30 novembre 2010

Fiche artiste de State of Grace


State of Grace

Bien que considéré comme culte dans le monde underground des boites de nuit dans les années 90, State of Grace n’a jamais réussi à recueillir le succès qu’il méritait.
La faute à des albums de plus en plus lisses, trop pop, trop artificiels, trop lumineux, malgré la voix suave de Sarah Simmonds. Le groupe tente un mélange entre la Brit-Pop et la dance sur ces albums, le non moins réussi « Jamboreebop » et à un degré moindre, « Everyone Else’s Universe ».
Loin donc de l’esprit des tout premiers singles du groupe, ceux sortis sur le label culte Cheree Records. Au début des années 90, peu après leur formation à Londres, State of Grace (Sarah Simmonds, Anthony Wheeldon, Tim Madesson et Paul Arnall, signe des chansons extraordinaires, envoûtantes, vaporeuses, évanescentes, alliance entre guitares brouillées, boite à rythme et ambiance psychédélique. Ces singles, dont le mirifique « Camden » en 1992, en hommage à ce quartier de Londres, qui à l’époque était le centre névralgique du rock indépendant et du monde de la nuit, seront regroupés plus tard en un album, « Pacific Motion ». Un recueil superbe, indépassable, dont on ne peut s’empêcher d’éprouver une tendresse toute particulière.
Une affection infinie et inexplicable pour ce groupe et ses tout premiers titres, « Love, Pain and Passion » ou « Miss You » par exemple, aux zébras de guitares de Paul Arnall et aux claviers nébuleux, dont on ignore encore pourquoi ils nous accrochent autant. Sans doute est-ce du à la voix pernicieusement douce et charmeuse de Sarah Simmonds… Mais ce qui renforce encore davantage cette impression d’attachement, c’est de réaliser qu’on est bien seul à aimer ce groupe, que ces chansons, personne ne les connaît, mais qu’en les écoutant, dans le noir, avant de s’endormir, suffit à les faire vivre, à les rendre réelles. Dans ce cas, on se trouve face à un trésor : une source inépuisable qu’on cacherait jalousement et qu’on défendrait contre toute la raison du monde.

Discographie :

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Pacific Motion

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Jamboreebop

Fiche artiste de Whipping Boy


Whipping Boy 


 Whipping Boy, c’était Paul Page (guitare), Myles McDonnel (basse), Colm Hasset (batterie) et surtout Fearghal McKee (chant), ce meneur torturé, à l’esprit frappé, haineux et immensément doué. Un groupe culte de la scène irlandaise.

24 novembre 2010

Whipping Boy : Submarine


Submarine de Whipping Boy

Sortie : 1992
Produit par Whipping Boy
Label : Liquid Records

La claque ! Un riff coup de matraque ! Puis ça s’ouvre, ça s’éclaire, ça fait rentrer de la lumière pour une mélodie doucereuse noyée de saturations. « Safari », le premier morceau de cet album, marque le tempo pour la suite : il y aura beaucoup de bruits.
Une certaine forme de violence se dégage de cet album. Ferghal McKee est un personnage torturé et il prendra le soin de colorer sa musique selon l’humeur du moment. Particulièrement gorgées de guitares, les chansons de Submarine, cathartiques et vombrissantes, frappent et cognent plus qu’elles ne caressent.
Progressivement, avec le concours de la section rythmique, plutôt martiale, une certaine tension va s’installer, comme sur le superbe « Beatle », irrespirable, enfermant l’auditeur dans un étau. Subjugué par la puissance des coups, ce dernier étouffe presque, s’asphyxie. La nonchalance du chant, parfois même parlé, la gravité du ton, la douceur des mélodies cristallines de certaines intro, renforcent cette impression d’intensité dépassant de loin ce que l’auditeur peut contenir, obligé alors de s’incliner.
Quelque part entre les agressions industrielles du mouvement Camden Lursh (Whipping Boy possède quelques similitudes avec The God Machine ou Therapy ?) et les évanescences du mouvement shoegaze, le groupe irlandais de Ferghal McKee impose un maxi-format de froideur et de saturations.
Il est assez rare de voir autant de violence dans ce type de musique, mais ici, elle est soit subjugué, déformée en un trip robotique (« Buffalo »), soit elle est contenue, rentrée en des moments vaporeux et saturées, aux voix légères comme des plumes (« Astronaut Blue », adorable merveille shoegaze).
Dans un mélange des deux, cela aboutit à de grandes chansons ébouriffantes : « Sushi » et alternant passage cristallin et soubresaut industriel, « Favorite Sister », sa basse, ses roulements de batterie, sa flûte, ses moments d’accalmie, toujours sur la corde raide, ses déferlantes de guitares ou bien « Snow », son groove et sa basse magique en forme de lame de rasoir.
Ce qui est étonnant avec cet album, très réussi, mais malheureusement éclipsé par le succès du deuxième, c’est la facilité avec laquelle Ferghal McKee accepte et semble apprécier devoir se plier sous les coups de ses propres guitares, dans une sorte de masochisme pervers et particulièrement jouissif. Mêlant ainsi riff plutôt rêveur et saccages tourbillonnant, Ferghal McKee cède sous le poids des saturations (extraordinaire morceau éponyme de fin), se laisse emporter, comme s’avouant vaincu, conférant une force de percussion toute particulière à ses chansons.

3 novembre 2010

Whipping Boy : Heartworm


Heartworm de Whipping Boy

Sortie : 1995
Produit par Warne Livesey
Label : Columbia

Cet album de Whipping Boy ne cache pas le fait qu’il soit le premier à être signé sur une grosse major, à savoir Columbia. On y retrouve un Ferghal McKee plein d’allant et de détermination, accompagné par une section rythmique énervée, une froideur digne des années 80 et un gros son, avec de grosses guitares, car il faut le dire, ces dernières sont énormes, plus proches du rock américain que du shoegaze originel.
La production et les moyens offerts se mettent au diapason de la puissance cathartique de Whipping Boy. Le combo irlandais hargneux et désabusé s’offre alors une intensité à la hauteur de la noirceur qui les habite. « Users » ou « Blinded » (qu’on croirait piqué à Adorable) sont des titres ronflants, décoiffants, mais qui possèdent des refrains d’une grande force évocatrice.
Car si les guitares prennent le dessus, le ton lui est vertigineux, alternant les douceurs et les passages davantage brutaux. Whipping Boy est un groupe en perdition, obscur et résolument inquiet. Même si les lignes mélodiques de Paul Barge soufflent un vent épique au sein des morceaux, les glissades, les chutes et les saturations plombent les morceaux, les lestent d’un poid insoutenable, celui des déboires et de la hargne. Le refrain, pardon l’hymne, le slogan, la revendication amoureuse (rare dans le monde du shoegaze), de « We don’t need nobody else » joue sur ces transitions d’état, avec d’abord un chant parlé, puis plus clair, avant d’être trafiqué par mégaphone, le tout sous des guitares saturées et vigoureuses.
L’intro féerique du sublime « Tripped » se laisse complètement saccagée par une basse quasiment grunge et des guitares pataudes. Ferghal hésite entre chant mordant et négligence décontenancée. La violence, jusque là contenue, ne pourra que fatalement finir par exploser à la fin du morceau, assez tourbillonnant.
Car l’humeur n’est pas à la joie avec les tortures intérieures de Ferghal. Une noirceur va s’immiscer dans chacun de ces morceaux épiques et plus lyriques que la sobriété de leur propos. Sur « The Honeymoon is over », tout le désenchantement peut éclater, avec ses guitares tranquilles et sa batterie émoussée, Ferghal peut alors jouer à Nick Cave, finalement la personnalité qui lui ressemble le plus, lui ce grand harangueur du désespoir.
Cette colère prend parfois des airs pompiers mais touche souvent au céleste et laisse pantois, comme sur « Twinkle », énorme et efficace. Le gros son offert et promis par Columbia fait ici son effet, permettant de faire basculer un couplet froid et caressant vers un refrain éclaté, véritable bataille rangée de saturations gonflées à l’hélium.
Cet album, même s’il fut n°1 en Irlande et certifié disque d’or, ne réussit pas à atteindre les ventes espérées, si bien que le label finit par se désengager du groupe. Probablement que malgré le gros son, qui évoque Catherine Wheel notamment, le groupe possédait une noirceur et un esprit trop alternatif pour plaire au plus grand nombre.
Dommage, car une bonne partie des gens passèrent à côté de petites merveilles, ballades romantiques désabusées, noyées sous les cordes de violons, comme les fabuleux « Personality » ou « Morning Rise ».