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7 juin 2011

Fiche artiste de Aspidistra



Aspidistra

David McLaughlin, le patron autodidacte de Fluff (micro-label de Leicester qui a signé entre autres, Hood et Boyracer à leurs débuts) dit à propos d'eux : "Aspidistra est arrivé de Perth, en Ecosse. Ils aimaient faire la fête et étaient plutôt cool. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus ensuite".
Cette formule, interchangeable, ne renseigne pas énormément, tant elle pourrait au final s'appliquer à tellement d'autres. A tel point qu'on pourrait en faire la définition du groupe typique anglais, jeune, fringuant, arrivé là un peu par hasard, désireux d'avoir des bières gratuites en échange de quelques coups de grattes, et qui parvient malgré tout à signer quelques fulgurances.
Car des fulgurances, Aspidistra aura eu l'occasion d'en signer quelques unes, sur le label Fluff donc, véritable entreprise Do-It-Yourself, extension de fanzines et entretenu quasiment à main nue par le seul David McLaughlin, mais aussi sur le label Lust Recording, juste avant, en 1990 (déjà !).
A l'époque où le shoegaze n'était pas encore un mot de journaliste, une époque où Ride n'allait pas tarder à sortir son tout premier single, une époque où il était encore très bien vu de faire cracher des saturations à tout bout de champs. Aspidistra participera donc à la scène de Newcastle, même s'il en est pas originaire, en compagnie de Feral, The Lavender Faction ou Mr Peculiar.
Et comme le dit si bien David McLaughlin, on ne sait rien de ce qu'il leur est advenu après ces quelques singles. Ce qui est le lot de nombreux groupes anglais.

Aspidistra : Sunrise EP


Sunrise EP de Aspidistra

Sortie : 1990
Produit par Aspidistra
Label : Lust Recording

Du shoegaze joué par des fous furieux, ça donne comme résultat un vrai tourbillon. Le rythme est tellement emporté et le son si crasseux qu’on a l’impression que les musiciens eux-mêmes perdent la main sur la déferlante qu’ils ont lancés, à grand coup de saturations et de tempo effréné.
Le chant a beau essayer de rester laconique et doucereux, ce sont les écorchures des saturations et le grain dépouillé de la production qui filent le tournis : « Stunned » n’est qu’un amalgame de crépitations quasiment informe et bourdonnant. Pourtant la mélodie reste délicieusement typée indie pop. Et les guitares s’envolent loin.
Cela replonge instantanément à l’époque des débuts brouillons du mouvement shoegaze, notamment à Newcastle, avec Feral ou The Lavender Faction. Lorsque tous ces groupes, pour se faire voir, sortaient uniquement leurs singles en vinyles ou en flexi-discs, et qu’ils écumaient les bars, faute de moyens. On sent dans ce single la naïveté de la production et la fougue de secouer, tant pis pour les approximations ou les à côtés sonores (« Ignite » est court, vif, relâché mais écorche les oreilles).
Si les membres d’Aspidistra cherchent avant tout à signer la pop-song parfaite sans se poser plus de questions que ça, sans soigner le rendu, ni chercher à adoucir le volume des guitares, on se retrouve avec des saturations crispantes et une batterie massacrée. Et le propre du shoegaze est d’arriver à extraire de ce marasme coquin et juvénile, LA mélodie céleste, celle qui envoute et remporte tous les suffrages. La guitare mirifique du splendide « Happy Sunday Stories » flirte avec les étoiles, avant qu’un tonnerre de saturations lui tombe dessus. Et c’est cette ambivalence étrange entre l’acharnement électrique et l’allégresse angélique qui rend ces chansons primesautières superbes.
C’est un premier essai, et ça s’entend, ce qui n’empêche pas le groupe d’avoir signé un hymne shoegaze, symbole de la première vague anglaise, avant même que le shoegaze ne soit vraiment connu (nous sommes en 1990, rappelons-le), et encore, est-ce que le shoegaze a réellement un jour été connu ? Ainsi « Sunrise », avec son rythme tressautant et ce chant en retrait discordant avec ce déversement de guitares quasi-intarissable n’usurpe en rien son titre de petit bijou.

5 juin 2011

Aspidistra : Grip EP


Grip EP de Aspidistra

Sortie : 1991
Produit par Aspidistra
Label : Fluff

Le tube oublié de ce groupe oublié, c’est clairement « Grip », une chanson parfaite, qui rend bien compte de ce que représentait le shoegaze au début, sans le lyrisme, sans l’exagération, sans le romantisme outrancier. Trois minutes et quelques de fraîcheur, de dynamisme et d’évasion sonore. On s’émerveille de peu de choses : un chant qui reste en retrait, des caisses frappées à grande vitesse et durement, des guitares surchauffées, un vrombissement assourdissant. Le mélange aboutit à une chanson simplissime mais fabuleuse. Cela semble trois fois rien mais Aspidistra réussit là à dire l’essentiel.
Et Aspidstra rappelle bien justement que le shoegaze, c’est avant tout des guitares, en témoignent les obscures distorsions qui servent d’intro au nom moins obscur « Frances », plus lourd, plus expérimental, plus ténébreux, où la voix douce et cachée se dispute aux guitares, démolissant méchamment toutes constructions sonores.
Un single qui remplit parfaitement son rôle : une chanson efficace, détachée de tout contexte, qu'on écoute juste pour elle-même, avant de s'évanouir et de disparaître dans l'évanescence d'un plaisir furtif.

Aspidistra : Cradle EP



Cradle EP de Aspidistra

Sortie : 1992
Produit par Martin Howard
Label : Fluff

Dans l’histoire du shoegaze, beaucoup de groupes n’ont jamais eu la possibilité de sortir un album, se contentant d’une poignée de singles, encore imparfaits mais pleins de promesses, sans que jamais l’enthousiasme présent ne puisse aller jusqu’à la concrétisation.
Aspidistra a lancé la vague du shoegaze en son temps, celui de l'obscur label Fluff (qui a sorti les premiers singles de Hood et de Boyracer) et surtout du label Lust Recording (avec entre autres, Mr Keaton, Feral ou The Lavender Faction), ces petites structures, sortes d’extension de fanzines, montées avec peu de moyens et beaucoup de cœur, qui permettront à quelques formations d’avoir leurs chansons juvéniles et crasseuses enregistrées sur vinyle.
Dans le milieu underground à l’aube des années 90, ce ton unique et nouveau, frais et cradingue au possible, se met un peu à l’écart. Peu de gens firent grand cas du shoegaze dans l’ensemble, en tout cas pas le shoegaze des piliers de bars, bruyant et sans prétention. Il fallait dire que ces guitares faisaient un boucan du diable. Ce qui n’empêcha pas les amateurs du genre d’être sidérés par ce son absolument pourri mais jouissif.
Ce single contient tout ce que l'indé peut faire de plus beau, notamment avec « Demand Better Protection » : pas de refrain, pas de couplet, juste des riffs mélodieux, un rythme soutenu, une saturation décoiffant et une richesse sans limite.
L’Histoire oubliera ensuite ce modeste groupe.