20 février 2018

Fiche artiste de The Pagans

The Pagans


The Pagans, au même titre que des groupes comme The Mother ou Breed, a pleinement contribué à faire vivre la scène shoegaze de Singapour. Une scène vivante et bruyante qui a toujours lutté pour ne pas être perçu comme une scène underground, mais qui pourtant remplit tous les critères pour être perçu comme tel. 

The Pagans : Stereokineticspiraldreams

Stereokineticspiraldreams de The Pagans

Date : 1993
Production : Morris Yeo
Label : Tim Records

Du bruit et des distorsions, ce n’est pas ce qui manque sur cet album ébouriffant. C’est très saturé et si le groupe injecte dans ces chansons supersoniques quelques pauses, ce n’est pas pour respirer mais pour se laisser aller aux distorsions. Des titres comme « DHL » ou « So-on », avec sa pédale wah-wah, ne sont que des fracas, de la batterie comme des guitares. Et ce qui est surprenant, c’est qu’au milieu de tout ça le chant de Morris Yeo reste imperturbable. Seule exception avec « Part II », une petite ballade, où subitement il se met à crier (si ! si !) alors que jusque-là il avait fait preuve d’une grande douceur.
Avec sa façon de poser sa voix, toujours d’un souffle, étirée au maximum et d’une légèreté absolue, difficile de comprendre qu’il s’agit bien d’un homme. Il se joue parfaitement des codes de la masculinité. Quitte à se lover dans une extrême suavité, proche parfois de la torpeur. A force de longues déclamations uniquement composées de voyelles, son chant devient une force d’opposition aux rythmiques saccadées et aux guitares dures, pour un contraste délicieux. Sur le post-punk « Take this day away », il apparait presque béat. Et sur le space-rock « TV Babe », avec son intro en forme de zapping TV (on entend même un match de la Juventus !) et sa basse rampante, c’est à peine s’il est audible.
A bien des égards, la musique de The Pagans, à forte valeur psychédélique, évoque parfois Chapterhouse. C’est indéniable avec l’indépassable « Prog-rock space opera », joué à fond, porté par un riff inoubliable, des saturations constantes, un rythme dansant, et dont le chant n’est qu’un souffle évaporé. 
The Pagans ne se contente pas de tout casser ; il réussit également à inventer un univers bien à lui, éloigné de ses idoles, toujours aussi féérique, mais peut-être un peu plus obscur et mystérieux. On n’est pas dans la luxure mais dans une sorte de rêverie assez inquiétante et perturbée. L’ambiance est comme plombée. Rien que la basse, souterraine, grave, qui rappelle celle de « Come as you are » de Nirvana, sur « Precious 7 », fait courir un frisson dans l’échine. Encore pire avec le sublime « K », qui ne sera qu’une vague plage contemplative comme les affectionne Slowdive, lente et monocorde, mais d’une beauté froide à couper le souffle.
Ce qui fera de Morris Yeo un personnage assez détonnant dans le milieu.

Fiche artiste de JPS Experience

JPS Experience

Anciennement Jean-Paul Sartre Experience - ce qui leur a valu des déboires juridiques avec la famille - ce groupe est un fleuron du label culte Flying Nun Records. Formé dans les années 80 par Dave Yetton, Gary Sullivan et Dave Mulcahy, le groupe a commencé par un étonnant premier album "Love Songs", entre expérimental et indie pop, vite remarqué. Puis il s'est érigé en représentant du psychédélisme néo-zélandais, en terminant dans un style entre shoegaze, Madchester et Pixies.

JPS Experience : Breathe

Breathe de JPS Experience

Date : 1993
Producteur : Marc Tierney
Label : Flying Nun Records

C’est l’album en forme de chant du cygne. Le psychédélisme tranquille est mis à l’honneur, c’est fun, cool et détendu, pourtant on en peut s’empêcher d’avoir un pincement au cœur. Car on sent bien que le groupe livre ici son ultime album, arrivé au bout de sa démarche, en étant plus apaisé, plus mélodique. Car au départ, JPS Experience  est un combo célèbre du mouvement Dunedin Sound, avec Verlaines, Chills, etc. Une bande de garnements qui à l’époque s’appelait Jean-Paul Sartre Experience, et qui se sont fait vite rappeler à l’ordre pour des questions de droits. Leur musique était un peu bizarre, brinquebalante, éminemment excentrique, post-punk, indie, avec toujours un grain de folie. Sur la fin, après de multiples tournées en Europe, le groupe découvre le mouvement shoegaze et le Madchester, et s’en inspire largement.
On a reproché au groupe sur cet album de s’aplanir, de s’affadir, avec notamment un son léché où rien ne dépasse. Le rythme est lisse, les mélodies visibles et les voix douces. Quant aux guitares, elles sont immenses, saturées juste ce qu’il faut. Le groupe rend hommage au Stones Roses, à Primal Scream, à Ride, à Swervedriver et même à Blur, losqu’on pense à leur premier album, mettant de côté son identité insulaire qui en faisait un groupe spécial. 
Mais force est de reconnaitre que les mélodies sont toujours là, elles sont plus accessibles, fédératrices, avec des refrains à reprendre en chœur, sublimées par un rythme nonchalant maîtrisé sur le bout des ongles. JPS Experience assume et se complait dans un psychédélisme festif, en utilisant tous les ressorts connus (tambourins, voix dédoublées, basse relâché, référence sixties), comme sur « Ray of shine » ou « Breathe », magnifiquement branleur.
Dommage qu’on soit parfois dans un entre-deux, sans rythme clairement techno, sans des saturations bruyantes, sur certains morceaux, c’est l’eau tiède. A d’autres moments, on s’assagit carrément et on prend davantage son temps. Ces garçons-là savent se faire sensibles, se lover totalement dans un shoegazing rêvasseur et s’offrir de déchirantes nappes de guitares pour décoller et tripper longtemps. Après un époustouflant « Spaceman » brouillé, très My Bloody Valentine, lourd et agressif, « Still can be seen », sa guitare sèche, sa voix douce et son ambiance féérique est un véritable slow romantique. 
Le groupe choisit de s’exprimer plus dans la douceur, comme une fin de fête. Le but de JPS Experience n’était pas de poursuivre l’avant-gardisme mais au contraire de décrire le relâchement, l’état extatique, la détente psychédélique après les orgies et les ouragans créatifs. A ce titre, « Into you », après son ouverture en forme de distorsions, son riff saturé et gonflé, sa batterie forte, s’appuie sur une mélodie adorablement dépendante de narcotique, et il en est de même pour celle de « Modus Vivendi », indolente, nappée de saturations sur-produites, qui rappelle Jesus and Mary Chain. 
Toute polémique n’a pas lieu d’être car il n’empêche que le groupe n’a pas son content pour signer des chansons sublimes. Si tant est qu’on n’ait pu dire de JPS Experience qu’ils étaient tous justes bons à s’amuser, ce dernier album met les points sur les « i ». Comment ne pas admirer « Angel », légèrement mélancolique, une belle plainte folk, pourtant traversée de distorsions et de parasites ? Ou encore « Bleeding Star », probablement une de leurs meilleures chansons toute époque confondue, à la batterie vigoureuse, au chant aérien et doublé, qui évoque un peu les influences orientales, les grosses guitares saturées sûres d’elles, les voix trafiquées et les petits bruits de navettes spatiales, qui se termine en paroxysme et en cri du cœur ? Comment ne pas s’embarquer pour un tel voyage ?

Fiche artiste de Giradioses

Giradioses

A la suite du Dynamo de Soda Stereo, la vague Movida Sonica a commencé à déferler en Argentine. Des jeunes groupes aux styles divers mais toujours bruyant qui ont été, à divers degrés, parainné par les grandes figures comme Gustavo Cerati ou Daniel Melero. C'est le cas de Giradioses, dont leur album de shoegaze soporifique et élégiaque sera produit par Melero.

Giradioses : Dormitorio

Dormitorio de Giradioses

Date : 1995
Production : Daniel Melero
Label : Nahuelito

Derrière ce flot de guitares, toujours finement travaillé, se cache une propension au laconisme. Pas de façon éclatante, ni même reconnue, mais plutôt de manière latente, embryonnaire, traces que l’on devine dans cette façon de céder sous les saturations. Giradioses se laisse aller à la torpeur et autorise les déclins, les humeurs, les mollesses.
Drapée de majesté, refusant de s’opposer à un mur du son qui s’abat sur elle, la musique de la formation argentine, peut parfois glisser vers une description de l’abandon (le rêveur « Combo » et les doux murmures d’Agustina Elicabe, candide et troublant), un état contemplatif extrême qui renverse les rapports de force et donne de l’espace aux sens.
Une atmosphère timidement spatiale se déploie alors lentement, à coup de distorsions (l’ambitieuse douceur de « Parapente »), de chants abattus, mais incroyablement doux (le superbe « Agujeros »), de larsens plaintifs (« Tierra Skinhead »). Ils ne prennent pas le pouvoir, ils n’en ont pas l’ambition, ils se contentent de s’exposer outrageusement comme des lambeaux abîmés de tendresse, d’anciens espoirs évanouis ou de mélancolie. Rien ne s’élève, ne se rebelle, mais le tout compose un ensemble délicieux de climats indolents et gracieux, souvent très étrange et en décalage.
Appliqué dans son étalage, le groupe prend bien soin de composer des chansons au sein desquelles les auteurs eux-mêmes semblent s’oublier. Les montées en puissance (le majestueux et intense « Domingo Ginzu », qui évoque Secret Shine et Slowdive, ou l’extraordinaire tour de force que représente « Divide y reinaras ») prennent une résonance tout autre. Giradioses détourne la suavité de ses compositions pour dresser un parcours alambiqué, sublimant le caractère évanescent qui imprègne le groupe. Et l’intellect devient alors objet de grâce, comme sur le très beau et très lent « Su jardín », où les voix d’Agustina et de Roger dialoguent doucement sous les nappes de saturations.
Faisant dans l’instrumentation impalpable (beaucoup de claviers, une batterie livrée à la retenue), l’album glisse souvent vers la déliquescence, pour se complaire dans la torpeur céleste, parsemée d’une rythmique ambient tout juste discrète, comme sur les incroyables dix minutes de « Corazón » ou les nombreux passages ambient. Réflexion, soulagement face à l’abandon, misère matérielle, aspiration étouffée, ce rassemblement emmène la contemplation vers un état où la paresse devient fascinante.

Fiche artiste de Lorelei

Lorelei

Groupe de Washington de l'écurie Slumberland Records, adepte d'un shoegaze inspiré par le math-rock et le post-rock.

Lorelei : Everyone must touch the stove

Everyone must touch the stove de Lorelei

Date : 1995
Producteur : Geoff Turner
Label : Slumberland

Bien campés sur leur position, les membres de Lorelei se font les serviteurs d’une musique tendue, complexe, sans cesse sur le fil. Aspirant à une certaine forme de légèreté et de rêverie, notamment de par leur chant, un peu apprêtée, voire forcée, ils n’hésitent pourtant pas à sortir des sentiers battues, à grand renfort de basse et de coupures de rythmes. Les guitares saturées ne sont là que de temps à autre pour souligner des climax, mais l’univers du morceau, c’est avant tout la section rythmique qui l’assure (l’étonnant « Today’s shrug »). 
On est très loin de l’indolence habituelle du shoegaze, ici, on casse les habitudes, on s’intéresse aux décalages, aux arythmies, aux improvisations. Le génial « Quiet Staid Debt », sa basse en avant, sa batterie sortie de l’école de jazz, son petit piano, indique clairement l’influence math rock, tout en gardant un attrait pour la puissance du shoegaze, en témoigne l’irruption de tempête sonore. Lorelei passe pour des intellectuels. Ils souhaitent avant tout expérimenter, quitte à se perdre, comme sur « Throwaway », tout en bruit blanc et collage, ou le spécial « Day », avec son piano de saloon. Cet album préfigure ce que certains groupes américains allaient faire par la suite en terme d’essais et de curiosité. L’intro avec percussions sur « Inside the crimelab » qui est une répétition krautrock d’un même motif, avant qu’une voix trafiquée ne crache au milieu de grésillements, rappelle un groupe comme Tortoise. 
En dehors de ces moments un peu torturés, Lorelei s’offre aussi des escapades vers une féérie plein d’allant et de violence. La basse new wave, voire gothique, de « Newsprint » qu’on croirait sorti des années 80, est une ode à l’imagination. L’arrivée de multiples guitares comme savait le faire si bien Kitchens of Distinction est un pur régal. Les coupures et les passages dream-pop sont autant de chausse-trappe. Les chants n’hésitent pas à sur-jouer le côté langoureux, en soufflant et insistant sur les reprises de respiration. Quant au magnifique « Pillar », sa guitare sèche, puis ses inondations de saturations, ses chœurs doucereux, est un vrai régal shoegaze pour conclure l’album en toute beauté.
Au final, on reconnaîtra que Lorelei s’est refusé de se restreindre au cours de son premier essai. C’est certainement le groupe qui a le plus établi le lien entre le shoegaze anglais et le hardcore américain. Cela s’entend clairement sur « Stop what I you’re doing » ou le vrombissant « Thig for a leg », des vrais curiosités du genre.  

14 février 2018

Fiche artiste de BP.

BP.

Groupe féminin japonais, loufoque et violent, qui a eu le droit par le label Merguro Records de voir l'ensemble de ses démos et de ses singles réédités en 2013. Pour les amateurs de shoegaze original.

Fiche artiste de Catherine

Catherine

Catherine est un groupe de power-pop, mâtiné de grunge, comme il pouvait en exister des centaines durant les années 90. Très proche des Smashing Pumpkins, on s'intéresse à eux pour leur tout premier single, une curiosité shoegaze américaine surprenante.