4 septembre 2011

Soda Stereo : Dynamo


Dynamo de Soda Stereo

Indispensable !

Sortie : 1992
Produit par Daniel Melero
Label : Sony

Selon Gustavo Cerati, le leader de Soda Stereo, le but de cet album était de « prendre Cancíon Animal et de le détruire ». Alors que le groupe venait de signer son plus gros succès avec son album précédent, vendu à des millions d’exemplaires en Amérique du Sud, le groupe argentin aurait pu continuer sur sa lancée. Au lieu de ça, il préféra expérimenter. Cerati l’explique : « c’est comme si on avait plongé Cancíon Animal sous l’eau. ». Les fans furent pas mal surpris par ce revirement mais le résultat, marqué par la nouvelle vague sonique dans le pays, avec Juana la Loca ou Martes Menda, fut inespéré, dépassant toutes les attentes et faisant rentrer le groupe dans la légende !
D’emblée, avec « Sequencia Inicial », on tombe sur un son énorme, ampoulé, flottant et magique, rappellant Kitchens of Distinction, qui sert un chant tout autant avenant que allégé, atteignant une sorte de plénitude, comme si le groupe s’élevait et se détachait pour flirter avec les sommets.
L’écriture semble fluide, animée d’un entrain inouï, tout en accordant de l’espace pour l’expérimentation. Personne n’avait entendu un tel son à l’époque ! Non seulement le style reste punchy, frondeur et irrésistible, mais il conjugue une technique plus proche de la rupture, plus compacte et plus électrique. « Toma la ruta » fait la part belle à des guitares vives et saturées, pour un mur du son énorme, soutenu par un rythme artificiel et qui prend les devants. Le refrain, lumineux, sidère par son assurance, ses « aaaaaaaah » provocateur et charmeur, et ses guitares vigoureuses. On sent que le groupe prend des risques mais c’est comme si cela avait décuplé leur force.
Le son s’est épaissi, le rythme est plus basé sur The Charlatans, les guitares sur My Bloody Valentine, les nappes de claviers font corps avec l’ensemble, le chant se fait plus enjôleur, comme sur l’extraordinaire « En Remolinos ». Ce morceau est la quintessence de Soda Stereo nouvelle version : des tourbillons de guitares, une batterie compliquée, un nuage de saturation, un clavier astronomique, et une cadence chaloupée, moite et tranquille. Superbe.
Et alors que l’on croyait avoir assisté à une succession de tubes inégalables, voilà qu’arrive « Primavera O », son riff écrasant, qui bouscule tout sur son passage, son clavier entêtant, et cette force de percussion qui laisse pantois n’importe quel auditeur qui entendrait dette chanson par hasard, surtout au moment du refrain, surprenant exemple de pop fédératrice, mordante, menée par des garçons qui pourraient conquérir le monde s’ils le voulaient. On n’oublie pas un tel titre ! Il devient dès l’instant où on a entendu ces guitares magnifiques, un de ces cartons qu’on a envie de réécouter encore et encore ! Un de ceux qui marque une génération. En Argentine, alors que le groupe est déjà une référence, Dynamo le propulse dans une autre dimension.
C’est vrai que le groupe était au sommet de la gloire et qu’il aurait pu se reposer sur ses acquis. Au lieu de ça, il propose « Cameléon », bizarroïde, avec son intro de l’espace, son rythme très dansant, ses samples qui font penser à la bande-son de Madchester, sa nonchalance, son sens de la fête, son saxo impromptu, son solo de guitare, ses explosions. Ou encore « Nuestra Fé », tout bonnement inouï, tant il s’acoquine dangereusement avec l’expérimental. Jamais Cerati n’avait chanté comme ça ! Avec une voix mielleuse, presque aiguë. Basé sur un rythme totalement artificiel, ralentissant la cadence pour un groove moite et hypnotique, ce titre surprenant se laisse délicieusement envahir par des samples, des claviers d’un monde féérique, des chœurs black, des saturations shoegaze qui semblent venir de très loin, des guitares aiguisées et tranchantes comme l’acier, qui se lancent dans des dialogues alambiqués pendant de longues minutes.
L’album est un chef d’œuvre notamment pour sa richesse. Il n'y a pas une seule chanson qui ne possède pas sa petite trouvaille, son petit plus, sa nouveauté dans l’instrumentalisation. Tout d'abord, on est sidéré par ce son si compact, ce mur du son époustouflant et remarquablement travaillé. On remarque aussi une grande capacité d’adaptation, une inventivité, une curiosité assumée devant le rock indépendant de l’époque (à l’image de sa pochette d’ailleurs). Le résultat est inespéré, par exemple avec l’extraordinaire « Luna Roja », une des plus belles chansons jamais écrites, qui laisse des frissons pour longtemps, grâce à une guitare irréelle, tant elle sonne de manière parfaite, un chant savoureux, délicat et suave, qui s’élève dans les nuages, un romantisme exacerbé, soutenu par des guitares étouffantes et saturées, venant offrir une discordance magnifique avec l’angélisme de la voix. « Luna Roja » impressionne tellement ce titre est au dessus du lot.
Soda Stereo explose les frontières, se nourrit des modes et rentre de plein pied dans le renouvellement musical, adoptant une posture en rupture avec ce qu’on peut attendre d’un groupe signé sur une major.
De manière époustouflante, la surproduction, cette surcharge dans le style, ce petit côté boursouflé par rapport à des chansons qui se veulent mesurées et dandinées, font merveilles et subjuguent. Comme sur « Ameba », noyé sous les saturations, traversé par des riffs électriques, interrompu par un passage groovy et industriel, ou sur « Texturas », fédérateur et immédiat, Soda Stereo sait malgré tout rester sexy, charmeur et fédérateur, avec son chant tantôt trafiqué et nerveux, tantôt doux.
Progressivement, de manière insidieuse, l’album va se déliter, proposer des morceaux plus étendus, plus tranquilles, comme s’il fondait. Comme la fin de « Clarusco », sa disto qui se prolonge, pour mieux introduire le très beau « Fué », son caractère sexy et moite, son saxo discret, son effet jazzy, son impression de flottement et son recouvrement qui arrive petit à petit.
Un disque d’une stupéfiante cohérence, où on ne compte plus le nombre de tubes en puissance. Certains groupes, et même encore aujourd’hui ne sont jamais arrivés à un dixième de la qualité des chansons de Soda Stereo, ni même à prendre de quelconques risques, tandis que le groupe a cherché à innover.
Dynamo représente à merveille le son des années 90, tout en ne vieillissant jamais, faisant ainsi de Soda Stereo, un groupe historique en Argentine.

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