21 décembre 2007

Fiche artiste de Welcome to Julian


Welcome to Julian

Oublié aujourd’hui, Welcome to Julian a pourtant fait parti de cette vague française qui dans le courant des années 90 a proposé une alternative au rock.
Sans le savoir, Welcome to Julian, qui venait de sortir un maxi sur le label rennais Rosebud (qui deviendra célèbre pour héberger Kaolin ou Katerine), a ainsi participé à la toute première diffusion des Black Sessions, l’émission de Bernard Lenoir, le 23 février 1992. Présentant quelques versions de ces premières compositions, c’est surtout l’étonnante reprise du « In between days » des Cure qui retint l’intention. L’édition du Printemps de Bourges de 1990 sera une des toutes premières occasions de voir Welcome to Julian monter sur scène. Le groupe a également été à l’affiche de la deuxième édition de la Route du Rock, le festival de St Malo, qui à l’époque se jouait l’hiver, dans des bars et devant 2000 personnes seulement.
Le groupe faisait donc office de pionniers. Chantant en anglais, clairement inspiré des groupes shoegaze anglais, allant même jusqu’à enregistrer ses chansons à Londres, Welcome to Julian ne faisait rien comme les autres. Ce qui ne leur fit pas que du bien. En effet, on leur reprochait essentiellement de délaisser l’originalité de la musique estampillée France.
Leur premier album, sorti en 1993, fait figure de référence en matière de rock indé français. Formé de Lionel Beuque (chant et guitare), Jacques Guamin (guitare), Fred Gurnot (basse) et Philippe Deshaies (batterie), la formation parisienne signe là un recueil de chansons emballant, dont le son noisy et mélodieux fera école et influencera pas mal de formations à venir, notamment dans le rock français (par exemple Dalhia). A la fois nerveux et rêveur, « Never so close » rivalise de puissance et de délicatesse.
Par la suite, le groupe étrennera ses galons au cours de nombreuses tournées, qui les emmèneront aux Etats-Unis (Los Angeles, New-York, Philadelphie, Chicago). Toujours prompt à capter les styles et les modes de son époque, Welcome to Julian revient en 1995 avec un album qui sera plus « américanisé ». Véritable melting pot musical, « Surfin On A T’Bone », enregistré à New-York, verra se croiser des influences aussi diverses que le rock-fusion des Red Hot Chili Peppers, le noise de Sonic Youth ou l’esprit dépouillé et éclaté de Pavement.
Au même moment, leur label Rosebud, commençait à être sous l’égide de la major française Barclay. Certes l’album pu ainsi bénéficier d’une meilleure production et d’une large diffusion (même le Hit Machine de la chaîne M6 le présenta dans ses sorties de la semaine !), augmentant ainsi les ventes, mais cela se fit au prix de certains compromis. Condition nécessaire pour être distribué par un label français aussi prestigieux que Barclay, Welcome to Julian se devait d’écrire une chanson en français. Mais ne pouvant s’empêcher de jouer les troublions, le dernier titre « Connais toi toi-même » sera justement une virulente critique de cette pression. « Salut, je ne voudrais pas te prendre la tête le temps d'une chanson, je suis Français, et je dois me faire comprendre des Français, je dois chanter, je dois chanter, je dois chanter…cette chanson » : le tout sous une déferlante saturée.
Mais ce pied de nez fut l’affront de trop et le groupe disparut par la suite, même si l’on sait que depuis Lionel Beuque s’est lancé à la production. Bref, une trace en filigrane dans la musique actuelle, un peu comme tous ses compagnons de l’époque (qui se souvient des Skippies par exemple ?), qui malgré un rock méritant, ne seront destinés qu’à nourrir la nostalgie.

Discographie :

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Welcome to Julian

- Never So Close

Welcome to Julian : Welcome to Julian



Welcome to Julian

Sortie : 1991
Produit par Welcome to Julian et Hervé Jegaden
Label : Rosebud

A l’époque des débuts, le groupe n’a de yeux que pour les shoegazers et cela s’en ressent. Au point qu’on reprocha au groupe de trop vouloir ressembler à ses modèles.
Quand bien même il ne s’agirait que de copier des codes usités, Welcome to Julian prend une coudée d’avance sur ses contemporains. Car il faut admettre la qualité de ces compositions, à l’image du brûlant « Higher ». En cherchant à se rendre accessible et à être direct, Welcome to Julian n’a rien à envier à ses références (Ride, Revolver surtout). Malgré un son rudimentaire et une voix pas encore tout à fait assumée, quoique légère, le groupe fait preuve d’un talent extraordinaire pour soigner de petites merveilles pop. Et il n’y a rien à jeter sur ce maxi, le premier sur Rosebud, qui se révèlera juste trop court.
Les parties de guitares sont excellemment bien exécutées, à la fois suaves mais glissant aussi dans la saturation, assumant parfaitement leur rôle d’accélérateur vertigineux. Lorsque elles s’apaisent, ce n’est que pour mieux repartir et provoquer un véritable maelström (« Heavy World ») ou pour appuyer une montée en puissance qui laissera éclater une complainte déchirante (le magnifique « Kiss Me »).
Titre ambivalent, « Bye Bye Childwood », remarquable de bout en bout, comprend en même temps énergie rentrée (le son bas et lourd de la guitare) et calme schizophrénique (les arpèges cristallins) jusqu’à atteindre une sorte de point d’orgue sensoriel confus où la grâce de la voix de Lionel s’estompe dans un nuage crade de distorsions. A se damner !
Des ressemblances avec le shoegaze anglais donc, mais le groupe a du culot et l’affiche : la ligne de basse en intro de « There’s a rainbow » marque les esprits avant que des éclairs de guitares ne viennent instaurer un climat à la fois glacé et à la fois majestueux. Car même si Welcome to Julian s’amuse avec un titre électrique et énergique (« I don’t mind »), il ne pourra s’empêcher d’y inclure quelques accords mélodiques de toute beauté et une nonchalance insouciante superbe de douceur dans le chant. Le groupe a beau se dépêtrer avec un son bouillonnant, il ne manquera pas de rendre le moindre fuzz rayonnant.
Après tout, c’est eux qui ont raison : « I don’t mind, I don’t care ». Welcome to Julian fait ce qui lui plait et c’est tant mieux !

20 décembre 2007

Fiche artiste de The Werefrogs


The Werefrogs

Un commentateur sportif, qui s’ennuyait durant la rencontre Ukraine / Tunisie lors de la Coupe du Monde de football en 2006, s’amusa à énumérer tous les « perdants magnifiques » de l'histoire du rock qu’il connaissait. Après Mansun et The Charlatans, c’est au tour des Werefrogs d’être cité, plus pour la performance de se souvenir d’un tel groupe que par réelle affection. D’ailleurs Mark Clark sera honnête : « Ils étaient vraiment des nazes mais j’ai acheté leur CD parce que j’aimais bien leur nom ».
Il est dommage que la seule trace qu’il reste de ce groupe soit cette remarque assassine sortie alors que les journalistes s’ennuyaient à mourir devant un match terme. Le groupe vaut beaucoup plus que ça et mérite d’être redécouvert. Mais c’est vrai qu’à l’époque, hormis un single, les gens avaient plus entendu parler des Werefrogs pour leur nom que pour leur musique.
D’ailleurs, les membres du groupe s’étaient tous affublés de surnoms : on trouve donc Steve « Frog » à la basse, Matthew « Frog » à la batterie et Marc « Frog » au chant et à la guitare. De leur vrai nom : Steve Savoca (qui a aussi participé à des enregistrements de Tadpoles), Matthew Valentine et Marc Wolf.
The Werefrogs est une formation new-yorkaise à l’origine mais c’est à Londres que le groupe fera ses premières armes. Traînant dans les petites salles et envoyant des démos à tout venant, le trio finira par être repéré par le label Ultimate.
Le producteur Guy Fixen, spécialiste des choses shoegaze enregistre leur premier single « Don’t slip away » qui sera remarqué dans le milieu. Le trio a l’occasion d’être convié à faire une session chez John Peel sur Radio 1, la radio de la BBC en 1992. Peu après un EP paraîtra, intitulé « Forest of doves », toujours produit par Guy Fixen.
Fort de cette expérience, le groupe repart à New-York en septembre 1992 pour composer l’album « Swing », dont sera extrait le single « Nixie Concusion ». Le son sur le premier opus est tiraillé entre les guitares noisy et les textures plus terre-à-terre du rock américain. Et cela s’explique sans doute par le choix des producteurs et des ingénieurs. Ce sera Anjali Dutt qui façonnera l’unité de l’album, déjà connu pour avoir produit Swervedriver ou les Boo Radleys lorsqu’ils étaient chez Creation. Mais ce sera sans compter l’appui de Ted Niceley, producteur de Fugazi (et aussi de Noir Désir !) ainsi que de Eli Janney au mixage, producteur de Shudder to Think. La présence de ces hommes n’est pas pour rien dans le ton plus brut de certains morceaux.
En 1993, The Werefrogs assure la promotion de son album en tournée en compagnie de quelques autres groupes du label Ultimate. Il y aura également une autre session chez John Peel, où là, bizarrement, les membres adoptèrent de nouveaux noms : Marja Volffe pour Marc, Stripped Bass pour Steve et Schroeder (le pianiste de génie dont Lucy est éperdument amoureuse dans la BD culte Charlie Brown) pour Matthew.
Malheureusement à partir de cette date, il n’y eut plus aucune nouvelle du groupe, sans doute séparé par faute de reconnaissance et d’argent. Et en cherchant bien sur le Net des informations, on finit par apprendre qu’aujourd’hui Mark Wolf est professeur de guitare au Golden Bridge Studio à New-York. On ne peut s’empêcher d’avoir un pincement au cœur lorsqu’on lit ça…

10 décembre 2007

Fiche artiste de The Julie Dolphin


The Julie Dolphin

Diane Swans, la chanteuse de The Julie Dolphin, est surtout connue pour avoir prêté sa voix sur une face-b de Radiohead, le somptueux « How can be sure ? ». Malgré l’insistance d’Ed O’Brien pour que celle-ci figure sur The Bends, on ne la retrouve que sur le single Fake Plastic Trees ou sur la version japonaise de l’album. Mais la notoriété à l’époque de The Julie Dolphin était tel, que tout le monde cru qu’en réalité la voix féminine entendue était celle de Ed, mixée et trafiquée, Diane Swans devenant alors l’équivalent phonétique pour Dying Swans (cygne mourrant).
Et pourtant cette femme existe bel et bien, puisqu’il s’agit d’une grande amie de Thom Yorke qui invita la formation shoegaze The Julie Dolphin à partager leur tournée. La silhouette derrière le clavier au concert à l’Astoria en 1994 d’ailleurs, c’est elle.
Dommage qu’il n’y ait plus maintenant que les fans de Radiohead qui connaissent The Julie Dolphin car leur EP « Roses » et l’unique album du groupe sont suffisamment sympathiques pour ne pas être snobés.
Grâce à eux, la formation, essentiellement le duo Brett Adams et Diane Swans qui s’est constitué à Londres en 1992, réussira à partir en tournée avec des groupes reconnus comme Green Day, Oasis (c’est d’ailleurs en compagnie de Liam Gallagher avec qui ils se disputaient qu’ils apprirent aux infos la mort de Kurt Cobain), Catatonia et d’autres. Leur single « Roses » (écrite à Queens Park) réussira à se classer « single of the week » par le NME et à être diffusé en boucle sur Radio One, la célèbre radio anglaise, par laquelle tous les groupes indé se devaient de passer. Quant à « Birthday », il se classera n°2, juste derrière Snoop Doogy Dog !
Un contrat passé avec Chrysalis Music permet au couple de continuer leur écriture, et ils présenteront alors plusieurs projets sous le nom de « Super Model Human » puis maintenant sous The Bads.

The Julie Dolphin : Lit


Lit de The Julie Dolphin

Sortie : 1994
Produit par The Julie Dolphin et John Cornfield
Label : Timbuktu Records

On pourrait s’attendre avec une voix aussi délicieuse et sexy que celle de Diane Swan à une musique soft modérant volontairement son ton pour ne pas froisser une certaine légèreté qu’on associerait par facilité à de la féminité.
Ce n’est pas le cas avec The Julie Dolphin. Les guitares sont vives et tranchantes, la batterie volontiers rentre-dedans, le tempo rapide, voire bousculant. Ça secoue dans tous les sens et quelque part le propos ne fait pas dans la dentelle, au regard des textes plutôt crus, ou bien de la lourdeur du jeu. Les roulements de batterie sont d’ailleurs assez systématiques. Pourtant, il ne faut pas s'y tromper : le groupe évolue dans une veine pop, immédiate comme dérangeante.
Le ton est globalement plutôt froid, voire glacée, la faute à des passages plus lents qui marquent des coupures au sein de la dynamique du morceau, à la présence de quelques arpèges cristallins, à la voix grave de Diane Swans et surtout de la basse, marquée.
En filigrane, derrière tout ça, se cache tout de même une sensibilité plus voluptueuse, à l’instar de ces ballades incroyables, qu’on croirait piquées au groupe culte The Parachute Men (ahhh…… ses trémolos dans la voix…), qui prennent dès lors une ampleur démesurée sous le coup des guitares fracassantes et saturées. Il arrive même, de manière totalement surprenante que le groupe s’offre un écart, acoustique, accompagné d’une basse, dont les paroles seront chantées par Brett Adams, à la voix tout aussi légère, mais complètement shootée, avant un duo magnifique.
Les mélodies sont évidentes, simplistes, parfois divinement accrocheuses, à d’autres moments virant vers quelque chose de plus étirée, comme si pour Julie Dolphin insérait une bonne dose de punkette attitude dans une grâce habituellement plus poétique.
La même formule sera répétée : des mélodies pop, des vraies, c'est-à-dire qui affichent leur côté facile, accouplées à des guitares acérées et rudimentaires. On revient au basique, presque au rock pur et dur, et à l'époque, c'était une révolution, un vrai affront fait à l'industrie du disque, habituée à ce que les timides shoegazers n’osent pas empiéter sur les plates bandes des groupes radiophoniques. Evidemment la démarche passa inaperçue, tandis que les groupes Brit-Pop raflaient la mise à leur place.