30 novembre 2010

Whipping Boy : I think I miss you EP


I think I miss you de Whipping Boy

Sortie : 1990
Produit par Whipping Boy
Label : Cheree Records

A ses débuts, Ferghal McKee abordait sa musique comme s’il était en colère contre tout le monde. Une telle rage déborde de cet EP !
Un énorme riff saturé à fond, répété à satiété, avec une ligne de chant pleine de morgue et d’affront, la bave aux lèvres et les yeux injectés de drogues en tout genre, des distorsions à n’en plus finir pour un régal de morceau déjanté et martelant, tambourin de sortie. Avec « Daze », une révision des Telescopes ou Loop (ce qui n'est pas étonnant puisque ces groupes ont aussi signé sur Cheree Records), ça gueule, ça joue les narquois et les effrontés.
Le psychédélisme est pourtant bien de mise, comme en témoigne cette intro à la My Bloody Valentine, flottante et fuyante, sur le superbe « Highwayman », d’autant que derrière les roulements de batterie à la cadence militaire, se cache une nonchalance extrême, notamment dans le chant, parlé et désabusé, qui rappelle les sombres heures des Television Personnalities ou The Blue Aeroplanes. Les textes au vitriol, concentré de haine masochiste et de tortures intérieures, sont scandés sous un mur de distorsions.
« She makes me ill » est plus reposé, plus lent, plus vaporeux et sans conteste plus fumeux aussi, évoquant Spacemen 3 ou ce que fera plus tard Spirtualized.
Mais le summum du malaise est atteint avec le titre éponyme, « I think I miss you », puisqu’il ne s’agit que d’une décharge robotique, noisy au possible, presque noise (on pense à Bailter Space bien sûr mais aussi au mouvement Camden Lursh, cette scène si culte et si méconnue, dont faisait partie Whipping Boy au départ, au même titre que The God Machine, Sun Carriage, The Loveblobs ou encore Therapy ?), qui n’en finit par de s’intensifier. Il ne faut pas chercher le calme ici, au contraire, c’est particulièrement agressif. Les guitares sont crades, aiguisées comme des lames de rasoir, Ferghal McKee éructe et prêche comme un dératé sous LSD, avant que tout ceci ne s’envole en un tourbillon infernal, saturations, superpositions de guitares, coups portés destinés à faire mal, voix de plus en plus gueulardes, jusqu’à s’arracher les poumons en un final qui laisse pantois d’effroi.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Franchement un grand bravo.

En relisant vos chroniques tout en les associant avec les morceaux, il est frappant de voir à quel point vous maîtriser l'interprétation de la musique sur le papier. Et ceux en travaillant de manière à reconstituer tous le contexte de l'époque.

A l'annonce de l'arrêt des critiques, j'ai osé crier à l'injustice prétextant qu'il restait encore plein de belles découvertes à mettre en lien.

Et bien non, vous aviez raison, votre travail le prouve.

Félicitations et merci.

Victor Provis a dit…

Merci beaucoup pour vos chaudes félicitations.

Je vous souhaite bien du plaisir à continuer vos découvertes musicales.