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23 janvier 2009

Fiche artiste de The Bardots

The Bardots

The Bardots est des représentants de la micro-scène de Norwich qui a fait les belles heures du Wilde Club, la salle de concert qui fit venir la plupart des grands groupes anglais pendant plus d’une décennie. Fondée par Barry Newman, un grand amateur des Smiths et de My Bloody Valentine, la salle devient le centre de gravité de la ville, pourtant bien éloignée de la capitale anglaise. Ce groupe permet de découvrir l’autre histoire du shoegaze, celle des laissers pour compte, qui avaient du talent mais qui avaient eu le malheur de ne pas vivre à la Thames Valley.
Simon Dunford (guitare/voix), Andy Murphy (guitare), Steve Cox (basse), Krzysztof Fijakoski (guitare), le frère du chanteur d’Adorable, avec qui d’ailleurs il formera Polak, et Neil Cox (batterie), profitèrent de l’effervescence autour du Wilde Club pour fonder un groupe et se lancer à l’assaut des planches. Comme le reconnait volontiers Simon Dunford : « Sans Barry, les membres de The Bardots n’auraient jamais quitté leurs chambres. Barry avait le don pour dénicher les talents et donner aux groupes locaux la chance de parfaire leur métier en faisant les premières parties des groupes populaires qu’il réussissait à ramener à Norwich »[i].  D’ailleurs, avec les rentrées de la billetterie, Barry Newman se permet de monter une structure pour y faire signer des groupes locaux. « Cela a toujours été mon ambition de monter un label indépendant, se souvient Barry. J’admirais tellement la scène indépendante que je voulais en faire partie. Heureusement les premiers concerts au Wilde Club m’ont permis d’obtenir un petit peu d’argent, bien que j’ai dû prendre pas mal sur mes fonds propres pour faire subsister le label »[ii]. Et la première publication sera un single partagé par Shine et The Bardots. On se souvient qu’à cette occasion, Simon Williams, chroniqueur au NME, titra à leur sujet : « Janglier in Anglia », jeu de mot resté célèbre (mais intraduisible, « jangle » signifiant faire beaucoup de bruit métallique, et « Anglia » étant une région à l’Est de l’Angleterre, dont est originaire le groupe).
Après un premier single "officiel" sur Wilde Club Records, adorable dans un style brouillon, le titre « Sad Anne », superbe chanson, un vrai bijou, ils signent un deal avec le label Cheree (le label culte des premiers EPs de Bark Psychosis et de Disco Inferno). Après deux-trois autres singles, ils publient un album en 1992, intitulé Eye-Baby et multiplient les concerts. Appréciés des journalistes rock, qui les placèrent vite "next big thing", les membres de The Bardots décidèrent de polir leur son, pour au final une accroche manquée, et "V-Neck", tomba dans l'oubli, alors qu'il marquait l'arrivée de la Brit-Pop.
Du coup, le groupe se sépara, mettant un terme à une histoire qui avait pourtant démarré dès 1989 sur les bancs de la fac.



[i] Simon Dunford cité par Emma Lee, sur Eastern Daily Press, 15 janvier 2009, [en ligne] http://www.edp24.co.uk/going-out/wilde_club_celebrates_20th_anniversary_1_711940
[ii] Barry Newman cité sur Norfolk, janvier 2009, [en ligne] http://www.bbc.co.uk/norfolk/content/articles/2009/01/30/wilde_club_20090130_feature.shtml

21 janvier 2009

The Bardots : Eye-Baby


Eye-Baby de The Bardots
Sortie : 1992
Produit par Guy Bidmead
Label : Cheree

L’album sera un chef d’œuvre oublié du shoegaze. Bien sûr, il regorge parfois d’airs roucoulant, étincelant, de manière à swinguer et à groover, le tout sous des guitares tourbillonnantes (« Chained Up » ou « Sunsetted »), avec chœurs lascifs et refrains qui tuent. Mais ce ne serait que se limiter à la surface.
L’autre facette du groupe est beaucoup plus subtile, rampante, déployant petit à petit un univers grandiose et majestueux. Un morceau de la trempe de « Obscenity Things » laisse délicatement glisser des solos magiques et son tempo langoureux pour s’offrir le luxe d’une explosion incroyable et définitivement rock. L’alliance de la guitare sèche et des saturations sur « Sister Richard » est d’une beauté pernicieuse à en faire frémir de plaisir, de même pour « My Cute Thought ». Le final, « Swallow » s’offre même le luxe d’une intro au piano, avant l’instauration d’une toute petite mélodie incroyable. Et de constater alors que The Bardots se place en chaînon manquant entre la délicatesse du shoegaze et l’arrogance mélodique de la Brit-Pop. Aucune autre chanson ne peut résister à « Swallow » qui écrase toute concurrence, notamment dans sa montée dans les grâces célestes.
Le groupe est aussi capable d’alanguir son propos, et de composer quelques ballades saturées parmi les plus intrigantes, comme « Cruelty Blonde », aux voix doucement plaintives, ou « Slow Asleep », aux airs de dream-pop voluptueuse. Mais pour une fois, le sommet de l’album se situe au début. En effet, de tous, c’est peut-être « Pretty O » qui surprend le plus. Cette chanson est probablement la plus aventureuse, celle qui remet le plus de choses en question et qui propose un style quasiment unique. De cette myriade de guitares saturées, émerge une voix asexuée, d’une beauté confondante et d’un lyrisme très marqué, qui vogue au-dessus d’une guitare cristalline et d’arrivées soudaines et répétées d’explosions majestueuses. A croire qu’il s’agit presque d’un tout autre groupe !