11 octobre 2010

Swirl : Aurora


Aurora de Swirl

Coup de coeur !

Sortie : 1992
Produit par Ric Dalton
Label : Half a cow


Bien souvent le shoegaze fut raillé, dénigré comme étant du sous-rock, une absence de prise de risque, un calfeutrage derrière un mur du son, une sorte de dérive puérile, comme si cette pop saturée et électrique devaient témoigner d’une maladresse.
A la différence du rock traditionnel, celui qui groove, celui qui fait danser, celui qui ne réfléchit pas, le shoegaze et ses myriades de couches alanguies et béates se positionnent vers un pôle beaucoup plus évanescent en fin de compte. Vécu comme une arborescence indigne, un bâtard, ce mouvement sera mis de côté, et tous ces groupes, comme Swirl, formation australienne, en même temps.
Swirl, pourtant, pratiquait une musique magique, à la fois noire et pleine d’innocence, construite autour d’ambivalences, de floues et de vagues passionnelles. Si on y réfléchit bien, Swirl ne voudrait faire que de la pop, de la vraie, pure, stupidement enjouée et optimiste, comme sur les adorables ballades folk « Afraid » et « People I know », sauf qu’à chaque fois, le tempo est alors ralentie, les voix toujours aussi douces mais moins convaincues, se laissant gagner par le désenchantement. C'est ce romantisme qui fait qu'on a de la tendresse pour ce groupe.
Là où le rock traditionnel appliquait sa formule ultra-classique et raisonnable, guitare + rythme binaire = bonheur, le shoegaze, celui de Swirl particulièrement, avec ses chansons gothiques recouvertes de guitares sucrées, érige plutôt l’agitation comme credo. Une agitation qui touchera autant les guitares, entre tranquillité et tourbillon forcenée, que les passions, un coup pleines d’espoir, un autre désemparées. Sous les soubresauts émotionnels, ces jeunes musiciens lascifs et au look de corbeaux noirs, chantres du psychédélisme, en viendront à abdiquer, abandonner toute idée de contrôle pour laisser parler les guitares saturées et les roulements de batterie. Les mélodies toute petites et toutes mignonnettes, qui évoquent tant la twee des groupes de Sarah Records (comme Sweetest Ache ou Brighter), traversées de zebras mirifiques de guitares sèches, sont alors interrompues brutalement par une accélération soudaine, déboulant sans prévenir. C’est le cas de « My small life », et c’est le cas aussi de « Kaleidoscope », qui après avoir démarré sur une berceuse avec harmonica, se conclut sur des tonnes de saturations, de coupures de rythme, des démarrages et des ralentissements, partant dans tous les sens dans une orgie sonore.
Les contradictions s’immiscent, entre la légèreté des voix, des chants, et la rudesse des guitares (« The Chase », quasiment aussi noise que The Telescopes) ou les entrées martiales, obscures et solennelles, rompant avec la langueur ambiante.
On pourra toujours reprocher à Swirl son refus du classicisme, cette absence de clarté dans le sens ou le message, malgré tout, cela démontre que le shoegaze est avant tout un mouvement fait pour s’abstenir de contraintes et de barrières. C’est cet élan lunatique, parfois maladroit et disparate, qui sera à la base de ce rassemblement d’échos tout aussi timides que lyriques, tout aussi humbles que tempétueux. Définition même du romantisme, le shoegaze de Swirl, qui se sera révélé comme un groupe attachant injustement méconnu, aura été celui de jeunes gens, un peu perdus mais agités de sentiments exacerbés, tournées vers eux-mêmes et non pas vers l’extérieur, comme pour témoigner un désenchantement générationnel, aussi bien en terme de portée musicale, que de portée tout court. Cela va se traduire par des saturations qui n’en finissent jamais et des chœurs soufflés qui n’en finissent jamais non plus.
C’est noir, presque gothique, mais cela reste léger et aérien. A l’instar des très beaux « Tears » (bouleversant) ou « She goes », tempête grondante, basse en avant, guitare indie pop, et pureté du chant, qui en plus de faire rêver, rassemble en quelques minutes à peine l’amassement des états émotionnels, extases, décroches, tourments. Si bien qu’on obtient quelque chose de bien différent du rock traditionnelle, sans doute trop centré sur le « je » adolescent pour obtenir l’approbation de la presse et du grand public, mais qui a le mérite de proposer un écrin parfait pour le rêve, le ravissement, le mystère, la grâce.
Une manière de se réapproprier les espaces et l’instrumentalisation pour en faire un nouveau refuge, un confident aux aspirations et aux doutes. Car il est si doux de se lover au sein de cette mélodie, celle de « Breathe », chanson fleuve de près de 9 min, si incroyablement belle, menée par une basse de toute beauté, une ligne à la guitare splendide de douceur, des harmonies vocales soufflées d’enfants de chœurs, et des secousses de saturations à en trembler de bonheur.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Il semble que vous soyez un expert dans ce domaine, vos remarques sont tres interessantes, merci.

- Daniel