31 août 2009

Fiche artiste de Bethany Curve



Bethany Curve

"Atmosphère, arrangement, son, recouvrement et bruit".

Cette inscription au dos de la pochette de leur premier album résume très bien le style de Bethany Curve, formation à la base de la vague néo-shoegaze aux Etats-Unis. Le groupe s'est formé en 1994 à Santa Cruz, en Californie, autour de Richard Millang (chant et guitare), Ray Clarke (chant et guitare également), Chris Preston (basse) et David Mac Wha (batterie).

Aujourd'hui toujours actif et publiant régulièrement des albums sur le label Unit Circle Rekkids, puis plus tard avec Kitchen Whore, Bethany Curve bénéficie même depuis 2001 de son propre studio d'enregistrement afin d'être aussi libre que possible vis-à-vis des timing imposés habituellement par les locations.

C'est au travers d'une démo enregistrée en 1995 sur le label Hypnosigh Record et intitulée "Mee-eaux" que le groupe se fit remarqué par Unit Circle Rekkids, qui estima alors avoir entre les mains "la plus belle chose qu'ils aient jamais entendue". Bethany Curve devint la première signature de la maison de disque.

Même si leur premier album fut globalement bien accueilli, de par son atmosphère chargé, évoquant parfois Cocteau Twins ou Slowdive, c'est surtout avec "Gold", en 1998, probablement leur meilleur, que le groupe réussit pour la première fois à faire rentrer un disque de Unit Circle Rekkids parmi les charts indépendants.

29 août 2009

Bethany Curve : Skies a crossed sky



Skies a crossed sky de Bethany Curve

Sortie : 1996
Produit par Bethany Curve
Label : Unit Circle Rekkids

Il ne faut pas s’attendre à une atmosphère doucereuse et sucrée. Bethany Curve n’est pas là pour prendre les gens par la main et les faire voyager parmi les délices de la poésie. Au contraire, le monde visité par cette formation américaine est angoissant.
Froide, voire même glaciale, balançant avec un sadisme malsain entre agression et contemplation, leur musique fait mal. Elle laisse des stigmates irréparables à coup de longues plages éthérées et mécaniques, de distorsions lointaines qui remplissent l’auditeur d’un mal-être indéfinissable, de brouillages sonores, de tempo indolent et autres complications.
A force, Bethany Curve détournera les codes traditionnels du shoegaze pour atteindre une sorte d’astreinte musicale : les guitares seront frugales, rêches, des échos seront persistants pour donner une impression de glissement ou de flottement, la basse sera particulièrement mise en avant et les chants déshumanisées colleront au mieux avec cette lassitude ambiante.
D’ailleurs le ton est tout de suite posé dès l’ouverture, avec les huit minutes extraordinnaires de « Vanish », sommet de vices intuitifs et subliminaux. L’intro est longue, imposant un univers irréel, avant qu’un rythme carré, imposant, proche de la cold-wave, ne cadenasse l’imagination pour l’enfermer dans un cauchemar peu rassurant. L’entrée des voix suaves, soufflées mais quelque peu dépourvues d’émotions, a de quoi mettre mal à l’aise. Jusqu’à ce qu’elles se doublent, avec Richard Millang et Ray Lake qui se répondent, et que l’intensité augmente.
Cet album distille un venin : profondément rêveur et lunatique, il reste pourtant implacable et dénué d’optimisme. La basse cinglante du gothique « Rest in motion », les roulements de caisse martiaux, évoquant des tirs de mitraillettes de « Spacirelei », les distorsions expérimentales et industrielles de « Terpishore », l’intro fantasmagorique de « Follow from swallow » qu’on dirait extrait d’un album des Cocteau Twins, ou encore la violence inouïe de « Sandblaster », noyé sous les saturations, tout ceci concoure à instaurer une langueur et une paresse déshumanisée.
La musique, vaporeuse, désespérée, contemplative de Bethany Curve ne cache rien, se laisse aller, égrène ses états d'âmes comme des particules fantomatiques et témoigne d'une immense tristesse inconsolable. Il n'y a même pas, parmi ces jeux de guitares glissantes, lointaines et enchanteresses, ces chants mornes et sans lueur, ces harmonies délicates, une tentative de se comprendre, de s'indigner ou de se soigner. L’atmosphère iréel et froid (comme sur le superbe « Serene and smiling ») souligne l'insensibilité. C'est sans doute cela le plus frappant: l'abandon total. L'énergie ne tire plus vers le haut, elle est utilisée pour maintenir l'édifice, sans autre ambition. Du coup, on rêve, on s'échappe, on fuit.
Chacune des chansons est une pause sans en être une. Une pause car elles tirent un constat déprimant, ni négatif, ni positif, juste soulignant le zéro. Tout cela sans en paraître affecté. Et c'est à la fois aussi quelque chose de profond, de rempli, de riche. Un vecteur immense, livré sans retenue, de tout ce que la musique peut posséder de plus fort et de plus évocateur. Une accélération par ci, un chant doucereux par là ou encore ici, un climat sépulcral, et c’est l’esprit qui vagabonde dans bien des turpitudes. Peu d’espoir est accordé à l’auditeur, malgré le final « Almost Perception », qui aurait pu être un véritable tube de par son allant, son riff génial, optimiste presque, ses guitares furibondes, s’il ne se concluait pas sur un tonnerre de saturation et un défouloir instrumental dérapant complètement. Et l’auditeur est laissé là, agonisant et complètement sonné. Avec surtout plus aucun motif de réjouissance…

24 août 2009

Fiche artiste de Eternal



Eternal

Un single. C’est tout. Rien de plus. Bien maigre comme enregistrement. Mais quel single ! Déjà superbe.
Eternal est un groupe qui n’aura guère durée, puisque ces membres s’en sont allés vers d’autres projets, mais Eternal a été d’une influence capitale pour toute la scène shoegaze à venir, et beaucoup l’ont oublié.
La formation s’est constituée en 1989 à Reading, en Angleterre, autour de la personne de Christian Savill (chant et guitare), qui a été accompagné essentiellement de Stuart Wilkinson (basse) et Michael Warner (batterie). Pour divers enregistrements ou concerts, on peut ajouter à la liste Darren Seymour (basse), Sean Hewson (guitare) ou encore Alan Bryden (violon). Leur seul et unique single, « Breathe », est sorti sur le défunt label Sarah Records. Il ne contient que trois titres, enregistrés au White House en décembre de la même année, au cours d’une session qui ne devait pas durer plus de cinq heures, faute d’argent pour la location du matériel. Le single ne fut pressé qu’à deux mille exemplaires.
En 1990, le groupe fait une apparition en concert. C’était au Cartoon’s, à Reading, en compagnie de Slowdive et de Chapterhouse. Aucun de ces groupes, qui allaient pourtant devenir important pour la scène shoegaze, n’était connu à l’époque, et ils jouèrent devant trente personnes, performance pas si mal que ça lorsqu’on sait que la salle ne pouvait en accueillir plus du double.
Par la suite Darren Seymour est allé rejoindre Seefeel, tandis que Christian Savill répondait à l’annonce de Slowdive pour y figurer en tant que guitariste, ce qui mit fin à l’existence de Eternal.
Du moins pas tout à fait, puisqu’il existe une chanson sous le nom de Eternal, écrite par Christian Savill et enregistré durant les sessions de Souvlaki en 1992. Il s’agit d’une petite ballade acoustique avec des violons et une voix désabusée absolument superbe, qui rappelle tant ce que Eternal a été.

Eternal : Breathe



Breathe de Eternal

Sortie : 1990
Produit par Christian Savill
Label : Sarah Records

Le monde entier devrait le savoir mais en 1995, une femme s’est éteinte. Disparue dans l’indifférence générale, hormis pour quelques amateurs éperdus. Elle s’appelait Sarah, elle était belle, aimait la poésie, les garçons un peu timides et les mélodies intimistes et sucrées.
Basé à Bristol, le label Sarah Record défendit avec âme et honnêteté la cause de l’indie pop.
Encore ceux qui ont connu cette époque bénite, uniquement dévolue aux chansons suaves et feutrées, en parlent avec des trémolos dans la voix. On se souvient de groupes comme The Field Mice, Another Sunny Day, Saint Christopher, The Orchids. On se souvient de leurs vinyls et de leurs singles, faute de moyens pour presser plus d’albums, qui se sont transformées en objets de culte. On se souvient aussi de leurs pochettes, représentant des photos des monuments de Bristol, uniquement en bi-chromatie, pour se donner un style reconnaissable mais surtout par manque d’argent. C’est à regretter que personne n’ait repris le flambeau. Car Sarah Records représentait réellement ce qu’était le rock indépendant.
Parmi le catalogue, peu connu mais très précieux, on peut débusquer ce single, unique single d’un groupe éphémère : Eternal. Les premiers pas dans le shoegaze pour quelques uns qui allaient fonder par la suite Slowdive ou Seefeel. Mais voilà trois chansons superbes de chaleur et de tendresse. Chansons qui sont un parfait exemple de la ligne de conduite du label Sarah Records.
Ce n’est pas sans une immense nostalgie à l’égard du label que l’on écoute ces chansons. Leur calme, leur tristesse infinie, leur plénitude en font des sommets de grâce contemplative. Pas de surenchère, pas de maniérisme, pas de clichés, juste des boucles mélodiques qui se prolongent, ne dépassant pas une octave (le motif lancinant de « Sleep » qui voit se superposer divers violons et des chants crémeux et légers) ou des poèmes désespérés et abattus (la complainte à la guitare sèche et aux violons celtes de « Take me down » qui finit par exploser d’intensité dramatique). Les mélodies sont évidentes, parfois belles à pleurer, la voix de Christian Savill, grave mais pourtant légère comme une plume est insidieusement charmeuse, les guitares magiques se répètent à l’infini, les climats très reposés : une ambiance cotonneuse et relaxante se dégage de cet unique essai. Jamais ça ne dépasse d’un ton, jamais ça ne se précipite, jamais ça n’oserait rompre le charme. Et s’il devait y avoir des saturations, comme sur le magnifique « Breathe », tout juste si ça recouvre comme un voile les guitares aériennes et les voix angéliques.
On pourrait reprocher à cette musique un côté mièvre. D’ailleurs beaucoup ont comparé tous ces groupes à des gamins jouant à touche-pipi sous les couettes de Sarah Records et c’était sans doute vrai. A voir la dégaine post-adolescente de ces musiciens là, cheveux courts, lunettes d’étudiant et gros pull, on sent bien qu’il aurait aimé se lover plus longtemps dans le giron de Sarah. Mais eux seuls pouvaient exprimer avec tant de justesse tout le plaisir de persister dans une bulle de douceur totalement régressive.
Faute de moyens, ridiculisé par les autres, le label du mettre la clé sous la porte, et Sarah s'en alla sans dire un bruit, comme à son habitude, elle qui ne voulait jamais faire de chichi, préférant dorloter ses enfants chéris, trop chétifs pour sortir de ses jupons. Elle qui s'est contenté de laisser un flyer attendrissant derrière elle (sur le NME), expliquant que "Pour des raisons de pureté, de panache et de pop-music, Sarah Records a décidé d'arrêter.".
Le 28 août 1995, c’est un festival particulier qui mit un terme à l’aventure de Sarah Records. Pendant toute une journée à Bristol, au sein d'une péniche, le Thelka, des milliers de fans pleurèrent la fermeture de leur label, comme s'il perdait un être cher, et c'était le cas, applaudissant les prestations successives de tous les groupes qui avaient fait sa renommée : Blueboy, The Orchids, Secret Shine, Brighter, Heavenly et tant d’autres.. Et l'on repense à ces mots, si vrais, si sincères, mais si durs à avaler : "le premier acte de révolution c'est la destruction et qu'il faut commencer par le passé.". C'est triste, mais plein de bon sens, le label n'oubliait pas de rajouter : "c'est comme lorsqu'on tombe amoureux, ça nous rappelle qu'on est en vie".
Et on se dit, avec un pincement au cœur, qu'une telle musique, comme celle d’Eternal, si exquise, si inoffensive, ne pourra plus jamais exister.

23 août 2009

Fiche artiste de Spectacle

Spectacle

On sait bien peu de choses sur ce groupe, hormi qu'il vient de la ville de Detroit (tout comme Majesty Crush) et qu'il n'a sorti qu'un seul mini-album, "Developing in a world without sound", sur l'obscur label Constellation, basé à Royal Oak, dans le Michigan.
Après cela, leur manager, Blake Miller, s'en est allé à Los Angeles en emportant le nom avec lui. Il y rencontre alors quelques uns des principaux acteurs de la scène alternative de là-bas : les frères Brent et Darren Rademaker (des groupes Futher puis The Tyde et Beachwood Spark), Aaron Sperske (ex batteur de Lilys) ou encore Brad Laner (Medicine), avec qui il décide de collaborer. On retrouve donc trace de Spectacle lors de la sortie de l'abum "Glow in the dark soul" en 1998, album inspiré du mouvement jangle pop des années 80. D'ailleurs on y notera l'apparition de Annette Zilinkas, du groupe culte The Bangles.
Mais plus grand chose à voir avec le shoegazing énigmatique du groupe des débuts.

22 août 2009

Spectacle : Developing in a world without sound



Developing in a world without sound

Sortie : 1993
Produit par Spectacle
Label : Constellation

Spectacle est sans aucun doute le groupe le plus mystérieux de la scène shoegaze des Etats-Unis.
Adepte d’une musique avare en signaux, Spectacle se laisse volontiers dériver dans des volutes délicieuses. S’étourdissant dans ses propres circonvolutions merveilleuses, c’est à peine si le groupe souhaite revenir à des choses plus terre-à-terre. Le contraste entre ce monde chatoyant et celui de la réalité, bien morne et pathétique, n’encourage guère à quitter le giron de la préciosité vaporeuse.
Les chants ne ressemblent guère qu’à des échos perdus et noyés sous des nappes enchanteresses de guitares et de bruits de claviers qui tombent comme une rivière de diamants, jusqu’à ce que l’ivresse gagne tant le jeu ne veut plus s’arrêter (« Plum »). L’ivresse fait tourner les têtes, c’est bien connu, il est donc normal que l’on retrouve alors plus de mordant. « Sprinkle » sera le morceau le plus agressif : voix déformée qui scande un appel, distorsions à tous les étages, rythme lourd à la batterie, il faut parfois se faire violence. Le groupe se hisse dans les nuages mais le revendique comme une ode à l’hédonisme.
« Developing a world without sound » n’est qu’un mini-album, qui ne comporte que six titres, mais c’est un mini-album en forme de crescendo, le final étant le superbe « Plum » et ses notes scintillantes. La première partie, elle, se concentre sur des morceaux plus doucereux, voire voluptueux parfois.
L’album s’ouvre avec « Lovelier », court titre, mais qui impose d’entrée une ambiance très raffinée, avec sa guitare sèche, sa voix de chérubin qui vole dans les nuages, et son riff de guitare qui dessine des ornements musicaux en forme de dentelles. Il introduit à merveille l’énigmatique et intriguant « Sophie » (incroyable comme un seul nom suffit à faire rêver). Démarrant sur un bruit de fond inquiétant, une nappe de clavier qui rappelle les échos des églises, la chanson laisse rentrer une roulade de caisse avant que des myriades de guitares ne fassent leurs apparitions. On se laisse alors délicieusement couler dans cette ambiance féerique et saturée, lorsque soudain un chant aussi féminin que irréel déclame des paroles incompréhensibles qu’on dirait l’apanage de gracieuses sylphides, nymphes, néréides ou autres créatures angéliques. A peine le temps de se remettre du choc, que la chanson s’arrête brusquement, nous laissant alors hagard.
Mais reste LE morceau du groupe, le plus fantastique et le plus impressionnant : « Winthered » où tous le style du groupe y est résumé. Merveille, raffinement, délicatesse, le tout rassemblé en un seul morceau pour le porter, comme le groupe en a l’habitude, vers des sommets de mystère. C’est tellement beau que l’on croirait la chose irréel ou issu d’un monde qui n’est pas le notre. Il s’agit de deux petits riffs de guitares qui se parlent, dialoguent et roucoulent ensemble, de manière lente et douce, le tout ponctué d’une basse chaude. Puis les saturations rappliquent pour conférer à l’ensemble une dimension supplémentaire. C’est dans ce cadre déjà très riche qu’interviennent les voix, royales et sucrées. De temps à autre, des répits sont accordés, au cours desquelles une guitare sèche vient donner de la légèreté à l’ensemble.
Mais cette surcharge, cette surabondance de luxure, donne un style inimitable au groupe, qui se fait alors le chantre d’une musique précieuse, car refusant de s’abandonner aux facilités. Spectacle, déçu certainement par la fatuité de ce monde, décide alors d’en créer un nouveau.

17 août 2009

Fiche artiste de The Lassie Foundation



The Lassie Foundation

Wayne Everett, ce chanteur à la voix si étrangement fascinante, est un personnage incontournable de la scène rock chrétienne en Californie, même s’il se défend d’y être particulièrement militant. On le retrouve en effet au sein de groupes importants, comme The Prayer Chain, Starflyer 59 ou The Lassie Foundation, parmi les plus intéressants musicalement.
C’est lors d’un concert et alors qu’il apprit que les membres de The Prayer Chain cherchaient un batteur permanent qu’il proposa ses services. Les échanges avec Tim Taber, Eric Campuzano ou encore le guitariste Andrew Pickett (qu’on retrouvera au sein d’autres groupes essentiels de rock chrétien : My Brother’s Mother ou The Violet Burning) furent déterminantes. « Au début, collaborer avec eux me permit de découvrir des artistes comme The Stones Roses ou The Mission, qui à l’époque restaient confidentiels aux USA. Par la suite, comme on continuait nos explorations musicales de concert, on a grandit ensemble, ce qui nous a poussé à dépasser les frontières », se souvient Wayne Everett.
Entre deux tournées avec The Prayer Chain, le bassiste Eric Campuzano propose à Wayne de faire quelques jams à la guitare. C’est là que Wayne tente alors de passer au chant. Expérience pas si évidente que ça de prime abord : « c’était terrifiant. Etre derrière les fûts pour moi, c’était une sorte de ceinture de sécurité. Mais ça c’est très vite décoincé.»
A eux deux, ils enregistrent leur premier EP, « California », avant qu’un premier album sorte, « Pacifico », en 1999. Ce dernier, qui mêle les influences californiennes des années 60 au shoegaze britannique, se fait remarquer en Angleterre, notamment en étant cité par le NME. On parlera de « Pink Noise Pop » pour décrire leur musique, en opposition au fameux bruit blanc, qui lui n’est pas harmonieux. Dans le même temps Wayne rejoint Eric comme musicien de studio pour Jason Martin, au sein de Starflyer 59, mais les tensions et le caractère didactorial de Jason coupent court à la collaboration.
En 1998, le groupe The Lassie Foundation, gonflé par les arrivées du jeune Jeff Schroeder (ex-Violet Burning et aujourd’hui avec Billy Corgan, au sein des Smashing Pumpkins) et de Joey Patterson, publie un autre EP, « El Rey », dont la chanson éponyme servira de BO à diverses émissions sur MTV ou pour la série « Buffy contre les Vampires ». S’ensuit une tournée en Californie avec diverses formations comme Phantom Planet ou At The Drive-In.
Leur deuxième album, « The El Dorado LP », marque un tournant, puisque les guitares saturées du shoegaze sont abandonnées, au profit d’un son plus léché et plus pop. Wayne s’en explique : « les goûts musicaux changent. Certains sont capables de persister dans un seul style toute leur vie, moi je ne peux pas. Dès que tu découvres de nouvelles choses, tu t’impliques dans un autre genre, c’est naturel. Beaucoup nous ont critiqué pour avoir ressemblé d’un peu trop au shoegaze, mais on a su transcender ça. »
Seulement cela marque aussi la première séparation du groupe. La dynamique commençait à s’essoufler et surtout Wayne voulait voir d’autres horizons. « J’adore faire de la musique avec mes amis mais je ne peux pas rester éternellement au sein de la scène chrétienne. C’est un projet qui implique beaucoup de gens, et je respecte ça, mais c’est trop focalisé sur la religion, et ce n’est pas ce dont j’ai besoin pour le moment. Ceci dit, s’ils me demandent de travailler avec eux pour produire un album ou écrire des chansons, je le ferai. Ce sont mes amis ».
Pendant deux ans d’absences, les sollicitations seront nombreuses, tant et si bien que les membres d’origines de The Lassie Foundation se retrouvent pour l’écriture et la sortie d’un nouvel album en 2004, « Fade your fun », regroupant des influences aussi diverses que Echo and the Bunnymen, The Jam, U2, Guided by Voices, The Jesus and Mary Chain, et qui lancera d’autres tournées aux Etats-Unis, avant un nouveau hiatus en 2006.

15 août 2009

The Lassie Foundation : California


California de The Lassie Foundation

Sortie : 1996
Produit par Cush
Label : Velvet Blue Music


Tout premier EP du groupe californien, « California » reprend les bases du shoegazing là où on l’avait laissé à l’époque, à savoir un jeu bruyant et brouillon, mais qui se met au service d’une très grande douceur. Ce style se mettra alors au service des prétentions du groupe, pour en faire une des références méconnues du rock chrétien américain.
Mention spéciale pour le tube (mais qui ne l’a jamais été, hélas) « I can be her man », d’un charme hors du commun, piquant et quelque peu subversif, de part ses guitares rutilantes et ses vocalises éthérées (dont la délicate Julie Martin).
Il y a quelque chose de céleste chez The Lassie Foundation, un climat ravageur mais infiniment romantique, à l’instar du superbe et indépassable « I’m stealing to be your one in a million », dont les distorsions dérapent dans le céleste, tandis que les voix reprennent un refrain à tomber.
« Laid with cool » est sans conteste le titre le plus époustouflant : le son est tourbillonnant, quelque peu naïf dans la recherche de la mélodie qui tue, rappelant quelque peu les harmonies chères aux groupes des sixties, les Beach Boys en tête, les guitares sont furibondes, et pourtant on reste happé complètement par ce chant pas comme les autres, étrangement aigu pour un chant masculin.
Les chansons sont taillées pour être de vraies perles pop mais cette émasculation vocale retire toute prétention. Le titre final « Save yourself and watch you win », balançant entre langueur et assaut saturé, ne possède en aucun cas la lourdeur qu’on rattache habituellement aux groupes californiens, avec leur souci de plaire au plus grand nombre, et surtout aux auditeurs des radios FM. The Lassie Foundation est bien peu prétentieux pour ça, et préfère se lover dans un style bien à eux, entre bruit et sucrosité. A la limite, on retrouve ici un climat plus sensible, voire torturé, comme sur « Walking spinning backing free », qui se traîne en longueur, avec ses distorsions assourdissantes, son clavier tout mignon tout plein et son chant haut perché.
Leur sens de l’écriture imparable ainsi que leurs guitares vives et tourbillonnantes auraient du faire d’eux les rois du power-pop. Seulement c’était sans compter la voix de Wayne Everett, une voix de fausset absolument doucereuse et chaleureuse, qui fait frémir de plaisir.