11 juillet 2009

Historique de la scène tchèque


Une révolution esthétique

En mémoire à Mike Freeman

C’est l’histoire d’un musicien américain complètement inconnu, d’un producteur émigré à Prague, d’un DJ de bar, d’une radio indépendante, de John Peel, d’un film pour adolescent et de la chute du régime communiste.

La scène tchèque tourne autour d’un seul homme, Colin Stuart, qui a enregistré quasiment tous les groupes shoegaze du pays, et pourtant l’histoire ne débute pas forcément avec lui, ni en Europe d’ailleurs, mais plutôt un peu plus tôt, en Californie, avec un dénommé Mike Freeman, guitariste de son état et officiellement étudiant.
Que l’éclosion de cette scène ait démarré de l’autre côté de l’Atlantique est un incroyable concours de circonstance, toujours est-il que cela ne fait que contribuer à la légende, en mélangeant les petites histoires avec les grandes.
A l’époque, Mike Freeman avait commencé à jouer avec son ami de longue date, Tim Rudek, à Laguna Beach. Ils avaient d’abord enregistré les compositions de Mike sous forme de duo.
Plus tard, ils ont été rejoints par un autre guitariste, Jeff Bayliss, et par Paul Scott à la batterie. Cette première mouture, rassemblée à l’été 1990, a formé le noyau dur de Colorfactory.

Tony Ozuna, un petit DJ qui faisait office dans un bar à Prague, et témoin privilégié de la scène indépendante tchèque, raconte les débuts du groupe Colorfactory : « La première fois que j’en ai entendu parler, c’était en 1991 lorsque mon ami de la fac de Californie, Tim Rudek m’a envoyé une démo de son nouveau groupe. A ce moment là, j’étais déjà à Prague et je travaillais comme DJ dans un petit bar alors il devait se figurer que je passerai sa chanson. Des harmonies très pop, des guitares saturées et un songwriting particulièrement accrocheur, voilà ce qui se dégageait de la cassette, et quelques unes des chansons auraient pu être des hits. D’ailleurs lorsque j’ai réussi à convaincre le barman de passer la démo, quelques personnes ont demandé de qui il s’agissait, mais le pauvre ne pouvait que hausser les épaules ; encore un groupe inconnu venu des USA. »

Peu de temps après, un nouveau membre allait changer la donne : Paul Scott présente au groupe un ami de Londres, Colin Stuart, qui va très vite convenir aux attentes du groupe, de part ses connaissances en matière de production et ses relations. Mais l’espoir est de courte durée, puisque bien vite l’ambiance se détériore jusqu’à ce que le groupe se sépare, comme en témoigne une lettre de Tim Rudek écrite à Tony Ozuna : « Je commence à paniquer à l’idée d’une séparation du groupe. Au départ, c’était trop marrant de se consacrer exclusivement à la musique, mais qu’il n’y ait pas de malentendu, je prends toujours autant de plaisir à jouer de la basse, et je n’ai pas l’intention de quitter le groupe, c’est juste que l’ambiance craint un max. »

L’entrée dans la drogue de leur batteur Paul Scott allait finir d’achever l’existence du groupe, Mike et Tim ayant pris la décision de mettre fin à l’aventure, à la suite de concerts désastreux. De tous les musiciens compris initialement dans le groupe, seul Colin Stuart a continué à travailler dans le rock, en tant que guitariste et producteur.
Après avoir émigré en Tchécoslovaquie, il commence à travailler avec Jan P Muchow, du groupe Ecstasy of Saint Theresa, avec qui il enregistre leur premier album en 1992. Cette association allait se révéler déterminante pour la suite. En effet la formation de Jan P Muchow allait par la force des choses devenir le groupe le plus représentatif de la scène tchèque et devenir le porte-drapeau de toute une génération.

C’était l’époque où la Tchécoslovaquie (les deux pays n’étaient pas encore indépendants) venait d’assister à la chute du Régime Communiste. En 1989, les étudiants allaient bouleverser le régime en place en participant à diverses manifestations sociales, toutes pacifiques. Ces déplacements dans la plupart des grandes villes (d’abord Bratislava puis Prague), malgré le risque encourus (exclusion de l’université), permirent à la population d’établir un contre-pouvoir et de revendiquer des libertés nouvelles ; on se souvient notamment de la fameuse pétition en faveur de la liberté de religion lancée par Augustin Navatel.
Une des premières manifestations, le 17 novembre 1989, fut violement réprimée par le gouvernement, ce qui engendra toute une série de réactions dans tout le pays durant près d’un mois. Parallèlement à la commémoration du cinquantenaire de l’interdiction des universités par les nazis, la tension allait en grandissant. Mais jamais ne déborda dans la violence ; au contraire, il s’agissait essentiellement de marches
commémoratives et de rassemblement dans des lieux publiques. Seulement il faut se souvenir que cela était purement interdit sous l’égide communiste. Les étudiants allaient ensuite imposer des marques de contestations, rivalisant d’ingéniosité pour paraître anodines tout en étant subversives. Les nombreuses photos de journalistes imposèrent ainsi dans les mémoires collectives bon nombre de symboles qui allaient rester cultes : le V de la victoire avec la main, les rubans bleu-blanc-rouge, les pantalons trop courts de Vaclav Hazel, l’écrivain icône du mouvement et bien sûr les nombreuses bougies et fleurs déposées sur les monuments. Ce dernier geste semble commun de nos jours mais à l’époque ces produits étaient très chers, luxueux et donc considérés comme non-conformes à l’idéologie du Parti.
Le nombre de manifestants pacifiques grimpa jusqu’à 500 000. Sous l’effet du mouvement, le parti communiste prit le pas de ses voisins européens et abolit l’article de la constitution prévoyant la main mise du parti sur le pouvoir. Ces événements sociaux, essentiellement liés aux étudiants, qu’on appela par la suite Révolution de Velours, en référence au peu de sang versé (ce qui est suffisamment rare pour le souligner), allait conduire à le démission des principaux dirigeants communistes du pays.
La première conséquence de cette Révolution de Velours allait être la mise en place, en 1990, du premier gouvernement non communiste depuis près de quarante ans. La deuxième allait être un incroyable engouement de la part de la jeunesse tchécoslovaque pour la nouveauté et tout ce qui était extérieur aux frontières. De nombreuses marques, inconnus jusqu’à alors, allaient devenir très populaires et des milliers de jeunes se ruèrent sur les films, livres et bien sûr vinyles, venus en imports.

C’est parmi cette vague nouvelle que Jan P Muchow et Irna Libowitz, décidèrent de monter un groupe, complètement fascinés par les formations qu’ils venaient tout juste de connaître : My Bloody Valentine, Cocteau Twins, Siouxsie and the Banshees, Dinosaur Jr, the Smiths, the Cure et tant d’autres. « A l’époque, rien que le fait de se retrouver au Café Slavia, entre amis, autour de bières et de ne faire rien d’autres que discuter musique, était déjà en soi extraordinaire », raconte aujourd’hui Jan.
Le duo se voit rejoindre par le bassiste Jan Gregar et le batteur Petr Wegner, avant de sortir leur premier single « Pigment » en 1991 : visuel agressif et psychédélique, titre grinçant dans un pays essentiellement catholique, le groupe fera parler de lui. Et c’est soutenu par Radio 1, une des premières radio libres de l’histoire de la Tchécoslovaquie, que le groupe commence à se faire un nom dans les milieux étudiants, de part ses guitares tourbillonnantes et hyper-saturées, et de part ses chants laconiques et duve
teux. Ecstasy allait représenter tout ce que la jeunesse du pays voulait être : un groupe hype et ouvert au monde anglo-saxons.
Le label Reflex leur propose alors de sortir un premier album. Aidé pour l’enregistrement par Colin Stuart, tout heureux de retrouver là des musiciens fascinés comme lui par le shoegaze, Ecstasy of Saint Theresa travaillera sur le son de manière à en sortir une incroyable mixture. A noter également à la production, Ivo Heger, qui ne fut pas pour rien lui aussi dans la scène shoegaze. Ce dernier, guitariste au sein des importants Toyen, faisait figure de pionnier et il contribua grandement aux échanges et aux influences réciproques entre les deux formations.
« Last Free Swan » de Toyen et « Sussurate » de EOST sortent tout deux en 1992, deviennent des albums étalons en matière de shoegaze et permettent aux groupes de s’exporter.

Car effectivement, à Londres, John Peel, le célèbre animateur de radio, tombe par hasard sur la musique de Ecstasy of Saint Theresa et pense là découvrir le nouveau My Bloody Valentine. Pendant une visite à Prague, il met un point d’honneur à vouloir rencontrer le groupe. Selon la légende, il réussit même à trouver la maison de Jan P Muchow mais se vit éconduire par sa mère, qui bien sûr n’avait jamais entendu parler d’un certain John Peel ! Heureusement après plusieurs coups de fils et de nombreux fax, EOST fut invité à venir participer aux fameuses sessions à la BBC. Après avoir tourné en boucle lors des émissions du soir, les chansons enregistrées à Londres finirent par donner naissance à un EP, « Fluidlance Centauri », sorti en 1993 et qui contribua à la renommé du groupe tchécoslovaque : en effet, ce dernier réussit la performance de se hisser jusqu’à la sixième place des charts indépendants. Un contrat avec Go ! Discs fut suivi dans la foulée.
A partir de là, Jan P Muchow commence à s’intéresser de plus en plus à la vague techno et ambient qui commençaient à déferler au pays. Ces nouvelles influences se retrouvent sur l’album suivant, « Free-D », aux chansons longues et évasives (entre sept et dix minutes), sur lequel figure John Moore (futur Black Box Recorder avec Luke Haines), toujours enregistré par Colin Stuart et produit par Guy Fixen. Mais le mariage et le départ en Angleterre de Irna Libowitz, ainsi que le rachat du label Go ! Discs suspendent pour un temps les activités du groupe. Jan P Muchow reviendra plus tard, accompagné d’une autre chanteuse, la divine Katarina Winterova.

Dans le même temps, et tandis que les deux pays se séparent en 1993, Colin Stuart produira bons nombres de
groupes locaux, comme Here, Sebastians ou les magnifiques mais trop méconnus The Naked Souls, prenant une part active à la nouvelle vague rock shoegaze issue de la révolution estudiantine. Preuve que le monde est petit, Jan Gregar de EOST participera à l’album des Sebatians et Ivo Heger en sera le producteur. En parlant d’ailleurs des Sebastians, certains des membres allaient contribuer à relancer l’histoire de la scène tchèque.
En effet, peu de temps après leur séparation, David Volenec et Stephan Tuma, expriment leur désir de réenregistrer les chansons de Colorfactory. Colin tente de se souvenir : « c’est étrange d’expliquer comment se projet est né. C’est juste arrivé par hasard sans que j’aie à provoquer quoique ce soit. Finalement ça se résume à une histoire de fans qui voulaient enregistrer les chansons uniquement parce qu’ils les aimaient. ».
Le groupe se réunit donc autour de Colin Stuart et de son ex-femme Iva, et comporte en plus Jan P Muchow et Irna Libowitz des Ecstasy of Saint Theresa, Jan Cechticky et Dusan Lipert des Sebastians (futur groupe Ohm Square), ainsi que Ivo Heger de Toyen, bref toute la scène shoegaze de l’époque en somme. Le résultat est tout à fait incongru : voici que les chansons écrites par Mike Freeman, un parfait inconnu américain en 1990, se retrouvent être joués par une pléiade de jeunes musiciens tchèques !

Là encore, c’est sans doute Tony Ozuna qui raconte cet épisode le mieux, lui qui allait transmettre la nouvelle à son vieil ami Tim Rudek, fondateur de Colorfactory, version 1.0 : « J’entendis parler à nouveau de Colorfactory en 1996, lorsque leur premier single fut diffusé sur Radio 1. Je réussi à me procurer la cassette promo et décidai de l’emmener dans mes bagages jusqu’en Californie pour la faire écouter à Tim. Je me souviendrais tout le temps de sa réaction. Au début, il fut plutôt enthousiaste, fier de reconnaître que « sa ligne de basse avait été respecté », mais après quelques verres de vodka-orange, il commença à grommeler : en effet, les arrangements épurées, les flûtes, la lenteur ambiante et les voix angéliques eurent tôt fait de le désappointer. Mais au fur à et à mesure, ce furent surtout ses souvenirs de lui cinq ans plus tôt qui le plongèrent dans une intense réflexion. »

Le single « It’s always you » fut édité par Monitor, une filiale d’EMI, mais il n’a jamais vraiment bénéficié d’une large diffusion, ni de promotion adéquate. En fait, la reconnaissance allait venir non pas de la radio, mais d’un film. En effet, Septej (Whisper dans sa version angla
ise), sorti en 1997, connu un relatif succès, mais plus intéressant encore fut sa BO : elle était quasiment entièrement composée de chansons de Colorfactory ! Le réalisateur David Ondrisek tomba sur les chansons de Colorfactory et décida de s’en servir pour illustrer ses propos. Septej n’est pas à proprement parlé un grand film mais c’est un film important. Il réussit à dépeindre parfaitement la jeunesse tchèque post-communisme, celle qui fut tant éprise d’expériences, d’ouvertures, de nouveautés et de provocation, une jeunesse androgyne, baba-cool et sortant jour et nuit. C’est comme si on découvrait Prague au travers des chansons de Colorfactory.
La popularité du film catapulta la formation obscure de Colin Stuart (dont certains membres avaient d’ailleurs joué dans le film) au sommet des charts. Le clip de « It’s always you » finit par tourner en boucle sur les télés. En plus de recevoir le Grammy Awards de la meilleure nouveauté tchèque, le prix du meilleur album par le magasine Pop & Rock, Colorfactory obtint le privilège d’ouvrir pour Sinead O’Connor et Erasure au Summer Festival de Prague.

Il aura fallu près de deux ans avant d’entendre parler à nouveau de Colorfactory, même si Colin Stuart se défend bien de parler de première séparation. « Colorfactory est plus un projet qu’un groupe, c’est en ce sens qu’on ne peut pas vraiment parler de dissolution ou de split ». En fait dès lors que Colin Stuart possède suffisamment l’envie de faire un concert ou d’enregistrer un album, il choisit de s’entourer de musiciens parmi ses plus proches amis. Sur le deuxième effort de Colorfactory, « Second Infinity », publié en 1999, Colin Stuart y a inséré de nouvelles chansons de Mike mais également ses propres compositions, plus proches de l’ambient et assez éloigné de l’esprit des débuts. A ce propos, Colin rétorque : « Tout ce que je fais c’est d’essayer d’écrire des chansons qui fournissent de bonnes ondes et qui permettent de transporter l’auditeur aussi loin qu’elles le peuvent. ».

Plus récemment le groupe s’est de nouveau rassemblé, accompagné d’autres musiciens, pour quelques concerts. Et Mike Freeman a même fini par débarquer en République Tchèque en compagnie de Paul Scott, pour retrouver leur vieil ami Colin Stuart, avant de faire ensemble quelques jams au sein du bar Scarlet O’Hara. Histoire de se rapp
eler aux bons souvenirs. Cette époque incroyable où toute une frange de la jeunesse s’était jetée à corps perdu dans la nouveauté, l’expérimental et le rock. Une décennie marquante pour une génération entière, désireuse de se vautrer dans l’évasion et le psychédélisme, afin d’abolir définitivement les barrières.

En 1997, autour d’un café, Colin dira : « si j’étais à la place de Mike, et si j’avais enregistré quelques chansons, avec quelques potes, sans rien poursuivre avec eux, pour finalement apprendre par hasard, que dans les rues de Prague, plus de cinq ans plus tard, les gens connaissent mes chansons, je pense que je serai très fier. »

Mike Freeman est décédé le 28 janvier 2009 et on se dit que c’est trop injuste.
Source : Tony Ozuna dans Prague Hill (2002)

10 juillet 2009

Fiche artiste de Passion Fruit and Holy Bread


Passion Fruit and Holy Bread

Nommé d’après les paroles de « She’s bang the drum » des Stones Roses, le groupe est avant celui de Sam Hazeldine, forte tête et belle gueule, originaire de Manchester (comme par hasard…).
Après avoir écumé pas mal de bars, notamment avec les Lemmings entre 1991 et 1993, Passion Fruit and Holy Bread réussit à obtenir un deal avec Splendid Records. Deux singles en sortiront : tout d’abord « Jonas was swallowed by a big fish », puis « Crush », véritable succès, qui leur ouvriront bien des portes. Habitué au Falcon, lieu de certaines prestations mythiques de leur part, dans un style bien à eux : rock/dance/shoegaze, la formation finira par jouer au célèbre Astoria et à faire une apparition au cours de l’émission The Beat, présenté par Gary Crowley sur ITV.
Mais on en restera là pour le groupe, du moins en tant que Passion Fruit and Holy Bread, puisque la plupart des membres se retrouveront au sein de Mover. Aujourd’hui Sam Hazeldine, désormais acteur, est connu pour avoir jouer dans plusieurs films et séries.

Passion Fruit and Holy Bread : Jonas was swallowed by a big fish


Jonas was swallowed by a big fish de Passion Fruit and Holy Bread

Sortie : 1993
Produit par Steve Lovell
Label : Splendid


Premier single (sorti uniquement en vinyle) de ce groupe anglais qui n’a malheureusement fait qu’un passage éclair dans le monde du shoegaze.
Il faut dire qu’avec son titre éponyme et ses guitares funky et dignes de l’univers des boites de nuit, Passion Fruit and Holy Bread détone ! Mais cela est sans compter la voix superbe de Sam Hazeldine qui semble survoler la chanson avec une morgue et une douceur incroyable. Mine de rien, il y a une sacrée dose de magie dans l’univers dansant et rythmé du groupe.
Le deuxième morceau, « Arise », est beaucoup plus rock n’roll dans l’esprit et donc dans les guitares. C’est au milieu d’un brouhaha de guitares, que Sam fait l’étalage de sa superbe voix, d’abord engagée, savoureuse par moment, puis plus forcée et plus écorchée sur un final lâché tambour battant !
Mais c’est sur « Sky » que le groupe signe un pur chef-d’œuvre, de ceux que l’on a oublié, négligé, perdu qu’ils étaient au milieu de toutes les productions de l’époque. Basé sur un rythme entêtant et indolent, quelques guitares célestes font irruption, tout en faisant bien attention à ne pas perturber l’ambiance cool et groovy instaurée, qui glisse petit à petit vers le merveilleux à mesure que les chœurs se dédoublent et que les claviers rentrent en scène. Lorsque la chanson s’érode et se termine sur des samples de violons, quelques notes de piano, un nuage de saturations, avec pour arrière-fond toujours ce même rythme depuis le début, qui prend alors une autre consistance, on reste complètement béas, à regretter que cela doive prendre fin.

Fiche artiste de Colorfactory


Colorfactory

Bien qu'au départ il s'agisse d'une formation californienne, qui a fait une poignée de concerts dans des bars et au sein de laquelle figurait Colin Stuart, Colorfactory est plutôt le nom donné au projet que ce dernier a mené lorsqu'il était membre actif de la scène shoegaze tchèque.
Entouré de quelques musiciens des Sebatians ou de Ecstasy of Saint Theresa, Colin Stuart a adapté les anciennes chansons du répértoire de Colorfactory pour sonner de manière doucereuse et mélancolique. Ces dernières ont connu un succès populaire innatendu puisqu'elles ont été reprises pour la BO d'un film.
Le projet aura enfanté de deux albums, un éponyme en 96, puis "Second Infinity" en 1999, et aura compris en son sein divers musiciens tchèques, comme Ivo Heger, Noel Le Bon, Krystof Bartosek ou encore Theresa Nekudova.
Plus récemment, Colin Stuart a participé au groupe Aftermath DB, mais c'est avec Colorfactory qu'il aura réussi à cristaliser tout l'esprit innocent, curieux et avide de nouveauté, qui résumait cette scène tchèque. Et puis, on lui doit également la magnifique ballade "Paris" après tout !

4 juillet 2009

Fiche artiste de Should




Should

Le label Words on Music est aussi méconnu que son catalogue (restreint cependant) est prestigieux : Coastal, The Meeting Places, Fiel Garvie, Lorna, For Against etc… Il s’est spécialisé dans l’indie pop et le shoegaze.
Une des premières signatures fut le groupe Should, dont il sortit le premier album en 1997, « Feed like fishes », même si celui-ci avait déjà sorti quelques singles auparavant.
En effet, formé dès 1988 par les deux frères Eric et Marc Ostermeier, le groupe originaire d’Austin (Texas), joue d’abord dans une veine pop, à l’aide de clavier, et sort quelques cassettes, sous le nom de Shift : d’abord un éponyme en 1989, puis « Intact » l’année d’après, « Gripping a Cup » et « Big Closed Eye », tout deux en 1992. L’arrivée de la chanteuse Tanya Maud va changer la donne et réorienter le style vers un mélange entre le shoegaze de Lilys et le slowcore de Opal. Shift signe alors sur le label texan « ND » et publie un mini-album de sept titres.
Après un single en 1997, toujours sur ND, Words on Music leur propose de sortir un premier album. Le groupe change de nom pour Should mais consèrve sa ligne-up d’origine. « Feed Like Fishes » reçoit un bon accueil dans la presse, et un autre single suit, intitulé « Five Forty Five » en 2000.
Mais Marc Ostermeier préfère se consacrer davantage à son autre projet, Motion Picture, se qui réduit les activités et les publications de Should. Fort heureusement, Word on Music a eu la bonne idée de rééditer les premiers maxis, agrémentés de quelques inédits circa 1995-96.

Should : A Folding Sieve


A Folding Sieve de Should

Sortie : 1995
Produit par Marc Ostermeier
Label : ND / Words on Music


Les débuts du groupe, à l’époque où il s’appelait encore Shift, sont très étranges et plutôt nébuleux. On ne peut pas vraiment dire qu’il soit fécond en signaux.
Globalement la production est pesante, transformant les guitares en grésillement permanent, comme des drones recouvrant et ronronnant. A titre d’exemple, « Feels like morning » (qui porte bien son nom) est particulièrement lourd et paresseux. Quant à « Resonate », on y retrouve une ambiance industrielle. Ce qui n’empêche pas de sublimes voix douces de se faire entendre, comme sur le magnifique et monolithique « Clean », qui devient de plus en plus terrible à mesure qu’il avance, ou sur le planant « Pulling ».
La première chanson, elle, est encore plus difficile d’accès. « Rolling » s’ouvre sur un piano qui semble surgir de loin, avant qu’un drôle de clavier ne fasse irruption pour pondre quelques notes éparses mais envoûtantes. Extrêmement lent et surtout minimaliste, ce morceau instaure une atmosphère à la fois délicate (en témoigne le chant vaporeux mais plaintif) et troublante.
Par la suite, sur « Breathe Salt », Should dévoile les prémices de son talent à conjuguer ses voix féminines et masculines d’une incroyable suavité au service de couvertures de drones et de saturations, pataudes, stables et pourtant enivrantes.
En 2002, Words on Music décide de rééditer l’album en doublant le nombre de chansons, ce qui permet de découvrir par exemple l’étonnant « Soothed », dont la beauté et la lourdeur rappelle ce que pourra faire plus tard Justin Throadwak avec Jesu, ou encore « Singe », laconique et rêveur. A noter que ces bonus comprennent deux reprises étonnantes : tout d’abord « Own Two Feet » des trop méconnus néo-zélandais Jean-Paul Sartre Experience, puis ensuite, et surtout, l’extraordinaire « Merge » du groupe culte 18th Done, morceau superbe, nonchalant, saturé mais plein de grâce.

1 juillet 2009

Colorfactory : S/T



Colorfactory

Sortie : 1996
Produit par Colin Stuart
Label : Monitor


Un tel regroupement d’artistes shoegaze, tous issu de la scène tchèque, pourrait laisser croire à un déluge de guitares, pourtant, avec Colorfactory, c’est tout le contraire.
C'est avec stupeur qu'on se lance à l'écoute de ces guitares acoustiques qui dessinent et tracent des arabesques qui s'évaporent aussitôt, dans une ambiance de barbe à papas. Les membres de Colorfactory paraissent user de moyen si fragile que c'est à peine si la batterie fait son apparition. De simples guitares sèches sont là pour tisser un voile filamenteux où vient se déposer une voix toute douce et toute douce, car il n'y a guère d'autres mots pour désigner le degré de légèreté qu'atteignent les composition de la formation de Colin Stuart.
La musique est anorexique, le chant timide et freluquet, les accords rudimentaires à la guitare, ponctués de temps en temps par une section rythmique, presque honteuse de faire trop de bruit, et surtout on observe une aspiration à une ambiance innocente et romantique au possible, presque paresseuse. Tout ceci rend Colorfactory soporifique. Mais pas au sens péjoratif du terme : cette musique accompagne à merveille la lente et douce dérive de la flânerie.
Les effets fragiles, presque transparents tellement ils ont l'air de ne pas s'imposer, adoucissent l'atmosphère et l'on voyage au sein de chansonnettes charmantes. A la recherche de la chanson la plus douce possible, Colin Stuart livre ici des romances un poil désespérées, laconiques, mais surtout extrêmement duveteuses et douillettes comme des plumes ou des oreillers de cotons. Beauté étrange, car toujours décalée, mais porté par un halo de lumière sincère. Entre accent pop, guitares sèches et voix douces, Colin Stuart et ses invités ne cessent de jongler, obnubilés à trouver l'harmonie juste, l'ambiance la plus adorable possible, les arrangements les plus modestement surprenant.
Car mine de rien, les timides ont beaucoup de choses à dire.

30 juin 2009

Fiche artiste de Paint in Watercolour



Paint in Watercolour

Le Japon a toujours été au fait de la pop et présente une des scènes les plus excitantes qu’il est jamais été donné de rencontrer. Alliage entre le goût de l’extravagance et une folle énergie, le rock japonais possède également la particularité de dépeindre parfaitement la jeunesse moderne de l’archipel, tiraillée entre identité moderne et décalage esthétique.
Une des formations shoegaze oldschool provenant du Japon, plus précisément de Niigata, Paint in Watercolour, rassembla à l’aube des années 90, Masato Nunokawa (guitare et chant), Kenichi Sekigushi (guitare), Manabu Shimizu (basse) et Shigemi Sakyo (batterie), pour la sortie de deux albums seulement : « Unkown » en 1992, précédé du single « Glare », et « Velocity » en 1993.
Leur premier single, « Flow » en 1991, sera publié par le label Aja Records, une filiale de Victor’s Musical Industries, grand label japonais. Il permit au groupe de s’épancher sur ses influences clairement britanniques, entre Ride et Revolver.
Aujourd’hui complètement oublié, le groupe aurait mérité pourtant sa place parmi les meilleurs formations pop, tant il enchaînait les tubes potentiels avec une facilité déconcertante.