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29 avril 2007

Fiche artiste de Curve



Curve

Curve, c'est surtout la rencontre entre le guitariste et bidouilleur Dean Garcia et la chanteuse Toni Holliday.
Selon les propres termes de Dean Garcia, leur musique se veut un mix improbable entre "dance, rock et dark", mais leur utilisation en couches superposées des samples, et la voix envoutante de Toni allaient les faire partager le mouvement shoegaze.
Mais leur shoegaze robotique les confinera au statut de culte.
Le salut viendra d'une chanson, "Chinese Burn", brûlot incroyable electro, qui fut utilisé par Sony pour la publicité du mini-disc, qui fit le tour du monde. Toujours aussi à la pointe de la technique du son, les albums "Come clear" ou "Gift" seront l'occasion de collaborer avec Alan Moulder ou Kevin Shield. La nouvelle carrière de Curve peut donc se poursuivre sous de nouveaux auspices.

Extrait vidéo : Faît Accompli

Curve : Pubic Fruit


Pubic Fruit de Curve
Sortie : 1992
Produit par Flood et Alan Moulder
Label : Charisma


Cette compilation reprend dans l’ordre chronologique la sortie des trois incroyables singles sortis par le groupe en 1991, démonstration de l’usage des techniques les plus récentes du sampling, des tables de mixages, des boites à rythme et des effets de saturations sur les guitares. Mais réduire le groupe à un travail de producteur, aussi impressionnant soit-il, serait occulter le charme obscur que dégage le groupe. 
Jouant sur le mid-tempo, Curve se base avant tout sur un rythme indolent, artificiel, hérité de la dance de l’époque (« No escape from heaven »). Et par-dessus tout cela des guitares tissent des toiles d’araignées, se déversent comme du métal fondue dans une aciérie, lancent des cris stridents dans le loin. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’ambiance est loin d’être flamboyante. Au contraire, dans cette façon de se complaire dans l’abject (« The colour hurts »), Curve se fait pervers. Toni Halliday n’hésite pas à secouer l’auditeur par un phrasé rap, qui va se mêler à des roucoulements, voire des aboiements (« Ten Little Girls »), à d’autres moments les saturations emportent tout en un cyclone (« Die like a dog »).
Car là où réside tout le charme du duo, c’est dans ce cap fixé : rester coute que coute, malgré les tempêtes de guitares, malgré la noirceur, malgré le bordel régnant, d’une beauté froide absolue.  
Le chant de Toni Halliday va alors se faire séducteur, aérien, féérique comme sur « Frozen » ou « Clipped ». Des sonorités orientales vont s’immiscer, à la limite de la tension sexuelle (« I speak you every word »), vite plombées par un riff de guitare des plus tranchants. Curve a créé un monde de toute pièce, qui se cale parfaitement avec son époque, ses invasions informatiques, la robotique qui commence tout juste à se déployer, la mélancolie qui gangrène chaque progression citadine.

On ressort de là particulièrement troublé.

Curve : Dopplergänger


Dopplergänger de Curve

Indispensable !

Sortie : 1992
Produit par Flood et Alan Moulder
Label : Anxious
Doppelgänger ; rien que le nom fait peur. Encore plus dense, plus rapide et plus ramassé que les singles précédents, cet album est le chef d’œuvre de Curve. La manifestation ultime des rêves tourmentés de ses deux auteurs. Impossible de s’extraire de cette déferlante de beats électro, de guitares à satiété, de pulsations tapageuses, de secousses telluriques, de samples biscornus, de tempo ultra-rapide et de langueur shoegaze. Ce choc artistique vrille les oreilles autant qu’il subjugue.
Car, avant tout, il y a un travail sur la production et la qualité du son qui sont tout bonnement phénoménaux pour l’époque. Chaque détail est travaillé avec une minutie proche de la pathologie. Il est incroyable de voir assembler autant d’éléments au sein d’une chanson au risque de créer la surcharge. Leur traitement est tellement comprimé qu’on finit déboussolé et subjugué. 
Le groupe dégage un tel charisme ! Il semble que Dean Garcia sache parfaitement ce qu’il veut imposer comme univers et Toni Halliday assume ce chaos ambiant autour d’elle, jouant des refrains provocateurs, comme sur leur single (« Fait accompli »). Les miaulements sauvages et déformés, écrasés par des riffs méchants, sur le final de « Split into fractions », dont le massacre ne semble jamais s’achever, impressionnent par leur assurance. Si les titres sont maniérés et inouïs de rectitude, l’ambiance dépeinte reste noire et tordue. « Lillies dying » se drape ainsi d’une majesté étrange car entièrement façonnée par un ramassis étourdissant. 
Malgré le côté synthétique évident et le rythme très poussé, cet album reste une déclaration d’amour pour les guitares, toujours mises à l’honneur et très présentes. (« Wish you dead »). Ce sont de bruits industriels qu’émergent des riffs féériques hérités de la dream-pop (« Think & act ») et ce sont eux qui contrebalancent le côté planant (« Doppelgänger »). 
La voix de Toni Halliday est magique, à la fois gravement solennelle, presque digne d’une sorcière gothique, à la fois aérienne et féline. Elle apporte une touche de glamour indéniable à ce fracas ardent et ces martèlements écrasants. Son chant angélique déboule sans crier gare du tourbillon electro-indus qu’est l’énergique « Already yours » et le morceau se drape alors d’une splendeur rutilante. Ses petits hoquets haletants sur « Horror Head » sont à tomber à genoux. Sur ce morceau, probablement un des meilleurs titres de Curve, Toni Halliday se fait prêtresse, et on ne sait plus si elle appartient au domaine de la réalité, tant la douceur de sa voix détonne au milieu de ces saturations artificielles.

19 janvier 2007

Curve : Cuckoo

Cuckoo de Curve

Sortie : 1993
Production: Flood
Label : Anxious

A première vue, Curve se fait plus méchant et plus mordant encore. Suffit d’écouter le riff tout bonnement monstrueux de « Missing Link » qu’on croirait piqué à un groupe de metal indus, pour réaliser qu’avec le duo, on n’est pas là pour rigoler. Toni Halliday se fait plus présente, avec un chant davantage pop mais plus engagé aussi. Seulement la tonalité restante de l’album est d’un autre acabit. 
Directement inspirées de ses vicissitudes intérieures, les chansons sont désormais ralenties, étranges et mouvantes. Si Doppelgänger était un brulot, alors Cuckoo est glacé. Les guitares sont toujours là mais pour tisser des toiles en arrière-fond (« Turkey Crossing » mélange de musique arabe et d’ambient indus). Curve est passé d’une agression frontale à un discours subtil, rempli d’interrogation et provoquant chez l’auditeur aussi bien la fascination que l’ambiguïté. Toni se lance dans l’introspection et Dean Garcia use de ses artifices pour la suivre dans ce monde étrange (« Superblaster » ou « Unreadable Communication » quasiment évanescent avant d’être nappé de saturations). 
Curve  se fait plus ouvert sur cet album, offre des respirations mais ne se fait pas lumineux pour autant. On a le droit à de splendides passages shoegaze reposés et proche du dub comme « Crystal » ou du folk gothique comme « Left of mother ». Les vocalises de Toni sont suaves, douces et vaporeuses. Il n’en demeure pas moins que la sensualité est encore bien présente. Elle est désormais en filigrane de ses passages contemplatifs qui mélangent electro et beauté gracile.