15 septembre 2011

Fiche artiste de Soda Stereo





Soda Stereo

Le fait que Soda Stereo soit peu connu en France en dit finalement plus sur le manque de culture français que sur Soda Stereo. Car le groupe argentin, référence durant près de deux décennies, est une légende en Amérique Latine. Pour faire court, disons tout net que "Cancion Animal", sorti en 1990, est considéré comme l'un des plus grands disques de rock d'Amérique Latine. Honte sur la France de ne pas savoir rendre hommage aux formations de cette trempe !
Vendu à plusieurs millions d'exemplaires, l'album fait figurer quelques uns des chansons les plus puissantes et évocatrices du groupe argentin, qui ne sont d'ailleurs même plus des chansons mais des tubes, et leur auront permi d'effectuer une tournée triomphante sur tout le continent, et même en Espagne.
Déjà connus et réputés pour leurs albums dans les années 80 (notamment "Signos" en 1986), dans un style new-wave et post-punk qui n'était pas sans rappeler The Police ou The Cure, Soda Stereo bénéficiait d'une réputation établie : leurs concerts se faisaient à guichet fermé devant plus de trente mille spectateurs, dans les stades, les plus grands producteurs comme Carlos Aldormar (David Bowie, Simple Minds, Iggy Pop) ont enregistré leurs chansons, la chaine délocalisée MTV diffusait leurs clips en boucle, et ils ont pu faire les premières parties d'INXS ou de Tear for Fears, excusez-du peu.
Lorsque Gustavo Cerati (guitare et génie), Hector Bosio (basse) et Charly Alberti (batterie) se sont rassemblés à Buenos Aires pour monter un groupe punk, jamais ils ne se seraient imaginé tant de succès. Au départ, en 1982 pour être exact, le groupe se contentait de pratiquer un pseudo-punk crasseux, devant une assistance qui se souciait peu de leur cas. "Nos débuts remontèrent à un concert au Disco Airport, qui était pas loin de Buenos Aires. Mais personne s'est intéressé à nous. On jouait sur du matériel défiscient, qui donnait un son horrible, mais on était tout de même content. On ressemblait vraiment à des punk : on ne savait pas jouer mais on jouait très fort." se souvient Gustavo Cerati.
Participant à la scène underground qui commençait tout juste à naitre en Argentine, avec notamment des groupes comme Virus, Los Encarcados (le groupe de Daniel Melero), Los Twist etc..., Soda Stereo fignole son style, se nourrit de diverses influences, notamment anglo-saxonne, ce qui est tout à fait novateur et osé pour un groupe argentin. Le groupe sera même connu pour avoir réalisé un clip vidéo, façon lo-fi, avec ses propres économies.
Le premier album sort deux ans plus tard, produit par le chanteur de Virus, un ami à eux. Grâce à ce premier essai, ils se produisent au El Teatro Alto, concert diffusé par les chaines de télévision, notamment du côté backstage, ce qui donne une coloration très particulière et fera très vite de Soda Stereo, un groupe culte. Mais ce qui aura véritablement lancé la légende du groupe, ce sera sa participation au festival Chateau Rock en 1985 au stade olympique de Chateau Carreras, dans la région de Cordoba, puisque le groupe sera considéré comme LA révélation de la programmation.
Les albums qui suivront seront ensuite double-platine, deviendront des références et "Signos" sera même le premier disque de "latino rock" à sortir en CD. La tournée qui s'en suit permet d'imposer le mouvement comme fédérateur et générationnel : plus de 22 concerts s'enchaîneront, dans près de 17 villes d'Amérique Latine, et rassemblant presque 350000 personnes.
Pour "Cancion Animal", leur plus grosse vente à ce jour, le groupe s'envole à Miami en 1990 et s'entoure de trois figures extrêmement importante pour le rock argentin : Daniel Melero, évidemment, Andrea Alvarez, percussioniste, Tweety Gonzalez, au clavier. L'album est un véritable carton, trait de liaison entre la new-wave des débuts et le grunge qui déferlait à l'époque, à un tel point d'ailleurs que le groupe finira par vouloir s'en détacher à tout prix, oeuvre trop imposante, trop monstrueuse pour être assumée jusqu'au bout. Alors pour se défaire de l'aura trop étouffante de ce succès, le groupe décidera de s'orienter ostensiblement vers l'expérimental.
Le résultat s'appele "Dynamo" et sera assez mal perçu par les fans de la première heure. Malgré tout, il est la preuve du véritable génie de Gustavo Cerati qui va injecter dans son rock puissant et lyrique, une dose de jazz, de psychédélisme, de shoegaze, d'indus, de dance et de new-wave. L'écriture est parfaite, la production travaillée et la personnalité unique et extraordinnaire. A titre de comparaison avec U2, si "Cancion Animal" est leur "Joshua Trees", alors "Dynamo" est aussi fascinant que "Atchung Baby".
La formation de Buenos Aires en profite alors pour promouvoir une nouvelle scène indépendante qui commençait à poindre le bout de son nez : "La movida sonica". Adeptes de bruits, de saturations et d'influences shoegaze, des formations plus jeunes comme Juana la Loca (produit également par Daniel Melero), Tia Newton, Babasonicos, Martes Menda, furent à tour de rôle inviter à faire les premières parties de présentation de "Dynamo". On ne soulignera jamais assez le rôle très important joué par Soda Stereo dans la diffusion de cette scène indépendante.
L'attente d'un nouvel album fut ensuite long. Il fallut près de trois ans avant que Soda Stereo ne finisse ses nouveaux enregistrements. Gustavo Cerati s'explique à ce propos : "Nous n'avons pas sorti un chef-d'oeuvre mais un album qui exprime au mieux ce que nous étions à l'époque, parce qu'on était complètement détaché du besoin d'être encore dans un groupe dans le futur ou d'être encore parmi les meilleurs pour encore dix ans. On avait vécu tellement de choses ! D'un autre côté, on était très fier de tout ce qu'avait permi "Dynamo". On ressentait de la pression mais en même temps, on était détaché. On avait quelque chose d'important à dire, à synthétiser, cela ne pouvait pas être un petit album. De plus, on devait laisser aller notre musique et éviter de trop réfléchir. Au final, cet album est un des plus innovants."
"Sueño sound" se révèle encore plus inouï : sommet du groupe, référence ultime pour tout le rock argentin, succès inestimé. Album concept, il tente des tentatives dans l'art rock et l'avant-garde, voire le post-rock ou l'electro, repoussant encore plus en avant les frontières, les dernières chansons s'enchaînant comme une seule et même chanson. Peu après, MTV leur demande une session Unplugged, le résultat, sous le nom "Comfort y Música para volar", sort en 1996 et dépassera encore toutes les espérances : avec un son acoustique, Soda Stereo dévoile encore plus le charme de ses compositions. L'album live obtiendra la quinzième place dans le classement des cent plus grands albums de rock d'Amérique Latine (tandis que "Cancion Animal" sera tout simplement deuxième !). Malheureusement, ce sera aussi le dernier, le groupe décidant de se séparer, au grand dam de tous les millions de fans du groupe.
Gustavo Cerati, affecté par cette décision, tente de se justifier malgré tout, dans une note parue sur le magasine "Yes" : "Ces lignes sont motivés par ce que j'ai vu récemment dans les rues, par les fans qui m'ont approché, par ma propre expérience. Je partage la tristesse qu'on a pu causé avec notre séparation. Moi-même, je suis navré car quelque part, les choses les plus importantes dans ma vie, je le dois à Soda Stereo. Ceci dit, tout le monde comprendra qu'il est impossible de mener un groupe sans que surviennent des conflits. C'est un fragile équilibre parmi les idées que peu de gens sont capables de maintenir pendant près de quinze ans. Mais, fatalement, les différentes personnalités, les divergences musicales ont commencé à compromettre cet équilibre. A ce moment-là, l'excuse de vouloir fonder d'autres groupes ou de faire des projets en solo nait de l'envie de ne pas vouloir s'affronter. Et au final pour préserver ce en quoi nous croyons et pour montrer notre respect envers tout nos fans qui nous ont suivis si longtemps."
Ces mots, aussi sincères soient-ils, n'auront pourtant jamais suffi à apaiser l'immense chagrin de tout ceux qui ont admiré Soda Stereo, pour leur liberté, pour leurs hymnes éternels, pour les révolutions qu'ils ont menés et surtout pour leur musique.
Inoubliable et inégalable.

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