4 novembre 2007

Planète Zen : S/T


Planète Zen

Sortie : 1992
Produit par : The Rise and Fall of a Decade
Label : Single KO


Ce groupe aurait du rafler tous les succès, seulement, il y avait un tout petit problème : Planète Zen, au-delà de trahir son pays en chantant en anglais, pratiquait du shoegaze, et à l’époque, hormis quelques étudiants bretons ou parisiens, tout le monde s’en foutait.
C’est bien dommage car les titres font preuve d’un sens incroyable de l’accroche. Les mélodies se savourent comme des bonbons, malgré l’acidité des guitares. Certes la formule : distorsions + voix délicieuse (celle de Muriel Bonfils) peut paraître simpliste, surtout lorsqu’elle se décline sans peu de variations (toutes les chansons se ressemblent ou à peu près), mais elle permet de mettre au goût du jour la pop. Et d’offrir un allant, une fougue et une fraîcheur retrouvée à des mélodies naïves de simplicité.
Des titres enjoués, simplistes, assez courts, joués dans le rouge et recouverts de sons criards, voire même crispant, ne traduisent que l’empressement du groupe à se lancer dans la musique, quitte à brûler quelques étapes. « Vu que je ne savais pas du tout jouer de guitare, c'était facile: je branchais une disto, j'envoyais deux accords... ça sonne tout de suite, ça fait du bruit et quand tu fais du bruit les gens ont l'impression que tu sais jouer! » avoue Muriel Bonfils.
Alors on pourra toujours dire que après tout, Planète Zen ne fait rien de plus que du My Bloody Valentine, et certains journalistes ne manquèrent pas de le faire remarquer, et a priori c’est vrai. Planète Zen n’apporte rien de neuf. Mais ça ne peut pas faire de mal.
Et avec des chansons de la trempe de « Charlie the spacedriver » (leur plus célèbre single, celui qui lancera leur carrière) ou « Why we split », il ne faudrait pas s’en priver. On reprocha un certain manque de risque, notamment pour s’obstiner à chanter en anglais, mais cela n’est qu’un malentendu. Muriel Bonfils devra se rendre à l’évidence : « il y a vraiment un problème de rythmique dans notre langue. Il est plus difficile d'écrire des textes qui soient cohérents et qui sonnent bien, car notre vocabulaire chargé de sens est souvent trop long pour en faire des phrases intelligibles. Je prends les textes comme ils me viennent, indifféremment dans une langue ou l'autre, je ne réprime rien. ». S’arrêter là-dessus implique de passer à côté du charme indéniable de chansons comme « Dreamland » (et la voix incroyable de Muriel), véritables bombes soniques, ou bien le lancinant « Solar Hammond ». Car en réalité, le groupe ne se prend pas à la légère, comme le démontre certains titres (« J’aime pas les poufs »).
Le mérite de Planète Zen, à défaut d’être original, est de remettre au goût du jour, une certaine idée de la pop, directe, franche, entière et sans maniérisme, presque punk. On ressent pas mal l’influence de groupes comme The Darling Buds ou The Primitives en fin de compte, et il n’est finalement pas si étonnant que ça de noter la présence de « Denis », reprise de Blondie, envoyé pied au plancher et délicieux de minauderie. L’album cache même une petite ballade merveilleuse, noyée sous un déluge de guitares, « Slow », où le tempo ralenti et la voix féminine doublée font des ravages !
Et finalement le cas Planète Zen résume bien le mal du rock français : le problème ne vient pas du manque de qualité, surtout avec la vague indie des années 90 dans laquelle s’inscrivait en plein le trio, mais du fait que peu de gens en France sont capables de s’en apercevoir…

2 commentaires:

asylum a dit…

Aaah, The Rise and Fall of a Decade !
ça c'etait un bon groupe!
D'ailleur le chanteur est mort il n'y a pas longtemps! RIP

lyle a dit…

"Et finalement le cas Planète Zen résume bien le mal du rock français : le problème ne vient pas du manque de qualité,...mais du fait que peu de gens en France sont capables de s’en apercevoir…"

C'est malheureusement tellement vrai !
Cet article me donne envie d'écouter un groupe que j'avais manqué à l'époque...