29 juin 2010

Fiche artiste de AR Kane


AR Kane

"A" pour Alex et "R" pour Rudy, duo génial et avant-gardiste qui a révolutionné le rock indé anglais, sous le nom de AR Kane.
Les deux hommes, originaires du quartier Est de Londres, s'associent dès 1986 et publient deux singles sur deux labels prestigieux : One Little Indian et 4AD. Les textes suréalistes, évoquant des mondes oniriques ou proche de l'enfance, iront en droite ligne des Cocteau Twins, tandis qu'en matière de musique, la venue des saturations fera d'eux les pionniers du mouvement shoegaze, qui alors n'existait même pas encore dans la tête de Kevin Shield.
Dans le même temps, Alex Ayuli et Rudy Tambala participeront à un projet, intitulé M/A/R/R/S, avec des membres de Colorbox, pour un single techno-house "Pump of the volume", qui étrangement se classera 1° des charts, indiquant déjà leur propension à vouloir expérimenter.
Les deux premiers albums, "69" en 1988 et "i" en 1989, plébiscité par la critique, seront considérés avec le recul comme essentiels dans la naissance du post-rock, de l'ambient ou du trip-hop, mouvements qui s'imposeront dans les années 90. Alors que "69" mélange kautrock, indus et shoegaze, le deuxième album, véritable chef-d'oeuvre, explosera les genres, basculant de la dance au trip-hop, en passant par le dub, la world music (notamment africaine), la dream-pop ou encore l'avant-garde. La liste des artistes qui se revendiquent de leur influence est immense et quasi-infini : on peut citer The Veldt, Long Fin Killie, pour les plus évidents, mais également Seefeel, Slowdive, Disco Inferno etc...
Malheureusement, le label Rough Trade qui leur avait donné carte blanche, finit par mettre la clé sous la porte suite à une faillite, et le duo a du mal à s'en remettre. Et même un dernier sursaut, avec un album en 1994, manqué, trop éclaté et pas assez cohérent, n'y suffira pas.

Discographie :

- When you're sad EP

- Lollita EP

- 69

- i

AR Kane : When you're sad EP



When you're sad EP de AR Kane

Sortie : 1986
Produit par AR Kane
Label : One Little Indian

Lorsqu'on pousse les recherches et qu'on souhaite débusquer le premier single shoegaze, celui par qui tout a débuté, on tombe sur "When you're sad" du duo anglais AR Kane.
Ce n'est pas celui auquel on pense, par habitude, on a tendance à citer en premier lieu My Bloody Valentine, et pourtant, c'est bien celui-là, jouant sur les saturations et les voix éthérées avant même que le shoegaze devienne une réalité.
Des percussions industrielles et martiales pour une introduction dure, des distorsions à vriller les oreilles et des guitares crades, pourtant un rythme indolent, hypnotisant, rêveur commence à s'installer. A la surprise générale, c'est au milieu de cette ambiance froide, que surviennent alors deux voix d'une douceur inégalée, douce et sussurante, une masculine, une autre féminine et angélique. La basse peut alors tisser un riff inégalable. Progressivement les saturations vont arriver et le morceau se termine sur un maelström de guitares, tandis que les chants se maintiennent péniblement dans leur légereté.
Une sorte d'entrée impromptue de la grâce dans un monde cogneur, froid et particulièrement âpre. Ce qui se révèle en fait la définition du shoegaze.
La première chanson, donc, et un an avant My Bloody Valentine...

24 juin 2010

AR Kane : Lollita EP


Lollita EP de AR Kane

Sortie : 1987
Produit par Robin Guthrie
Label : 4AD

Avec ce single, AR Kane frappe un grand coup ! Et se place comme LA formation à surveiller !
En se remettant dans le contexte de l'époque (il ne faut pas oublier que nous sommes seulement en 1987), on se dit que la musique saturée de ce groupe a du faire l'effet d'une vraie claque.
Cymbales saupoudrées, échos new-wave, guitare sèche, percussion, voix ouatée : on entre dans un monde très choyé et merveilleux, légèrement trouble. Puis vient le tonnerre avec cette batterie plus dure et ces saturations, qui intensifient les propos, conférant à ce « Lollita », une dureté surprenante.
« Sado-masochisme is a must » démarre sur un flot de distorsions saturées à faire mal aux oreilles, que vient concurrencer des guitares sèches et des voix magiques, soufflées et duveteuses. Tandis que « Butterfly Collector » est plus lent, plus langoureux, mais non moins extraordinaire avec ces longues mélopées saturées, héritées de l’indus, qui se termine en un vacarme tout simplement assourdissant ! On se dit que Kevin Shield ne s’en est jamais remis !

AR Kane : 69


69 de AR Kane

Sortie : 1988
Produit par Ray Schulman et AR Kane
Label : Rough Trade

Autant prévenir d’entrée pour l’éventuel néophyte qui aurait entendu parler de AR Kane : ce premier album est particulièrement dur.
Déroutant avec ces rythmes difficiles, ces guitares saturées et tranchantes, ce ton rêveur et expérimental, ces voix black veloutées et chaleureuses, cette tendance à s’affranchir des carcans trop étroits du rock, pas forcément évident de prime abord.
Malgré tout cet album est considéré comme un classique, du moins un précurseur de pas mal de choses, le post-rock anglais notamment. Et cette influence n’est pas étonnante lorsqu’on écoute « Sullidays », complètement ambient et abscons, « Scab », avec cette guitare sèche, ce minimalisme, « Baby Still Snatcher » et ses saturations dures, limite indus, ou encore « The Madonna is with child », mélange de sombre piano et de distorsions impromptues.
Cet opus à part et troublant a été un modèle pour bon nombre d’artistes, comme Seefeel, Moonshake, Bark Psychosis ou certains groupes shoegaze, et on les comprend car il est étonnant de se surprendre à admirer les tendresses élégiaques et perdues de « Spermwhale Trip Over » ou les percussions mêlées de guitares saturées sur « Crazy Blue », soutenues par des voix douces féminines en complément des masculines.
C’est donc avec une certaine fascination qu’on réalise à quel point AR Kane avait une longueur d’avance sur ses contemporains, faisant de ce groupe londonien le pionnier d’une révolution esthétique, révolution faite dans l’indifférence générale, et cette injustice ne sera jamais réparée, tout comme « Suicide Kiss », shoegaze et indus, ne sera jamais reconnu à sa juste valeur.

21 juin 2010

Fiche artiste de Spoonfed Hybrid


Spoonfed Hybrid

En rupture avec Pale Saints et fatigué par les concerts qui ne l'interessent guère, Ian Masters collabore avec Chris Trout, le bassiste de AC Temple et Kilgore Trout, originaire de Leeds.
A deux, en studio uniquement, ils écrivent, jouent et produisent diverses chansons expérimentales, loin, très loin de la pop originelle, dont ils ne subsistent que quelques traces. Le premier album, sorti en 1993 sur une sub-division du label 4AD, fait la part belle à des arrangements aussi surprenant que sompteux, tandis que le deuxième, "Hibernation Shock", qui ressemble en fait plus à un mini-album, laisse complètement tomber les codes d'usage, pour se situer à l'avant-garde de l'ambient, de l'électro et de la dream-pop. Perturbant, avare en signaux et abscons, cette dernière sortie permettra de conclure une association éphémère mais trop méconnue, avant que Ian Masters ne s'en aille à nouveau, pour de nouvelles collaborations
.

18 juin 2010

Spoonfed Hybrid : S/T



Spoonfed Hybrid



Sortie : 1993

Produit par Duncan Heat

Label : Guernica/4AD

Avec le recul, on comprend finalement pourquoi Ian Masters a décidé d’abandonner les Pale Saints pour se consacrer exclusivement à des projets obscurs sur des micro-labels. Sans doute se sentait-il inadapté, hors jeu et trop exubérant pour persister. Ses envies d’expérimenter étaient incompatibles. Toujours est-il que progressivement, ce doux-dingue attachant s’est effacé de la scène, en enchaînant les collaborations surprenantes et en s’exilant au Japon. Ce retranchement fut un déchirement pour beaucoup. Plus les années passèrent et plus il était difficile de suivre sa trace. Encore aujourd’hui, rares sont ses apparitions.
Et tous les signes annonciateurs de ce décalage, de cette folie qui habite l’esprit de Ian Masters et de son désir d’aller explorer d’autres horizons sont présents sur ce premier album de Spoonfed Hybrid, véritable OVNI musical, étrange, bizarroïde, surprenant et magnifique.
Le rythme complètement artificiel de « Heaven’s Knot » avec ces guitares raides, saturées mais robotiques, et ces voix toutes douces, incroyables, pour une impression d’une boite de nuit lunaire et hypnotique, explose tous les codes et les usages. Et dès le deuxième morceau, mélange entre éclaire distordus à la My Bloody Valentine et guitares sèches, entrecoupé de pauses religieuses, avant l’entrée des violoncelles, on sait qu’on touche là une musique improbable, rêveuse, tête chercheuse.
Ian Masters, associé à Chris Trout, ose alors tout, se permet toutes les exubérances et associe des arrangements a priori inconciliables, ce qui donne naissance à une dream-pop fantasque, reposé, voire ardue. Au mépris de la bienséance, ce génie préfère se lover dans une musique hypnotique et magnifiée, avec le risque assumé de faire disparaître les repères et de s’élever dans les hautes sphères. On sent que tout ceci est torturé, mais tout ceci est très travaillé, minutieux et surtout merveilleux, avec une apprêtée et un sens du solennel assez confondant.
C’est avec un recueillement des plus béats qu’on découvre ainsi « Tiny Planes », avec son intro tout en clavier et orgue, qui mélange solos de guitare et piano de manière complètement incongrue. Ou les percussion lentes sur « Stolen Clothes » et ses guitares hispanisantes, le très frugal et minimaliste « Lynched », entre musique japonaise et jazz new-yorkais des années 30, le clavier, le piano puis la fanfare et les cordes sur « 1936 » ou encore le crescendo solennel et apprêté chanté par Chris sur « Pocketful of dust », le piano tragique et les trompettes militaires.
Si tout semble surprenant et illogique, Ian Masters n’en oublie pas dédier cet album à une certaine beauté, mêlé de pureté, lui qui désirait tant créer de toute pièce un monde artificiel, beaucoup plus reposant que le vrai. Avec une production lêchée et fantasmagorique, des instruments tragiques et célestes, un foisonnement d’idées entre les deux hommes, Ian Masters et Chris Trout, des voix douces héritées d’un shoegaze que n’a jamais renié l’ancien leader des Pale Saints, on aboutit à une musique élégiaque, tordue et avant-gardiste.
Sans en oublier le sens de la mélodie, comme en témoignent « Geting not to know » et sa coupure stratosphérique magnifique ou encore le royal et méticuleux « Somehow some other life ».
Autant le dire, puisque cela semble aller de soi après avoir exposé tout cela, cet album n’a jamais marché, oublié de tous, comme on a oublié qui était Ian Masters, rangé dans les cartons, sans doute trop vite, mais lorsqu’on le ressort, on comprend à quel point cette musique pouvait être innovante, dans la lignée de ces albums de 4AD.

17 juin 2010

Fiche artiste de Bowery Electric


Bowery Electric

Bowery Electric est un duo (Lawrence Chandler et Martha Schwendener), pionnier dans la musique expérimentale et ambient de New-York. Un double single sur leur propre label pour signer ensuite sur Kranky. Le premier album éponyme en 1995 reste un mélange saturation et de voix mixées en retrait, mais le duo se démarque déjà par son goût pour le down-tempo, mais c'est avec le deuxième, "Beat", l'année suivanten, qu'ils marquent les esprits avec plus d'alanguissement des les compositions. Ils ont été ainsi les premiers à emmener leur shoegaze vers d'autres horizons, comme le drone, le dub, l'electro, ou encore à utiliser des ordinateurs portables sur scène pour sampler leur batterie et ainsi le passer en boucle, faute d'avoir conservé les batteurs de leur début.
Ces tendances avant-gardistes ne sont pas si étonnantes lorsqu'on sait que Lawrence Chandler a étudié à The Julliard School, la prestigieuse université d'art de New York, et qu'il y a fait la connaissance de l'artiste contemporain La Monte Young. De même, il a participé avec Kevin Shield et Sonic Boom au projet Experimental Audio Research, ou encore a mixé les albums de Calla ou Tristeza.

Discographie :


- S/T

Bowery Electric : Drop EP


Drop EP de Bowery Electric

Sortie : 1994
Produit par Bowery Electric
Label : Hi-Fidelity Recordings

Sur « Drop », une atmosphère de fin du monde : une basse terrible, grondante, des guitares métalliques sorties des profondeurs, des nappes sourdes et une tendance à faire durer lentement les choses, pour un chant transformé, noyé sous le mix et lancinant, jusqu’à filer le frisson.
Ce ne sont pas les coups secs et durs sur la batterie qui changera la donne, ni d’ailleurs les saturations bourdonnantes et à la puissance prodigieuse. Sur le deuxième morceau, « Let me down », cette fois-ci, c’est la voix de Martha, qui sidère et laisse pantois, charmeuse, mythique et quelque peu irréel, d’une profondeur solennelle incroyable, d’autant qu’elle répète sans arrêt les mêmes mots sans jamais varier. C’est ainsi que s’impose la puissance de Bowery Electric à leur tout début avant de se calmer par la suite et de virer vers l’ambient : asséner des coups, marteler et écraser l’auditeur.
Dommage d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus de morceau de cette époque cathartique, seulement quatre sur ce recueil des singles du groupe, tant Bowery Electric savait se faire imposant et charismatique.
Tout en tranquillité et en retenue, le troisième morceau « Head on fire », sous ses nappes de saturations et ses échos de guitares plaintifs qu’on entend au loin, résonne dans les esprits et bourdonne comme une myriade de décibels disséminés, tandis que « Only Sometimes » laisse répandre une coulée de riffs, comme des râles fatigués, témoignage d’une orgie psychotrope, sans varier d’un iota tout du long.
Un voyage tout aussi cérébral que physique, assez intimidant, mais hypnotique, en seulement quatre titres, ce qui, en fait, est largement suffisant pour devenir culte.

14 juin 2010

Bowery Electric : S/T


Bowery Electric

Sortie : 1995
Produit par Bowery Electric
Label : Kranky

Si on s’y plonge, le temps s’arrête. Impression flottante assez déstabilisante où on a du mal à juger des minutes qui passent ou de l’enchaînement des morceaux.
Tout n’est qu’un sempiternel recommencement, un étirement des mêmes riffs et des mêmes ambiances lourdes et saturées, le tout sous le contrôle d’un rythme particulièrement lent et d’une basse très en avant. Une basse de plomb, imperturbable et pesante. On se dit qu’on ne va jamais s’en sortir, qu’on est comme prisonnier d’un engourdissement qui nous gagne et nous laisse totalement rêveur.
Les voix, très en retrait, semblent sortir de très loin, d’autant plus qu’elles sont souvent recouvertes par des déferlantes grasses et gluantes de guitares, et laissent penser qu’on est ailleurs.
L’album défile et on croit être toujours au début, ou en tout cas, jamais à la fin. Avec une batterie réduite à un rôle de métronome stupéfiant de langueur et de régularité, des nappes de guitares qui ne changent jamais de ton, et une lourdeur dans le ton qui impressionne, Bowery Electric livre en réalité un album d’ambient. Peu reposé et très torturé par contre.
Un grondement de guitares mais résolument abstrait, jusqu’à s’évanouir dans la contemplation la plus floue.