31 août 2011

Brincando de Deus : Spleen (vidéo)

La plupart des gens pensent à tord que le mouvement shoegazing n'a existé qu'en Angleterre au début des années 90. Ce groupe brésilien démontre le contraire en étant une des formations phares de la scène indépendante locale.
A noter également que ce clip "fait maison" fut réalisé par les musiciens eux-mêmes et leurs amis !


Fiche artiste de Brincando de Deus




Brincando de Deus

Il n’y aurait certainement pas eu de scène alternative au Brésil, s’il n’y avait pas eu Brincando de Deus, tant ce groupe a fait figure de pionnier.
Formé en 1992 à Bahia, le groupe est un des premiers à chercher autre chose, s’imprégner des influences anglaises et américaines, faire parler les guitares, oublier les rythmes latins et chanter en anglais. Toute une flopée de groupes prendra le même chemin.
Eux sont influencés par le shoegazing et cela s’entend avec un premier album retentissant, sorti en 1995, accompagné d’un single sur le micro-label Quiditty Records. Ils feront tout pour rester indépendant, n’hésitant pas d’ailleurs à créer leur propre label, Self Records, à filmer eux-mêmes leur vidéo-clip, à faire tous les festivals plutôt que des concerts, voire même à organiser leur propre festival (BoomBahia). Ils seront même les premiers au Brésil à posséder leur site internet !
Le groupe est surtout celui de Messias, qui assure le chant, la guitare et l’écriture. C’est à Salvador qu’il s’entoure de Cezar Vieira à la guitare, Dalmo Serravalle à la basse et Ruy Serravalle à la batterie. Ces quatre hommes, de par leur démarche artistique, auront été les moteurs de la scène indépendante brésilienne.
Deux albums ensuite, « Running live on your mind : the official bootleg » en 1997 et un album éponyme en 2001. Depuis, plus beaucoup d’activités, sans savoir si le groupe s’est séparé ou non.

Brincando de Deus : Better when you love (me)


Better when you love (me) de Brincando de Deus

Sortie : 1995
Produit par Brincando de Deus
Label : Self Records

Peu de gens savent que le Brésil a connu, au milieu des années 90 une importante scène indépendante, emprunte de grunge, de noise et de shoegaze, affiliée à de nombreux festivals et aidée par les émissions locales de MTV. Parmi les sorties, remarquées de part les influences anglo-saxonnes et la rupture avec la musique traditionnelle (jusqu’à chanter en anglais d’ailleurs), on distingue cet album, Better when you love (me), considéré souvent comme une référence.
Essentiellement calqué sur le shoegaze, les chansons du groupe de Sao Paolo cherchent avant tout à signer de belles mélodies. Ce qui portera ses fruits puisque un titre comme « Tweedlegum » sera érigé au Brésil comme un tube. En tout cas, les chansons sont l’inscription directe et sans intermédiaires de la fougue de ces jeunes. Les membres de Bricando de Deus cherchent avant tout à se démarquer des traditions brésiliennes, probablement jugées trop oppressantes. Et même si certains titres restent très classiques dans leur forme (« De Profundis » ou « So strange » sont de pures déflagrations, ni plus, ni moins), on ne peut s’empêcher de penser qu’ils sont le reflet d’une sorte de rébellion artistique, naïve et étudiante avant tout. C’est un peu comme une fatalité. Il paraissait normal pour cette génération de vouloir refaire et pasticher ses idoles, Sonic Youth, My Bloody Valentine, Ride, en tête. Au-delà du simple exercice de style, on décèle une volonté fondamentale pour se construire en tant que musiciens, de se détacher de ce qui a été fait avant ou de ce que le courant mainstream attend d’eux. Quelque part, c’est déjà une façon de dire « non ».
Fort heureusement, cet album ne se limite pas à un copié-collé du style shoegaze, car parmi la play-list, on tombe de temps en temps sur de véritables perles, des miracles, des inédits inventifs et charmeurs. Ça démarre d’ailleurs très fort avec l’intro très bizarre et sa basse indus de « Spleen », avant l’entrée de guitares saturées, sûres d’elles-mêmes et tranchantes, et son chant élancé, aérien et vaporeux. Et ça finit superbement avec « Why don’t you kill yourself on your birthday », long, lent et romantique.
De tels titres témoignent de tout le talent de ces jeunes, qui en voulant se rebeller et flirter avec le rock anglo-saxons, en profitèrent pour faire jaillir des éclats de grâce.
Sur « Christmas falls on a Sunday » (on notera au passage que le groupe a le chic pour choisir ses titres), on tombe sur une guitare sèche superbe, satinée de guitares magiques qui rappellent Kitchens of Distinction, un tonnerre de saturation et un accent dans la voix inimitable qu’on ne croyait entendre que chez le groupe allemand Green Hill. Et que dire de « My Butterfly dived in wine » ? Sans conteste le morceau le plus étonnant, le plus atypique, mais aussi le plus beau. Le rythme est difficilement reconnaissable, on dirait du dub, du trip-hop, de toute façon recouvert de bourdonnement et de distos magiques. Le morceau alterne des chants purement fantomatiques et absents, avec des passages plus mordants mais parlés, d’une voix grave, presque gothique, accompagnée d’une guitare acoustique, absolument subjuguant.
Better when you love me cache en son sein des trouvailles superbes qui mettent une instrumentalisation simple à une place inespérée, au-delà des conditions d’enregistrement, dans un monde féérique où plus rien n’a de référence, si ce n’est la grâce, la beauté saturée de guitares et l’irréel.

26 août 2011

Fiche artiste de Sunbear


Sunbear
Formé à Dublin en 1993, Sunbear est un jeune groupe composé de quatre musiciens, affilié à la scène irlandaise, avec In Motion, Mexican Pets ou The Idiots.
Martin Kelly (guitare et chant), Paul Kelly (guitare), Colin Morris (basse) et Patrick Moran (batterie) composent Sunbear. 

Sunbear : S/t


Sunbear

Sortie : 1994
Produit par Marc Carollan
Label : Dead Elvis

Enregistré dans un studio pour seulement quelques centaines de livres, par une bande de gamins fasciné par Pale Saints et qui jusqu’alors n’avait fait guère autre chose que d’écumer les bars de Dublin, ce premier album éponyme est malgré tout un miracle de fraîcheur, d’apaisement et de trouvailles.
A en croire le merveilleux « Notebook », qui commence l’album, reposé, travaillé, avec un superbe rythme souple et élastique ou encore des guitares aquatiques, on réalise une volonté de la part de ces jeunes de surprendre, de se chercher leur propre style, de trouver le petit truc qui va les détacher. Les guitares furieuses de « Resign » ou « Sleepy feeling » donnent une couleur très américaine, en tout cas renforcent un tourbillon qui n’hésite pas à s’interrompre pour mieux reprendre. Ce côté dur, un peu foutraque, on le note aussi sur « Things to do », vibrant et énergique. Sunbear se revendique ouvertement de ses influences shoegaze, voire même noise/hardcore comme certains autres groupes irlandais (Pet Lamb, Wormhole, et d’ailleurs les hurlements de l’obscur « Flave » seront comme une sorte de clin d’oeil), les saturations seront particulièrement mises en valeur sur certains morceaux, le chant s’échinera à rester doux, mais grâce à l’apport de leur producteur Marc Carollan, ils réussiront à dépasser cette condition et à y mettre une part de magie toute particulière.
Par exemple, en incluant des guitares sèches, pour de sublimes morceaux romantiques, où les voix, dédoublements de chœurs et mélodies ouatées feront merveilles (« Flutterbye ») ou encore en transformant les guitares en longs chants de baleines plaintifs (« Songs for saying goodbye »).
On aurait pu s’attendre à des morceaux sans prise de risque, juste brouillons, histoire de mettre en boite l’ambiance déchainée et juvénile des concerts. Ce ne sera pas le cas. En fait Sunbear osera même quelques expérimentations : « Center Page » est ainsi très étrange, constitué de nappes magiques et d’enregistrements radios brouillées, comme venus de l’espace.
« Something to dream of » est une véritable merveille : débutant par des mélodies cristallines à la guitare, soutenue par un rythme à la batterie imposant, une basse géniale puis écrasé par des saturations inopinées et tremblotantes, ce morceau démontre tout l’étendu du talent de ces quatre jeunes irlandais. Alternant instant de rêve puis imposante furia sonore, il sidère et ensorcèle. Dire que Sunbear n’a jamais obtenu de succès au-delà des bars qu’il fréquentait ! La scène de Dublin, à laquelle il participait, est restée malheureusement trop confidentielle, et c’est une vraie chance inespérée que de pouvoir un jour tombé sur les violons déchirant de ce « Something to dream of », petite touche finale inattendue mais adorable.
Et c’est cela qu’il y a de miraculeux avec ce premier album, c’est qu’on aura beau le débusquer parmi une scène confidentielle de Dublin, il contiendra toujours pas mal de surprises.

21 août 2011

Sunbear : Bits and pieces EP


Bits and pieces EP de Sunbear

Sortie : 1996
Produit par Joe Chester
Label : Dead Elvis

Si Sunbear, avec un très bon premier album, était un groupe culte, splendide pillier de bar dans les rues de Dublin, les quelques chansons de cet EP vont plus loin. Elles démontrent une volonté de ne pas de cantonner à un seul style, le shoegaze en l'occurence.
Les guitares saturées et lourdes déboulent toujours après des petites coupures plus acoustiques, cependant on sent des tendances à lorgner du côté du rock indépendant américain, probablement une attirance trop irresistibles pour ces jeunes garçons curieux avant tout de nouveaux sons. Une manière pour eux de s'évader des quartiers populaires et tristes de Dublin, trop souvent délaissés en matière de musique.
Capables de s'extasier à l'idée de faire la première partie de Sebadoh, on comprend alors pourquoi on retrouve ce style si particulier sur "Bits", folk crasseux et déglingué, qui s'était ouvert sur une intro expérimentale, piano fatigué, violon désacordé, vieille boite à musique (certainement fabriquée avec des clous et une lame de rasoir), et qui se termine sur des guitares saturées merveilleuses. Mais en plus de Sebadoh ou Pavement, Sunbear inclue à son shoegaze d'autres influences, comme Sunny Day Real Estate, son côté émotif, à fleur de peau et ses surenchères de guitares et de cassures de rythmes, qui a lancé les bases de l'emo. C'est sur "Leadbelt", superbe morceau, qu'on va noter cette marque. A l'inverse, "Each of their town", presque une antithèse, se fait plus calme, presque hâché, minimaliste, puisque ne subistent plus qu'une voix blasée et usée, et un piano. Sur ce titre mélancolique et depressif, on devine cette fois-ci des allusions à Swell ou Codeine, chantres du sadcore.
Ce n'est presque plus du shoegaze à ce niveau-là, effacé par une recherche de l'émotion, et dont les vestiges sont à retrouver sur "Seeing Stars", plus classique dans sa forme, avec cette alternance de guitares élégiaques et de guitares lourdes, ces voix légères, qui se dédoublent lors du refrain, et ses magnifiques déferlantes tremblotantes.
On remarque bien que sur cet EP, le groupe irlandais entame une démarche d'ouverture. L'annonce est alléchante car on connait les quatre garçons ouverts à d'autres styles, mais ne sera jamais concrétisé, puisque le groupe observera un hiatus de quatre ans, avant un autre EP, puis une séparation définitive. Dommage car il aurait été interessant de voir vers quoi tout cela menait.