Affichage des articles dont le libellé est The Boo Radleys. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est The Boo Radleys. Afficher tous les articles

28 octobre 2010

Fiche artiste de The Boo Radleys




The Boo Radleys

Le groupe de Martin Carr glissera progressivement du shoegazing vers la pop en passant par le psychédélisme mais sans jamais connaître le succès qui lui était du.
Le groupe de Liverpool sera considéré alors comme le plus grand groupe anglais inconnu du grand public.

12 août 2010

The Boo Radleys : Giant Steps


Giant Steps de The Boo Radleys

Indispensable !

Sortie : 1993
Produit par The Boo Radleys
Label : Creation


Avec Giant Steps, Martin Carr apporte sans doute la réponse la plus cinglante à tous ses détracteurs.
Critiqué, répudié pour être un mouvement sectaire, jusqu’auboutiste, le shoegaze était replié sur lui-même. Le leader des Boo Radleys fit la démonstration par A + B que ce style n’était pas qu’un simple empilement de guitares. Le fruit d’un an de travail acharné en studio permet de prouver au passage que la saturation n’est pas un facteur limitant à la soif de nouveautés ou de mariages incongrus.

Ce qui étonne d'emblée, c'est le ton résolumment positif que l'on retrouve dans beaucoup de chansons. Pour du shoegaze, cela peut être étonnant, le genre étant souvent cantonné dans une pesanteur hermétique. Ici, Martin Carr, qui a quasiment écrit l'album à lui tout seul, a permi à ses titres de gagner en chaleur, en bonne humeur et en légereté. Un certain côté aérien et savoureux se dégagent de "Wish I was kinny" (ou ont été convié les membres de Moose au grand complet), "If I want it take it" ou "Barney (and me)", qui auraient pu être de véritables tubes en puissance, malgré leur saturation.

Mais Giant Steps c'est bien plus que cela : c'est un trésor, une source inépuisable d'émerveillement, une parfaite réussite où harmonies vocales, électricité et trouvailles pop s'assemblent superbement, avec un sens de l'invention inouï. Depuis combien de temps n'avait pas entendu de tels enchantements à l'image de "Best loose the fear" ou le single "Lazarus" (Margaret Fiedler de Moonshake participe à la chanson) ? Il n'est pas encore arrivé le groupe qui égalera ne serait-ce que le dixième de la magie de ces morceaux.

On n’avait jamais entendu de pareils arrangements associés à des saturations sans fins. Personne n’avait jamais osé. Ce troisième opus se révèle surprenant, luxueux, cosmopolite et bigarré. Enrobées par des saturations omniprésentes et intrusions décalées d’arrangements de guitares acoustiques, de claviers, de flûtes, de trompettes, de cors et autres bruits samplés, les chansons chavirent entre vague tranquille et tempête excentrique. "Take the time around" en est un parfait exemple. Ballotté au grès des eaux, on perd repère et on plonge alors beaucoup plus volontiers dans ce kaléidoscope fascinant. Immédiatement enchanteur et pourtant incroyablement riche, Giant Steps est un rendez-vous psychédélique immanquable. Tentez l'expérience vous-même : réécoutez l'album de manière répétée et vous y découvrirez toujours quelque chose de nouveau.

Arriver à conjuguer ainsi mur du son et exigence dans le rendu, le tout pour servir des chansons de très grande qualité, est un pari sur lequel beaucoup n’aurait pas misé une livre auparavant. Mais les Boo Radleys précisent ici qu’on peut très bien s’amuser avec le shoegazing et jongler avec les humeurs. Chaque chanson regorge de trouvailles, que ce soit les saxos de "Butterfly Mc Queen", le rythme dub de "Upon 9th and fairchild" ou reggae de "Lazarus", les bandes passées à l'envers sur "Spun Around", l'intro tecknoïde de "Rodney King" (avec Muriel Barham en guest voice), ou encore l'orchestre symphonique suivi de façon incongrue par l'ambiance lounge sur "I've lost the reason". La voix de Sice se fait tantôt caressante, tantôt elle est trafiquée et mixée. Dans tous les cas, elle sert idéalement le caractère léger des morceaux. Toujours saturées, mais jamais bruitistes, ces derniers sont tout aussi ouatés qu'ils sont acidulés. The Boo Radleys signe alors là une vraie référence psychédélique, les rapprochant de leurs glorieux ainés des sixties (et on comprend mieux pourquoi Martin Carr était si fan du groupe californien Love).

En 1993, lorsque l'album fut sorti, la presse tomba des nues, et devant pareille beauté, pareil sens de l'arrangement, pareilles mélodies pop, il fut élu "album de l'année", ce qui vaut tous les commentaires. Ce titre est suffisament équivoque pour en rajouter.

25 mars 2008

The Boo Radleys : Learning to walk


Learning to walk de The Boo Radleys

Coup de coeur !

Sortie : 1993
Produit par : Rudi, Alan Moulder et The Boo Radleys
Label : Rough Trade


Fort du succès critique de "Giant Step", les liverpuldiens sont au sommet de leur art. Dans la foulée, Rough Trade fait paraître « Learning to walk » qui revient sur les débuts du groupe.
Figurent sur cette compilation, les trois premiers EPs (« Kaleidoscope », « Every Heaven » et « Boo ! ») qui sont sortis entre 1990 et 1991.
Et dire que Martin Carr les a jugé de mauvaise qualité !
Pour un coup d’essai, ces chansons sont tout bonnement incroyables ! Virevoltantes, dynamiques, punchy et pleines de rebondissements, c’est à peine si on n’en sort pas chamboulé.
The Boo Radleys savait déjà à l’époque créer un électro-choc mélodique et leurs compositions n'étaient souvent que des aires de décollage pour un voyage lointain dans les déferlantes noisy. Leur son primitif, concentré et violent, les guitares en cascades, la voix éthérée et douceâtre de Sice, renversent tout de manière frontale. Le groupe n’a pas peur de faire du bruit et même beaucoup comme sur « Kaleidoscope », tout bonnement complètement fou avec sa basse énorme et ses saturations sans fins. L’ouverture de « Aldous » est magique avec ses accords à la basse et à la guitare sèche qui vont être noyé sous une avalanche féerique de saturations et de solos. Quant à « The Finest Kiss », une de leur meilleure chanson, on retrouve un rythme carré, mais qui laisse suffisamment de place pour des circonvolutions inattendues à la guitare brouillée et crasseuse. Et que dire de « Tortoiseshell » ? La voix de Sice semble venir d’ailleurs tant elle dénote par sa suavité au milieu de cette ambiance si saturée qu’elle en devient presque arabisante.
"Learning To Walk" mérite le détour. Sans doute parce qu'il est plus direct, plus brut que les albums qui suivront. On retrouve une combinaison géniale de nerfs et de cérébralité, de psychédélisme (à noter les reprises de "Alone Again Or" de Love et de "Faith" de New Order, interprétées lors des John Peel's sessions et passées sous le mixer) et de vivacité, le tout enrobé dans un certain laisser-aller et d'une préférence pour les explosions fracassantes. Le mur de reverb' est effrayant: les guitares et la basse se taillent la part du lion et les pédales d'effets forment un orchestre à part entière. Ça sonne comme une tornade, avec ses baisses imprévues de souffle et ses reprises de vigueur dévastatrices. A l’instar de l’extraordinaire « How I feel », avec sa structure en tiroir, qui commence par une paresseuse mélodie parasitée jusqu’à noyer le chant avant de se suspendre dans une détente céleste. Une pause puis ça explose : un déluge de fracas inouï ! Et alors sorti de ce marasme, quelques arpèges et puis surtout, surtout, un jeu à la basse de toute beauté, et la chanson laisse place à un final de saturations et de voix angéliques qu’on distingue à peine. Epoustouflant !
Le groupe fait déjà preuve d’un sens de la composition, avec l’emploi de mélodies superbes et efficaces (« Bluebird ») mais aussi l’apport de guitares sèches (« Everybird » ou le superbe « Foster’s Van ») Tout en sachant rester magique et enchanteur : le divin « Naomi » fait basculer dans un autre monde. Sice Rowbotton peut bien continuer à réciter, on est déjà renversé. En plaçant des arias esthétiques sur un empilement sonore, la bande de Liverpool ose apporter un vent de fraîcheur vigoureux à la pop spatiale.
Exprimant à grand coup de butoir et de nonchalance électrique un talent hors norme, le groupe se place d’emblée au dessus de la mêlée.The Boo Radleys impose leur loi, une nouvelle, celle du bruit, de la fureur. En espérant que ces parasites sonores couvrent suffisamment la délicatesse qui les habite.

21 septembre 2007

The Boo Radleys : Everything's Alright Forever


Everything's Alright Forever de The Boo Radleys

Sortie : 1992
Produit par Ed Buller et The Boo Radleys
Label : Creation


Dès le départ on sent que le groupe a décidé de surprendre : les guitares sèches hispanisantes de « Spaniard » déstabilisent d’entrée, avant que la voix douce, très apprêtée, de Sice ne vienne ajouter une dose de majesté éblouissante à cette toute petite berceuse qui se conclu sur un superbe concert de trompettes.
Un morceau, en ouverture qui plus est, et on navigue loin des eaux territoriales. La seconde d’après et c’est un tonitruant « Toward The Light », court et fugace, qui assomme l’auditeur, avec ses saxos complètement barrés. Et ce n’est pas un « Losing it (song for Abigail) » qui va changer la donne : étrange, expérimental, basé sur des superpositions de sons et de samples, avant de s’éteindre et de laisser la place à une seconde partie plus douce et vaporeuse, sans cesse interrompu par des claviers cheap, évoquant les bruits des premières consoles de jeux.

Ce deuxième opus se révèle très éclaté, tentant trop de choses en même temps, bouillonnant, incapable de se concentrer sur une idée à la fois, passant vite à autre chose, ce qui est probablement à l'origine d'un manque d'unité. Il n’en demeure pas moins un amour pour les guitares, leur capacité à déclencher de vives secousses et leur son si saturé, si déchirant, au service de chansons pop miraculeuses et à haute valeur psychédélique. Sice, à la voix toujours si légère, tient la barre, soutenu par ses acolytes disciplinés mais on embarque pour ce qui est une traversée sans retour, dans des mondes imaginaires et bariolés. Album cosmopolite, Everything’s Alright Forever se veut un fourre-tout, sans qu’on puisse savoir ce qui va venir, à l’image de la magnifique chanson à tiroir « I feel nothing », dont quelques arpèges à la guitare sèche sortent d’un brouhaha de distorsions, pour être ensuite noyé par un vombrissement énorme.

Emmenées par un rythme effréné, des guitares qui sont utilisées pour dresser des arias sonores recouvrantes et un chant doux comme un nuage, des perles comme « Does this hurt ? » ou « Lazy Day » sont de purs régals de bonheur pop. Derrière les couches de guitares se cachent toujours quelques surprises, comme une guitare acoustique (« Firesky »), des voix trafiqués, qui se répètent, détraquées (« Room at the top ») ou des passages langoureux (« Paradise »). On a la tête qui tourne à la fin, tant on a été bringuebalé tout du long.
Bénéficiant, enfin, de moyens de production à la hauteur de ses ambitions, Martin Carr trouve là un son de qualité pour ses brises de saturations et autres tempêtes qui baignent l’album. On aboutit alors à un résultat qui relaxe et apaise les esprits, comme sur le diptyque « Firesky » / « Song of morning to sing », où le premier se languit dans le brouillage, tandis que l’autre, étonnement clair, se mue en douce ballade qui monte en puissance… avant de vite retomber.

Même si on connait de The Boo Radleys volontier les albums suivant "Everything's Alright Forever" ne démérite pas à côté et mérite qu'on lui rende son titre de chef d'oeuvre du shoegaze.