22 octobre 2016

Fiche artiste de Sun Dial

Sun Dial 

Sun Dial n'est pas vraiment un groupe, mais plus le projet de Gary Ramon, grand fan devant l'éternel des années 60-70. C'est avec un premier album d'une incroyable finesse qu'il allait débarquer dans le monde dingue du rock indépendant, sans pourtant que quiconque ne le remarque ! Divagations fumeuses, immenses solos cradingues, évanescences mélodiques (avec petite flûte ou orgue), nappes de guitares, torpeur à tous les étages, Other Way Out, sorti en 1990 est un chef d'oeuvre méconnu. 
Etant une incroyable surprise et une source de délectation inépuisable pour tout amateur de rock psychédélique, il eut été difficile de rééditer l'exploit. A moins d'augmenter considérablement les fournitures en drogues, chose impossible...
C'est donc notamment pour cette raison que Gary Ramon décida de faire évoluer à coup de petites touches le style de Sun Dial. Alors que son premier coup d'essai remettait au goût du jour avec une nonchalance inouïe le psychédélisme (13th Floor Elevator, Pink Floyd, UFO2, Jimmi Hendrix, The Stooges) et semblait touché par une grâce particulièrement culottée, l'album Libertine, sorti en 1993 rapprochait le groupe d'un format plus concis et plus pop, mais aussi plus puissant dans le son et plus bruyant. Il ne servait à rien de refaire un autre Other Way Out, et la tentative aurait été vouée à l'échec, le disque appartenant à ces éclairs de génie qui n'arrivent que lorsqu'on atteint un état de trip qui se reproduit que trop rarement. Gary Ramon le précise lui-même: "Je souhaite que chacun de mes albums ait leur propre sensibilité. Non pas que je veuille changer de style, finalement ils gardent un fil conducteur, mais je préfère expérimenter". Il faut aussi souligner qu'il devra composer avec un changement permanent de musiciens, notamment de guitaristes, ce qui ne compta pas pour rien dans le changement de son du groupe. Reflecter, mini-album, mais en fait regroupement de singles déjà sortis en EP, mais dans d'autres versions, se situe exactement à la croisée des chemins. Supprimant les distorsions façon Stooges pour les remplacer par des saturations type Ride, Gary Ramon n'en oubliera pas moins une certaine langueur dans le style, enveloppant son chant dans une nonchalance légère et adoucie. Et cela est d'autant plus étonnant qu'il s'agit pour la plupart de compositions déjà existantes, parfois même depuis l'époque The Modern Art, mais repris à la sauce noisy. Pour un résultat époustouflant: le son tourbillonnant, beaucoup plus puissant et rempli de volutes, tournant en boucle, possède le don d'être particulièrement planant, rappelant ce côté tripant qu'on retrouve dans beaucoup de formations shoegaze.
Par la suite, au cours d'une carrière qui ne sera jamais reconnue à sa juste valeur, Gary Ramon revisitera le psychédélisme avec des albums magnifiques.

Sun Dial : Reflecter

Reflecter de Sun Dial

Sortie : 1992
Produit par Gary Ramon
Label : UFO Records

Gary Ramon, chante du psychédélisme, change clairement de braquet. Grosse, mais alors très grosse, basse (qu'on doit au terrifique Nigel Carpenter), utilisation d'une boite à rythme de façon presque industrielle, grand renfort de réverbération de guitares, beat moderne digne des boites de nuit, et sous ce maelström, la voix mixée en retrait de Gary Ramon, c'est évident, avec ce morceau d'ouverture, "Reflecter", on affiche beaucoup de la force et de l'énergie. 
Influencé par le shoegaze (surtout celui de Ride, Curve et Revolver), le génie anglais qu'on croyait perdu dans les années 60, se met au gout du jour et injecte dans sa musique, une dose de modernité. "I don't mind" aurait franchement pu être écrit par Andy Bell et Mark Gardener en 1989, ce qui d'ailleurs accrédite la thèse selon laquelle Ride, c'était déjà du psychédélisme.
 Avec ces tourbillons de guitare, il revisite des titres déjà parus sur d'autres singles, pour appuyer sur les guitares et jouer sur les chants langoureux, ce qui amplifie l'impact du psychédélisme, qui quoiqu'il arrive, reste le fil rouge de l'album (et de toute la carrière de Gary Ramon). "Never Fade" devient ainsi un slow d'une beauté absolue, lancinant, bercé par une voix douce et certainement stoned, accompagné par une mélodie divinement soporifique et un solo égaré,  
Pas mal de morceaux sont en réalité issus des sessions gargantuesques de l'année précédente (qui sortiront sur le brouillon et déjanté Return Journey) pour être ici remixé et subir un léger lifting. "Slow Motion" et son orgue inimitable ou encore l'énormissime "Sunstroke/Mind Train" (sorte d'hommage au Pink Floyd de Syd Barrett) reprennent des couleurs : plus punchy, plus vibrant, plus clairs aussi, ils entraînent l'auditeur très loin à force de l'assommer. 
C'est en conjuguant un mur du son (saturation, guitare sèche, solo de guitare, basse, sans relâcher un seul instant la pression) et des voix doublées étonnamment légères que Gary Ramon provoque les effets de l'évasion, car noyé par cette déferlante, on devient nettement plus sensible à la trame mélodique.
A ce titre, il n'oublie pas non plus que le shoegaze, c'est avant tout du rêve, et il fait rentrer toute la magie dans un morceau tout juste ouaté de saturations, un instrumental sans parole mais émouvant en soi : "Tremelo". Et prouve ainsi quel grand compositeur il est.

21 juin 2016

BP. : Golden BP.

Golden de BP.

Sortie : 1997
Produit par BP.
Label : ZK Records

Il n'y a que les japonais pour faire une musique aussi furieuse de dézinguos !
Une tête de jouet sur fond jaune est dessiné sur la pochette. Un logo intrigant, qui devient carrément suspect et tendancieux à l'écoute de ce déluge fracassant et déstabilisant.
Impossible d'apposer une étiquette sur cette musique, encore moins de la classer quelque part tant ça ne ressemble à rien de bien arrêté. La jaquette fait penser à de l'electro ou de la J-pop des plus affreuses, quant au son il flirte aussi bien avec le screamo qu'avec le rock le plus sucré qu'il soit. Ici les définitions explosent littéralement à grand coup de guitares lourdes et de coups de batterie énervés ("ES", meilleur exemple). Pourtant l'album n'est en rien extrême mais il est juste étonnant. Notamment par la voix, funambule et gracieuse ("Count"). Ce qui est encore pire. Et que penser de cette voix gentillette et candide, qui rien que par sa présence dans ce fracas dangereux fait frissonner ? Les mélodies sont à tomber à la renverse, le rythme imposé est particulièrement prenant, l'atmosphère effrénée en impose et le chant est absolument charmant, d'une douceur inégalable. Cependant on sent bien que c'est totalement subversif, profane et que le ton implacable et pesant en devient alors déroutant, presque attrayant.
On passe du shoegazing pur à la pop en passant par du grindcore ("Diving Death Drive") avec à chaque fois une maîtrise impeccable du son ou de l'instrumentalisation. Rien ne semble incongru. Ça sonne metal (les vocaux grawlés de "A girl in a closet") tout en gardant un sens inouï pour la mélodie et l'atmosphère acidulée de la pop. Leur chanteuse a une voix unique, capable de chanter de façon douce et sensuelle comme de monter dans les aiguës avec une agilité qui force le respect. Les riffs sont tout simplement monstrueux. Des morceaux comme "Cereal" ou "(Behind the)Green Door" sont des merveilles de rock bruitiste et nerveux aux enchaînements entêtants, capables de se faire tout aussi adorables. Ce n'est ni violent ni brutal à proprement parler, c'est juste que BP. exprime une forme de furie contrôlée.
Le résultat dérange parce qu'il ne va pas à l'encontre des idées arrêtées et cartésiennes. La musique BP. est fascinante en ce sens qu'elle a un côté mystérieux et impossible à déchiffrer. C'est le grain de folie qui se cache derrière qui donne un côté dangereusement attirant et en tout cas très troublant.

20 juin 2016

Fiche artiste de Parkinson D.C.

Parkinson D.C.

Alfonso Bonmati (guitares rythmiques et solistes), son frère, Guillermo Bonmati (batterie et chant) et Jaime Hernandez (basse et chant) forment, tout jeune, le groupe à Barcelone en 1991.
Très influencé par ce qui se faisait aux Etats-Unis, entre le punk-rock, la power pop et le grunge, ils essayent de mélanger tout cela à une pop, encore très typée indie. Le résultat reste typique de cette scène espagnole et c'est donc tout normal qu'ils sortent leur deux albums sur Munster, le premier encore tout furibard (inspiré du shoegaze) en 1992, le second, bien plus maîtrisé mais policé, en 1995.
C'est d'ailleurs grâce à ce dernier qu'ils seront remarqués par Ken Stringfellow (producteur des Posies ou REM). Avec lui, leur son se tournera définitivement vers un style américain, leur obtenant le succès, mais coupant les liens avec leurs racines natales, ce qui finalement entraînera leur séparation en 1999, après un dernier baroud d'honneur, intitulé ironiquement "Still in Spain".

Parkinson D.C. : Overdream

Overdream de Parkinson D.C.

Sortie : 1992
Produit par Pere Bondas
Label : Munster

Parkinson D.C. ? Une énergie sans commun, une insouciance illuminée, un sens inné pour les mélodies imparables...
Parmi les influences, il y a évidemment Sonic Youth, Teenage Fanclub, Sugar, Jawbreaker, Pixies, mais aussi Ride ou My Bloody Valentine, ce qui donne lieu à des petites chansons savoureuses, associant grosses guitares et petites voix.
La force de la bande barcelonaise est d'avoir transformé des chansons punk-pop enflammées en hymnes intemporelles, entraînantes et marquantes. Dès "The Trip", le ton est donné et ne sera plus lâché jusqu'à la fin. Effrénées, à fleur de peau, ces bombes soniques sont sublimées par la finesse recherchée, parfois précieuse ("Love's a haze"), par l'engouement employé par tous les membres du combo au top de leur forme, par ce jeu de guitares exceptionnel, par le chant, toujours doucereux et fragile, bref par cette magie qui s'est emparé du groupe et qui habite ce premier album de bout en bout.
Produit en 1992 avec les modestes moyens de leur label, Overdream fait figure de porte d'entrée de l'indie pop à l'espagnole, urgente et intense. Aucun titre n'est à jeter, tant ils sont tous formidables pour leur sens mélodique qui ne délaisse pas pour autant la complexité de l'écriture ("Compulsion" ou bien l'acoustique "Sad Love").Comment ne pas oublier "If you smile", mêlant puissance et sensibilité, ou "Sonic Waves" et ses fuzzs incroyables, un vrai défouloir façon Dinosaur Jr ? Parkinson D.C, c'est une perle rare des années 90, le genre de groupe qui rétablit enfin le rock underground espagnol à sa juste valeur, au même titre que El Inquilino Communista, Sr Chinarro ou Autralian Blonde.
Redoutable du début à la fin, comme sur "Heavy Drug", à filer des frissons, avec son petit côté féerique, sa détente en milieu de morceaux, et sa basse terrible, Overdream balaye tout sur son passage, met les choses à plat et s'impose comme une curiosité à n'occulter sous aucun prétexte !

Fiche artiste de Loco-Holidays

Loco-Holidays

Trio composé de Hideka Matsuno (à la basse et parfois au chant), Moriya Kamijyo (guitare et chant principal) et de son frère, Kinya (batterie). Avec très peu de moyens, ils ont pourtant importé au Pays du Soleil Levant, un tourbillon de guitares jamais vus auparavant. Le temps d'un mini-album et de deux singles, "Drive" et "Screw" en 1992, avant que le groupe ne se sépare, Hideka Matsuno décidant de fonder Ruby Ruby Star. 

Loco-Holidays : Engine Flower

Engine Flower

Sortie : 1991
Produit par Hideroni Ataka
Label : Confusion

Et si une des meilleurs reprises du Velvet Underground nous venait du Japon ? Qui aurait cru qu'avec le très saturé "Femme Fatale", cet obscur groupe allait nous offrir cet hommage ? Pour entendre cette curiosité, il faut auparavant mettre la main sur cet album, aussi demandé qu'il est rare.
C'est un maxi en forme de premier jet, une tentative brouillonne, histoire de voir la suite, mais ça en restera là, les membres du groupe s'en allant pour d'autres aventures. On pourrait se sentir frustré de si peu de titres.
Mais au final, tout est dit. Saturations, rythme enlevé, guitares sèches par moment ("Desert me"), chant légèrement en retrait et peu concerné, fanfaronnade instrumentale, on s'amuse beaucoup ici et on se délecte ("Silly Smile"). Et derrière cette apparente bonne humeur, le détachement n'est jamais loin de se faire sentir, avec des chants langoureux, des nappes de guitares, et des coupures transcendantales, de chérubins venus du ciel, comme avec ces échos sur "Bloody Minded Hill".
Le chant de la délicieuse Hideka Matsuno apporte une couleur bien chaleureuse aux chansons, comme sur "Strawberry", tout couvert de rose, de jaune flashy, d'orange mélancolique et de vert insouciant. Elle s'envole dans de tels aigus !
Ce qu'on aime dans le shoegaze japonais, c'est cette réappropriation, faisant d'un style anglais, le leur, comme s'ils l'avaient inventé et que ça avait toujours existé chez eux, étant donné que ça leur colle à la peau. Il y a une langueur dans le chant, même dans le jeu de l'excellent "Two Gloomy Suns", qui dépeint parfaitement les errements d'une nouvelle jeunesse, désabusée vis-à-vis de la génération précédente, et aspirant à des exaltations beaucoup plus artificielles, pour ne pas dire narcotiques.


Fiche artiste de The Darling Buds

The Darling Buds

La formation originaire de Newport n'est pas connu pour être un groupe shoegaze. D'ailleurs, à l'origine, c'est dans un style évoquant tout à la fois Jesus and Mary Chain, Buzzocks ou Blondie, qu'elle se fait connaître vers le milieu des années 80, à l'époque du célèbre mouvement C-86.
Emmené par la délicieuse Andrea Lewis, le groupe va faire turbiner les guitares, avec légèreté, piquant et nonchalance. Une pop sucrée, comme le pratiquaient The Primitives ou The Flamates, mais avec l'acidité des guitares. Entourée de ses boys aux lunettes noires, la chanteuse allait offrir un style rafraîchissant, notamment sur le premier album "And the pop said...", qui aura le mérite de remettre les femmes en avant dans le monde de l'indie pop.
Malheureusement la formule ne dure qu'un temps puisque le deuxième album sera un véritable échec, plus commercial que stylistique. Les morceaux sont trop longs, trop ambitieux, presque trop bien produits. C'est clairement bien écrits mais les gens se demandent où est passé le côté rébellion des débuts. Il ne reste plus que de jolies arrangements et une voix toute mignonne. 
Pour tenter de se racheter, The Darling Buds change de style et commet une nouvelle erreur : se lancer dans le shoegaze, un genre mort-né et condamné à la moquerie. Ce sera injuste car vouloir revenir à des guitares saturées relevait d'une certaine cohérence. Et le groupe s'y prend plutôt bien, livrant un album qui possède un certain charme, porté par la voix chaleureuse d'Andrea. Mais les fans ne s'y reconnaissent pas. Comble de malchance, l'album  sort une semaine avant le "Erotica" de Madonna, et partage une pochette similaire et le même titre !
Enfin, pour enfoncer le clou, leur label esquive leurs responsabilités et refuse de financer toute nouvelle tournée. Le groupe se sépare alors pour un long moment.