24 novembre 2010

Whipping Boy : Submarine


Submarine de Whipping Boy

Sortie : 1992
Produit par Whipping Boy
Label : Liquid Records

La claque ! Un riff coup de matraque ! Puis ça s’ouvre, ça s’éclaire, ça fait rentrer de la lumière pour une mélodie doucereuse noyée de saturations. « Safari », le premier morceau de cet album, marque le tempo pour la suite : il y aura beaucoup de bruits.
Une certaine forme de violence se dégage de cet album. Ferghal McKee est un personnage torturé et il prendra le soin de colorer sa musique selon l’humeur du moment. Particulièrement gorgées de guitares, les chansons de Submarine, cathartiques et vombrissantes, frappent et cognent plus qu’elles ne caressent.
Progressivement, avec le concours de la section rythmique, plutôt martiale, une certaine tension va s’installer, comme sur le superbe « Beatle », irrespirable, enfermant l’auditeur dans un étau. Subjugué par la puissance des coups, ce dernier étouffe presque, s’asphyxie. La nonchalance du chant, parfois même parlé, la gravité du ton, la douceur des mélodies cristallines de certaines intro, renforcent cette impression d’intensité dépassant de loin ce que l’auditeur peut contenir, obligé alors de s’incliner.
Quelque part entre les agressions industrielles du mouvement Camden Lursh (Whipping Boy possède quelques similitudes avec The God Machine ou Therapy ?) et les évanescences du mouvement shoegaze, le groupe irlandais de Ferghal McKee impose un maxi-format de froideur et de saturations.
Il est assez rare de voir autant de violence dans ce type de musique, mais ici, elle est soit subjugué, déformée en un trip robotique (« Buffalo »), soit elle est contenue, rentrée en des moments vaporeux et saturées, aux voix légères comme des plumes (« Astronaut Blue », adorable merveille shoegaze).
Dans un mélange des deux, cela aboutit à de grandes chansons ébouriffantes : « Sushi » et alternant passage cristallin et soubresaut industriel, « Favorite Sister », sa basse, ses roulements de batterie, sa flûte, ses moments d’accalmie, toujours sur la corde raide, ses déferlantes de guitares ou bien « Snow », son groove et sa basse magique en forme de lame de rasoir.
Ce qui est étonnant avec cet album, très réussi, mais malheureusement éclipsé par le succès du deuxième, c’est la facilité avec laquelle Ferghal McKee accepte et semble apprécier devoir se plier sous les coups de ses propres guitares, dans une sorte de masochisme pervers et particulièrement jouissif. Mêlant ainsi riff plutôt rêveur et saccages tourbillonnant, Ferghal McKee cède sous le poids des saturations (extraordinaire morceau éponyme de fin), se laisse emporter, comme s’avouant vaincu, conférant une force de percussion toute particulière à ses chansons.

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