10 mai 2008

Swallow : Blow



Blow de Swallow

Sortie : 1992
Produit par John Fryer
Label : 4AD


Extrêmement fantasmagorique, cet album est portant glacé. Comme du papier : verni, pur, doux.
Cela est-ce du sans doute au son très particulier des guitares dont les distorsions travaillées, remixées et de nouveau retravaillées à l’enregistrement paraissent venir de loin. Des sortes de déchirements de machines. Cette robotique on la retrouve également dans le tempo totalement synthétique de Swallow, à base de boite à rythme, mais aussi de touches mélodiques au clavier, légèrement glissantes et froissées. C’est à peine si on perçoit un bourdonnement (« Sugar your mind »). Tout du long, on a plutôt le droit à une ambiance atténuée, sans accroche, où les saturations se posent délicatement comme des voiles de soie.
Ce spectacle d’une féerie artificielle trouve ses aspirations dans quelques courts instrumentaux, composés de claviers et de guitares évasives (la magnifique ouverture « Lovesleep » ou « Lacuna »), servant d’intermèdes à des titres à la beauté plastique irréprochable mais terriblement dénués de chaleur. Les quelques touches de piano (« Oceans and blue skies ») soutiennent la voix fluette de Louise qui parfois disparaît et s’évanouît (« Cherry Stars Collide», très gothique dans l’âme).
Un univers difficilement accessible, trop beau, trop lisse, qui sied bien à l’imagerie qu’on se fait du label 4AD. Mais qui enveloppe et qui caresse doucement, innocemment, sans qu’on en perçoive finalement qu’une aile d’ange vient de nous frôler la joue. Car la voix de Louise Trehy ne peut qu’être celle d’un ange.
Suave, coulante, délicieuse, elle saupoudre de son charme l’ensemble de ces chansonnettes, dérives esthétiques dans l’onirisme et le confort ouaté. On n’écoute pas cet album, on le traverse, on voyage dans un monde chimérique, où les boites à rythme se font lassantes, les crénelages des guitares à peine recouvrantes. La force se suspend parfois jusqu’à un nuage léger comme une plume, composé de vapeurs de gouttes d’or et de miel (« Tastes like honey »).
On décolle alors très vite sous le charme de mélodies tombées du ciel et de chants à coup de « yaouhouhouhou » et de « peekapeekaboo » (le sublime et mirifique « Peekaboo »). Une beauté plus rentrée et en dedans, presque timide, sensation qui renforce la froideur délivrée. Sans doute est-ce pour cela que le groupe a choisi d'éliminer toute traces de folie ou de guitares mordantes, dans le but de créer un cocon. Beaucoup plus léchées et raisonnables, les chansons magnifiques de lyrisme tranquille prennent une tournure synthétique, sobre et fragile.

Aucun commentaire: