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29 juin 2010

Fiche artiste de AR Kane


AR Kane

Duo génial à qui on doit quasiment tout : dream-pop, noise, shoegaze, post-rock, ils ont tout inventé avant tout le monde. Leur influence est énorme et n'est plus à prouver.

AR Kane : When you're sad EP



When you're sad EP de AR Kane

Sortie : 1986
Produit par AR Kane
Label : One Little Indian

Lorsqu'on pousse les recherches et qu'on souhaite débusquer le premier single shoegaze, celui par qui tout a débuté, on tombe sur "When you're sad" du duo anglais AR Kane.
Ce n'est pas celui auquel on pense, par habitude, on a tendance à citer en premier lieu My Bloody Valentine, et pourtant, c'est bien celui-là, jouant sur les saturations et les voix éthérées avant même que le shoegaze devienne une réalité.
Des percussions industrielles et martiales pour une introduction dure, des distorsions à vriller les oreilles et des guitares crades, pourtant un rythme indolent, hypnotisant, rêveur commence à s'installer. A la surprise générale, c'est au milieu de cette ambiance froide, que surviennent alors deux voix d'une douceur inégalée, douce et sussurante, une masculine, une autre féminine et angélique. La basse peut alors tisser un riff inégalable. Progressivement les saturations vont arriver et le morceau se termine sur un maelström de guitares, tandis que les chants se maintiennent péniblement dans leur légereté.
Une sorte d'entrée impromptue de la grâce dans un monde cogneur, froid et particulièrement âpre. Ce qui se révèle en fait la définition du shoegaze.
La première chanson, donc, et un an avant My Bloody Valentine...

24 juin 2010

AR Kane : Lollita EP


Lollita EP de AR Kane

Sortie : 1987
Produit par Robin Guthrie
Label : 4AD

Avec ce single, AR Kane frappe un grand coup ! Et se place comme LA formation à surveiller !
En se remettant dans le contexte de l'époque (il ne faut pas oublier que nous sommes seulement en 1987), on se dit que la musique saturée de ce groupe a du faire l'effet d'une vraie claque.
Cymbales saupoudrées, échos new-wave, guitare sèche, percussion, voix ouatée : on entre dans un monde très choyé et merveilleux, légèrement trouble. Puis vient le tonnerre avec cette batterie plus dure et ces saturations, qui intensifient les propos, conférant à ce « Lollita », une dureté surprenante.
« Sado-masochisme is a must » démarre sur un flot de distorsions saturées à faire mal aux oreilles, que vient concurrencer des guitares sèches et des voix magiques, soufflées et duveteuses. Tandis que « Butterfly Collector » est plus lent, plus langoureux, mais non moins extraordinaire avec ces longues mélopées saturées, héritées de l’indus, qui se termine en un vacarme tout simplement assourdissant ! On se dit que Kevin Shield ne s’en est jamais remis !

AR Kane : 69


69 de AR Kane

Sortie : 1988
Produit par Ray Schulman et AR Kane
Label : Rough Trade

Autant prévenir d’entrée pour l’éventuel néophyte qui aurait entendu parler de AR Kane : ce premier album est particulièrement dur.
Déroutant avec ces rythmes difficiles, ces guitares saturées et tranchantes, ce ton rêveur et expérimental, ces voix black veloutées et chaleureuses, cette tendance à s’affranchir des carcans trop étroits du rock, pas forcément évident de prime abord.
Malgré tout cet album est considéré comme un classique, du moins un précurseur de pas mal de choses, le post-rock anglais notamment. Et cette influence n’est pas étonnante lorsqu’on écoute « Sullidays », complètement ambient et abscons, « Scab », avec cette guitare sèche, ce minimalisme, « Baby Still Snatcher » et ses saturations dures, limite indus, ou encore « The Madonna is with child », mélange de sombre piano et de distorsions impromptues.
Cet opus à part et troublant a été un modèle pour bon nombre d’artistes, comme Seefeel, Moonshake, Bark Psychosis ou certains groupes shoegaze, et on les comprend car il est étonnant de se surprendre à admirer les tendresses élégiaques et perdues de « Spermwhale Trip Over » ou les percussions mêlées de guitares saturées sur « Crazy Blue », soutenues par des voix douces féminines en complément des masculines.
C’est donc avec une certaine fascination qu’on réalise à quel point AR Kane avait une longueur d’avance sur ses contemporains, faisant de ce groupe londonien le pionnier d’une révolution esthétique, révolution faite dans l’indifférence générale, et cette injustice ne sera jamais réparée, tout comme « Suicide Kiss », shoegaze et indus, ne sera jamais reconnu à sa juste valeur.

10 mai 2008

AR Kane : "i"


"i" de AR Kane

Sortie : 1989
Produit par AR Kane
Label : Rough Trade


Au cours d’une époque, il y a toujours des groupes comme AR Kane.
Des groupes immensément doués, intellectuels et esthètes, pratiquant une musique originale mais qui passent complètement inaperçus. Mais qui par la suite, se retrouvent l’influence principale d’immensément de genres nouveaux.
Ce n'est pas que la formation anglaise eu le malheur d'exister à une époque particulièrement féconde, laissant peu de place aux rêveurs. Même à l'heure actuelle, le monde entier s'en foutrait complètement, hormis une poignée de fans (é)perdus, qui les considéreraient comme des innovateurs miraculeux. AR Kane appartient à la catégorie des groupes incompris. Et on ne peut rien y faire.
A tout bien y réfléchir cet album s’encre totalement dans son époque : utilisant et expérimentant toutes les techniques de productions possibles, AR Kane s’affranchira des styles pour proposer ce que les années 80 avaient de mieux à offrir comme perspective.
Affichant une musique pop expérimentale, limpide et épurée, « i » allie la grâce d'un climat doux à une pratique piquante et savoureuse.
En plus de courts intermèdes composés de bruits blancs de quelques secondes, cet album regorge d'étrangetés, d'innovations incroyables et de mélange des genres. Au delà d'être un groupe maîtrisant à la perfection les ambiances rêveuses, AR Kane se risque à insérer dans ses chansons des boite à rythme à la limite du cheap ("Crack Up" et ses teintes africaines), des enregistrements samplés (l'intrusion burlesque du synthé qu’on croirait piqué au plus ridicule des groupes new-wave en intro de "Snow Joke"), des arrangements baroques (les violons et cuivres s’additionnant aux chants angéliques sur « In a circle »), des percussions (« Conundrum » noyé sous un mix de brouillage) ou carrément un clavier rythmique pour une sorte de dub electro (« What’s all this then ? » avec ses arpèges féeriques). C’est sans doute ce côté délibérément kitch qui fera que cet album aux vingt-six titres sera plutôt difficile d’accès. Les connotations soul sont très marquées, par les voix moites et chaleureuses mais aussi pour le rythme artificiel et dansant, ou pour les chœurs gospel (« Pop »). Le titre « A love from outer space » sera un hymne des années 80 et un monument de chanson taillé pour les boites de nuits. Ce groupe se permettait donc de mêler grâce synthétique et entorse discrète aux règles. Le résultat est inouï et sans aucun doute inégalé. A l’instar du merveilleux « Miles Apart », au rythme et piano dansant, mais nimbées de guitares saturées et magiques. Ou pour toutes ces chansons de fins, déliquescentes et éthérées. C’est presque dans un rêve étrange et abscons qu’on écoute alors le merveilleux « Spook », sommet shoegaze où les chants masculins comme féminins finissent par s’entremêler au milieu des guitares magiques. Suit encore le romantique slow au piano et aux voix suaves « Sugarwings ». Jusqu’à tomber sur une démonstration de grâce absolue où quelques distorsions paresseuses flotteront ça et là au milieu d’une contrée fantasmagorique pleine de douceur (« Down »).
Vers le fin de l’album ce ne sera plus que complainte déchirante au milieu de saturations et crescendo fantasmagorique (l’intense et indépassable « Supervixens »), dernier sursaut noisy (le tourbillonnant « Insect Love ») puis un mix improbable entre dream pop et reggae (« Catch my drift ») qui s’évanouira sous les samples et les volutes.
Ceux qui s'en saisiront comprendront alors. Comme un révélation.