28 octobre 2010

State of Grace : Jamboreebop



Jamboreebop de State of Grace

Sortie : 1995
Produit par Paul Arnall
Label : 3rd Stone

Sur son premier album, le groupe se fait davantage accessible, en s'orientant plus vers la pop que d'habitude.
La délicieuse voix de Sarah Simmonds est beaucoup plus claire, voire mordante, aux lignes mélodiques faciles à suivre. Ce qui fait que la chanteuse perd en mystère, en charme langoureux, ce qu'elle va gagner en clarté et en vivacité. Quant à la magie sybiline des premiers singles, peu de traces. L'album sera avant tout chaleureux.
La plupart des chansons sont plus courtes, allant à l'essentiel, à savoir un mix entre la techno et la pop acidulée, chargées de guitares, de claviers et de boite à rythme. Quelques réminiscences orientales et psychédéliques s'infiltrent de ci, de là, ajoutant plus de lumière dans la musique du groupe qu'auparavant. Par exemple, "Smile" offre un engagement significatif, de même pour "Hello" à la fraîcheur bienvenue. On oserait même le folk avec la ballade "Different World" et sa guitare sèche.
On pourrait avoir peur que le groupe s'égare mais il faut reconnaître que c'est l'optimisme qui a gagné : le titre final éponyme offre un nuage de bonheur, de "lalala" communicatifs, de saturations et de bonhomie merveilleuse.
Heureusement, une certaine langueur reste de mise, comme sur "Fluorescent Sea", aérien, "Rose" et ses distorsions lointaines. Le style du groupe, unique et précurseur, c'est un esprit évanescent et lougne que le monde des boites de nuit connait finalement peu en Angleterre. Le grand public, lui, méprisera cet album. Ce qui occultera de tel effort expérimentaux, tel que les douze minutes de "Bitter Sun", avec ses recouvrements incroyablement tristes et cette torpeur qui sert la gorge et étreint le coeur.
Une féerie totalement artificielle habite cet album. A l'image du magnifique "And love will fall", qui malgré sa candeur, reste avant tout un superbe hommage aux guitares, dont les distorsions se frayent un chemin derrière les claviers orchestraux et tombant en pluie d'or. A cette occasion, le chant de Sarah Simmonds devient inouï, vigoureux et instannément vibrant. Et c'est bien tout ce qui compte...

Fiche artiste de The Boo Radleys



The Boo Radleys

Le groupe de Martin Carr glissera progressivement du shoegazing vers la pop en passant par le psychédélisme mais sans jamais connaître le succès qui lui était
C'est lorsque, péniblement, The Boo Radleys fera parler de lui, qu'ils décident de se tirer une balle dans le pied, dénonçant l'hypocrisie de leur label, dont le patron Alan Mc Gee commençait à prendre la grosse tête suite à la renommée de Oasis.
Le groupe de Liverpool sera considéré alors comme le plus grand groupe anglais inconnu du grand public.

Pour plus d'informations, vous pouvez consulter la biographie du groupe.

Discographie :




24 octobre 2010

Fiche artiste de Henry's Dress


Henry's Dress

L’histoire de cette formation américaine s’est un peu faite selon le hasard, suite à des coups de bol, et de beaucoup d’intuitions.Le groupe, composé de Amy Linton, Matt Hartman et Hayyim Sanchez, enfermé à Albuquerque, où ils sont comparés à Oasis par certains fans, alors qu’ils détestent ce groupe, décide en 1993 de s’installer à San Fransisco, (Amy Linton ayant été acceptée à l’Institut des Arts) dans l’espoir d’y côtoyer des groupes proches de leur inspiration, comme Brian Jonestown Massacre ou The Rosemarys. Arrivés là-bas, le groupe est désappointé par l’étendu de la ville, son immense activité, et cette impression que le temps y passe plus vite. Déboussolé et intimidé, Amy envoie alors une démo au seul label qu’elle connaisse : Slumberland Records.La structure leur permet de produire un single puis un premier maxi de huit titres, avant un album en 1996. Leur musique se rapproche de ce qui se faisaient dans les années 80 avec My Bloody Valentine, The Darling Buds ou bien The Jesus and Mary Chain, mais avec une urgence propre aux groupes garage et mods que le groupe affectionnait beaucoup (The Sonics, The Who, Kinks ou Pretty Things). Mais les projets d’Amy Linton (notamment avec The Aislers Set) ne permettent pas d’assurer une pérennité au groupe, qui finalement tombera dans l’oubli dès l’année suivante. On se souviendra notamment de Henry’s Dress pour avoir participé à un split avec Rocketship, dont le génial « Over 21 » (qui sera suivi d’une tournée commune).

Discographie :


Henry's Dress : Bust 'em Green



Bust 'em Green de Henry's Dress

Sortie : 1996
Produit par Dustin Reske
Label : Slumberland

Le retour au bon rock n’roll à l’ancienne ! Sur cet album, qui a des parfums de rock garage comme il se le pratiquait dans les années 60, on retrouve donc des guitares absolument crades, mal travaillées, distordues, saturées, mais surtout un sens du rythme carré et basique : c’est binaire et on ne se pose pas plus de questions !
« The way she goes » (et son groove entêtant, ses accès de fureur, son esprit vintage), ou encore « Get Yourself Together » sont des condensés de sauvagerie, punk dans l’âme, pop dans la forme, ou l’inverse, peu importe, ce qui prime c’est le bruit, c’est la simplicité, c’est le brut.
La voix espiègle de Amy Linton vient s’immiscer dans cette fureur criarde avec toute la fausse innocence qu’on lui connaît, comme sur les bombes que sont « Target Practise » et « Zero zero zero ». On n’avait pas connu une telle urgence depuis les Primitives ou Talulah Gosh. C’est avec ce genre d’album, que seul le label Slumberland pouvait produire, qu’on revient aux fondamentaux.
Alors bien sûr, il faut se taper les innombrables distorsions, d’autant que le mixage (s’il a bien eu lieu !) n’aide pas à polir le son, et on doit se résoudre à avoir des acouphènes, mais derrière ce tempo endiablé, cette urgence (peu de titres dépassent les deux minutes), cet esprit particulièrement lo-fi, on découvre de véritables perles mélodiques. Le riff très gras de « Winter 94’ » est un pur régal : il est si simple qu’on se demande comment il n’avait pas encore été inventé. Le délire boogie-woogie de « Not Today » est irrésistible. « Treefort », avec sa basse chewing-gum, ses saturations orageuses, son chant nonchalant et divin, est le titre le plus cool et le plus sexy que le groupe ait jamais écrit !
Il n’y a peu ou quasiment pas d’intro, pas de couplet / refrain d’ailleurs non plus, la chanson est un refrain en entier, passé au mixer, complètement torpillé et saccagé par des distorsions infernales ou encore une production déficiente, volontairement en dessous des moyens de l’époque, pour un rendu unique, qui sert uniquement la nonchalance du groupe. Des titres comme l’extraordinaire « Hey Allison » ou « All This Time for Nothing » n’en ressortent que grandis.

21 octobre 2010

State of Grace : Pacific Motion


Pacific Motion de State of Grace

Coup de coeur !

Sortie : 1994
Produit par State of Grace
Label : 3rd Stone

Etat de grâce. Le groupe ne pouvait pas porter d’autre nom. Le sommet est atteint de manière insidieuse, sans qu’on s’en rende compte, mais chaque seconde est encore plus magique que la précédente, on baigne dans une sorte de torpeur merveilleuse et apaisante, propice à l’évasion. Tout trouve sa place, tout se mélange parfaitement, tout s’étend et se prolonge, pour des morceaux dépassant largement les cinq minutes, tout invite au raffinement et à l’ivresse.
Pour cet album dont jamais on n’aurait parié en tomber amoureux, mais qui devient très vite un album de chevet, de ceux qu’on écoute religieusement, seul ou à deux, allongé sur le lit, coupé du monde, du vrai monde, ce qui est surprenant c’est que le monde proposé par State of Grace, lui, est complètement artificiel.
Un état de grâce certes, mais un état de grâce qui dépend d’artifices fabriqués, synthétiques, urbains. Et c’est là que tout ceci devient épatant, puisque la magie, le rêve, finalement une dose de mélancolie, vont se retrouver avant tout dans ces samples de clavier et ce rythme technoïde. On n’avait jamais entendu cela avant et les premiers singles de la formation anglaise se révèleront des bijoux qu’on n’avait pas vu venir mais qu’on chérit par la suite. Ces singles, qui malheureusement passeront trop inaperçus, ont été regroupés ensuite sur cette compilation, « Pacific Motion », sorti en 1994 par le label 3rd Stone.
La lenteur approche de l’ambient, et en cela State of Grace sera un précurseur, ce à quoi s’ajoute une répétition dans les phrasées, les thèmes, les gammes mélodiques. La montée sera progressive, avec une structure alanguie, sinueuse, des réminiscences et des vagues de guitares samplées, de chants mixées, à la douceur infinie. C’est d’un nuage que sort la voix magnifique de Sarah Simmonds. Une percée qui traverse le coton. Un rayon féerique qui vient de loin, de très très loin, au travers l’intro de « Sooner or later », comme s’immisçant dans un sommeil profond, et qui se répète indéfiniment. Un sample de voix qui brouillent les pistes, perturbent les balises, instaurent un climat onirique, sur lequel va se baser une ligne de chant de sirène, trafiquée, puis plus tard un rythme souple à la batterie, un groove ralentie. C’est une boucle qui ne varie jamais, les mêmes phrases se répétant, s’enchaînant et se superposant avec une langueur de boite de nuit. Une nonchalance qui va se renforcer au grès de l’instrumentalisation (la boite à rythme qui s’impose, les claviers, les échos) et qui va donner envie de dodeliner de la tête, tranquillement, doucement, et de fermer les yeux.
Une fois les yeux fermés, le corps se mouvant dans ce faux rythme un peu perdu, un peu adouci et artificiel, la portée des morceaux n’en est que plus grande. Ainsi « Miss You », qui pourtant s’ouvre sur un tempo totalement contrefait, à base de boites à rythme, se love dans une moiteur sexy, grave et quelque peu orientale, probablement de par la voix sensuelle de Sarah Simmonds, et permet à l’esprit de s’y enfoncer, de s’en imprégner. Quant à « Camden », premier single du groupe paru dès 1992, malgré son intro tout en distorsion, la féerie est de tous les instants, dans les petits bidules et les petits clapotis, dans cette voix moite et langoureuse, mille fois trafiquée pour la faire ressembler à celle d’une déesse, dans cette indolence qui peu à peu va se laisser recouvrir de bruits de guitares, de claviers, de claps et de réverbérations, pour un crescendo mécanique, où envers et contre tout s’échappera une petite mélodie entêtante à se damner. Les guitares magnifiquement saturées achèveront le morceau, ainsi que les samples de violons pour le porter vers un luxe tout aussi inouï que reposant.
Il n’y a pas de batterie à proprement parler, juste des machines, ni même un tempo binaire, puisque les plages flirtent avec l’ambient, il n’y a pas d’ossature puisque tout sera flottant, léger comme l’air, fluide, et il n’y a pas non plus de lignes de guitares puisque ces dernières n’apparaîtront que samplées pour déverser des saturations électriques et orageuses. C’est l’incorporation du mécanique, du froid, du numérique dans la beauté.
Ce qui ne nous empêche pas d’être totalement bouleversé. Et la finesse de State of Grace est de réussir à chambouler, à créer un monde magique, digne des Cocteau Twins ou de Slowdive (ah ! ce riff génial de « Love, Pain and Passion » ! Impossible à oublier…), sans composer une seule fois avec des moyens organiques. A partir d’une froideur instrumentale, d’un calcul sans fois refait et modifié, aboutir à une composition vivante, prenante, improvisée, débordante d’émotions. On sent une tendresse infinie dans ces chansons, dans leur façon d’étirer les minutes, de refuser de jouer avec les canevas, avec la limite instrumentale. Avec ces premières chansons, les ajouts se font et se défont, au grès des montées progressives, et il n’y a rien qui retient le tout, mélange de samples, de voix, de claviers, de bidouillages, mille-feuille expérimental à la base d’une beauté incroyable, nouvelle et relaxante.
Cette beauté, on va la trouver lorsque le groupe ose une pause dénudée, plus dépouillée, plus romantique aussi, avec le divin et insurpassable « Bitter Sun », à la guitare sèche et à la basse sublime. On n’a rarement entendu une pareille déclaration d’amour au spleen gothique. Près de huit minutes quasiment parfaites où le chant si gracieux, si angélique de Sarah Simmonds feraient fondre les plus insensibles, près de huit minutes à se perdre et à rêver devant un tel miracle mélodique, près de huit minutes à retenir ses larmes.
State of Grace ne se sert pas des schémas habituels, se contente d’une seule ligne de conduite qu’il étend sur toute une plage, à additionner les instruments, artificiels ou non, pour échafauder une exposition d’une rêverie sans limite, qui s’enrichit au grès des saturations, tout en maintenant une suavité infinie, notamment dans le chant et la tranquillité du rythme.
« Ruby Sky » est ainsi un parfait exemple de ce que l’ouverture peut entraîner : véritable lacher-prise effectuée lentement et avec douceur, ce morceau lumineux et entraînant, celui où le chant de Sarah Simmonds est le plus clair, repose sur des guitares, une orgue, des soubresauts de distorsions dans le lointain, des trompettes en arrière fond, un xylophone qu’on surprend parfois, le tout pour une féerie qui ne demande qu’à éclater, à s’ouvrir, à s’épanouir. La surenchère se fait progressivement, on se laisse facilement entraîner, d’autant que les riffs de guitares nous invitent à partir, et petit à petit les instruments s’ajoutent, s’intensifient, se font plus distincts. Enfin, le morceau abandonne, la richesse prend le pas sur tout et tout est alors envahi, on ne distingue plus bientôt la voix de Sarah Simmonds, renversée par les nappes de guitares distordues, pour un final chaotique, long, interminable et évoquant les grandes envolées du shoegaze.
Et alors qu’on pensait avoir touché au sublime, voilà que survient « Head », morceau tout aussi époustouflant de finesse, qui ne se laisse pas gagner si facilement, mais qu’on apprécie et qu’on chérit plus que tout au fil des écoutes. Comme le reste de la compilation du reste, album qui nécessite de l’attention et qu’on y revienne plusieurs fois, avant d’en faire un compagnon pour l’entrée dans le sommeil. « Head » est époustouflant, car comme les autres morceaux, jaillit d’une intro compliquée, biscornue, et entre par une voix complètement déformée qui scande un slogan. Véritable trip sonore psychédélique, le morceau offre son lot de chausse-trappe, de moments plus sombres et plus tortueux, ces passages noirs comme la nuit, comme de gerbes de lumières et de chaleurs, d’appui, de renforcement, notamment par les trompettes (merveilleuses), d’arrivées impromptues qui tout à coup sauvent le monde, confèrent espoir, plénitude et énergie.
On ne peut s’empêcher de ressentir beaucoup d’affection pour ce groupe et ces premiers essais, ici réunis, à plus forte raison parce qu’on sait que c’est une formation que quasiment personne ne connaît. Au moins, au cours de ces chansons, ont-ils atteint une sorte de perfection. On n’aurait sans doute jamais cru qu’elle aurait pu venir d’une musique si simulée, autant basé sur la retouche, sur le sample, sur les claviers, sur la falsification, et pourtant c’est bien le cas.
Pour s’en rendre compte, il suffit de se laisser porter par le splendide « P.S. High », son chant sexy, ses samples divins, son tempo roucoulant de boite de nuit, ce chant qui se prolonge dans le lointain, cette façon de susurrer des choses magnifiques avec une nonchalance extrême, presque quasiment défoncée et envahie d’une plénitude artificielle. Une poésie incroyable qu’on croirait sortie tout droit des machines, qui dans une autre vie, aurait leur propre sens de la beauté, leur propre définition de l’évasion, leur propre définition de la grâce.

18 octobre 2010

Fiche artiste de Swirl


Swirl

On ne peut s’empêcher de ressentir une tendresse toute particulière pour ce groupe de Sydney, son discours, sa musique aérienne qui s’apparente à une vague, son style indie, ses fringues gothiques et les longs cheveux noirs de Nicola Schultz, probablement une des plus belles chanteuses de l’univers shoegaze.
C’est avec eux que l’indie pop australienne prend le plus de signification, avec ce refus de s’abaisser à la facilité et ce romantisme mélancolique, flou et vaporeux.
Tout a commencé entre jeunes, Ben Halways (guitare et chant) et Nicola Schultz (basse et chant), rejoints peu après par David Lord (batterie) au cours d’une soirée « micro libre » au Lansdowne Hotel, où ceux qui le désiraient pouvaient monter sur scène et proposer leurs chansons devant un public clairsemé. Ceci dit parmi ce public, enfin plutôt derrière la table de mixage, figurait Nic Dalton, et il se trouve que Nic Dalton était également le manager du label Half a cow.
A l’orée des années 90, le label en était encore à ses balbutiements, encore affilié au magasin de comics tenu par Nic et n’était pas encore devenu la structure culte et incontournable d’aujourd’hui. Toujours est-il que Nic Dalton est tombé amoureux de Swirl, alors que la formation débutante n’était jamais sorti du garage des parents de David, et leur offre l’opportunité d’enregistrer leur première chanson, « Burning Castles », qui sortira sur une compilation en 1991.
Aussitôt, Swirl, avec son mélange de guitares acoustiques et saturées, ses ambiances twee et gothique, shoegaze, devient vite le chouchou de la scène locale de Sydney, profitant du succès de Ratcat et The Humingbirds. Swirl fait alors de nombreuses premières parties dans les salles de concert, comme pour My Bloody Valentine, Ride, Pop Will Eat Itself, Ned’s Atomic Dustbin ou The Lemonheads, le groupe d’Evan Dando, très proche du label Half a cow. Dans le même temps, un deuxième single sort dans la foulée, avec les époustouflants titres « People I know », très indie pop dans l’esprit, et surtout « Breathe », beaucoup plus éthéré. Le succès est tel que Waterfront Record leur propose de signer mais Swirl décide de rester fidèle à Half a cow, petite structure indépendante qui commençait tout juste à se faire un nom (mais quel nom !).
Historiquement parlant, Swirl sera connu pour avoir à l’origine du premier compact disc du label, dont les moyens jusqu’ici ne lui avaient jamais autorisé jamais plus que viser à presser des vinyles. Il s’agira de « Aurora », magnifique petite surprise shoegaze australien, dont les premiers exemplaires sont vite sold out, obligeant de nouvelles éditions express. La nouvelle parvient même jusqu’aux oreilles du label Dirt, à Chicago, anciennement appelé Aurora, et qui s’occupait de Galaxie 500. Intrigué par cet album au nom similaire, ils tombent sous le charme et s’occupent de la diffusion de l’autre côté du Pacifique.
S’ensuit alors une tournée aux Etats-Unis, véritable succès et plébiscite, puisque le groupe tournera avec Luna, Yo La Tengo ou encore Straitjacket Fits. Ils en reviendront avec un deal à New York et de nombreux articles dans la presse les présentant comme figurant parmi « les quinze groupes à surveiller » au cours de l’année. Fort de cette expérience, un deuxième album, au son encore plus travaillé (entendre la voix éthérée de Nicola, noyée sous les violons, est une expérience qu’il faut avoir vécu au moins une fois dans sa vie), « The Last Unicorn », est enregistré Festival Studio à Sydney et sort en 1994. La qualité de l’écriture et la finesse des arrangements, entre shoegaze obscur et folk gothique à la Dead Can Dance, impressionne le monde du rock indépendant. Souvent figurant parmi les cent meilleurs albums des années 1990 en Australie, dans le top-ten de Roger Grierson (une référence locale) et tournant en boucle dans les college radio américaine, « The Last Unicorn » permet à Swirl de revenir triomphant aux Etats-Unis, notamment en première partie de Sunny Day Real Estate.
Malheureusement la sortie de ce deuxième album correspond aussi aux premiers problèmes financiers de Half a cow, victime de son succès, et obligé de signer un partenariat avec Mercury, grosse écurie. Même si la réédition (avec une nouvelle jaquette et un tracklisting modifié) de « The Last Unicorn » est une priorité et que la chanson éponyme sera diffusée en boucle sur la célèbre radio nationale, Triple J, les années suivantes seront floues pour le groupe, avec des singles sorties, des concerts incluant une nouvelle direction musicale (plus de claviers et de samples) mais aussi une incertitude concernant la date de sortie d’un troisième album.
Ce dernier tardant à sortir, Nicola Schultz quitte le groupe, ce qui sera un premier coup dur. Elle sera remplacée par Richard Anderson avant que la tout aussi belle Keira Hodgkison ne prenne le micro. Ce nouvel line-up oblige le groupe à se remettre en question et à refondre son style, pour se diriger alors vers une pop plus sophistiquée. Seulement pour aboutir à ce changement, le groupe se défait de la structure historique Half a cow pour rejoindre Festival Records et enregistre à nouveau des démos, ce qui pousse l’attente des fans pour un nouvel album à près de cinq ans, autrement dit une éternité. Celui-ci finit par sortir, en 2000, « Light fill my room », au son plus poli et qui plait davantage aux radios. Mais le groupe n’a même pas le temps d’en profiter que déjà il se sépare, mettant ainsi un terme à l’histoire de cette formation culte qui était probablement un des plus attachant de la scène australienne.

Clip vidéo : "Tide"

Discographie :


11 octobre 2010

Swirl : Aurora


Aurora de Swirl

Coup de coeur !

Sortie : 1992
Produit par Ric Dalton
Label : Half a cow


Bien souvent le shoegaze fut raillé, dénigré comme étant du sous-rock, une absence de prise de risque, un calfeutrage derrière un mur du son, une sorte de dérive puérile, comme si cette pop saturée et électrique devaient témoigner d’une maladresse.
A la différence du rock traditionnel, celui qui groove, celui qui fait danser, celui qui ne réfléchit pas, le shoegaze et ses myriades de couches alanguies et béates se positionnent vers un pôle beaucoup plus évanescent en fin de compte. Vécu comme une arborescence indigne, un bâtard, ce mouvement sera mis de côté, et tous ces groupes, comme Swirl, formation australienne, en même temps.
Swirl, pourtant, pratiquait une musique magique, à la fois noire et pleine d’innocence, construite autour d’ambivalences, de floues et de vagues passionnelles. Si on y réfléchit bien, Swirl ne voudrait faire que de la pop, de la vraie, pure, stupidement enjouée et optimiste, comme sur les adorables ballades folk « Afraid » et « People I know », sauf qu’à chaque fois, le tempo est alors ralentie, les voix toujours aussi douces mais moins convaincues, se laissant gagner par le désenchantement. C'est ce romantisme qui fait qu'on a de la tendresse pour ce groupe.
Là où le rock traditionnel appliquait sa formule ultra-classique et raisonnable, guitare + rythme binaire = bonheur, le shoegaze, celui de Swirl particulièrement, avec ses chansons gothiques recouvertes de guitares sucrées, érige plutôt l’agitation comme credo. Une agitation qui touchera autant les guitares, entre tranquillité et tourbillon forcenée, que les passions, un coup pleines d’espoir, un autre désemparées. Sous les soubresauts émotionnels, ces jeunes musiciens lascifs et au look de corbeaux noirs, chantres du psychédélisme, en viendront à abdiquer, abandonner toute idée de contrôle pour laisser parler les guitares saturées et les roulements de batterie. Les mélodies toute petites et toutes mignonnettes, qui évoquent tant la twee des groupes de Sarah Records (comme Sweetest Ache ou Brighter), traversées de zebras mirifiques de guitares sèches, sont alors interrompues brutalement par une accélération soudaine, déboulant sans prévenir. C’est le cas de « My small life », et c’est le cas aussi de « Kaleidoscope », qui après avoir démarré sur une berceuse avec harmonica, se conclut sur des tonnes de saturations, de coupures de rythme, des démarrages et des ralentissements, partant dans tous les sens dans une orgie sonore.
Les contradictions s’immiscent, entre la légèreté des voix, des chants, et la rudesse des guitares (« The Chase », quasiment aussi noise que The Telescopes) ou les entrées martiales, obscures et solennelles, rompant avec la langueur ambiante.
On pourra toujours reprocher à Swirl son refus du classicisme, cette absence de clarté dans le sens ou le message, malgré tout, cela démontre que le shoegaze est avant tout un mouvement fait pour s’abstenir de contraintes et de barrières. C’est cet élan lunatique, parfois maladroit et disparate, qui sera à la base de ce rassemblement d’échos tout aussi timides que lyriques, tout aussi humbles que tempétueux. Définition même du romantisme, le shoegaze de Swirl, qui se sera révélé comme un groupe attachant injustement méconnu, aura été celui de jeunes gens, un peu perdus mais agités de sentiments exacerbés, tournées vers eux-mêmes et non pas vers l’extérieur, comme pour témoigner un désenchantement générationnel, aussi bien en terme de portée musicale, que de portée tout court. Cela va se traduire par des saturations qui n’en finissent jamais et des chœurs soufflés qui n’en finissent jamais non plus.
C’est noir, presque gothique, mais cela reste léger et aérien. A l’instar des très beaux « Tears » (bouleversant) ou « She goes », tempête grondante, basse en avant, guitare indie pop, et pureté du chant, qui en plus de faire rêver, rassemble en quelques minutes à peine l’amassement des états émotionnels, extases, décroches, tourments. Si bien qu’on obtient quelque chose de bien différent du rock traditionnelle, sans doute trop centré sur le « je » adolescent pour obtenir l’approbation de la presse et du grand public, mais qui a le mérite de proposer un écrin parfait pour le rêve, le ravissement, le mystère, la grâce.
Une manière de se réapproprier les espaces et l’instrumentalisation pour en faire un nouveau refuge, un confident aux aspirations et aux doutes. Car il est si doux de se lover au sein de cette mélodie, celle de « Breathe », chanson fleuve de près de 9 min, si incroyablement belle, menée par une basse de toute beauté, une ligne à la guitare splendide de douceur, des harmonies vocales soufflées d’enfants de chœurs, et des secousses de saturations à en trembler de bonheur.

6 octobre 2010

Swirl : The Last Unicorn


The Last Unicorn de Swirl

Sortie : 1994
Produit par Ben Aylward
Label : Half A Cow


Même si Swirl laisse un petit peu de candeur infiltrer ses chansons, pour une bonhomie qui rappelle le bon temps de l’indie pop, l’innocence et la légèreté, comme sur « Strangelands » ou « Going Home », très traditionnel, il ne faut pas se leurrer : ce deuxième opus est en réalité beaucoup plus noir.
Les ambiances, derrière les apparences, sont nocturnes, avec un je-ne-sais-quoi de féerique qui fait toute la différence. La façon dont les guitares sont distordues à la fin de « Strangelands » annonce la couleur. En réalité, le ton est plus grave et plus profond.
Ainsi les chansons en général sont assez torturées, emportées, assombries aussi quelque part, probablement par les tourbillons de guitares ou le ton évanescent du chant. « Tailor’s Eye » est un superbe morceau, tout aussi magique que dark, mêlant à la fois solennité et émerveillement. La petite mélodie absolument adorable et crépusculaire qui inaugure « Chains », comme on entame une cérémonie funéraire, finit par être recouverte par une déferlante qui n’en finit jamais, sur un ton particulièrement auguste, sorte de tourbillon de plus en plus fort, à en couper le souffle. Ce côté épique, on va le retrouver par exemple sur « Dark Star » (qui porte bien son nom), avec son roulement de batterie d’enfer, ces saccades saturées, ce shoegaze dantesque et impressionnant, conférant de l’ampleur au message.
Mais là où Swirl est le plus subversif encore, c’est probablement dans sa gestion, parfois durant le même morceau, de ses temps effrénés, martiaux, tranchants, et de ses relâchements rêveurs, plus romantiques, dans le chant notamment, très suave. « The Last Unicorn », la chanson éponyme, démarre comme dans un rêve, de manière douce et merveilleuse, soutenue par la voix de déesse de Nicola Schultz, avant d’être entrecoupée de guitares saturées plein d’allant et d’énergie.
Paradoxalement, c’est lorsque les guitares shoegaze s’éteignent progressivement, que Swirl dévoile alors le cœur de son style avec le plus de pudeur, drapé par une théâtralité acoustique, rempli de violons tristes, comme sur « Night of the Unicorn » ou « Poppel Grave », qui évoquent tout autant la dream-pop que le gothisme moyenâgeux, pour atteindre une beauté incroyable.
Beauté qui ne manquera pas d’être sublimée et renforcée par les attaques de guitares saturées, à l’instar du long et ultime « Hyperon Crash ».

3 octobre 2010

Fiche artiste de Straitjacket Fits


Straitjacket Fits

Straitjacket Fits est originaire de Nouvelle-Zélande. Et aussitôt, pour l'amateur averti, cela déclenche une foule de souvenirs : la fameux Dunedin Sound, le label Flying Nun Records, The Clean, The Verlaines, The Bats, The Chills et tous ces groupes cultes.
Ce groupe, qui s'est formé en 1986 sur les cendres de The Double Happys après le décès tragique de Wayne Elsey, est avant tout eclipsé par son leader Sayne Carter, une forte tête. Mais c'est l'arrivée d'Andrew Brough qui va complètement changer la donne : lui, c'est le timide, l'amoureux de la pop, tout l'opposé de Sayne Carter en somme. A eux deux, ils seront les dépositaires du style de Straitjacket Fits, aux guitares abrasives et aux voix adoucies.
Un premier EP, "Life on one chord", sort en 1987, évidément sur le label Flying Nun, qui se classe dans le Top 50 néo-zélandais pendant près de dix semaines d'affilées ! La chanson "She speeds" devient un hymne.
Le groupe quitte ensuite Dunedin pour rejoindre la capitale Auckland. Le premier album sort en 1989, intitulé "Hail" et produit par Terry Moore (ex-Chills), ce qui permet de le défendre en Australie puis en Europe. A leur retour, fort de cette expérience et des influences shoegaze anglaises, un deuxième album, "Melt" parait l'année suivante, ce qui constituera le sommet de leur carrière.
Straitjacket Fits fait alors la première partie de My Bloody Valentine en Australie et de The La's aux Etats-Unis. Malheureusement, c'est là-bas que les tensions entre Sayne Carter et Andrew Brough deviennent insoutenables, entraînant la séparation du groupe et la multiplication des parutions parallèles, au sein de Dimmer ou de Bike.