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25 juin 2009

Fiche artiste de Moonshake



Moonshake


A l’écoute de la musique particulière de Moonshake, on retrouve de la raideur, du cynisme et beaucoup d’étrangeté. C’est avec une sorte de punk-dub, parfois saturé, parfois obscurci par des cuivres, saxo ou piano vieillot, rehaussé de polyrythmies et autres déphasages, que la formation anglaise sera une des têtes brûlées du label Too Pure au début des années 90.
Et c’est bien normal qu’on retrouve autant de tensions, puisque le duo David Callahan et Margaret Fielder (qui a travaillé un temps avec Ultra Vivid Scene) ne s’entendait guère. Elle, avec sa voix satinée et énigmatique, lui avec son chant acide et glapissant, se partageront les compositions, basées sur les guitares stridentes, le jazz ou le dub, et influencées par Public Image Limited ou The Pop Group.
A force de disputes, Margaret Fielder finira par quitter définitivement le groupe, comme elle y était entrée, c’est-à-dire sur un coup de tête, pour s’en aller former Laïka avec le bassiste John Frenet et Guy Fixen, le producteur de leur premier album, le fondateur « Eva Luna ». David Callahan qui avait monté le projet sur des bases shoegaze (le premier single sorti sur Creation avant que le groupe ne suive le tout jeune label londonien Too Pure, maison de Stereolab et Pram, et se lance dans l’expérimental), après la dissolution de son célébrissime groupe The Wolfounds (dont un titre figure sur la compilation C-86), se retrouve alors seul, publie bien des albums, mais sans que son ton soit aussi mordant qu’auparavant…

Moonshake : First



First de Moonshake

Sortie : 1991
Produit par Guy Fixen
Label : Creation

La formation de Dave Callahan et Margaret Fielder a toujours été portée sur l’étrange et l’expérimentation, ce qui s’en ressent déjà avec ce tout premier EP, sorti en 1991.
On retrouve donc cette tendance quasi-nerveuse à vouloir saboter le rythme binaire pour instaurer en lieu et place une sorte de dub jazzy des plus angoissants. Car Moonshake ne veut pas faire de rock : dès qu’il le peut, il s’en éloigne. En jouant sur le rythme, sur l’instrumentalisation, irritant bien souvent, sur le chant, négligé mais vaporeux, Moonshake définit les bases du post-rock. « Coming », avec ses percussions, sa basse sourde, son chant oriental, ses guitares industrielles, préfigure l’ambiance torturée et extra-terrestre qu’on obtiendra sur l’album « Eva Luna », l’année suivante, même si le chant léger de Margaret fait des ravages (« Hanging ») et que les guitares restent furibondes (le nerveux « Coward »).
Mais les influences sont encore ici très proches de My Bloody Valentine (on n’est pas sur Creation Records pour rien !) comme en témoigne le superbe morceau « Gravity », strié de guitares saturées samplées et ondulantes, dont s’extirpe avec difficulté une voix féminine angélique mais complètement passée sous silence.
La preuve, une fois encore, que le post-rock tire ses origines du shoegaze.
En bonus : une chanson cachée, véritable OVNI. On dirait une sorte de mélange entre ambient, paso doble et dream-pop !