27 janvier 2009

Fiche artiste de ESP Continent

ESP Continent / ESP Summer

En rupture de son projet His Name is Alive, qu’il dirige quasiment seul, Darren Defever décide de collaborer avec divers artistes, comme Mark Kozelek de Red House Painters ou Matthew Smith de Outrageous Cherry. De ces échanges, naîtront les fameuses sessions ESP, en référence au célèbre label américain. Pour chaque projet, même solo, un nom associé à ESP.
ESP Continent (ou ESP Summer dans sa version américaine) est le résultat d’enregistrement studio entre Darren Defever et Ian Masters, l’ex-leader des Pale Saints. Deux génies, un peu timbrés tous les deux, pour aboutir à un univers déroutant. Le minimalisme religieux et gothique de l’un se marie parfaitement avec la douce rêverie de l’autre et l’unique album sorti, d’abord en cassette en 94, puis réédité en France par le label Katrina et l’année suivante aux Etats-Unis, regroupe des chansons célestes.
Une curiosité donc, qu’il faut découvrir pour mieux cerner l’originalité de ses deux personnalités.

23 janvier 2009

Fiche artiste de The Bardots

The Bardots

La carrière d'un groupe de rock peut se résumer bien souvent à une vague tentative de plaire à la presse qui rate complètement.
Suite à des articles à leur propos les membres de The Bardots crurent que le succès les accompagnerait. On se souvient par exemple de Simon Williams, chroniqueur au NME, qui à la suite d’un split single avec le groupe Shine, sur le label culte Wilde Club, titra à leur sujet : « Janglier in Anglia » (jeux de mot intraduisible, « jangle » signifiant faire beaucoup de bruit métallique, et « Anglia » étant une région à l’Est de l’Angleterre, dont est originaire le groupe). Appréciés des journalistes rock, qui les placèrent vite "next big thing" à l'occasion de leur premier album « Eye-Baby », les membres de The Bardots décidèrent de polir leur son, pour au final une accroche manquée, et "V-Neck", tomba dans l'oubli, alors qu'il marquait l'arrivée de la Brit-Pop.
Du coup, le groupe se sépara, mettant un terme à une histoire qui avait pourtant démarré dès 1989 sur les bancs de la fac.
Rageant, lorsqu'on pense que Simon Dunford (guitare/voix), Andy Murphy (guitare), Steve Cox (basse), Krzysztof Fijakoski (guitare), le frère du chanteur d’Adorable, avec qui d’ailleurs il formera Polak, et Neil Cox (batterie), possédaient un style prometteur, à la fois bruyant et à la fois cajoleur (avec notamment l'usage d'une guitare sèche derrière un mur de guitare). Style qu'on retrouve sur leur premier single "officiel", adorable dans un style brouillon, le titre "Sad Anne", superbe chanson, un vrai bijou, qui leur avait d’ailleurs permis de signer un deal avec le label Cheree (le label culte des premiers EPs de Bark Psychosis et de Disco Inferno), le titre « Sofaelaine » de 1990, n’ayant été sorti que sur flexidisc.
Mais cela semble être le lot de beaucoup de groupes, victimes des sirènes de la presse et incapables de protéger avec conviction leur personnalité qui faisait tant leur charme.

21 janvier 2009

The Bardots : Eye-Baby


Eye-Baby de The Bardots

Sortie : 1992
Produit par Guy Bidmead
Label : Cheree


De The Bardots, on a tendance facilement à se moquer gentiment de la hype qui entoura le groupe à ses débuts, alors que le son était sous-produit. contrairement à V-Neck, plus ouvertement pop, ce premier opus garde encore ce son grinçant cher aux anglais.
Pour apprécier Eye-Baby, il faut aller au-delà de ces aspects, car il recèle bon nombre de titres surprenant, dont la qualité étonne. Bien sûr, il subsiste des airs roucoulant, lumineux, de manière à swinguer et à groover comme au bon vieux temps, le tout sous des guitares tourbillonnantes (« Chained Up » ou « Sunsetted »), avec chœurs lascifs et refrain qui tue. Mais cela ne concerne qu’une partie de la tonalité de l’album.
L’autre est beaucoup plus subtile, rampante, déployant petit à petit un univers grandiose et majestueux. Un morceau de la trempe de « Obscenity Things » laisse délicatement glisser des solos magiques et son tempo langoureux pour s’offrir le luxe d’une explosion incroyable et définitivement rock. On pourrait croire à de la pop facile, usant des procédés les plus évidents du shoegaze, à savoir guitares bruyantes + mélodies chaleureuses, la musique de The Bardots est plus complexe que ça. L’alliance de la guitare sèche et des saturations sur « Sister Richard » en témoigne bien, ce titre étant d’une beauté pernicieuse à en faire frémir de plaisir, de même pour « My Cute Thought ». Le final, « Swallow » s’offre même le luxe d’une intro au piano, avant l’instauration d’une toute petite mélodie incroyable. Et de constater alors que The Bardots se place en chaînon manquant entre la délicatesse du shoegaze et l’arrogance mélodique de la Brit-Pop. Aucune autre chanson ne peut résister à « Swallow » qui écrase toute concurrence, notamment dans sa montée dans les grâces célestes.
Le groupe est capable, au moment de ses débuts, d’alanguir son propos, et de composer quelques ballades saturées parmi les plus intrigantes, comme « Cruelty Blonde », aux voix doucement plaintives, ou « Slow Asleep », aux airs de dream-pop voluptueuse. Mais pour une fois, le sommet de l’album se situe au début. En effet, de tous, c’est peut-être « Pretty O » qui surprend le plus. Cette chanson est probablement la plus aventureuse, celle qui remet le plus de choses en question et qui propose un style quasiment unique. De cette myriade de guitares saturées, émerge une voix asexuée, d’une beauté confondante et d’un lyrisme très marqué, qui vogue au dessus d’une guitare cristalline et d’arrivées soudaines et répétées d’explosions majestueuses. A croire qu’il s’agit presque d’un tout autre groupe !

20 janvier 2009

White Come Come : The Broken Bird



The Broken Bird de White Come Come

Sortie : 1992
Produit par White Come Come
Label : Sugarfrost


Collectionner les singles parus à cette époque se révèle un bon moyen pour faire des (re)découvertes. Au rayon des groupes complètement inconnus, White Come Come figure en bonne place.
Venant du Japon, signé sur le minuscule label Sugarfrost, sans doute encore plus obscur que le groupe lui-même, n’ayant à son actif que cet EP, White Come Come s’attribue dès lors le titre de formation culte.
Culte, car malgré la curiosité qu’on peut ressentir à dénicher un tel groupe, ces quatre petites chansons sont tout bonnement excellentes ! C’est ce que le shoegaze peut offrir de meilleur : une piste de décollage pour un départ tranquille et assuré, direction l’espace.
Que ce soit le rythme groovy de « Rise », alimenté par un duo de voix absolument charmant et des guitares saturées légèrement ondulantes, comme avec My Bloody Valentine, la ligne de basse irrésistible de « Luv Lemon Lies », le titre le plus rock’n’roll de cet EP, ou bien l’esprit totalement vaporeux et brumeux de « Sink » (on dirait les litanies enfumées d’un couple au sortir d’une nuit orgiaque, agitée et harassante, dont les effets nauséeux ne se seraient pas encore estompés), on savoure, avec délectation, ces usages laconiques des arrangements instrumentaux, essentiellement à base d’ondes saturées et d’une basse paresseuse. Tout est là pour se laisser emporter et se mettre à rêver. En effet, comment se remettre d’un morceau comme « Sink », dont les sept minutes suffisent à annuler toutes les forces environnantes et emmènent l’esprit loin ailleurs, à grand renfort de saturations parfaitement maîtrisées ?
Et comment surtout se remettre de la claque reçue par « Broken Bird », véritable tourbillon, joué à cent-à-l’heure, sur un tempo d’enfer, digne des boites de nuit, mais impossible à suivre, car trop effréné ? Une vraie bombe ! Tout s’emballe, dans une danse sous speed, guitares, voix, batterie, à la fin, la centrifugation aboutit à un mix hallucinogène, secouant et décoiffant au possible.
Il faut mettre la main sur cet EP à tout prix !

Here : Entre Deux Soleils



Entre Deux Soleils de Here

Sortie : 1996
Produit par Jan Muchow
Label : Alison


A la recherche de l’évasion expérimentale, Here se détache peu à peu de ses embrouillaminis de guitares pour aboutir à une déliquescence des plus radicales. Intègre comme somptueux, le deuxième album du groupe emmène l’auditeur, littéralement, ailleurs.
D’ailleurs, ce n’est plus un album de rock véritablement : on y trouve de la flûte, des claviers médiévaux, des trompettes funèbres, une batterie plus proche du lounge, du jazz ou de la musique asiatique. Ces plages lentes, minimalistes et vaporeuses servent de support idéal à la voix enchanteresse de Valérie, douce et divine.
Certains morceaux comme « The Unseen » sont pénétrés d’une beauté religieuse, quasi-mystique ou incantatoire, d’autres aplanissent des poèmes obscurs susurrés en français. Parfois l’orchestration tonne comme une tempête, avant de s’éclipser pour un bijou de repos et de majesté : « Blowin’ Spell ». Ou provoque un crescendo ralentie et songeur : « Entre deux portes ».
Dans l’ensemble très austère, ce deuxième opus, de par ses arrangements proches de la musique du monde et de l’expérimental, dépasse le cadre simple du shoegaze pour voguer dans des volutes sibyllines.

13 janvier 2009

ESP Continent : Mars is a ten


Mars is a ten de ESP Continent

Sortie : 1995
Produit par Warren Defever
Label : Karina Square / Perdition Plastics

A l’instar de Brian Eno et David Byrne, le projet ESP Continent profite de la rencontre de deux musiciens talentueux pour faire de la fusion de deux mondes bien dessinés, un tout nouveau monde.
Celui de ESP Continent est particulièrement particulier, étrange et éthéré, mais très chaleureux et accueillant. On le savait, Ian Masters était un être fragile, un peu à part, sur la lune, et désormais avec Warren Defever, il peut laisser libre court à son imagination. Accompagné de guitares acoustiques, jouées façon harpe, l’anglais farfelu traîne et distille de sa voix virginale des complaintes religieuses, qui n’ont que très peu à voir avec le rock traditionnel, mais qui à chaque fois touchent au cœur. Sans doute grâce à la modestie des arrangements de Warren Defever, toujours minimalistes et épurés (un piano gothique par ci, une guitare sèche par là et c’est tout).
C’est ainsi un plaisir de (re)découvrir la voix de Ian Masters, sans fard, ni artifice, ni tous ces effets d’écho, devenue ainsi véritablement pure, tremblotante, adolescente. Elle prend toute sa mesure sur des ballades angéliques, telles que « Sticky Sun », le superbe « Great Eye is Simple Eye » ou le mirifique « Your Hands ». Parfois l’épure arrive à son extrême expression : de simples vocalises d’enfants de chœur à n’en plus finir, sur fond de cordes grattées avec lenteur (« Land of 102 »). Ou bien un folk décharné et squelettique (« Web of Dream »). Tout du long les arrangements sont splendides (guitares, violons, chœurs) tout en restant d’une modestie incroyable. Cela cède plus de place aux mots, qui coulent et glissent comme des fluides pour une peinture à l’aquarelle, triste et surréaliste.
Si le minimalisme ambiant surprend et oblige à forcer l’écouter pour s’immerger complètement, ESP Continent nous montre également un tout nouveau visage de Ian Masters, débarrassé des guitares noisy, pour une accalmie pieuse des plus surprenantes.

Fiche artiste de Seven Percent Solution



Seven Percent Solution

Personne ne s’y attendait et pourtant le premier album de Seven Percent Solution se hissa jusqu’à la 20° place des charts. Performance qui est du en partie aux différents articles élogieux de David Fricke, journaliste au Rolling Stones. Celui-ci n’hésitera pas à le citer parmi les albums essentiels de 1997. D’autres magasines comme Option ou Magnet iront même le placer dans les classements de l’année, à la deuxième place, juste derrière le fameux « Ladies and Gentlemen, We Are Floating in Space » de Spiritualized.
D’un seul coup, le groupe passe des petits show dans les salles d’Austin aux tournées dans toute l’Amérique. Le changement de statue aura du mal à être digéré. « Lorsque nous sommes allés à Atlanta, explique Reese Beeman, le fondateur du groupe, il y avait énormément de mondes qui étaient venus nous voir. Au concert, ils se pressaient aux premiers rangs, hurlant, chantant et criant. Ils connaissaient nos paroles par cœur. C’était une étrange expérience. »
Il n’y a pourtant pas si longtemps, le groupe n’était qu’une formation ordinaire originaire d’Austin dans le Texas. Formé en 1993, après que James Adkison ait rejoint Beeman (qui n’avait jusque là que sorti une cassette), la formation n’aura sorti à l’époque qu’un seul EP, « Sugar » et ne sera connu que par quelques curieux, intrigués par ces fameux concerts où le groupe déploie des écrans géants pour y projeter divers images psychédéliques. Force est de reconnaître que le groupe (bientôt un trio suite à l’arrivée de Julian Capps) n’avait rien vu venir ; la première édition de l’album fut emballée dans du carton, numéroté à la main et livré avec une copie du CD. Les instructions étant de le donner gratuitement à un ami, car « on pensait qu’on ne dépasserait même pas les 1000 copies ! » rigolera plus tard Beeman. « On aimait beaucoup l’idée que pour un album acheté, deux personnes pouvaient en profiter » se justifiera James Adkisson, sans se douter une seule seconde de l’effet du bouche à oreille qui alors se mettre en place, de façon démesurée. Beaucoup de gens se rendirent à leurs concerts parce qu’un ami à eux leur avait passé un CD.
A New-York, un label se montre intéressé et propose de rééditer leur album pour le diffuser plus largement. Par l’intermédiaire de leur nouveau manager Ron Suman, ils signent sur X-Ray et sortent rapidement un deuxième album, « Gabriel’s Waltz », en 1999, qui se veut plus expérimental encore. Utilisant toujours les mêmes procédés de guitares saturées, le groupe fournit un effort supplémentaire dans l’agressivité, afin de contraster d’avantage avec ces moments d’accalmie spatiale si chère au groupe. « On adore toujours expérimenter et créer des atmosphères, mais il ne faut pas oublier le contexte de la chanson » précise Beeman. Volontiers intellectuelles, les références seront nombreuses, et parfois obscures, comme ces vers de Anne Sexton, cités en prélude. « Ce n’est pas un concept album, avec une histoire du début à la fin, mais cela nous aide s’il y a une idée cohérente derrière tout ça. Même s’il ne s’agit que de notre propre idée et que personne d’autre ne sait de quoi il en retourne. On n’essaye pas de faire passer un message quelconque, c’est juste que nous essayons d’exprimer nos sentiments personnels ».
Pourquoi aujourd’hui le groupe ne donne plus de nouvelles, personne ne le sait, toujours est-il que depuis plus aucune activité de la part de ce groupe, trop vite oublié.

8 janvier 2009

Fiche artiste de The Naked Souls


The Naked Souls

Sur MTV, dans le courant de l’année 1993, lorsqu’on restait très tard, on pouvait avoir la chance de voir un clip venu tout droit de Tchecoslovaquie : le divin « Sleep », signé d’un groupe absolument inconnu et confidentiel, The Naked Souls.
Aujourd’hui, impossible de voir se reproduire un tel miracle, tout simplement parce que la chaîne soumise à trop de pression de rentabilité ne se hasarderait jamais à diffuser une musique pareille, juste pour mettre en avant un coup de cœur.
Et pour ne rien arranger, ceux qui voudraient en savoir plus sur ce groupe éphémère se heurtent à une absence totale d’informations, comme s’il n’avait jamais existé. A l’heure des échanges Internet et des giga plateformes de renseignement, ne subsistent pourtant que très peu de choses sur cette formation de Prague et dont la durée de vie s’étale à peine entre 1989 et 1995. Tout le monde peut avoir accès à des futilités et bon nombres de groupes amateurs laissent leurs chansons sur Myspace, mais personne ne peut retrouver traces de Milan Sip (à la basse et au chant), Jiri Novak (à la guitare) et Ladislav Baksa (à la batterie). Il faut deux fans tchèques pour créer une page Internet et y quémander un peu plus d’éléments sur eux !
C’est une honte. Car le shoegaze apprêté et pédant de The Naked Souls est probablement une des plus belles choses qu’il ne nous ait jamais été donné d’entendre
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Discographie :

4 janvier 2009

Difference Engine : The City, Not the Animal (vidéo)

Lent, lourd et désabusé : une visite au bord de la dépression et de la crise nerveuse, mais qui se maintient vaille que vaille, entraîné par l'élan des guitares.
Un des secrets les mieux gardés d'Amérique.