21 septembre 2008

Fiche artiste de Jupiter

Jupiter

Avant de devenir la batteuse du groupe culte australien Smudge et d'avoir inspiré une chanson des Lemonheads sur "It's a shame about ray", la belle Alison Galloway a été, entre autre, membre de Jupiter, formation shoegaze de Sydney.
En compagnie de Simon Mc Lean (chant et basse) et de Chris Stevens (guitare), elle a participé à l’éclosion de la scène shoegaze du label Summershine, même si Jupiter n’a eu qu’une brève existence. Ce groupe n’aura sorti qu’un seul album, le magnifique et excité « Arum », en 1991, juste après un single qui regroupe les titres « Leave the ground » et « T ».
Seulement ces derniers sont aujourd’hui quasiment introuvables. Pour retrouver trace d'une des chansons extraordinaires de la formation de Sydney, on peut éventuellement se tourner vers la compilation culte « Just A Day » de leur label Summershine, édité par Slumberland Records.

Jupiter : Arum


Arum de Jupiter

Sortie : 1991
Produit par Jupiter
Label : Summershine

Une tornade saturante, un flot rapide et enivrant de guitares racées, une cadence à la batterie infernale, des tambourins agités, un rythme issu des mondes de la fête, là où les délires sont sans fin et le bonheur accessible sous le manteau, à l’arrière d’une boite de nuit, en échanges de quelques billets, la combinaison de ces éléments marche à merveille pour laisser s’envoler l’esprit.
Basé sur un tempo artificiel, à la basse dansante, Jupiter évoque à la fois l’épanouissement dans l’abandon et la fragilité d’une vie construite autour d’un vertige, brassant les sons et sensé chasser les idées pour ne retenir que l’enivrement.
De plaisirs futiles, il en sera question, avec ses nombreuses parties de guitares magnifiques (« Meltown ») et ses tendances à vouloir aller plus vite que la musique, influencée par les raves, les discothèques et les soirées psychédéliques (« Sense »), à tel point qu’on jurerait entendre parfois Chapterhouse (« Leave the ground »).
Mais Jupiter, c’est aussi la certitude de l’éphémère des choses, et de la superficialité du plaisir. Il restera toujours en deçà de ses chansons frénétiques, surchargées par ce mur du son inouï, une certaine froideur dans le son des guitares ou dans la profondeur de la basse. De la transe à la contemplation détachée, il n’y a qu’un pas, que le groupe australien franchit parfois, lorsqu’il cède à des lignes de chants merveilleusement narcotiques, empreintes de douceur et d’évanescence détachée. L’indolence n’est jamais bien loin, comme sur « Carefully », où la voix caressante et l’adorable descente de notes à la guitare, se mêlent innocemment à un flot psychédélique brouillée et étourdissant. On dénote une certaine tristesse quelque part, ou du moins un certain laconisme, surtout lorsque le rythme se ralentit.
L’intro voluptueuse de « T » servira de terrain d’envol à un voyage extraordinaire de mélancolie contemplative, qui prendra toute sa dimension avec la venue d’un nuage de saturation déclinante et traînante. Une majesté sans égale se dégage même du somptueux « Lost », déclamation solennelle d’innocence sans cesse souhaitée et sans cesse perdue, couverte sous une myriade de saturations et de magnifiques parties de guitares. Les plaintes acérés et criantes de féerie déchirante noieront des chœurs de chérubins béas et camés jusqu’aux yeux, pour décrire le regret de posséder des rêves inaccessibles.
En réponse à cet obstacle, Jupiter s’abandonnera et se laissera aller aux délires bienvenus des cavalcades et des virées tonitruantes.

18 septembre 2008

The Curtain Society : Inertia


Inertia de The Curtain Society

Sortie : 1995
Produit par The Curtain Society
Label : Bedazzled


Il fallut attendre longtemps pour que ce groupe pionner sorte enfin son premier album, et encore ne s’agit-il que d’une toute petite collection, si bien d’ailleurs que cet enregistrement ressemble en fait à un essai studio avant la composition de « Life is long, still ».
Pour rallonger un peu l’écoute, le label Bedazzled joindra aux chansons un remix de « All over you » qui était sorti sur leur premier single, ainsi que « No Answer », petit miracle shoegaze, qui lui, appartenait à leur cassette sortie en 1992.
On pourrait croire que Inertia serait tâtonnant, inabouti ou encore maladroit. Il n’en est rien.
Sans réelle unité, ni cohésion, ce court opus est pourtant l’occasion de découvrir quelques unes des merveilles du groupe à leur début.
Particulièrement mordant, le riff de « Kissherface » annonce un flot cosmique de sensations à la fois douces et enivrantes. L’univers de The Curtain Society commence tout juste à se dessiner ici, comme sur le classieux « Holland », sa batterie claire et ses voix virginales qui se font plaignantes, sans négliger de laisser la place à un solo merveilleux qui inaugure une envolé magique.
Le détachement des voix est incroyable, notamment sur « You Never », où le chant grave masculin se mêle à merveille à la grâce du chœur féminin, sans l’écraser ou prendre le dessus.
Chaque morceau recèle son petit bout de beauté, sans pour autant imposer des déclarations faciles ou des éclats orgueilleux.
Ce riff de guitare, à sonorité new-wave, qui rebondit et tressaute, sur « Ferris Wheel » sert d’écrin idéal à la voix angélique de Roger Lavallee, L’intensité se déploie, mais se retient d’éclater, tout juste sert-elle à laisser s’envoler de mirifiques échos. L’explosion viendra, saturé et tout autant empreint de féerie, sans pour autant écraser ou taillader l’espace, cela continuera comme une caresse, à peine plus cinglante. Car The Curtain Society est un groupe qui n’aime pas prendre les devants. Il préfère laisser cela aux autres, à ceux qui pensent encore qu’il y a de l’intérêt à déclamer et qui en attendent en retour de l’adhésion.
Le groupe américain, tout au contraire, se pare de retenue, trouve refuge dans les ornements froids et immatériels des guitares propres et des ambiances déliquescentes. Le piquant de « Plaster » ne résistera pas bien longtemps à l’envie de s’évader et de rêver, pour s’effacer sous une brume couvrante de guitares fantomatiques.
Et lorsque le groupe abaisse ses protections saturées et ses défenses électriques, on découvre une émouvante ballade à la guitare sèche, crispante de tristesse et de laconisme angélique (« September Scar Two »).
Dommage que tout cela soit bien trop court.

Fiche artiste The Curtain Society


The Curtain Society

Précurseur de la vague shoegaze aux Etats-Unis, et ce dès 1988, The Curtain Society aura traversé les années comme une référence dans le monde indépendant : et pourtant, que de temps entre chaque parution !
Car, préférant se consacrer à l’écriture, au travail sur le son et à la recherche du renouvellement, les enregistrements du groupe se feront rares. Alors qu’il était le premier, le groupe sortira son premier album bien longtemps après les autres. En attendant, c’est toute une série de singles et de cassettes, tout d’abord en autoproduit puis sur le label Bedazzled à partir de 1993, qui témoigneront des essais et des efforts de la formation, s’évertuant à inventer une ambiance raffinée et évoquant les groupes de 4AD comme Pale Saints ou bien The Blue Ocean.
The Curtain Society, rassemblé autour de son chanteur Roger Lavallee, qui comporte également Duncan Arsenault et Ron Mominee, sortira tout d’abord un mini-album en 1995, puis son véritable premier album l’année suivante, bien accueilli par la presse spécialisée.
Puis ce fut encore le silence pendant plusieurs années, le trio essayant de chercher de nouvelles pistes musicales. Le fruit de ce travail de l’ombre paraîtra sous la forme d’un EP en 1999, « Volume, Tone, Tempo », qui sera aussi le dernier pour le label indie. Bedazzled mettra la clé sous la porte en 2000, non sans avoir fait découvrir auparavant des groupes gothiques comme Siddal et Mistle Thrush ou shoegaze comme An April Marsh et Viola Peacock, avec qui The Curtain Society avait l’habitude d’aller en tournée.
C’est sur Orcaphat Records que le trio rebondira en 2005, avec l’album « Every Corner of the Room », plus personnel mais aussi plus rock que les précédents, à tel point que Roger Lavalee avouera ne « pas se reconnaître en s’écoutant ».
Depuis, The Curtain Society semble recommencer avec ses périodes d’inactivités, à moins que tout ceci ne soit qu’apparent.

Discographie :

- Inertia

- Life is long, still

10 septembre 2008

The Telescopes : Taste


Taste de The Telescopes

Indispensable !

Sortie : 1989
Produit par Richard Formby
Label : What Goes On


C’est vicieusement que « And let me drift away » est placé en ouverture.
Tandis que le tempo nonchalant installe tranquillement une atmosphère enfumée mais particulièrement cool (aahhh… son violon !), c’est un assaut brouillon qui prend à la gorge et surprend, dès « I Fall, She Screams », avec ses cris sauvages et ses crispations douloureuses.
Violent et agressif, le groupe de Stephen Lawrie, à ses débuts, ne ménageait pas ses propos : le rapport que ce dernier entretenait avec le monde était confus. Car détourné de la réalité par la main mise des substances psychotropes sur sa perception, il ne retiendra que des échos vils, rauques et vitreux. Des titres comme « Oil Seed Rape » ou « Threadbare » ne feront que succéder des sursauts furieux et soudains à des chutes de tensions atropes, pour assommer l’auditeur. Des fulgurances hardcore dans un monde de pop. A l’époque, on n’avait jamais osé.
Bousculant, malade, brumeux, l'ensemble de l'album transpire la sueur, et une sueur riche en produits malhonnêtes. C'est que Stephan Lawrie, génial leader mais perturbé, nage dans la drogue avec autant de facilité que s'il s'agissait de sucres en sachet, et ce, malgré ses overdoses. Et ce n'est plus des chansons que l'on retrouve mais de véritables témoignages d'une déchéance assumée, revendiquée et élevée au rang d'éthique à suivre.
Ce groupe est aujourd'hui rentré dans la légende, pour avoir signé, par ses chansons terribles et terrifiantes de noirceur et de tendances psychotropes, l’une des œuvres les plus influentes des années 80.
Et leur façon de recouvrir, de dénaturer leurs mélodies, jusqu'à agresser et les rendre inaudible, sera l'occasion pour beaucoup de renouer avec l'idée que l'on peut maltraiter la pop pour la sublimer plus encore. Implacable et presque effrayant de pessimisme camé, « Violence » se fait porteur d’un laïus qui laisse pantois de consternation, à base de couches de saturation et de déclamations répétées et appuyées avec la force d’un drogué, complètement allumé mais accroché à son discours décousu. Le tourbillon de « Anticipating Nowhere » se suspend au bon vouloir des caprices de Stephen Lawrie qui s’offre un pur moment de nonchalance, avec une basse géniale. Quant à « Please, before you go », sa lourdeur pèsera tant qu’elle élèvera la chanson au rang de supplique suprême à la paresse et l‘indolence. C’est une chape sonore qui ressort de cet album. L’idée que tout est saccagé, que rien ne sortira indemne et qu’ici, les pédales wah-wah ou les distorsions sont là pour prendre d’assaut. Les hurlements de Stephen Lawrie sur l’hyper-distordu (et monumental) « Suicide » sont atterrants d’acharnement, avant de laisser la place à un véritable carnage.
C'est ainsi que les chansons de cet album se verront passés à la moulinette, portés par une voix malade et fatiguée, et massacrées par des guitares magnifiques de saturation, le tout soutenu par un rythme (basse comprise) effréné et emporté. Lorsque le groupe ralentit le tempo, il en ressort un single, autrefois culte, aujourd’hui mythique, à savoir l’insurpassable « Perfect Needle », dont la mollesse et les violons rouillées ne sont pas sans rappeler le Velvet Underground, autre formation de drogués notoires.
Ce disque, premier jet d’un groupe encore furibond et qui allait par la suite œuvrer dans les longues descentes de trip, demeure un sacré choc dans la culture anglaise : lançant le shoegaze à venir par ses saturations constantes, il se risque pourtant à des prises de positions effarantes. Clameur, goût malsain pour la rage et la vulgarité, esthétique psychédélique, sueur, relent de sexe et de débauche, le choc est à la fois sonique comme plus profond. C’est une éthique qui est lancée là, à la vue de tous.
Usant de guitares méchantes et tranchantes, le groupe livrera des titres consternant, en parodie de groupes défoncés par la drogue, cultivant le goût de la débauche tout en se dégoûtant eux-mêmes et en paradant dans leur crasse. Volutes de fumée à tous les étages et structures autodestructrices, l’album est avant tout un déclencheur : il provoque des envies de fuites, de trip, d’évasions. Un désir, surtout, qui s’imposera furieusement, comme une pulsion.
Personne ne le sait, mais tout le monde devrait le savoir, The Telescopes a influencé bien plus de groupes que tous les groupes majeurs de son époque.

7 septembre 2008

Fiche artiste de Rollerskate Skinny


Rollerskate Skinny

Originaire de Dublin, Rollerskate Skinny est connu pour être le groupe de Jimmi Shield, le frère de Kevin Shield. Ce dernier a rejoint un trio composé de Ken Griffin, Ger Griffin (sans qu’il n’y ait de liens de parenté entre les deux hommes) et Steve Murray qui s’était réuni fin des années 80 sous le nom de Shake. C’est lui, en 1991, qui propose le nom de Rollerskate Skinny, en rapport à une phrase tirée du roman « L’attrape-cœur » de JC Sallinger : « She’s quite skinny. Like me. But nice skinny. Rollerskate skinny ».
Le groupe déménage à Londres pour y enregistrer leur premier single « Novice » en septembre 1992. Erigé par le NME parmi les dix meilleurs groupes de cette année-là, Rollerskate Skinny peut alors signer un deal avec Beggars Banquet, qui leur propose de sortir leur premier album sur sa structure fille Placebo. Le producteur ès shoegaze, Guy Fixen, y contribuera à la production, mais aussi au clavier et à la guitare.
Une session chez John Peel, un nouveau single, « Threshold » et surtout une tournée avec Pavement sur le Lollapalooza Tour en 1994, leur offrent l’opportunité d’être hébergé sur une major, en l’occurrence Warner Bros Records. Mais peu après Jimmi Shield quitte le groupe et c’est revenu à un trio que Rollerskate Skinny s’enferme en studio pour écrire un deuxième album.
Celui-ci sera beaucoup plus fou et ambitieux. Les plus incroyables rumeurs enflent autour de l’enregistrement de l’album, notamment le fait qu’il ait fallu pas moins de 160 musiciens pour une seule chanson. Mais Ken Griffin rappelle à juste titre, n’être là que « pour écrire de la bonne musique, rejoindre la lignée des bons groupes, être le 647° à retourner en 1956, continuer à sortir des albums ». A l’instar des Boo Radleys ou Trash Can Sinatras, la formation irlandaise a réussi à concilier envie de sortir des sentiers battus et sens de l’accroche. Comme le précise Ken Griffin : « une des choses que nous voulions faire, c’est nous lancer dans une musique expérimentale, sans attirer sur nous l’image de gars en blouse blanche passant leur temps à essayer de faire rentrer des carrés dans des ronds ».
Pari réussi, mélangeant allégrement plusieurs styles, tout en restant admirablement mélodique et riche, « Horsedrawn Wishes » est une curiosité, que les journalistes ont souvent comparée à la rencontre entre My Bloody Valentine, Phil Spector et les Pink Floyd, époque Syd Barret.
Mais, comme l’a rappelé cyniquement un des ingénieurs du son du groupe : « aujourd’hui, pour la plupart des gens, Oasis est un groupe extraordinaire », ce qui ne manqua pas d’attrister le leader de la formation, amère de constater que la recherche musicale n'est pas forcément reconnue par le public anglais. « Pour que les choses prennent sens, il faut que les gens écoutent cet album. J’espère qu’ils nous donneront une chance »
Malheureusement le trio se séparera sans avoir sorti d’autres albums, même si depuis, tous les membres se sont consacrés à d’autres groupes.

Discographie :

- Shoulder Voices

- Horsedrawn Wishes

Rollerskate Skinny : Shoulder Voices


Shoulder Voices de Rollerskate Skinny

Sortie : 1993
Produit par Guy Fixen
Label : Placebo / Beggars Banquet

Dès le début, on pouvait deviner que les membres de Rollerskate Skinny n’étaient pas totalement raisonnables. Ce premier album, tout en guitares, recèle quelques signes cliniques qui ne trompent pas. Le diagnostique revient souvent vers des cas de folie légère, de fantaisie assumée et d’esprit de contradiction.
D’un nuage de sons brouillés et tempétueux, il en ressort beaucoup de trésors décalés, à l’instar de « Miss Leader », du riff énergique de « Violence to violence » qui éclate juste après un intro tranquille avec trompettes, avant de s’effacer devant un toute petite guitare adorable, ou bien de « So far up down to heaven » (et ses violons). Le délire est là, éclatant, sur un morceau étrange et fascinant, comme « Usana », avec ses djembés, sa transe d’aliénés et surtout ses étonnants chœurs « Hé ah oooa aah aah hé hé ! », sortes d’incantations bizarres. La musique de Rollerskate est complètement hallucinée mais scandée avec une hilarité surprenante.
Elle est surtout prétexte à jouer sur les saturations et à dessiner des mélodies aussi grosses qu’eux, gorgées de psychédélisme à la Yellow Submarine.
Leur son brouillé s'échappe toujours vers un côté éclectique assez tordu et assez réjouissant, là où les trouvailles musicales se libèrent de la futilité. Une œuvre brillamment montée et sympathique se déploie de manière fulgurante, avec ses bizarreries et ses moments de grandes finesses. Passant d’une ballade étrange (« Luna ») à un emportement hyperactif (le superbe « Bow Hitch-Hiker »), Rollerskate Skinny mêle démence et grandiloquence.
Les constructions tarabiscotées et noisy, pour peu qu'on veuille bien se prendre au jeu, révèlent alors bien des tours de passe-passe. Mais aussi un talent particulier pour les mélodies et les refrains accrocheurs, dont le quator semble être passé maître.

Fiche artiste de Seefeel


Seefeel

Avec des années d’avance sur ses contemporains, Seefeel allait lancer la vague ambient.
L’utilisation de samples au service de structures vaporeuses, répétitives et effilées allait révolutionner l’approche de la musique. Leur premier album « Quique », chef-d’œuvre d’éther délicat et d’instrumentaux rêveurs mais quasiment artificiels, allait devenir une référence pour nombres de groupes à venir.
Bien que présenté proche du shoegaze pour son caractère duveteux et ses voix douces, le groupe est finalement plus le père de l’electro atmosphérique que le rejeton de My Bloody Valentine. A une époque où ce terme n’existait même pas, Seefeel allait, dès ses premiers singles, réinventer l’usage de la guitare, pour répéter les mêmes motifs féeriques qui ensuite vont se superposer en couches multiples.
Après s’être très vite ennuyés à reprendre des chansons pop classiques, le groupe, qui s’est formé naturellement autour du guitariste Mark Clifford et du batteur Justin Fletcher (tous deux de l’Université de Londres) en 1992, avec l’ajout du bassiste Darren Seymour et de la chanteuse Sarah Peacock, décide de concevoir les choses autrement. Comme l’explique Sarah : « la plupart des gens qui font du rock se contente de passer leur journée dans leur chambre à refaire les riffs de Led Zepellin. Alors, certes ça sonne légèrement différemment mais au final ils essaient juste d’être des guitaristes. Nous ne sommes pas comme ça. ». Leur EP « More Like Space », sorti sur le label Too Pure, flottant, envoûtant et saturé, sera le résultat de cet esprit expérimental. Les chansons seront construites autour de séquences de guitares pré-enregistrées, sur lesquelles viendront s’ajouter des rythmes syncopés de basse, divers sons passés au travers de filtres et autres samples. Le groupe considéreront les guitares comme des claviers, usant jusqu’au bout des effets de reverb et en créant des boucles.
D’autres singles sortiront sur Too Pure, comme « Pure. Impure » ou « Time to find me », qui progressivement, amèneront le son de Seefeel vers l’abstraction de « Quique », conciliation esthète entre la légèreté et la méticulosité.
Inaugurant les voix de l’electronica, les travaux de Seefeel se rapprocheront de ceux d’artistes comme Aphex Twins ou Autechre, et c’est fort logiquement que le groupe signe sur le label Warp, pionnier dans la matière. Au sein de cette structure, sortira en 1995, leur deuxième album « Succour », qui les verra s’immiscer complètement dans l’univers de la techno ambient. Plus sombre et plus minimaliste, l’album sonnera en fait plus comme l’œuvre solo de Mark Clifford, que comme une réelle concertation, ce qui ne provoquera une première séparation l’année suivante.
Même si le groupe revient fin 1996 avec un nouvel album, « Ch-Vox », ainsi qu’un concert avec Boards of Canada, la préoccupation constante de Mark Clifford pour ses projets personnels mettra définitivement un terme à l’existence de ce groupe culte et fondateur.