4 juillet 2010

Fiche artiste de The Rosaries


The Rosaries

C’est de notoriété publique, et il serait vain de le nier, mais le mouvement shoegaze est resté marginal. Aujourd’hui peu de gens s’en souviennent. Un simple test suffit : à la question « citez des groupes shoegaze », la plupart des gens ne comprennent même pas l’intitulé. La plupart des formations du mouvement sont restées confidentielles. A un tel point qu’une mauvaise blague veut que si les uns et les autres ne se soutenaient pas lors des concerts, il n’y aurait personne dans la fosse !
Alors imaginez l’oubli dans lequel sont plongés les groupes qui parmi le mouvement shoegaze n’ont jamais été sur le devant de cette scène, signant un seul single, sur un label rare qui plus est, avant d’arrêter leur carrière, alors que celle-ci n’a jamais commencé !
C’est le cas du groupe The Rosaries, originaire de Coventry, formé de la divine chanteuse Laura Watkins, Sian Allen et Mark James. Ces derniers, actifs de 1988 à 1992 ont à peine eu le temps de faire un concert, d’avoir deux démos dans des fanzines (avec Fat Tulips ou Slowdive), un single (mais quel single !) sur le légendaire label Sarah Records, un titre (le superbe « Rainbow ») sur la compilation Sunday Sunny Smile de Sunday Records, et puis ce fut tout. Ensuite plus rien et l’oubli total.

The Rosaries : Forever EP


Forever EP de The Rosaries

Sortie : 1992
Produit par The Rosaries
Label : Sarah Records


The Rosaries (qui connaît The Rosaries ?) n’a publié qu’un seul single. Cela ne pourrait intéresser personne mais c’est presque un devoir, poussé par beaucoup de passion et un peu de folie, il faut le dire, que de sortir ce single de l’indifférence. Car à force d’oublier ce qu’il s’est passé, ce single aurait très bien pu ne jamais exister. Et cette éventualité, malgré tout, malgré que ce ne soit qu’un single shoegaze de plus, reste une injustice.
Car justement, c’est un single shoegaze de plus, et donc, par là même, une chance.
Une chance de découvrir, d’une part la voix géniale de Laura Watkins, douce, caressante, et d’autre part ce psychédélisme enfantin et naïf qui nimbe les morceaux.
Sur « Leaving », on a le droit à une guitare sèche, des tambourins, des violons discrets, un psychédélisme tranquille et pastoral, avec quelques tonnerres de guitares en arrière fond, avant la déferlante des saturations, vécus comme une libération, un défouloir romantique, une frénésie de douceur et de tendresse, si tant est cela existe.
Plus langoureux et à fleur de peau, « Anything » se révèle une ballade adorable, qui s’achève en force cependant, tandis qu’avec « Ivory Tower », il est bon de se laisser entraîner.
Seulement, il était à l’époque courrant de laisser tomber facilement, de s’arrêter là, et de ne rester que sur quelques démos, le temps d’une aventure, et ce single, unique témoignage, alla rejoindre les innombrables chansons de ces groupes éphémères, ces one-shot de la pop, ces premiers jets admirables.

3 juillet 2010

Fiche artiste de Sugar Plant


Sugar Plant

Contrairement à la pop japonaise, plutôt édulcorée et foutraque, Sugar Plant, avec sa musique lente, alanguie et rêveuse lorgne en réalité du côté du slowcore et du shoegaze. Duo formé en 1993 par la chanteuse Chinatsu Shoyama et le guitariste Shin'ichi Ogawa (des batteurs et des clavieristes viendront s’ajouter en fonction des besoins d’enregistrement) alors qu’ils étaient encore à l’université, Sugar Plant aura finalement beaucoup d’affinité avec les Etats-Unis, d’une part dans le son (de l’ADN de Galaxie 500 et de Windy & Carl ont été retrouvé), d’autres part avec de nombreux concerts, en compagnie de Jessamine, Magnetic Field, Yo La Tengo, Silver Apples.
Tout ceci fait de Sugar Plant un groupe vraiment à part au Japon. Mais certainement un des meilleurs, à la musique magique et planante.


Discographie :

- Hiding Place

- After After Hours

- Transe Mellow

- Happy

-

Sugar Plant : Hiding Place


Hiding Place de Sugar Plant

Sortie : 1995
Produit par Sugar Plant
Label : Pop Narcotic


On a souvent comparé le style de Sugar Plant avec celui de Galaxie 500. Et cela paraît tellement évident à l’écoute de cette langueur magnifiée, cette lenteur intense, ce délitement tempétueux.
Ce premier album fait la part belle à la retenue : tout est sur le fil, comme extrêmement fragile, que ce soit par les slides perdus, les distorsions qui jamais ne montent, les notes de guitares superbement délicates et bien évidemment, le chant, savoureux et tranquille. Chaque morceau ressemble à des crescendos qui s’arrêtent à partir d’un certain seuil, jamais dépassée.
Cela pourrait franchir tant de limites, mais voilà, il y a toujours, de manière presque tragique car irrémédiable, cette candeur, cette douce tristesse, qui empêche les déflagrations. On préfère plutôt jouer sur la torpeur, la cadence lente mais insistée, les refrains alanguis et magnifiques, et les très belles parties de guitares, évanescentes, qui se perdent, et qui témoignent d’une tendresse exquise.
Lorsque le CD passe sur la platine, tout semble se passer comme dans un rêve. Il règne une torpeur inégalée, sublimée par des solos de guitares molasson et extatique à la fois, ainsi que par des chants d’une légèreté infinie, charmante et enivrante. Les airs sont passés au ralenti, se laissent aller, paraissent presque vaporeux, à tel point qu’on a l’impression de ne plus avoir à faire à un CD mais au contraire un vieil, très vieil album.