3 novembre 2010

Whipping Boy : Heartworm


Heartworm de Whipping Boy

Sortie : 1995
Produit par Warne Livesey
Label : Columbia

Cet album de Whipping Boy ne cache pas le fait qu’il soit le premier à être signé sur une grosse major, à savoir Columbia. On y retrouve un Ferghal McKee plein d’allant et de détermination, accompagné par une section rythmique énervée, une froideur digne des années 80 et un gros son, avec de grosses guitares, car il faut le dire, ces dernières sont énormes, plus proches du rock américain que du shoegaze originel.
La production et les moyens offerts se mettent au diapason de la puissance cathartique de Whipping Boy. Le combo irlandais hargneux et désabusé s’offre alors une intensité à la hauteur de la noirceur qui les habite. « Users » ou « Blinded » (qu’on croirait piqué à Adorable) sont des titres ronflants, décoiffants, mais qui possèdent des refrains d’une grande force évocatrice.
Car si les guitares prennent le dessus, le ton lui est vertigineux, alternant les douceurs et les passages davantage brutaux. Whipping Boy est un groupe en perdition, obscur et résolument inquiet. Même si les lignes mélodiques de Paul Barge soufflent un vent épique au sein des morceaux, les glissades, les chutes et les saturations plombent les morceaux, les lestent d’un poid insoutenable, celui des déboires et de la hargne. Le refrain, pardon l’hymne, le slogan, la revendication amoureuse (rare dans le monde du shoegaze), de « We don’t need nobody else » joue sur ces transitions d’état, avec d’abord un chant parlé, puis plus clair, avant d’être trafiqué par mégaphone, le tout sous des guitares saturées et vigoureuses.
L’intro féerique du sublime « Tripped » se laisse complètement saccagée par une basse quasiment grunge et des guitares pataudes. Ferghal hésite entre chant mordant et négligence décontenancée. La violence, jusque là contenue, ne pourra que fatalement finir par exploser à la fin du morceau, assez tourbillonnant.
Car l’humeur n’est pas à la joie avec les tortures intérieures de Ferghal. Une noirceur va s’immiscer dans chacun de ces morceaux épiques et plus lyriques que la sobriété de leur propos. Sur « The Honeymoon is over », tout le désenchantement peut éclater, avec ses guitares tranquilles et sa batterie émoussée, Ferghal peut alors jouer à Nick Cave, finalement la personnalité qui lui ressemble le plus, lui ce grand harangueur du désespoir.
Cette colère prend parfois des airs pompiers mais touche souvent au céleste et laisse pantois, comme sur « Twinkle », énorme et efficace. Le gros son offert et promis par Columbia fait ici son effet, permettant de faire basculer un couplet froid et caressant vers un refrain éclaté, véritable bataille rangée de saturations gonflées à l’hélium.
Cet album, même s’il fut n°1 en Irlande et certifié disque d’or, ne réussit pas à atteindre les ventes espérées, si bien que le label finit par se désengager du groupe. Probablement que malgré le gros son, qui évoque Catherine Wheel notamment, le groupe possédait une noirceur et un esprit trop alternatif pour plaire au plus grand nombre.
Dommage, car une bonne partie des gens passèrent à côté de petites merveilles, ballades romantiques désabusées, noyées sous les cordes de violons, comme les fabuleux « Personality » ou « Morning Rise ».

1 commentaire:

Anton a dit…

Ce blog est telleeeeeement bien ! J'en reviens pas de tomber dessus que maintenant. J'en ai pour des siècles avant de tout lire... Chapeau pour le boulot en tout cas.