8 septembre 2015

The Darling Buds : Erotica

Erotica de The Darling Buds

Sortie : 1992
Produit par Stephen Street
Label : Epic

Cet album, le dernier pour The Darling Buds, montre à quel point l'histoire du shoegaze en Angleterre peut être confuse, et par là passionnante, pour ceux qui s'intéressent évidemment aux mésaventures et autres beautiful loosers.
On a particulièrement reproché au groupe, fondé au milieu des années 80, de se refaire une crédibilité sur la scène indie, en reprenant un style shoegaze qui ne leur appartenait pas. De la pochette floue et sexy au son limbé de guitares saturées, en passant par la voix d'Andrea Lewis, sirupeuse, tous les codes sont respectés à la lettre, comme une leçon d'école. Evidemment l'album ne se vendit pas, le groupe s'étant pris au piège gluant d'un mouvement inconnu du grand public. 
Il réussit surtout à cliver : d'une part les amateurs de shoegaze crièrent au plagiat, d'autre part les fans d'origine du groupe ne s'y reconnaissaient plus. Trahison. Andrea Lewis pataugeait dans des coulées de distorsions en minaudant et en susurrant, alors qu'elle était connue pour être plus mordante. On ne leur pardonnera pas. Pour les autres, c'est à dire la plupart des gens, l'album sortit dans l'indifférence générale.
Et ce que les journalistes retinrent finalement, c'est qu'un mois plus tard, l'égérie Madonna sortait un album à la pochette et au titre identique. Une simple coïncidence bien-sûr. The Darling Buds ayant entamé l'écriture de l'album bien un an avant. Quant à Madonna, on est dans une autre sphère, et il est probable qu'elle n'ait jamais su ce que c'était que le shoegaze. Pour la musique, plus personne ne l'évoque.
C'est bien dommage car en réalité cet album est plutôt réussi. The Darling Buds a toujours été un groupe qui a mis les mélodies en avant, et ce depuis le début. En fait, si on prend le temps de l'analyse, on peut dire qu'ils ont probablement eu leur part d'influences, au même titre que les Primitives ou les Jesus and Mary Chain. Quelle ironie lorsqu'on les a considéré comme des arrivistes. C'était bien mal connaître l'histoire du rock anglais. On est loin bien-sûr des courtes chansons, acidulées et percutantes, qui faisaient le charme de leur début, mais on garde toujours ce goût pour les guitares noisy. Car c'est bien là l'essentiel. The Darling Buds a toujours été un groupe à guitare. Et quand on y réfléchit finalement sur cet album, le groupe ne se renie pas, au contraire. Leur son est plus ample, plus puissant plus carré, On y savoure des parties de guitares sublimes, dignes de My Bloody Valentine. L'écriture est au top, assurée et facile d'accès (pour du shoegaze). Évidemment certains morceaux sont d'obédience pop et cherchent à plaire au plus grand nombre, notamment les singles. Mais après tout, The Darling Buds n'a jamais été un groupe mélancolique ou torturé, comme la plupart des musiciens shoegaze.
The Darling Buds est juste un groupe lumineux. Cet album, pour peu qu'on le redécouvre en faisant abstraction du passé, rayonne, il permet de mettre en lumière les guitares, grâce à une voix douce qui se superpose parfaitement au chaos ambiant, sans être obligée de se donner une contenance grave ou solennelle, On retient des titres qui sont d'une richesse incroyable, ne conservant du shoegaze que le côté tourbillonnant. Erotica devient alors un album d'une énergie folle, une gerbe de lumière, un éclat.
Il aurait mérité un autre regard, une appréciation moins connotée, si on avait su à l'époque se focaliser sur la qualité d'écriture du groupe, toujours présente...  


8 juillet 2015

Swirlies : They spent their wild youthful days in the glittering world of the salons

They spent their wild youthful days in the glittering world of the salons de Swirlies

Sortie : 1995
Produit par Rich Costey
Label : Taang! Records

On avait laissé les Swirlies avec un excellent album complètement dingue, ils reviennent peut-être plus apaisé, plus construit, bon, dans la limite de leur capacité tout de même, on parle là de jeunes amoureux des distorsions !
Mais il n'empêche que la fougue est mise de côté, au profit d'une nonchalance, une certaine dérive. Les morceaux sont plus linéaires, pas obligatoirement plus faciles à saisir, au regard des éclairs saturées ou des incursions, en tout cas certainement plus calmes qu'avant, presque sérieux.
Est-ce du aux nombreux changement de personnels, Anthony DeLuca remplaçant Ben Drucket à la batterie et Seana Carmody ayant laissé sa place au micro à la délicieuse Christina Files ? Pas d'inquiétude, c'est bien le doux-dingue Damon Tutujian qui mène toujours la barque. C'est lui qui entraîne le groupe vers de nouveaux territoires. Si on garde le goût pour les harmonies vocales et la douceur du chant, Swirlies en profite pour signer des chansons chaloupées comme "Two girls kissing" ou s'inspirer de la torpeur saturée toute Bloodyniesque avec "In harmony new found freedom".
On pourra regretter l'énergie du précédent opus, on sent bien qu'ici le groupe se refrène, s'interdit de partir dans tous les sens, les passages saturées sont lourds et contrôlées. Mais on se délecte du travail fait sur le rythme, à la fois intellectuel et évanescent, entre la douceur minimaliste de "The vehicle is invisible", l'influence hip hop à la Beck de "Sterling Moss" ou encore la boucle répétitive façon kautrock de "Sounds of sebring". Faut-il y voir une influence de Kurt Heasley, leur comparse de Lilys, désireux lui aussi de se livrer à quelques expérimentations psychédéliques ?
Toujours est-il que le talent reste et c'est bien le principal. On peut alors continuer à savourer sur "San Cristobal" par exemple, de tels riffs pesants et agressifs, tandis que les voix féminines et masculines restent calmes et s'accordent à merveille.