23 août 2010

Fiche artiste de Spiritualized



Spiritualized

C'est un chagrin d'amour qui sera à l'origine du chef-d'oeuvre de Spiritualized. La claviériste du groupe, Kate Radley, et accessoirement petite amie de Jason Pierce, annonce qu'elle s’est mariée en secret avec Richard Ashcroft, le dandy shooté de The Verve. Marqué par une immense peine, presque impossible à calmer, malgré les quantités incommensurables de drogues qui transitent par ses veines, Jason Pierce ira se consoler dans la musique.
L'innoubliable « Ladies and gentlemen we are floating in space », ode à l’évasion, ode à la fuite, ode aux transgressions, octroie à l’auditeur un voyage incroyable et inouï, traversé de milliers de sentiments, complexes et touffus. La mélancolie enserre le tout et sublime chacune de ces notes délirantes.
Véritable support et catharsis des angoisses de son génie créateur, au cerveau cramé, Jason Pierce, la musique de Spiritualized, nourrie à diverses influences garage, soul, shoegaze, psyché, est le dernier refuge pour les âmes meurtries.
Tout d’abord, et c’est bien normal, la pochette ressemble à une boite de médicament, il s’agit de suivre scrupuleusement la posologie. Après tout, la musique se vit comme un remède, Jason Pierce le dit lui-même : « je veux un peu d’amour pour faire fuir la douleur ». Comme un appel, le titre (définitivement culte) nous invite à l'évasion. Car pendant plus d'une heure il n'est pas question de poser les pieds sur Terre. Des guitares saturées et carillonnantes aux choeurs gospel en passant par des saxos déchaînés ou des violons poignant de grâce, on vogue dans un psychédélisme total. Fanfare folle pour fanfare de l'espace : on n'avait jamais entendu pareil bordel instrumental qui soit autant maîtrisé, aussi cohérent et surtout, surtout, aussi jouissif.
L’album, sorti en 1997, considéré comme un des meilleurs jamais sortis en Angleterre, classé n°1 de l’année par le NME, devant OK Computer de Radiohead (« ce qui en dit plus sur le NME que sur Spiritualized » dira plus tard Jason Pierce), est avant tout l’apothéose d’une progression constante dans le lyrisme, la boursouflure et l’imagination. La concentration du désir de Jason Pierce de créer l’œuvre psychédélique ultime, lui qui avait commencé avec Spacemen 3, dans les années 80, à « prendre des drogues pour faire une musique à écouter en prenant des drogues ».
Déjà groupe culte de la petite ville de Rugby, aussi connus pour ses albums fumeux et langoureux que pour leurs concerts, où les membres se contentaient de jouer assis, sans regarder le public, avec pour seul éclairage des projections d’images psychédéliques, une attitude larvaire et neurasthénique qui ne sera pas pour rien dans le shoegaze à venir. Mais avec son comparse Sonic Boom (qui s’en ira former Spectrum), les contentieux s’additionnent, les autres membres du groupe adjurent Jason Pierce de monter un autre projet, Spiritualized, et le divorce sera définitivement consommé lorsque sortira la reprise des Troggs en 1990, « Anyway that you want me », chanson que voulait reprendre Sonic Boom depuis des années.
Avec Spiritualized, Jason Pierce aura les mains libres, et au grès des changements de personnels et de musiciens, il construira un des œuvres les plus passionnantes et les plus fascinantes du rock indé anglais. Dès son premier album, « Lazer Guilded Melodies », un album subtil, langoureux et tranquille, application directe de la devise « minimum is maximum », il déposera pour la postérité les bases d’un shoegaze envahi de torpeur, influence pour une génération entière de musiciens.
Contaminé par l’expansion et l’excès, les albums suivants, comme « Pure Phase » ou « Let it come down », seront eux-aussi de vraies réussites, de vraies capsules hallucinogènes, de vraies défouloirs sentimentaux, jusqu’à ce qu’une grave pneumonie laisse Jason Pierce entre la vie et la mort. Remis de cette expérience douloureuse, ce dernier, avec son album « Songs in A and E », reviendra à plus de délicatesse, de simplicité et de minimalismes, comme on revient à ses premiers amours en somme.

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