètes qu'envoutantes.
Avant ce projet expérimental, le couple avait fondé Earwig pour proposer un shoegaze industriel assez sexy, profond et novateur. Cette fronde intellectuelle s'est menée au travers une succession de singles cultes, aux pochettes magnifiques et très racées, "Hardly", "Subtract" et "Might", entre 1990 et 1991, sur le petit label La-Di-Da Productions. Un an plus tard ce label eu la bonne idée de sortir un recueil.
Le seul et unique album de Earwig est une petite merveille. Il rompt avec le shoegaze de départ, aiguisé et mordant, pour n'en garder que la grâce, n'hésite plus à ralentir le rythme, à faire dans le minimalisme, et accède alors à une sorte de plénitude inouïe. A l'image de sa pochette (où la mystérieuse Kirsty se prète au jeu de la pose), probablement une des plus belles et des plus romantiques de l'époque, "Under my skin I'm laughing", sorti en 1992, est un petit morceau de nuage arraché du matelas divin. En un an à peine, le duo aura accompli un saut dans l'évolution de son style tandis que certains groupes dans toute leur carrière, n'en auront même pas accompli le dixième.

17 septembre 2011

Earwig : Past


Past de Earwig

Coup de coeur !

Sortie : 1992
Produit par Dimitri Voulis et Sergei Tardo
Label : La-Di-Da Productions

Rigueur industrielle, guitares tranchantes, basse en métal, saturations en écho : l’écrin qui abrite la voix grave et discrètement aérienne de Kirsty Yates est assez terrible. Il est sidérant d’écouter un tel tourbillon de bruits et de fracas cybernétique. De plus, les coups donnés s’appliquent de manière sèche, sans rondeur, de manière concise, presque froide, contrebalançant la sensualité de Kirsty Yates, avec son chant.
« Past » est le recueil des premiers EP du duo pour le label culte La-di-da, sorti à la suite de son merveilleux et élégiaque album : on y surprend pourtant une musique particulièrement rêche et bruyante. Pour qui connait le style apaisé et minutieux par la suite, le rythme accéléré et les guitares saturées peuvent dérouter. On est assez loin de ce que Sergei Tardo, Dimitri Voulis et Kirsty Yates pratiqueront par la suite sur leur album. De ce vacarme de fabrique, de chaines de machine-outil, d’aciérie, on jugera une qualité extrême, un sens de la mélodie rapide, post-punk quasiment, avec un accent pressé, mordant, sonique. Malgré tout beaucoup de gens ignorent tout des débuts de ce groupe à part.
Véritables décharges fulminantes, ces courtes chansons sont autant l’occasion de faire cracher les guitares que la voix, pleine de fiel, mais aussi sensuelle. Que dire du génial et complètement addictif « Her stupid face » ? Tout y est ! Le tempo ne baisse jamais, on a l’impression de vivre dans l’urgence, le charme agit dès les premiers assauts de riffs qui ne cesseront jamais de revenir constamment à la charge, et se poursuit avec le chant époustouflant de Kirsty Yates. Un véritable trésor caché en terme de shoegaze !
Lorsque la basse roucoule (quelle basse ! mais bon sang, quelle basse !) et que l’ambiance se veut moins exposée, avec des coupures de rythme ou des riffs répétées (le superbe « Driving you mad » ou l’extraordinaire « Everything’s just fine »), la musique d’Earwig devient encore plus fascinante, complexité tentaculaire, écrasement métallique et déferlement travaillé. « Both of us screaming » réussit le mélange parfait entre crescendo et nonchalance indus, la chanson va s’enrichir petit à petit d’éléments pour un maelstrom magnifique. Le rythme sait rester haché, très rock, le chant sait rester grave, détaché tout en demeurant sexy, les riffs savent distiller juste ce qu’il faut de décharges. Ce titre, cyber-pop parfaite, témoigne d’une volonté de la part d’Earwig de se détacher de la production habituelle.
Les derniers morceaux, qui correspondent au troisième EP, annoncent un changement et préparent aux élans vaporeux de l’album à venir. Le ton est moins pressant, des claviers commencent à apparaître et l’accent sera davantage mis sur la boite à rythme, devenus minimaliste. Kirsty Yates prendra cette fois-ci le temps. Ses phrases s’embelliront d’un léger souffle et d’un hoquet à peine discernable. Sur « Out of my hands, over my head », lent et très beau, une guitare sèche et un piano finiront par être entièrement recouvert par un nuage de saturation.
Trop méconnues, ces premières chansons, shoegaze industriel, dont le seul équivalent serait éventuellement Curve, sortent du lot, associent une certaine rectitude avec de la souplesse, et se révèlent alors très contagieuses. L’hypnotisme se fera à partir de ce tempo entièrement artificiel écrasé par un mix très dense. L’ensemble bouscule pour s’enfoncer dans les oreilles comme un fraiseur électrique.

Earwig : Under my skin I am laughing


Under my skin I am laughing de Earwig

Sortie : 1992
Produit par Dimitri Voulis
Label : La-Di-Da Productions

Ecouter cet album peut se révéler délicieusement déstabilisant au fur et à mesure qu’il s’égrène. Déliquescent et extrêmement léger, la structure s’évapore, ne repose plus sur grand-chose, jusqu’à fondre en un nuage délicat et effacé. On s’oublie à la fin. On devient transi à force de s’accrocher à ses motifs lents, monotones et réguliers, d’une finesse et d’une méticulosité d’orfèvres. Ce minimalisme céleste hypnotise ; on n’arrive plus à se centrer sur soi-même et on cède devant cette musique, étrange et raffinée.
La descente se fait de manière inquiétante, basculant d’un univers blanc et tout en soie, à un univers plus gris et strident, rachitique, voire fantomatique. Au final ne demeure qu’une sidérante fascination pour cette musique, qui demeurera avare en signaux avant tout, plutôt assez compliquée, mais d’une magie pleine et merveilleuse.
L’attrait est immédiat, l’addiction s’établissant à partir d’une boucle répétée, sorte de vieux violons électroniques sortis d’un rêve, qui va se multiplier sans variation pendant de longues minutes, de manière aussi pénétrante qu’une aiguille ou une ritournelle féérique. La voix se pose, douce, envoutante, d’une rare élégante, avec un léger trémolo et des petits hoquets à tomber, marquant des pauses avant chaque mot, dans un souffle, un râle de divinité mythique, susurrant des poèmes interdits aux oreilles. Les samples de violons de bougent pas et persistent, tout ceci au cours des dix minutes purement incroyables de « Every day shines », qui ne pouvait pas mieux ouvrir cet album, surprenant et imposant une grâce flottante sans aucune mesure. Il est ensuite impossible d’oublier ce morceau, qui marque durant toute une vie. Progressivement des instruments vont s’additionner, tandis qu’on s’abandonne à ce schéma tournant en boucle, on distingue un léger riff, puis deux, puis trois, quelques cuivres, puis ensuite, la tempête s’installe lentement, un piano déglingué d’abord, et après des saturations menaçantes, arrivant de loin puis envahissant tout l’espace comme une armée de bourdons. Grondement, menaces, orage, avant que tout ceci ne s’efface pour ne retenir que ces sempiternels violons qui continuent leur boucle, achevant ainsi la déstabilisation. Les repères avec le monde réel disparaissent. On touche à la notion d’infinie.
La reprise se fait sur un mode doucereux, limite moelleux, un duvet de boite à rythme, des plumes de guitares qui dessinent discrètement des arabesques, un satin de voix angélique (« Safe in my hands »), avant que le temps ne se suspende, qu’on retienne notre souffle, que le crescendo se fasse, s’arrête brusquement, reprenne et explose : le paroxysme se fera dans une rare élégance, très travaillé, avec des saturations magiques, qu’on dirait sorti d’un monde merveilleux, à mi chemin entre l’industriel et le purement fantastique.
Globalement, la musique d’Earwig sera minimaliste, se contentant de peu, ralentissant le rythme parfois jusqu’à l’arrêt, la lenteur permettant de plonger dans une ambiance très particulière, blanche, pure, lancinante, notamment avec ces sifflements qui sonnent comme des acouphènes, avant d’être zébré d’assauts de guitares (« When you’re quiet ») qui semblent annoncer un monde bien plus inquiétant, une sorte de poussée noire qui ne demanderait qu’à prendre entièrement la place. Les xylophones, les samples et le rythme artificiel ressemblant à des gouttes d’eau, des bulles dans des lacs scintillants ou des gerbes de lumière lorsque des perles magiques tombent des feuilles d’arbres elfiques, on a l’impression tenace de flotter, de traverser un nuage ou un monde qui ne serait plus le notre (« Scraped out »), surtout lorsque les structures se répètent inlassablement. La torpeur, la fascination et l’étrangeté se mélangent pour un tout à la saveur particulière.
Il ne faut pas oublier que derrière tout cela s’agite tout de même des forces qui ne demandent qu’à venir, tout détruire, débouler d’un coup pour pulvériser cette sorte de plénitude. L’univers de Earwig est assez ballotant lorsqu’on s’y attarde.
Ainsi, lorsque un climat doux et apaisant se met en place doucement sur « We could be sisters », superbe morceau, avec un piano, un rythme froid et digne, hérité de la cold-wave des Cocteau Twins, des interventions de guitares qui ne sont là que pour suggérer le merveilleux, un riff magnifique et répété va s’imposer, suscitant une excitation, une attente, d’autant plus réveillée que le tempo va gonfler, se dégonfler pour se tendre à nouveau, et ce, sans jamais aboutir à l’apothéose tant attendue. Cela créé une tension, qui finalement ne pourra jamais céder.
On plongera alors, hagard et quelque peu ébahi, dans une sorte de torpeur, une évasion quasiment totale, un détachement avec tout ce qui nous retient sur Terre. Un hébétement renforcé par le fantomatique « Never be lonely again », ses ambiances lugubres de maison hantée, son chant décharnée, quasiment soufflée dans un dernier souffle, et son rythme plaintif, découpé et pesant. Les couleurs changent, glissant d’un blanc virginal et éblouissant, à un gris davantage flou et mystique. Uniquement évanescent et nuée d’émotions symboliques, les derniers morceaux de l’album vont voyager si loin qu’on n’efface tout concept, toute personnalité pour ne retenir que des impressions fugaces.
L’achèvement se fera avec « Sickhair », balançant entre acharnement à la batterie, et guitares et claviers féériques, tombant en pluie d’or, sortant tout droit d’un merveilleux situé au-delà de l’imagination, nouveaux sons jamais inventés et complètement situé hors du champs organiques, avant qu’une surcharge instrumentale ne vienne gonfler cette fin superbe. On en ressort abasourdi et assez interdit, d’avoir côtoyé à ce point le baroque, l’irréel et la magnificence brute.

15 septembre 2011

Fiche artiste de Soda Stereo





Soda Stereo

Le fait que Soda Stereo soit peu connu en France en dit finalement plus sur le manque de culture français que sur Soda Stereo. Car le groupe argentin, référence durant près de deux décennies, est une légende en Amérique Latine. Pour faire court, disons tout net que "Cancion Animal", sorti en 1990, est considéré comme l'un des plus grands disques de rock d'Amérique Latine. Honte sur la France de ne pas savoir rendre hommage aux formations de cette trempe !
Vendu à plusieurs millions d'exemplaires, l'album fait figurer quelques uns des chansons les plus puissantes et évocatrices du groupe argentin, qui ne sont d'ailleurs même plus des chansons mais des tubes, et leur auront permi d'effectuer une tournée triomphante sur tout le continent, et même en Espagne.
Déjà connus et réputés pour leurs albums dans les années 80 (notamment "Signos" en 1986), dans un style new-wave et post-punk qui n'était pas sans rappeler The Police ou The Cure, Soda Stereo bénéficiait d'une réputation établie : leurs concerts se faisaient à guichet fermé devant plus de trente mille spectateurs, dans les stades, les plus grands producteurs comme Carlos Aldormar (David Bowie, Simple Minds, Iggy Pop) ont enregistré leurs chansons, la chaine délocalisée MTV diffusait leurs clips en boucle, et ils ont pu faire les premières parties d'INXS ou de Tear for Fears, excusez-du peu.
Lorsque Gustavo Cerati (guitare et génie), Hector Bosio (basse) et Charly Alberti (batterie) se sont rassemblés à Buenos Aires pour monter un groupe punk, jamais ils ne se seraient imaginé tant de succès. Au départ, en 1982 pour être exact, le groupe se contentait de pratiquer un pseudo-punk crasseux, devant une assistance qui se souciait peu de leur cas. "Nos débuts remontèrent à un concert au Disco Airport, qui était pas loin de Buenos Aires. Mais personne s'est intéressé à nous. On jouait sur du matériel défiscient, qui donnait un son horrible, mais on était tout de même content. On ressemblait vraiment à des punk : on ne savait pas jouer mais on jouait très fort." se souvient Gustavo Cerati.
Participant à la scène underground qui commençait tout juste à naitre en Argentine, avec notamment des groupes comme Virus, Los Encarcados (le groupe de Daniel Melero), Los Twist etc..., Soda Stereo fignole son style, se nourrit de diverses influences, notamment anglo-saxonne, ce qui est tout à fait novateur et osé pour un groupe argentin. Le groupe sera même connu pour avoir réalisé un clip vidéo, façon lo-fi, avec ses propres économies.
Le premier album sort deux ans plus tard, produit par le chanteur de Virus, un ami à eux. Grâce à ce premier essai, ils se produisent au El Teatro Alto, concert diffusé par les chaines de télévision, notamment du côté backstage, ce qui donne une coloration très particulière et fera très vite de Soda Stereo, un groupe culte. Mais ce qui aura véritablement lancé la légende du groupe, ce sera sa participation au festival Chateau Rock en 1985 au stade olympique de Chateau Carreras, dans la région de Cordoba, puisque le groupe sera considéré comme LA révélation de la programmation.
Les albums qui suivront seront ensuite double-platine, deviendront des références et "Signos" sera même le premier disque de "latino rock" à sortir en CD. La tournée qui s'en suit permet d'imposer le mouvement comme fédérateur et générationnel : plus de 22 concerts s'enchaîneront, dans près de 17 villes d'Amérique Latine, et rassemblant presque 350000 personnes.
Pour "Cancion Animal", leur plus grosse vente à ce jour, le groupe s'envole à Miami en 1990 et s'entoure de trois figures extrêmement importante pour le rock argentin : Daniel Melero, évidemment, Andrea Alvarez, percussioniste, Tweety Gonzalez, au clavier. L'album est un véritable carton, trait de liaison entre la new-wave des débuts et le grunge qui déferlait à l'époque, à un tel point d'ailleurs que le groupe finira par vouloir s'en détacher à tout prix, oeuvre trop imposante, trop monstrueuse pour être assumée jusqu'au bout. Alors pour se défaire de l'aura trop étouffante de ce succès, le groupe décidera de s'orienter ostensiblement vers l'expérimental.
Le résultat s'appele "Dynamo" et sera assez mal perçu par les fans de la première heure. Malgré tout, il est la preuve du véritable génie de Gustavo Cerati qui va injecter dans son rock puissant et lyrique, une dose de jazz, de psychédélisme, de shoegaze, d'indus, de dance et de new-wave. L'écriture est parfaite, la production travaillée et la personnalité unique et extraordinnaire. A titre de comparaison avec U2, si "Cancion Animal" est leur "Joshua Trees", alors "Dynamo" est aussi fascinant que "Atchung Baby".
La formation de Buenos Aires en profite alors pour promouvoir une nouvelle scène indépendante qui commençait à poindre le bout de son nez : "La movida sonica". Adeptes de bruits, de saturations et d'influences shoegaze, des formations plus jeunes comme Juana la Loca (produit également par Daniel Melero), Tia Newton, Babasonicos, Martes Menda, furent à tour de rôle inviter à faire les premières parties de présentation de "Dynamo". On ne soulignera jamais assez le rôle très important joué par Soda Stereo dans la diffusion de cette scène indépendante.
L'attente d'un nouvel album fut ensuite long. Il fallut près de trois ans avant que Soda Stereo ne finisse ses nouveaux enregistrements. Gustavo Cerati s'explique à ce propos : "Nous n'avons pas sorti un chef-d'oeuvre mais un album qui exprime au mieux ce que nous étions à l'époque, parce qu'on était complètement détaché du besoin d'être encore dans un groupe dans le futur ou d'être encore parmi les meilleurs pour encore dix ans. On avait vécu tellement de choses ! D'un autre côté, on était très fier de tout ce qu'avait permi "Dynamo". On ressentait de la pression mais en même temps, on était détaché. On avait quelque chose d'important à dire, à synthétiser, cela ne pouvait pas être un petit album. De plus, on devait laisser aller notre musique et éviter de trop réfléchir. Au final, cet album est un des plus innovants."
"Sueño sound" se révèle encore plus inouï : sommet du groupe, référence ultime pour tout le rock argentin, succès inestimé. Album concept, il tente des tentatives dans l'art rock et l'avant-garde, voire le post-rock ou l'electro, repoussant encore plus en avant les frontières, les dernières chansons s'enchaînant comme une seule et même chanson. Peu après, MTV leur demande une session Unplugged, le résultat, sous le nom "Comfort y Música para volar", sort en 1996 et dépassera encore toutes les espérances : avec un son acoustique, Soda Stereo dévoile encore plus le charme de ses compositions. L'album live obtiendra la quinzième place dans le classement des cent plus grands albums de rock d'Amérique Latine (tandis que "Cancion Animal" sera tout simplement deuxième !). Malheureusement, ce sera aussi le dernier, le groupe décidant de se séparer, au grand dam de tous les millions de fans du groupe.
Gustavo Cerati, affecté par cette décision, tente de se justifier malgré tout, dans une note parue sur le magasine "Yes" : "Ces lignes sont motivés par ce que j'ai vu récemment dans les rues, par les fans qui m'ont approché, par ma propre expérience. Je partage la tristesse qu'on a pu causé avec notre séparation. Moi-même, je suis navré car quelque part, les choses les plus importantes dans ma vie, je le dois à Soda Stereo. Ceci dit, tout le monde comprendra qu'il est impossible de mener un groupe sans que surviennent des conflits. C'est un fragile équilibre parmi les idées que peu de gens sont capables de maintenir pendant près de quinze ans. Mais, fatalement, les différentes personnalités, les divergences musicales ont commencé à compromettre cet équilibre. A ce moment-là, l'excuse de vouloir fonder d'autres groupes ou de faire des projets en solo nait de l'envie de ne pas vouloir s'affronter. Et au final pour préserver ce en quoi nous croyons et pour montrer notre respect envers tout nos fans qui nous ont suivis si longtemps."
Ces mots, aussi sincères soient-ils, n'auront pourtant jamais suffi à apaiser l'immense chagrin de tout ceux qui ont admiré Soda Stereo, pour leur liberté, pour leurs hymnes éternels, pour les révolutions qu'ils ont menés et surtout pour leur musique.
Inoubliable et inégalable.

4 septembre 2011

Soda Stereo : Dynamo


Dynamo de Soda Stereo

Indispensable !

Sortie : 1992
Produit par Daniel Melero
Label : Sony

Selon Gustavo Cerati, le leader de Soda Stereo, le but de cet album était de « prendre Cancíon Animal et de le détruire ». Alors que le groupe venait de signer son plus gros succès avec son album précédent, vendu à des millions d’exemplaires en Amérique du Sud, le groupe argentin aurait pu continuer sur sa lancée. Au lieu de ça, il préféra expérimenter. Cerati l’explique : « c’est comme si on avait plongé Cancíon Animal sous l’eau. ». Les fans furent pas mal surpris par ce revirement mais le résultat, marqué par la nouvelle vague sonique dans le pays, avec Juana la Loca ou Martes Menda, fut inespéré, dépassant toutes les attentes et faisant rentrer le groupe dans la légende !
D’emblée, avec « Sequencia Inicial », on tombe sur un son énorme, ampoulé, flottant et magique, rappellant Kitchens of Distinction, qui sert un chant tout autant avenant que allégé, atteignant une sorte de plénitude, comme si le groupe s’élevait et se détachait pour flirter avec les sommets.
L’écriture semble fluide, animée d’un entrain inouï, tout en accordant de l’espace pour l’expérimentation. Personne n’avait entendu un tel son à l’époque ! Non seulement le style reste punchy, frondeur et irrésistible, mais il conjugue une technique plus proche de la rupture, plus compacte et plus électrique. « Toma la ruta » fait la part belle à des guitares vives et saturées, pour un mur du son énorme, soutenu par un rythme artificiel et qui prend les devants. Le refrain, lumineux, sidère par son assurance, ses « aaaaaaaah » provocateur et charmeur, et ses guitares vigoureuses. On sent que le groupe prend des risques mais c’est comme si cela avait décuplé leur force.
Le son s’est épaissi, le rythme est plus basé sur The Charlatans, les guitares sur My Bloody Valentine, les nappes de claviers font corps avec l’ensemble, le chant se fait plus enjôleur, comme sur l’extraordinaire « En Remolinos ». Ce morceau est la quintessence de Soda Stereo nouvelle version : des tourbillons de guitares, une batterie compliquée, un nuage de saturation, un clavier astronomique, et une cadence chaloupée, moite et tranquille. Superbe.
Et alors que l’on croyait avoir assisté à une succession de tubes inégalables, voilà qu’arrive « Primavera O », son riff écrasant, qui bouscule tout sur son passage, son clavier entêtant, et cette force de percussion qui laisse pantois n’importe quel auditeur qui entendrait dette chanson par hasard, surtout au moment du refrain, surprenant exemple de pop fédératrice, mordante, menée par des garçons qui pourraient conquérir le monde s’ils le voulaient. On n’oublie pas un tel titre ! Il devient dès l’instant où on a entendu ces guitares magnifiques, un de ces cartons qu’on a envie de réécouter encore et encore ! Un de ceux qui marque une génération. En Argentine, alors que le groupe est déjà une référence, Dynamo le propulse dans une autre dimension.
C’est vrai que le groupe était au sommet de la gloire et qu’il aurait pu se reposer sur ses acquis. Au lieu de ça, il propose « Cameléon », bizarroïde, avec son intro de l’espace, son rythme très dansant, ses samples qui font penser à la bande-son de Madchester, sa nonchalance, son sens de la fête, son saxo impromptu, son solo de guitare, ses explosions. Ou encore « Nuestra Fé », tout bonnement inouï, tant il s’acoquine dangereusement avec l’expérimental. Jamais Cerati n’avait chanté comme ça ! Avec une voix mielleuse, presque aiguë. Basé sur un rythme totalement artificiel, ralentissant la cadence pour un groove moite et hypnotique, ce titre surprenant se laisse délicieusement envahir par des samples, des claviers d’un monde féérique, des chœurs black, des saturations shoegaze qui semblent venir de très loin, des guitares aiguisées et tranchantes comme l’acier, qui se lancent dans des dialogues alambiqués pendant de longues minutes.
L’album est un chef d’œuvre notamment pour sa richesse. Il n'y a pas une seule chanson qui ne possède pas sa petite trouvaille, son petit plus, sa nouveauté dans l’instrumentalisation. Tout d'abord, on est sidéré par ce son si compact, ce mur du son époustouflant et remarquablement travaillé. On remarque aussi une grande capacité d’adaptation, une inventivité, une curiosité assumée devant le rock indépendant de l’époque (à l’image de sa pochette d’ailleurs). Le résultat est inespéré, par exemple avec l’extraordinaire « Luna Roja », une des plus belles chansons jamais écrites, qui laisse des frissons pour longtemps, grâce à une guitare irréelle, tant elle sonne de manière parfaite, un chant savoureux, délicat et suave, qui s’élève dans les nuages, un romantisme exacerbé, soutenu par des guitares étouffantes et saturées, venant offrir une discordance magnifique avec l’angélisme de la voix. « Luna Roja » impressionne tellement ce titre est au dessus du lot.
Soda Stereo explose les frontières, se nourrit des modes et rentre de plein pied dans le renouvellement musical, adoptant une posture en rupture avec ce qu’on peut attendre d’un groupe signé sur une major.
De manière époustouflante, la surproduction, cette surcharge dans le style, ce petit côté boursouflé par rapport à des chansons qui se veulent mesurées et dandinées, font merveilles et subjuguent. Comme sur « Ameba », noyé sous les saturations, traversé par des riffs électriques, interrompu par un passage groovy et industriel, ou sur « Texturas », fédérateur et immédiat, Soda Stereo sait malgré tout rester sexy, charmeur et fédérateur, avec son chant tantôt trafiqué et nerveux, tantôt doux.
Progressivement, de manière insidieuse, l’album va se déliter, proposer des morceaux plus étendus, plus tranquilles, comme s’il fondait. Comme la fin de « Clarusco », sa disto qui se prolonge, pour mieux introduire le très beau « Fué », son caractère sexy et moite, son saxo discret, son effet jazzy, son impression de flottement et son recouvrement qui arrive petit à petit.
Un disque d’une stupéfiante cohérence, où on ne compte plus le nombre de tubes en puissance. Certains groupes, et même encore aujourd’hui ne sont jamais arrivés à un dixième de la qualité des chansons de Soda Stereo, ni même à prendre de quelconques risques, tandis que le groupe a cherché à innover.
Dynamo représente à merveille le son des années 90, tout en ne vieillissant jamais, faisant ainsi de Soda Stereo, un groupe historique en Argentine.