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22 septembre 2007

Fiche artiste de Chapterhouse



Chapterhouse

Ces petits jeunots de Reading ont souvent été considérés comme les protégés de Sonic Boom (leader des Spacemen 3) qui s’était pris d’affection pour eux. Se faisant la main en première partie des Spacemen 3, partageant le même manager, et le même label Dedicated (sub-division de BMG), on les soupçonna d’avoir bénéficié de pistons. Les premières chansons utilisent d'ailleurs des subterfuges shoegaze qui peinent à masquer leur côté psychédélique crasseux. Ce ne fut donc qu’après leur troisième single (le sublime « Pearl » où figure Rachel Goswell) que Chapterhouse apparût comme un des groupes les plus talentueux de sa génération. Le son, moins brouillon, se drape d’ambitions, tout comme de grâce, ce qui surprend de la part de gamins qu’on avait regardé de haut jusque là. Ils osent même mélanger la féerie aux beats artificiels des boites de nuit. Et à posteriori, leur opus Whirlpool figure parmi les plus grandes réussites du genre. Ce qui ne sera pas le cas de leur deuxième album Blood Music, plus orienté electro-danse, sorti juste avant que le groupe ne se sépare. Bien dommage pour un second couteaux qui aurait mérité d'être à la même place que les grands du mouvement shoegaze.

26 juin 2007

Chapterhouse : Freefall EP


Freefall EP de Chapterhouse

Sortie : 1990
Produit par Paul Adkins
Label : Dedicated


A ses débuts, Chapterhouse n’était qu’un groupe de jeunes têtes brûlées, désireuses de faire passer leur délire sous un nuage superficiel de gros sons bien enfumés.
Tout y est passé au mixer, à la vitesse de la lumière, entrecoupé de passages psychédéliques (la coupure sur « Need (somedy) », stoppant brutalement cette salve rythmique), les voix s’effacent complètement et ne deviennent plus que les réminiscences de gamins shootées pris dans leur trip. Rien de particulièrement transcendant encore ; à l’époque Chapterhouse s’amusait surtout à jouer le plus fort et le plus vite possible, pour se rapprocher de l’état extatique dans lequel ils étaient plongés (« Inside of me »). Beaucoup de bruit donc, et certain on dit pour rien, mais pourtant ce tout premier EP recèle quelques surprises, comme la première version de « Falling Down », mais aussi le moins connu « Sixteen years », évasif et planant à souhait.
Il est indéniable que ses chansons, encore tâtonnantes, étaient surtout le manifeste d’une jeunesse branleuse qui n’avaient peur de rien et prenait la parole à grand coup de déferlante rythmique et de distorsions sans limite.

Chapterhouse : Sunburst EP


Sunburst EP de Chapterhouse

Sortie : 1990
Produit par Chapterhouse
Label : Dedicated


Considérés jusque là comme des gamins précoces, c’est avec ce maxi que les membres de Chapterhouse allait faire preuve d’une maturité extraordinaire et bien au-delà de la moyenne. S’engouffrant dans une veine contemplative, voire quasi-mystique, le groupe franchit incontestablement un palier en même temps qu’il s’enfonce dans un voile opaque indéchiffrable. L’écriture est plus poussée, n’hésitant pas à prendre d’autres chemins dès qu’une brèche s’ouvre.
On sent ici que c’est la jeunesse qui prend le pouvoir, parfois de façon bancale, mais tellement chaotique. Un mélange de rêve éthéré, comme sur « Something More », qui sera produit par Robin Guthrie, ou de délire mégalomaniaque, comme sur « Satin Safe ». A noter également la curieuse reprise de « Rain » des Beatles.
Avec « Feel the same » et ses guitares électriques ultra saturées mais également élégantes, venant couvrir et noyer une petite mélodie géniale et hypnotique, Chapterhouse pousse au plus loin ses caprices de gosses à vouloir tout démonter et tout casser pour voir si ça bouge encore. Et miracle, l’ensemble tient toujours debout, et prend même des aspects de chansons dansante et jouissive au cours de laquelle il est bon se trémousser. Avec Chapterhouse, on remue la tête et les jambes, mais surtout la tête, qui avec tout ce tintamarre hypnotique, a tendance à s’évader hors de l’attraction terrestre.
Les chœurs de fantômes de « Satin safe » filent la chair de poule comme font frissonner de plaisir. Non seulement les voix sont légères, voire incompréhensibles, mais le rythme très terrien est propre à faire danser. Même si cela est entrecoupé d’assaut destructeur, comme si la chanson se déformait, fondait sous une lumière de supernova, on se laisse accrocher et emporter.
Bien loin dans un manège sans fin.

22 juin 2007

Chapterhouse : Whirlpool


Whirlpool de Chapterhouse

Indispensable !

Sortie : 1991
Produit par Chapterhouse, Ralph Jezzard et Robin Guthrie
Label : Dedicated

Whirpool rassemble tout ce qui fait le charme du shoegaze, entre guitares virevoltantes, atmosphère trompeuse et légèrement suintée d’irréel et chant en pluie d’or. Cette ambivalence commence dès le superbe « Breathe », écartelée entre son rythme martial, ces roulements à la batterie et à la basse, et ces vocalises soufflées comme s’il s’agissait de râles de créatures angéliques. Pour qui voudrait avoir un exemple de ce qu’est ce style, cet album en est la parfaite incarnation.
Les gens ont d’ailleurs cru qu’il ne s’agissait que d’un empilage d’effets spéciaux, des gadgets de techniciens de studio, « Something more » ayant été produit par Robin Guthrie par exemple. Pourtant Stephen Patman met les choses au point : « La plupart des gens pensaient qu’on utilisait des synthés mais tout était fait à base de guitares »[i]. La confusion provient de cette base dansante que distille avec parcimonie Chapterhouse. Une rythmique baggy qu’on devine, par exemple sur le trémoussant « Falling Down » ou le break de « Pearl ». Les tempos sont dansant, voire transcendantaux, tout en conservant une utilisation frénétique des guitares pour des dessins colorés. On est sur la corde tendue tout du long, entre songe aérien et torture bruitiste (« Falling Down »). Les morceaux refusent les schémas simples et sont remplis de chausse-trappes mélodiques, avec passages psychédéliques, coupures, et petites surprises brusques (« Autosleeper »). Andy Sheriff se souvient : « On voulait créer une musique qui faisait te sentir dans un état proche de la défonce, mais sans avoir à prendre de drogues. On avait une approche psychédélique des choses, mais selon un concept plus moderne, plus éthérée, plus poussée encore, juste à partir de bruits qui te faisait tourner la tête »[ii].
Les chansons tirent parfois vers l’abstraction pure, comme le sublime et aérien « April » ou « Treasure », parcouru de parasites industriels et son passage planant s’achevant dans le brouillard. « Nous, on fait de la musique psychédélique mais pop. C’est ce qui la rend subversive »[iii]. Ainsi « If you want me », qui démarre avec une toute petite mélodie, un xylophone et une jolie voix douce et fluette, installe petit à petit de plus en plus d’instruments, une batterie, des claviers, jusqu’à s’arrêter d’un coup… puis reprend plus fort, plus majestueux pour un vrai moment de pure magie, s’achevant alors dans une déferlante.
Stephen Patman, guitariste, précise : « On veut juste expérimenter diverses palettes d’émotions. On essaye de créer des ambiances. Nos chansons ne sont pas écrites pour dire quelque chose d’intelligible. A la base, la musique, c’est juste de l’évasion, et on veut juste créer un bel espace propice à l’évasion. C’est pourquoi, lorsqu’on a une idée de chanson, on écrit les paroles en dernier. »[iv] Une douce mélancolie vient d’ailleurs s’immiscer dans ce déluge, notamment sur l’ébouriffant « Guilt » : « Les gens pensent qu’on est amorphe mais on fait de la musique de façon très intense. La musique ne doit pas juste être esthétique, elle doit porter un message. Mais les messages sont intériorisés. »[v] D’ailleurs leur manière de chanter renforce ce credo. Stephen et Andy n’hésitent pas à en rajouter dans les voix, adoptant une position très aérienne, presque asexuée, céleste, ce qui rend les choses encore plus hypnotiques. Même si cela est entrecoupé d’assauts ravageurs, par exemple sur « April » qui se déforme et prend une texture fondante, on se laisse accrocher par une touche de légèreté. « On a toujours senti que les voix étaient juste une partie de la musique, un instrument comme un autre. Seulement, en les écoutant après, on pouvait se demander ce qu’ils voulaient signifier ! »[vi]. En effet, les voix sont tellement en retrait, haletées, qu’il est presque impossible d’entendre quoi que ce soit. « On pensait peut-être inconsciemment que nos textes n’avaient pas d’intérêt »[vii] avoue Andy.
Tout le côté sexe, drogue et rock n’roll, s’il existait au sein du groupe, pendant les tournées notamment, il ne s’entend pas sur l’album. Pour ceux qui honnissent le shoegaze, il est la cible parfaite de toutes les critiques. Le charisme n’est pas le propre du groupe : « On n’est pas vraiment un groupe agressif ou rageur, on est plus cyniques et désabusés. »[viii] Quant à la reconnaissance qui leur tendait les bras, ils seront loin de la désirer. « Il n’y avait vraiment rien de bon dans le circuit commercial et il était impossible d’y rentrer de toute façon, reconnaît Stephen Patman, le seul moyen pour un groupe comme nous de se faire connaître, c’était de se lancer à l’assaut des charts indépendants, ce qui était un ghetto en soi. »[ix]. Prenons comme exemple le single extrait de l’album, le sublime « Pearl », au cours duquel la délicieuse Rachel Goswell de Slowdive prête sa voix, chaloupé et précieux. Pas forcément l’idéal pour permettre des ventes à la pelle. Pour Andrew : « On défigure la musique avec ce morceau, en y ajoutant un certains nombres de twist. Bien-sûr, avoir du succès, ce serait sympa, mais ce n’est pas le but. Dans un sens, ce serait une catastrophe si « Pearl » était un hit, parce que les gens attendraient alors beaucoup de nous et nous mettraient une sacrée pression. »[x] D’ailleurs, malgré une honnête place dans le Top 30 des charts, le succès ne viendra jamais pour cet album. Chapterhouse aura beau par la suite entrainer sa musique vers une tendance electro, héritée des boites de nuit, le groupe s’éteindra très vite, sans que personne ne s’en soucie vraiment. Stephen regrette : « les gens sont si impatients, ils veulent tout avoir sur le champ. »[xi]
Mais pour les amateurs, Whirpool est à ranger au plus haut sur l’étagère, bien en évidence, notamment pour sa pochette culte. On retiendra pour conclure, cette formule à propos du journaliste Andrew Perry, qui les a beaucoup suivi, « Chapterhouse était à la fois dans le coup et en dehors du coup »[xii].



[i] Stephen Patman cité par Andrew Perry, Whirpool reissue, courtesy of Cherry Red Records, mars 2006.
[ii] Andy Sheriff cité par Andrew Perry, op. cit.
[iii] Stephen Patman cité par Steve Sutherland, sur Melody Maker, 12 octobre 1991, [en ligne] http://www.comeheaven.com/press/mm-12oct91.html
[iv] Stephen Patman sur Siren #1, [en ligne]  http://www.comeheaven.com/press/siren-issue1.html
[v] Andrew Sherriff cité par Simon Williams, sur NME, 12 octobre 1991, [en ligne] http://www.comeheaven.com/press/nme-12oct91.html
[vi] Andy Sherriff cité par Andrew Perry, op. cit.
[vii] Idem
[viii] Chapterhouse cité par Roger Morton, sur NME, 18 août 1990, [en ligne] http://www.comeheaven.com/press/nme-18aug90.html
[ix] Stephen Patman cité par Andrew Perry, op. cit.
[x] Andrew Sherriff cité par Steve Sutherland, op. cit.
[xi] Stephen Patman cité par Paul Lester, sur Melody Maker, 20 octobre 1990, [en ligne] http://www.comeheaven.com/press/mm-20oct90.html
[xii] Andrew Perry, sleeve notes, op. cit.