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20 décembre 2009

Fiche artiste de Here



Here

L'aventure Here, longtemps groupe de post-rock, a commencé en 1990, à Prague, quelques temps après la Révolution de Velours, au moment où de jeunes musiciens allaient tomber sur des disques de My Bloody Valentine, The Boo Radleys ou Ride. A l’époque, on trouvait Martin Pecka à la batterie, Pavel Koutny à la basse, Tomas Luska et Znedeck Marek aux guitares, et bien-sûr Michaela Klímková au chant, elle qui allait soutenir de sa voix angélique, le shoegaze nerveux et bouillonnant du premier album, « Swirl » en 1993, et produit par l’inévitable Colin Stuart, qui aura été décidément déterminant pour l’éclosion de la scène shoegaze tchèque.
Peu de temps après, John Peel les invitera à participer à ses sessions sur la BBC, regroupées par Alison Records sur l’album « Sikusaq » deux ans plus tard. Sortie qui scelle la première époque du groupe, avant l’arrivée de la française Valérie et le glissement progressif vers l’avant-garde.


18 décembre 2009

Here : Here EP



Here EP de Here

Sortie : 1993
Produit par Colin Stuart
Label : Indies Records

Avec Here, on a l’impression d’être écrasé par la majesté. Les guitares ont beau être ultra ultra lourdes, recouvrant presque totalement les chants apprêtées et angéliques, il reste malgré tout toujours de la place pour un lyrisme enchanteur qui explose en pleine figure au moment où les saturations s’emballent.
C’est puissant, rapide, emballé, furieux par moment, on comprend plus rien aux paroles, mais un vent de fraîcheur, de nouveauté emballe le tout et procure mille sensations merveilleuses. Le rock dans son essence la plus rudimentaire ! On est secoué dans tous les sens (le nerveux « Scars in Day » ou le très commun « Shaking Out ») mais on en redemande encore, car à chaque fois le rythme effréné nous emmène plus loin, plus haut, dans la lumière et une éclatante envie d’en découdre.
L’arrivée des saturations sur le très dansant et rêveur « Stand » (avec son petit côté madchester qui n’est pas pour déplaire) est vécu comme une libération, un exutoire, capable de transporter cette ambiance volage, volatile et volubile vers des sommets magiques.
Cette coulée pesante mais merveilleuse, qui coule et qui parfois glisse sur le diamant, sert d’écrin basaltique à la douce voix de Katerina, qui joue d’élégance et de féminité, s’appuie sur des gerbes de guitares pour mieux se déployer, se fait toute douce vers la fin, s’amuse avec le mid-tempo, avant de s’éclipser devant une accélération ébouriffante qui conclue ce « For my star » d’anthologie.
Avec ce tout premier single, Here s’inscrit en droite ligne dans le courant shoegaze, sans surprendre, mais en insufflant une énergie sans pareille, qui place le groupe comme un des précurseurs fondamentaux de la scène shoegaze tchèque.

10 février 2009

Here : Swirl


Swirl de Here

Sortie : 1993
Produit par Milos Gruber
Label : Indies Records

Et si la chanson ultime était là ?
Une batterie qui résonne dans le vide et surtout, surtout, une basse à se damner, qui rampe et fait trembler les murs, implantant un décors froid avant l’entrée de la lumière : une vague saturante libératrice et une voix de déesse qui scande des mots magiques, juste avant qu’un repos s’installe, avec une toute petite guitare sèche. Puis les vagues saturées reviennent, s’écartent, reviennent à nouveau. « Ravens » est tout bonnement magnifique, indépassable, notamment lorsque le ton s’accélère et qu’on entre dans un duo de voix masculin et féminin d’une grâce à couper le souffle. On voudrait d’ailleurs que la chanson ne s’arrête jamais. Poursuivre le rêve jusqu’à l’infini, envoûté par ce chant qui monte haut dans le céleste et ses guitares dévastatrices.
Seulement voilà, soudain, le ton se fait plus grave, et on revient au début, avec uniquement la batterie martiale. Mais la pause est de courte durée car ressurgissent les guitares pour un déluge planant. Les sept minutes de ce titre magique se termineront dans un concert sans fin de guitares distordues et saturées, absolument époustouflante de beauté.
Le problème, du coup, c’est que les autres titres paraissent bien fades à côté. Ce premier opus « Swirl » possède le malheur d’avoir sa meilleure chanson placée au début.
Le reste est beaucoup plus classique, pop-song accélérée et passée sous mixer comme « Lanes », dont on n’entend à peine les voix, ou « Scar in Days », et dont le ton est moins vaste, moins emphatique, plus direct. Ceci dit la voix de Katerina fait merveille, et la maîtrise des saturations est stupéfiante, surtout pour le fait qu’elle renforce un certain côté ample et majestueux. En y regardant de plus près, certains morceaux se distinguent, à l’instar de « For my star », et ses distorsions flottantes, dont les dérives harmoniques étonnent, ou « Haze », lent, tranquille mais imposant.
La grâce atteinte par « Flower Rain » est époustouflante : la mélodie entêtante se répète doucement comme un mantra, tandis que par la voix et par l’arrivée impromptue des guitares, le crescendo s’immisce et fascine. Une fois dans cette bulle, on se repose et on se laisse aller, dans un voyage vibrant, sensationnel au sens propre et secouant. Mais tant de beautés sont visitées qu’on est ballotté autant par nos émotions que par les instruments.
On ne revient d’ailleurs jamais totalement d’un tel voyage : celui-ci est trop intriguant, trop lointain pour qu’on n’en ressorte tout à fait le même. Et le dernier message, « Now », sera aussi le plus virulent : tourbillonnant de toute part, la chanson part sur les chapeaux de roue. Les pauses prises ne seront que des illusions, des caches, pour mieux ensuite laisser les rouleaux compresseurs de saturations faire leur travail. Un mur du son écrasant pour tout dévaster sur son passage pendant de longues minutes. Ebouriffant.
Un album qui mérite donc d’être écouté deux fois : une pour être sous le choc, une autre pour réaliser que l’on a affaire à un des plus grands disques de shoegaze. Dire que ce groupe est inconnu !