11 février 2009

Fiche artiste de My Bloody Valentine


My Bloody Valentine

"Loveless" est-il l'album ultime ? Beaucoup se posent la question. A défaut de réponses apportées avec certitude, cette interrogation met en avant le fait que trop rarement dans l'histoire de la pop music, on avait osé expérimenter tout en souhaitant ardamment rester dans un esprit pop. Les irlandais, eux, l'ont fait.
Devenu aujourd'hui une référence absolue, My Bloody Valentine est LA formation qui donna envie à tant et tant de musiciens en herbe de fonder à leur tour leur propre groupe.


Extrait vidéo :

You made me realise




10 février 2009

Here : Swirl


Swirl de Here

Sortie : 1993
Produit par Milos Gruber
Label : Indies Records

Et si la chanson ultime était là ?
Une batterie qui résonne dans le vide et surtout, surtout, une basse à se damner, qui rampe et fait trembler les murs, implantant un décors froid avant l’entrée de la lumière : une vague saturante libératrice et une voix de déesse qui scande des mots magiques, juste avant qu’un repos s’installe, avec une toute petite guitare sèche. Puis les vagues saturées reviennent, s’écartent, reviennent à nouveau. « Ravens » est tout bonnement magnifique, indépassable, notamment lorsque le ton s’accélère et qu’on entre dans un duo de voix masculin et féminin d’une grâce à couper le souffle. On voudrait d’ailleurs que la chanson ne s’arrête jamais. Poursuivre le rêve jusqu’à l’infini, envoûté par ce chant qui monte haut dans le céleste et ses guitares dévastatrices.
Seulement voilà, soudain, le ton se fait plus grave, et on revient au début, avec uniquement la batterie martiale. Mais la pause est de courte durée car ressurgissent les guitares pour un déluge planant. Les sept minutes de ce titre magique se termineront dans un concert sans fin de guitares distordues et saturées, absolument époustouflante de beauté.
Le problème, du coup, c’est que les autres titres paraissent bien fades à côté. Ce premier opus « Swirl » possède le malheur d’avoir sa meilleure chanson placée au début.
Le reste est beaucoup plus classique, pop-song accélérée et passée sous mixer comme « Lanes », dont on n’entend à peine les voix, ou « Scar in Days », et dont le ton est moins vaste, moins emphatique, plus direct. Ceci dit la voix de Katerina fait merveille, et la maîtrise des saturations est stupéfiante, surtout pour le fait qu’elle renforce un certain côté ample et majestueux. En y regardant de plus près, certains morceaux se distinguent, à l’instar de « For my star », et ses distorsions flottantes, dont les dérives harmoniques étonnent, ou « Haze », lent, tranquille mais imposant.
La grâce atteinte par « Flower Rain » est époustouflante : la mélodie entêtante se répète doucement comme un mantra, tandis que par la voix et par l’arrivée impromptue des guitares, le crescendo s’immisce et fascine. Une fois dans cette bulle, on se repose et on se laisse aller, dans un voyage vibrant, sensationnel au sens propre et secouant. Mais tant de beautés sont visitées qu’on est ballotté autant par nos émotions que par les instruments.
On ne revient d’ailleurs jamais totalement d’un tel voyage : celui-ci est trop intriguant, trop lointain pour qu’on n’en ressorte tout à fait le même. Et le dernier message, « Now », sera aussi le plus virulent : tourbillonnant de toute part, la chanson part sur les chapeaux de roue. Les pauses prises ne seront que des illusions, des caches, pour mieux ensuite laisser les rouleaux compresseurs de saturations faire leur travail. Un mur du son écrasant pour tout dévaster sur son passage pendant de longues minutes. Ebouriffant.
Un album qui mérite donc d’être écouté deux fois : une pour être sous le choc, une autre pour réaliser que l’on a affaire à un des plus grands disques de shoegaze. Dire que ce groupe est inconnu !

Boyfriend : Hairy Banjo


Hairy Banjo de Boyfriend
Sortie : 1993
Produit par Paul Chisholm
Label : Creation


Leur touchante maladresse est l’exemple même que le shoegaze pouvait être joué par n’importe qui. Les guitares sont mal dégrossis, la production n’est pas des plus limpides, et ça chante surtout plutôt mal. Après tout, le rock est une affaire de gamins entêtés, impatients, prêts à se ruer sur les instruments à la recherche de LA chanson qui tue, celle qui emballera les filles. Pour George Watson et Derek McGee, qui étaient au lycée ensemble mais se sont par la suite perdus de vue, l’urgence est de tenir un manche de guitare, tant pis pour l’expertise. C'est par l'intermédiaire d'un ami commun, Stephen Jollie, que le groupe prend forme. Rencontré par hasard à un concert des Pixies, alors qu'ils étaient surtout venus voir Teenage Fanclub en première partie, Stephen Jollie indique chercher un batteur. Cela tombe bien, Derek cherche un groupe. C'est Marco McAvoy qui viendra compléter la bande. Après des enregistrements au "Spaghetti", le studio des Teenage Fanclub, Boyfriend signe sur Creation et sort cet album, qui a du mal à se défaire des influences de ces derniers. On y retrouve des mélodies naïves et béates, chainon manquant entre Ride et la power-pop (« Why I should pretend »).
C’est basique, naïf par moment, parfois approximatif, par exemple dans les chants, très adolescents, souvent enlevés, un peu en vrac, mais on se prend tout de même au jeu.  « Searching », avec sa voix soufflée et haletante, reste tout de même un morceau énergique avec un réel sens de la beauté.
Bien-sûr, parfois on s’amuse de l’esprit faussement crooner que prend le chant « (#2) », à la limite du ridicule, ou de l’air carrément faux de « Air your breathe », heureusement noyé sous les saturations. Mais on pardonne bien vite, avec bienveillance, et on se délecte d’une époque révolue où les plus jeunes gamins avaient droit à leur chance.

C’est avant tout la fraîcheur qui marque sur cet album. Certes, on est loin d’une écriture complexe et raffiné mais ça a le mérite d’être direct, innocent et énergique. Et bien souvent, on frôle la perfection. Après tout, « Hey big star » a tout pour être un tube, et « Guitarist Niple » reprend les codes incontournables du shoegaze : multiples vocalises, chœurs en arrière fond, saturations tout du long, incursions de guitares sèches, pour y apporter une petite touche personnelle avec ce magnifique solo de guitare. Quant à « Don’t even try », la chanson est clairement au-dessus du lot. Un nuage de crépitement vient recouvrir des guitares sèches et des tambourins, tandis que les deux chants susurrent ces paroles transparentes : « Don’t walk away, just close your eyes, just feel inside, all you have to do is be yourself ». Boyfriend arrive même à émouvoir au plus profond, avec une mélodie mélancolique, un refrain déchirant malgré les voix chevrotantes et décidément pas très bien assurées, et des violons discrets en arrière-plan. Sans prise de tête, ni chichi, le groupe va au plus évident et ça marche le temps de cette chanson. C’est là l’unique ambition de ce groupe. Entre candeur assumée et exubérance ébouriffante, Boyfriend se fait le porte-parole de tous les musiciens jouant avant tout pour se faire plaisir, sans chercher à dépasser un statut qui n'est pas le leur.