31 août 2011

Brincando de Deus : Better when you love (me)


Better when you love (me) de Brincando de Deus

Sortie : 1995
Produit par Brincando de Deus
Label : Self Records

Peu de gens savent que le Brésil a connu, au milieu des années 90 une importante scène indépendante, emprunte de grunge, de noise et de shoegaze, affiliée à de nombreux festivals et aidée par les émissions locales de MTV. Parmi les sorties, remarquées de part les influences anglo-saxonnes et la rupture avec la musique traditionnelle (jusqu’à chanter en anglais d’ailleurs), on distingue cet album, Better when you love (me), considéré souvent comme une référence.
Essentiellement calqué sur le shoegaze, les chansons du groupe de Sao Paolo cherchent avant tout à signer de belles mélodies. Ce qui portera ses fruits puisque un titre comme « Tweedlegum » sera érigé au Brésil comme un tube. En tout cas, les chansons sont l’inscription directe et sans intermédiaires de la fougue de ces jeunes. Les membres de Bricando de Deus cherchent avant tout à se démarquer des traditions brésiliennes, probablement jugées trop oppressantes. Et même si certains titres restent très classiques dans leur forme (« De Profundis » ou « So strange » sont de pures déflagrations, ni plus, ni moins), on ne peut s’empêcher de penser qu’ils sont le reflet d’une sorte de rébellion artistique, naïve et étudiante avant tout. C’est un peu comme une fatalité. Il paraissait normal pour cette génération de vouloir refaire et pasticher ses idoles, Sonic Youth, My Bloody Valentine, Ride, en tête. Au-delà du simple exercice de style, on décèle une volonté fondamentale pour se construire en tant que musiciens, de se détacher de ce qui a été fait avant ou de ce que le courant mainstream attend d’eux. Quelque part, c’est déjà une façon de dire « non ».
Fort heureusement, cet album ne se limite pas à un copié-collé du style shoegaze, car parmi la play-list, on tombe de temps en temps sur de véritables perles, des miracles, des inédits inventifs et charmeurs. Ça démarre d’ailleurs très fort avec l’intro très bizarre et sa basse indus de « Spleen », avant l’entrée de guitares saturées, sûres d’elles-mêmes et tranchantes, et son chant élancé, aérien et vaporeux. Et ça finit superbement avec « Why don’t you kill yourself on your birthday », long, lent et romantique.
De tels titres témoignent de tout le talent de ces jeunes, qui en voulant se rebeller et flirter avec le rock anglo-saxons, en profitèrent pour faire jaillir des éclats de grâce.
Sur « Christmas falls on a Sunday » (on notera au passage que le groupe a le chic pour choisir ses titres), on tombe sur une guitare sèche superbe, satinée de guitares magiques qui rappellent Kitchens of Distinction, un tonnerre de saturation et un accent dans la voix inimitable qu’on ne croyait entendre que chez le groupe allemand Green Hill. Et que dire de « My Butterfly dived in wine » ? Sans conteste le morceau le plus étonnant, le plus atypique, mais aussi le plus beau. Le rythme est difficilement reconnaissable, on dirait du dub, du trip-hop, de toute façon recouvert de bourdonnement et de distos magiques. Le morceau alterne des chants purement fantomatiques et absents, avec des passages plus mordants mais parlés, d’une voix grave, presque gothique, accompagnée d’une guitare acoustique, absolument subjuguant.
Better when you love me cache en son sein des trouvailles superbes qui mettent une instrumentalisation simple à une place inespérée, au-delà des conditions d’enregistrement, dans un monde féérique où plus rien n’a de référence, si ce n’est la grâce, la beauté saturée de guitares et l’irréel.

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