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17 mai 2008

Fiche artiste de Green Hill


Green Hill

On sait très peu de choses sur ce groupe de Berlin.
Tout d’abord parce qu’ils n’ont pas sorti beaucoup d’albums et ont eu une carrière assez brève, ensuite parce qu’ils ont tournés essentiellement dans leur pays, sans s’exporter d’avantage.
Participant à la base au courant shoegaze avec leur premier EP, « Charme », sorti en 1992 mais introuvable depuis, avant l’album « Toulouse », Green Hill, mené par Rajko Lienert, élaborait ainsi des ambiances rêveuses et très travaillées.
Par la suite, en compagnie de Frank Hillmann (voix, guitares, percussions), Mike Hillmann (guitares), Torsten Thelemann (basse), Torsten Ebener (batterie) et Susi (voix, clavier), il découvre la house allemande, la brit-pop ou encore le break-beat et s’en inspire. Dans un premier temps pour ouvrir son style à plus de légèreté, puis après pour monter un autre projet electro, intitulé l’Eau.
Qui aura malheureusement pour effet immédiat et sans concessions de plonger la formation dans l’oubli le plus total.

Discographie :

- Toulouse

- Pigs Might Fly

9 avril 2008

Green Hill : Toulouse


Toulouse de Green Hill

Sortie : 1992
Produit par Charlie Jensen
Label : Harvest Germany

Green Hill ou la symbolique du rêve.
Il arrive des états où la conscience s’éteint petit à petit pour laisser place à un enchaînement sans queue ni tête de pensées, d’impressions, d’images qui accompagnent l’arrivée du sommeil. Toulouse met en son tout cela.
Se basant sur des chansons avenantes, l’album glisse vers le flou et la féerie floutée. On ne voit rien venir car cela se fait progressivement mais on tend bien vers l’apesanteur.
D’une simplicité mélodique à couper le souffle, Toulouse n’est qu’un voyage au travers des chansons de toute beauté, tout d’abord perceptibles (« He », ses climax imperceptibles comme une plume, ce chant éthéré, dont le léger accent germanique ne manque pas de charme, ses petites touches à la guitare coûte que coûte qui subsistent aux déferlantes noisy), voire même adorables (le classique « You » traversé d’éclairs) avant de devenir moins évidentes et moins immédiates. Il faut alors y rentrer pour s’y émerger car les mélodies se transforment, incluant des passages plus obscurs (« Toulouse ») et offrant moins de place pour la facilité et plus pour l’évasion.
D’ailleurs le chant se fait parlé sur « Excuses », comme s’il venait de loin et que l’imagination parlait dans le sommeil, propos doucereux zébrés de temps en temps de saturations, avant un refrain de toute beauté, souffle magique de voix, vocalises féminines mixées en retrait et effets de cathédrales. Jusqu’à atteindre une magie virginale, car exempt de toutes les impuretés du monde réel, ce quotidien qui bouffe tout et oblige à se coltiner déceptions, hypocrisie, intérêts égoïstes et compétition. Ici, pas la moindre trace de dédain, il n’y a que du fabuleux. Et c’est amplement suffisant.
Rien n’a de prise parce que les guitares passent comme dans des rêves, les voix sont gorgées de douceur et les distorsions s’effilochent comme des fils d’or. Jusqu’à ce que les titres fusionnent entre eux, comme les quatre derniers qui aboutissent à « P.Pronoun », morceaux d’un puzzle onirique de lyrisme fugitif.
Sur la fin, comme sur « They » les chants se gonflent en légèreté, s’intercalant au milieu de guitares sèches et d’autres plus atmosphériques, créant ainsi un univers de majesté d’une modestie et d’une discrétion toute poétiques. Il n’y a de moins en moins de supports sur lequel se rattacher, Green Hill emmêlant les guitares à tout un ensemble, rythme, effet d’échos, voix, qui dès lors vire à l’agglomération merveilleuse. Les rapports avec la réalité sont coupés et c’est un esprit qui vogue vers l’horizon que se propose d’accompagner le groupe.
Il était donc normal que le dernier titre, « She », ne soit qu’un chant divin, incompréhensible, et noyé dans l’écho, dernière étape avant l’entrée dans le sommeil et les rêves.

16 février 2008

Green Hill : Pigs Might Fly


Pigs Might Fly de Green Hill

Sortie : 1994
Produit par Michael Grund et Ingo Krauss
Label : Harvest

Alors qu’on s’attendait à retrouver ces chères plages shoegaze tant affiliées groupe, voilà qu’on tombe sur un rythme complètement electro, voire même trance goa, hardcore et hypnotique.
Il n’y a pas à dire, « Turkish Honey » déroute ! Sublimée par des guitares saturées et des voix psychédéliques et trafiquées, la chanson s’engage dans de toutes nouvelles voies, habituellement peu proches du rock. Que ce soit par goût pour l’electro ou par volonté de créer un vrai trip synthétique, Green Hill surprend son monde.
En fait « Pigs Might Fly » est un véritable fourre-tout : on y trouve tous les genres !
Sans cohérence, sans fil conducteur, hormis une joyeuse nonchalance à piocher de ci, de là parmi des styles différents, l’album présente différents titres qui sonnent comme si les musiciens avaient voulu s’amuser et rigoler. « Dorian Gray » et son chant sorti d’un cartoon, son indolence so kitch, et sa légèreté de ton tranche nettement avec la chanson précédente. Une chose est sûre cependant : à aucun moment Green Hill ne se prendra au sérieux. L’objectif est de s’essayer à diverses choses, sans revendication, juste le plaisir de signer des titres sympathiques (« Dead Poets Society », qui sonne très Brit-Pop ou bien « A night in the life et ses superpositions de guitares sèches et saturées), voire même de se dégager de l’image trop sérieuse et romantique que possédait le groupe à la suite de son premier album.
Les surprises sont légions : un morceau reggae qui finit par virer au ska de la manière la plus naturelle du monde (« The Model ») se perd au milieu d’un morceau post-punk (« What do you see » et sa basse en avant). Bref, c’est à ne plus rien y comprendre. A la fin, on ne cherche plus à savoir où le groupe veut nous entraîner, on se laisse prendre au jeu et emporté par les guitares saturées qui traversent souvent les morceaux mais sans jamais prendre le dessus (« This Dream »).
On a bien du mal à se retrouver dans tout ça, et parfois on se demande si les bons choix ont été faits, déséquilibrant la qualité des morceaux. Mais fort heureusement, Green Hill n’a rien oublié de ce qui faisait tant son charme. Signant quelques unes des plus belles mélodies, le groupe allemand est encore capable sur cet album de séduire. Des titres purement shoegaze comme « The Release », pop à souhait mais noyé sous les guitares, entretiennent le plaisir d’écoute.
Et le groupe n’est jamais aussi proche de la beauté pure que lorsqu’il ralentit le tempo, n’hésite pas à se faire plus atmosphérique et sublime ses chansons par des passages de distorsions féeriques et des chœurs magnifiques : « Tommy » présente des voix en duo, très soufflées et typique du shoegaze, ce qui rend encore plus magiques les guitares, qu’elles soient cristallines ou saturées. Le moment relâché au milieu, au cours duquel on suspend presque son souffle, est un vrai régal pour les oreilles. Autre exemple avec « Away », sans conteste la plus belle chanson de l’album, petite ballade tranquille, s’élève alors sous le coup des guitares et d’un refrain aussi merveilleux que fédérateur, avant de partir très loin lors d’une solo aérien et planant.
Original et déroutant, un peu trop dispersé sans doute, ce deuxième opus respire cependant la fraîcheur.