27 mai 2008

Fiche artiste de Starflyer 59



Starflyer 59

Que sa musique soit très suave et innocente (le magnifique hommage au Pets Sounds « Leave here a stranger » en 2001 et enregistré comme il se doit en mono) ou qu’elle fasse appel à une orchestration plus riche (« Talking Voice vs Singing Voice » en 2005, pourtant enregistré à deux membres), Jason Martin traîne toujours une certaine indolence ravissante. Cette évolution vers une identité plus ouverte sur les gens, on la doit au producteur Gene Eugene. Laissant tomber la lourdeur des guitares de ses débuts et insérant un piano, il insufflera un nouveau souffle au groupe qu'il a monté dès 1993. C’est le sublime « The Fashion Focus », paru en 1997, qui marquera ce changement de cap. Malheureusement le producteur décédera un an plus tard, ce qui marquera profondément le groupe. Depuis, avec beaucoup de régularité, et toujours sur le label Tooth and Nails, Jason Martin explorera tous les recoins de la pop tranquille, quelque part entre évidence lumineuse et repos apaisant, faisant de Starflyer 59 un des plus éminents groupe de l'indie chrétien.
On s’intéressera cependant aux débuts du groupe, peu après leur formation à Riverside et leur signature sur le label Tooh and Nails (qui leur est resté fidèle toutes ces années). A l’époque où Jason Martin était en proie au doute. Epoque riche de ses trois premiers albums, ces trois œuvres aux pochettes monochromatiques, orphelines de titres.

17 mai 2008

My Bloody Valentine : Ecstasy and Wine


Ecstasy and Wine de My Bloody Valentine

Sortie : 1989
Produit par Kevin Shield
Label : Lazy Records


Les premières ébauches du groupe de Kevin Shield et Belinda Butcher seront immédiatement jetées en pâture, sans travailler plus que ça le son, ce qui donne un résultat rudimentaire assez touchant, sous la forme d'un single : "Stawberry Wine", aussitôt suivi d'un mini-LP "Ecstasy", plus tard regroupés sur Lazy en 1989.
Comptant sur les moyens du bord, My Bloody Valentine arrivera à se dépatouiller et à livrer de pures merveilles de pop tapageuse, entraînante et légèrement salissante aussi.
Des voix mirifiques comme l'irréel, douces, angéliques, une pluie de carillons, des couplets sucrés et mielleux, des guitares et une basse noisy sales et crispantes (estampillées Jesus and Mary Chain), des couches sonores empilées, des mélodies faussement candides, des réverbérations vertigineuses, des crissements d'aciérie sadiques : on n'avait jamais fait un tel alliage auparavant !
Fourmillant d'arpèges géniaux, emmené par une batterie inouïe qui supporte à elle seule toute la dynamique des morceaux, les titres de ce groupe irlandais sont étonnants. Délicieux, vibrants, ils émerveillent par leur efficacité universelle. Accrocheur dans l'esprit, le groupe n'en oublie pas moins ses fondamentaux noisy : simplification et tapage. Bien que regorgeant d'harmonies vocales savoureuses, de mélodies à tomber par terre dans la plus grande tradition anglaise de cette époque, le groupe aime bien se vautrer dans le laisser-aller : saturations, obédience pour le strict minimum, urgence.
La synthèse est phénoménale. Jamais autant de trésors et de joyaux pop n'avaient été taillées à partir de telles souillures : « Never say goodbye » et son dialogue savoureux sous la tempête, les airs béas de « She loves you no less », l’humeur froide et désabusée sur le génial « The Things I miss » (qu’on croirait piqué à Psychocandy !) ou les « tuhtuhtuh » innocents de « You’ve got nothing ».
Il y a un certain côté indie pop voulu chez My Bloody Valentine qui n'est pas pour ôter tout leur charme, les rapprochant dans l’esprit de la vague noisy avec les Primitives ou les Shop Assistants. Cette façon décalée de jouer et de concevoir le rock provoque un vrai remue-ménage de folie, à faire mal aux oreilles.
Punk dans la forme mais irréversiblement pop dans le fond, My Bloody Valentine prend l'incandescence artistique par-dessus la jambe, enrobant déjà ses chansons sous des textures acidulées.

Fiche artiste de Green Hill


Green Hill

On sait très peu de choses sur ce groupe de Berlin.
Tout d’abord parce qu’ils n’ont pas sorti beaucoup d’albums et ont eu une carrière assez brève, ensuite parce qu’ils ont tournés essentiellement dans leur pays, sans s’exporter d’avantage.
Participant à la base au courant shoegaze avec leur premier EP, « Charme », sorti en 1992 mais introuvable depuis, avant l’album « Toulouse », Green Hill, mené par Rajko Lienert, élaborait ainsi des ambiances rêveuses et très travaillées.
Par la suite, en compagnie de Frank Hillmann (voix, guitares, percussions), Mike Hillmann (guitares), Torsten Thelemann (basse), Torsten Ebener (batterie) et Susi (voix, clavier), il découvre la house allemande, la brit-pop ou encore le break-beat et s’en inspire. Dans un premier temps pour ouvrir son style à plus de légèreté, puis après pour monter un autre projet electro, intitulé l’Eau.
Qui aura malheureusement pour effet immédiat et sans concessions de plonger la formation dans l’oubli le plus total.

Discographie :

- Toulouse

- Pigs Might Fly

Starflyer 59 : Silver


Silver de Starflyer 59

Sortie : 1994
Produit par Blood
Label : Tooth and nails


Bon sang, mais qu’est-ce qui peut torturer à ce point l’esprit de Jason Martin pour livrer un album aussi lourd ?
Dès les premiers riffs de "Blue Collar Love" le ton est impressionnant, froid comme l'acier, implacable. Cet album sans nom, est une succession de guitares plombées, de larsens crispant alternant à de doux passages où la voix de Jason Martin peine à surnager par-dessus cette pression.
On y retrouve un esprit tortueux de part cette aptitude à voiler les mélodies sous une fatigue fantomatique, à la différence près que la violence et l’engourdissement sont de mise. Le batteur ne connaît pas autre chose que les caisses, les déferlantes de guitares glissantes comme dévastatrice, le chant est narcoleptique. Le chant, parlons-en justement. Relents chargés de Valium, ces souffles fatigués plombent tous les morceaux. C’est à peine si une voix famélique, douce et accablée se dégage de la déferlante des riffs implacables qui surviennent. C’est l’état de l’abandon, les émotions qui déposent le bilan, la grève de la rébellion. Jason Martin déclame son amertume. Et c’est loin d’être réjouissant : les petites mélodies suaves sont aussitôt écrasées par les saturations sur « Monterey », les textes, absolument mélancolique, ont du mal à sortir au travers de la gorge, avec autant de légèreté dans l’intonation que de gravité dans le ton, quant au sublimement triste « Droned », c’est un déballage tragique de tendresse qui s’emballe et se noie sous une avalanche. Dès qu'un semblant de luminosité pointe le bout de son nez ("Hazel Would") c'est pour être aussitôt effacée par une monotonie électrique traumatisante ("The Dungeon").
Au cœur de cette démonstration cafardeuse, on découvre bien vite ce que ce gênant geignement peut posséder de magique. La céleste mélodie concluant "The Zenith", les claps décontractés sur "2nd Space Song" qu’on n’attendait pas après cet orage de guitares, ou le majestueux "She Only Knows" (et ses « lalalalaaa » laconiques et épuisés) prouvent, si besoin était, la qualité d'orfèvre des compositions.
Si bien qu’on ne sait pas très bien réagir à la fin de cet album : s’émerveiller ou fondre en larme.

14 mai 2008

Ride : Today Forever EP



Today Forever EP de Ride

Sortie : 1991
Produit par Alan Moulder
Label : Creation


En concert, le titre « Unfamilliar » était un des morceaux les plus fréquemment joués. Réclamés par les fans, il faisait partie de ces indispensables dans une set-list. Et on comprend pourquoi !
Dévastateur aussi bien que velouté, ce titre fait l’apologie des guitares, des coups effrénées de batterie, dans une optique clairement dévolue à la mise en place d’un univers ambitieux d’atouts gracieux et d’enchantement.
Ces mélodies qui s’imposent de manière majestueuse, tout juste auréolées de guitares sèches, par exemple sur « Seenen », à grand renfort de coups percutant et de voix douces et tranquilles. Une force sûre d’elle-même qui n’a pas besoin d’accélérer le rythme pour prendre toute sa mesure. Sa magnificence suffit intrinsèquement à s’ouvrir et à prendre toute la place.
C’est comme si un simple CD ne suffisait pas à contenir toute la beauté des morceaux. La musique puissante et rêveuse de Ride gonfle, occupe l’espace et s’épanouît. Devant elle, on se fait tout petit, on s’incline.
On a même l’impression que les membres de Ride sont eux-mêmes emportés dans le tourbillon de leur musique, qui les dépasse et qu’ils maîtrisent à peine, éberlués par leur propre son, et exprimant leur candeur par des chants légers et innocents. Ce n’est pas du nihilisme ou de la destruction, c’est de la libération. « Beneath », sobre et constant dans la mélodie, intensifie graduellement sa densité. C’est un catharsis. Un éclat incandescent.
Témoin d’un brasier vif qui brûle et déchaîne les mélodies.
Et une fois toutes les passions sorties de leur gong, à la manière d’un déluge ou d’une démonstration de rage romantique, on aboutit à une sorte de plénitude étonnante pour de jeunes garçons à peine sortis de l’adolescence.
« Today », ses claviers, sa guitare sèche insistante, ses arpèges magiques, ses chants d’enfants de chœur, son crescendo stupéfiant, sa beauté qui s’admire plus qu’elle ne se donne, ne peut être que la preuve que l’ouverture sur le monde, à la manière d’un miroir, ne prend racine que lorsqu’on le contemple.

12 mai 2008

The Telescopes : Singles Compilation


Singles Compilation de The Telescopes
Date : 1990-91
Produit par Richard Formby
Label : Mind Expansion


The Telescopes est un groupe culte, notamment parce que c'est un groupe à singles. Ceux qu'ils ont sorti au début des années 90 sont incroyables, opérant un virage du psychédélisme hardcore au psychédélisme coulant. Cette compilation sortie en 2008 est à ce titre indispensable, bien qu'un peu courte.
Avec ces cheveux hirsutes à la Jim Reid et ses tee-shirts délavés à la javel, Stephen Lawries déversait ses doses de trip sonores avec une nonchalance éhontée de branleur. Brouillons, limite potaches, ses premiers morceaux sont presque une souffrance pour les oreilles chastes. Une cacophonie ambiante, faite de feedback pullulant (« To Kill a Slow Girl Walking »), à la fois rétro (on pense au Velvet), comme éminemment ancrée dans son temps (on pense à Loop), qui consume l’auditeur. Car c’est cela qui caractérise les Telescopes et les a érigé au statut de culte. Leur désir de torpiller, de foncer dans le tas, sans faire de détail, tant pis pour les écorchures, il faut que ça sorte, qu’on se fasse plaisir, qu’on bousille les enceintes, c’est là, lorsque tout se recouvre, qu’on ne distingue plus rien, que l’on sent le psychédélisme s’exprimer sans contrainte (« Sadness Pale »).
C’est en signant chez Creation que le groupe délaisse les agressions et se jette à corps perdu dans l’évanescence. Avec « Precious Little », une parfaite réussite de bout en bout, on plane sous l'effet conjugué des guitares remplies de fuzz, mais aussi des tambourins lancinant, des voix nonchalantes, et surtout de ce groove incroyable, qui baigne l’ensemble de la chanson. Stephen Lawrie commence à s’alanguir, succomber à la torpeur et à convoquer les esprits hippies des années 60 (le splendide « I sense »). 
Avec « Everso », dont les ‘’aaaaaaah aaaaaaaaaaah aaaaaaaah’’ sont symptomatiques de la neurasthénie qui enveloppe le style de The Telescopes, la transformation est flagrante par rapport aux débuts. A considérer l’ecstasy comme le sixième membre du groupe, on peut observer son effet sur leur musique, plus lente, plus cool, plus tranquille. Les guitares caressantes, rêveuses parfois, beaucoup moins lourdes qu’autrefois, ainsi que les saturations en arrière fond, les quelques effets de cithares qu’on devine à peine, concourront à dessiner cette plage d’ouverture à l’évasion la plus folle, ouvrant les portes de la perception. C’est encore plus vrai avec « Celeste » : clavier, chœur légers, rythmique groovy (la basse évoque Madchester), guitares glissantes, tout y est. Loin d’être agressif, ce single entraîne un long voyage planant vers un lit douillet. Petit à petit les guitares dures s’effacent, au même titre que la batterie qui se fait moins violente, chaque instrument prend moins d’ampleur mais se diffuse plus longuement, l’instrumentalisation se fait plus riche, les voix n’hésitent plus à être soufflées, se répondant en écho (le vaporeux « All a dreams »). 

Dernier single de l’impressionnante série sortie sur Creation, « Flying » achève la fulgurante déliquescence qu’entame Stephen Lawrie pour s’épanouir dans le psychédélisme le plus complet. Moins de bruits et plus d’espaces, plus d’étirements, plus de longueurs et de langueurs. Ce sont des guitares sèches et de longs slides qui ouvrent le bal, avant que des voix shootées, masculines comme féminines, qu’on n’arrive d’ailleurs plus très bien à distinguer entre elles, ne viennent se répandre paresseusement. Le groupe ne se posait à l'époque plus aucune limite.

10 mai 2008

AR Kane : "i"


"i" de AR Kane

Sortie : 1989
Produit par AR Kane
Label : Rough Trade


Au cours d’une époque, il y a toujours des groupes comme AR Kane.
Des groupes immensément doués, intellectuels et esthètes, pratiquant une musique originale mais qui passent complètement inaperçus. Mais qui par la suite, se retrouvent l’influence principale d’immensément de genres nouveaux.
Ce n'est pas que la formation anglaise eu le malheur d'exister à une époque particulièrement féconde, laissant peu de place aux rêveurs. Même à l'heure actuelle, le monde entier s'en foutrait complètement, hormis une poignée de fans (é)perdus, qui les considéreraient comme des innovateurs miraculeux. AR Kane appartient à la catégorie des groupes incompris. Et on ne peut rien y faire.
A tout bien y réfléchir cet album s’encre totalement dans son époque : utilisant et expérimentant toutes les techniques de productions possibles, AR Kane s’affranchira des styles pour proposer ce que les années 80 avaient de mieux à offrir comme perspective.
Affichant une musique pop expérimentale, limpide et épurée, « i » allie la grâce d'un climat doux à une pratique piquante et savoureuse.
En plus de courts intermèdes composés de bruits blancs de quelques secondes, cet album regorge d'étrangetés, d'innovations incroyables et de mélange des genres. Au delà d'être un groupe maîtrisant à la perfection les ambiances rêveuses, AR Kane se risque à insérer dans ses chansons des boite à rythme à la limite du cheap ("Crack Up" et ses teintes africaines), des enregistrements samplés (l'intrusion burlesque du synthé qu’on croirait piqué au plus ridicule des groupes new-wave en intro de "Snow Joke"), des arrangements baroques (les violons et cuivres s’additionnant aux chants angéliques sur « In a circle »), des percussions (« Conundrum » noyé sous un mix de brouillage) ou carrément un clavier rythmique pour une sorte de dub electro (« What’s all this then ? » avec ses arpèges féeriques). C’est sans doute ce côté délibérément kitch qui fera que cet album aux vingt-six titres sera plutôt difficile d’accès. Les connotations soul sont très marquées, par les voix moites et chaleureuses mais aussi pour le rythme artificiel et dansant, ou pour les chœurs gospel (« Pop »). Le titre « A love from outer space » sera un hymne des années 80 et un monument de chanson taillé pour les boites de nuits. Ce groupe se permettait donc de mêler grâce synthétique et entorse discrète aux règles. Le résultat est inouï et sans aucun doute inégalé. A l’instar du merveilleux « Miles Apart », au rythme et piano dansant, mais nimbées de guitares saturées et magiques. Ou pour toutes ces chansons de fins, déliquescentes et éthérées. C’est presque dans un rêve étrange et abscons qu’on écoute alors le merveilleux « Spook », sommet shoegaze où les chants masculins comme féminins finissent par s’entremêler au milieu des guitares magiques. Suit encore le romantique slow au piano et aux voix suaves « Sugarwings ». Jusqu’à tomber sur une démonstration de grâce absolue où quelques distorsions paresseuses flotteront ça et là au milieu d’une contrée fantasmagorique pleine de douceur (« Down »).
Vers le fin de l’album ce ne sera plus que complainte déchirante au milieu de saturations et crescendo fantasmagorique (l’intense et indépassable « Supervixens »), dernier sursaut noisy (le tourbillonnant « Insect Love ») puis un mix improbable entre dream pop et reggae (« Catch my drift ») qui s’évanouira sous les samples et les volutes.
Ceux qui s'en saisiront comprendront alors. Comme un révélation.

Swallow : Blow



Blow de Swallow

Sortie : 1992
Produit par John Fryer
Label : 4AD


Extrêmement fantasmagorique, cet album est portant glacé. Comme du papier : verni, pur, doux. On le doit à un couple, en studio comme à la ville, Mike Mason et la vocaliste Louise Trehy. Lui, bidouilleur, touchant un peu à la guitare et goutant du synthé ; elle, mystérieuse et au chant éthéré. Privilégiant au mieux les nappes à base de guitares comme de touches electro, Swallow condensera en un album toute la personnalité du label 4AD, sur lequel ils avaient signé au début des années 90. A la fois tendrement excessive et paresseusement exigeante, leur musique les rapprochera de My Bloody Valentine, Curve, Cranes mais surtout des Cocteau Twins, évidence qui ne manquera pas d’échapper aux amateurs.
Cela est-ce dû sans doute au son très particulier des guitares dont les distorsions travaillées, remixées et de nouveau retravaillées à l’enregistrement. Elles paraissent venir de loin. Des sortes de déchirements de machines. Cette robotique on la retrouve également dans le tempo totalement artificiel de Swallow, à base de boite à rythme, mais aussi de touches mélodiques au clavier, légèrement glissantes et froissées. C’est à peine si on perçoit un bourdonnement (« Sugar your mind »). Tout du long, on a plutôt le droit à une ambiance atténuée, sans accroche, où les saturations se posent délicatement comme des voiles de soie.
Ce spectacle d’une féerie artificielle trouve ses aspirations dans quelques courts instrumentaux, composés de claviers et de guitares évasives (la magnifique ouverture « Lovesleep » ou « Lacuna »), servant d’intermèdes à des titres à la beauté plastique irréprochable mais terriblement dénués de chaleur. Les quelques touches de piano (« Oceans and blue skies ») soutiennent la voix fluette de Louise qui parfois disparaît et s’évanouît (« Cherry Stars Collide», très gothique dans l’âme).
Suave, coulante, délicieuse, Louise Trehy saupoudre de son charme l’ensemble de ces chansonnettes, dérives esthétiques dans l’onirisme et le confort ouaté. On n’écoute pas cet album, on le traverse, on voyage dans un monde chimérique, où les boites à rythme se font lassantes, les crénelages des guitares à peine recouvrantes. La force se suspend parfois jusqu’à un nuage léger comme une plume, composé de vapeurs de gouttes d’or et de miel (« Tastes like honey »).

On décolle alors très vite sous le charme de mélodies tombées du ciel et de chants à coup de « yaouhouhouhou » et de « peekapeekaboo » (le sublime et mirifique « Peekaboo ») qu’on croirait tiré du vocabulaire elfique. Une beauté plus rentrée et en dedans, presque timide, sensation qui renforce la froideur délivrée. Sans doute est-ce pour cela que le groupe a choisi d'éliminer toutes traces de folie ou de guitares mordantes, dans le but de créer un vrai cocon.