18 septembre 2008

The Curtain Society : Inertia


Inertia de The Curtain Society

Sortie : 1995
Produit par The Curtain Society
Label : Bedazzled


Il fallut attendre longtemps pour que ce groupe pionner sorte enfin son premier album, et encore ne s’agit-il que d’une toute petite collection, si bien d’ailleurs que cet enregistrement ressemble en fait à un essai studio avant la composition de « Life is long, still ».
Pour rallonger un peu l’écoute, le label Bedazzled joindra aux chansons un remix de « All over you » qui était sorti sur leur premier single, ainsi que « No Answer », petit miracle shoegaze, qui lui, appartenait à leur cassette sortie en 1992.
On pourrait croire que Inertia serait tâtonnant, inabouti ou encore maladroit. Il n’en est rien.
Sans réelle unité, ni cohésion, ce court opus est pourtant l’occasion de découvrir quelques unes des merveilles du groupe à leur début.
Particulièrement mordant, le riff de « Kissherface » annonce un flot cosmique de sensations à la fois douces et enivrantes. L’univers de The Curtain Society commence tout juste à se dessiner ici, comme sur le classieux « Holland », sa batterie claire et ses voix virginales qui se font plaignantes, sans négliger de laisser la place à un solo merveilleux qui inaugure une envolé magique.
Le détachement des voix est incroyable, notamment sur « You Never », où le chant grave masculin se mêle à merveille à la grâce du chœur féminin, sans l’écraser ou prendre le dessus.
Chaque morceau recèle son petit bout de beauté, sans pour autant imposer des déclarations faciles ou des éclats orgueilleux.
Ce riff de guitare, à sonorité new-wave, qui rebondit et tressaute, sur « Ferris Wheel » sert d’écrin idéal à la voix angélique de Roger Lavallee, L’intensité se déploie, mais se retient d’éclater, tout juste sert-elle à laisser s’envoler de mirifiques échos. L’explosion viendra, saturé et tout autant empreint de féerie, sans pour autant écraser ou taillader l’espace, cela continuera comme une caresse, à peine plus cinglante. Car The Curtain Society est un groupe qui n’aime pas prendre les devants. Il préfère laisser cela aux autres, à ceux qui pensent encore qu’il y a de l’intérêt à déclamer et qui en attendent en retour de l’adhésion.
Le groupe américain, tout au contraire, se pare de retenue, trouve refuge dans les ornements froids et immatériels des guitares propres et des ambiances déliquescentes. Le piquant de « Plaster » ne résistera pas bien longtemps à l’envie de s’évader et de rêver, pour s’effacer sous une brume couvrante de guitares fantomatiques.
Et lorsque le groupe abaisse ses protections saturées et ses défenses électriques, on découvre une émouvante ballade à la guitare sèche, crispante de tristesse et de laconisme angélique (« September Scar Two »).
Dommage que tout cela soit bien trop court.

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