10 février 2009

Boyfriend : Hairy Banjo


Hairy Banjo de Boyfriend
Sortie : 1993
Produit par Paul Chisholm
Label : Creation


Leur touchante maladresse est l’exemple même que le shoegaze pouvait être joué par n’importe qui. Les guitares sont mal dégrossis, la production n’est pas des plus limpides, et ça chante surtout plutôt mal. Après tout, le rock est une affaire de gamins entêtés, impatients, prêts à se ruer sur les instruments à la recherche de LA chanson qui tue, celle qui emballera les filles. Pour George Watson et Derek McGee, qui étaient au lycée ensemble mais se sont par la suite perdus de vue, l’urgence est de tenir un manche de guitare, tant pis pour l’expertise. C'est par l'intermédiaire d'un ami commun, Stephen Jollie, que le groupe prend forme. Rencontré par hasard à un concert des Pixies, alors qu'ils étaient surtout venus voir Teenage Fanclub en première partie, Stephen Jollie indique chercher un batteur. Cela tombe bien, Derek cherche un groupe. C'est Marco McAvoy qui viendra compléter la bande. Après des enregistrements au "Spaghetti", le studio des Teenage Fanclub, Boyfriend signe sur Creation et sort cet album, qui a du mal à se défaire des influences de ces derniers. On y retrouve des mélodies naïves et béates, chainon manquant entre Ride et la power-pop (« Why I should pretend »).
C’est basique, naïf par moment, parfois approximatif, par exemple dans les chants, très adolescents, souvent enlevés, un peu en vrac, mais on se prend tout de même au jeu.  « Searching », avec sa voix soufflée et haletante, reste tout de même un morceau énergique avec un réel sens de la beauté.
Bien-sûr, parfois on s’amuse de l’esprit faussement crooner que prend le chant « (#2) », à la limite du ridicule, ou de l’air carrément faux de « Air your breathe », heureusement noyé sous les saturations. Mais on pardonne bien vite, avec bienveillance, et on se délecte d’une époque révolue où les plus jeunes gamins avaient droit à leur chance.

C’est avant tout la fraîcheur qui marque sur cet album. Certes, on est loin d’une écriture complexe et raffiné mais ça a le mérite d’être direct, innocent et énergique. Et bien souvent, on frôle la perfection. Après tout, « Hey big star » a tout pour être un tube, et « Guitarist Niple » reprend les codes incontournables du shoegaze : multiples vocalises, chœurs en arrière fond, saturations tout du long, incursions de guitares sèches, pour y apporter une petite touche personnelle avec ce magnifique solo de guitare. Quant à « Don’t even try », la chanson est clairement au-dessus du lot. Un nuage de crépitement vient recouvrir des guitares sèches et des tambourins, tandis que les deux chants susurrent ces paroles transparentes : « Don’t walk away, just close your eyes, just feel inside, all you have to do is be yourself ». Boyfriend arrive même à émouvoir au plus profond, avec une mélodie mélancolique, un refrain déchirant malgré les voix chevrotantes et décidément pas très bien assurées, et des violons discrets en arrière-plan. Sans prise de tête, ni chichi, le groupe va au plus évident et ça marche le temps de cette chanson. C’est là l’unique ambition de ce groupe. Entre candeur assumée et exubérance ébouriffante, Boyfriend se fait le porte-parole de tous les musiciens jouant avant tout pour se faire plaisir, sans chercher à dépasser un statut qui n'est pas le leur.

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