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18 octobre 2010

Fiche artiste de Swirl


Swirl

On ne peut s’empêcher de ressentir une tendresse toute particulière pour ce groupe de Sydney, son discours, sa musique aérienne qui s’apparente à une vague, son style indie, ses fringues gothiques et les longs cheveux noirs de Nicola Schultz, probablement une des plus belles chanteuses de l’univers shoegaze. Avec Ben Halways et David Lord, elle incarnera les plus belles heures du label Half a cow (Nic Dalton).

Clip vidéo : "Tide"


11 octobre 2010

Swirl : Aurora


Aurora de Swirl

Coup de coeur !

Sortie : 1992
Produit par Ric Dalton
Label : Half a cow


Bien souvent le shoegaze fut raillé, dénigré comme étant du sous-rock, une absence de prise de risque, un calfeutrage derrière un mur du son, une sorte de dérive puérile, comme si cette pop saturée et électrique devaient témoigner d’une maladresse.
A la différence du rock traditionnel, celui qui groove, celui qui fait danser, celui qui ne réfléchit pas, le shoegaze et ses myriades de couches alanguies et béates se positionnent vers un pôle beaucoup plus évanescent en fin de compte. Vécu comme une arborescence indigne, un bâtard, ce mouvement sera mis de côté, et tous ces groupes, comme Swirl, formation australienne, en même temps.
Swirl, pourtant, pratiquait une musique magique, à la fois noire et pleine d’innocence, construite autour d’ambivalences, de floues et de vagues passionnelles. Si on y réfléchit bien, Swirl ne voudrait faire que de la pop, de la vraie, pure, stupidement enjouée et optimiste, comme sur les adorables ballades folk « Afraid » et « People I know », sauf qu’à chaque fois, le tempo est alors ralentie, les voix toujours aussi douces mais moins convaincues, se laissant gagner par le désenchantement. C'est ce romantisme qui fait qu'on a de la tendresse pour ce groupe.
Là où le rock traditionnel appliquait sa formule ultra-classique et raisonnable, guitare + rythme binaire = bonheur, le shoegaze, celui de Swirl particulièrement, avec ses chansons gothiques recouvertes de guitares sucrées, érige plutôt l’agitation comme credo. Une agitation qui touchera autant les guitares, entre tranquillité et tourbillon forcenée, que les passions, un coup pleines d’espoir, un autre désemparées. Sous les soubresauts émotionnels, ces jeunes musiciens lascifs et au look de corbeaux noirs, chantres du psychédélisme, en viendront à abdiquer, abandonner toute idée de contrôle pour laisser parler les guitares saturées et les roulements de batterie. Les mélodies toute petites et toutes mignonnettes, qui évoquent tant la twee des groupes de Sarah Records (comme Sweetest Ache ou Brighter), traversées de zebras mirifiques de guitares sèches, sont alors interrompues brutalement par une accélération soudaine, déboulant sans prévenir. C’est le cas de « My small life », et c’est le cas aussi de « Kaleidoscope », qui après avoir démarré sur une berceuse avec harmonica, se conclut sur des tonnes de saturations, de coupures de rythme, des démarrages et des ralentissements, partant dans tous les sens dans une orgie sonore.
Les contradictions s’immiscent, entre la légèreté des voix, des chants, et la rudesse des guitares (« The Chase », quasiment aussi noise que The Telescopes) ou les entrées martiales, obscures et solennelles, rompant avec la langueur ambiante.
On pourra toujours reprocher à Swirl son refus du classicisme, cette absence de clarté dans le sens ou le message, malgré tout, cela démontre que le shoegaze est avant tout un mouvement fait pour s’abstenir de contraintes et de barrières. C’est cet élan lunatique, parfois maladroit et disparate, qui sera à la base de ce rassemblement d’échos tout aussi timides que lyriques, tout aussi humbles que tempétueux. Définition même du romantisme, le shoegaze de Swirl, qui se sera révélé comme un groupe attachant injustement méconnu, aura été celui de jeunes gens, un peu perdus mais agités de sentiments exacerbés, tournées vers eux-mêmes et non pas vers l’extérieur, comme pour témoigner un désenchantement générationnel, aussi bien en terme de portée musicale, que de portée tout court. Cela va se traduire par des saturations qui n’en finissent jamais et des chœurs soufflés qui n’en finissent jamais non plus.
C’est noir, presque gothique, mais cela reste léger et aérien. A l’instar des très beaux « Tears » (bouleversant) ou « She goes », tempête grondante, basse en avant, guitare indie pop, et pureté du chant, qui en plus de faire rêver, rassemble en quelques minutes à peine l’amassement des états émotionnels, extases, décroches, tourments. Si bien qu’on obtient quelque chose de bien différent du rock traditionnelle, sans doute trop centré sur le « je » adolescent pour obtenir l’approbation de la presse et du grand public, mais qui a le mérite de proposer un écrin parfait pour le rêve, le ravissement, le mystère, la grâce.
Une manière de se réapproprier les espaces et l’instrumentalisation pour en faire un nouveau refuge, un confident aux aspirations et aux doutes. Car il est si doux de se lover au sein de cette mélodie, celle de « Breathe », chanson fleuve de près de 9 min, si incroyablement belle, menée par une basse de toute beauté, une ligne à la guitare splendide de douceur, des harmonies vocales soufflées d’enfants de chœurs, et des secousses de saturations à en trembler de bonheur.

6 octobre 2010

Swirl : The Last Unicorn


The Last Unicorn de Swirl

Sortie : 1994
Produit par Ben Aylward
Label : Half A Cow


Même si Swirl laisse un petit peu de candeur infiltrer ses chansons, pour une bonhomie qui rappelle le bon temps de l’indie pop, l’innocence et la légèreté, comme sur « Strangelands » ou « Going Home », très traditionnel, il ne faut pas se leurrer : ce deuxième opus est en réalité beaucoup plus noir.
Les ambiances, derrière les apparences, sont nocturnes, avec un je-ne-sais-quoi de féerique qui fait toute la différence. La façon dont les guitares sont distordues à la fin de « Strangelands » annonce la couleur. En réalité, le ton est plus grave et plus profond.
Ainsi les chansons en général sont assez torturées, emportées, assombries aussi quelque part, probablement par les tourbillons de guitares ou le ton évanescent du chant. « Tailor’s Eye » est un superbe morceau, tout aussi magique que dark, mêlant à la fois solennité et émerveillement. La petite mélodie absolument adorable et crépusculaire qui inaugure « Chains », comme on entame une cérémonie funéraire, finit par être recouverte par une déferlante qui n’en finit jamais, sur un ton particulièrement auguste, sorte de tourbillon de plus en plus fort, à en couper le souffle. Ce côté épique, on va le retrouver par exemple sur « Dark Star » (qui porte bien son nom), avec son roulement de batterie d’enfer, ces saccades saturées, ce shoegaze dantesque et impressionnant, conférant de l’ampleur au message.
Mais là où Swirl est le plus subversif encore, c’est probablement dans sa gestion, parfois durant le même morceau, de ses temps effrénés, martiaux, tranchants, et de ses relâchements rêveurs, plus romantiques, dans le chant notamment, très suave. « The Last Unicorn », la chanson éponyme, démarre comme dans un rêve, de manière douce et merveilleuse, soutenue par la voix de déesse de Nicola Schultz, avant d’être entrecoupée de guitares saturées plein d’allant et d’énergie.
Paradoxalement, c’est lorsque les guitares shoegaze s’éteignent progressivement, que Swirl dévoile alors le cœur de son style avec le plus de pudeur, drapé par une théâtralité acoustique, rempli de violons tristes, comme sur « Night of the Unicorn » ou « Poppel Grave », qui évoquent tout autant la dream-pop que le gothisme moyenâgeux, pour atteindre une beauté incroyable.
Beauté qui ne manquera pas d’être sublimée et renforcée par les attaques de guitares saturées, à l’instar du long et ultime « Hyperon Crash ».