En 1992, exceptionnellement, les Transmusicales de Rennes font toute une programmation autour du label Rosebud, alors maison de disque locale et indépendante qui commençait à pointer le bout de son nez. Les dirigeants, souhaitant privilégier l'éclectisme, avaient toujours refusé d'accorder la primeur à des labels en particuliers, surtout parisien, mais ils n'ont su refuser lorsqu'ils ont vu ce label rennais metre un sacré coup de pied dans la fourmillère. Ils ont donc programmé 13th Hole (noisy-pop), Chelsea (twee-pop) et Katerine (du n'importe quoi) tout un vendredi après-midi. Pour promouvoir cet événement, on peut voir 13th Hole livrer une prestation sur la chaîne télé locale. Le résultats est significatif : un trio français qui ne faisait rien comme personne ! Une chanteuse hagarde qui regarde en l'air plutôt que la camera, deux garçons flanquées de leurs guitares et amoureux des distorsions, cet absence de posture détonne dans le plat paysage français des années 90. C'est que 13th Hole est en réalité amoureux de ce qui vient d'ailleurs, à commencer par My Bloody Valentine et (surtout) Sonic Youth. Donc inutile de dire qu'avec eux ça déménage ! Guitares noisy à tous les étages, voix dépassées, rythme à 100 à l'heure, le groupe mené par le rennais Stephan Le Scarnouec et l'italienne Isa Valenti font vriller les têtes !
Shoegaze pour "regarder ses chaussures". Ce terme anglais fut employé pour désigner les groupes rock qui apparurent dans les années 80-90, menés par My Bloody Valentine ou Ride, et qui pratiquaient une musique remplie de saturations et de mélodies sucrées, à base de vocalises béates. Ce blog musical est entièrement dédié au mouvement shoegaze et comprend toutes les chroniques des productions cultes de cette période.
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4 septembre 2015
16 mai 2015
13th Hole : Headache
Headache de 13th Hole
Date : 1992
Production : Hervé Jégadin
Label : Rosebud
Date : 1992
Production : Hervé Jégadin
Label : Rosebud
Neuf titres sous-produits, façon punk, façon pop, c’est selon, avec une sorte d’étrangeté qui les détache du lot. Certes, les guitares sont tellement distordues qu’elles vrillent la tête (« Face »), mais il existe dans cette musique, un sens du décalage, une folie, une volonté de sortir des schémas couplet-refrain habituel pour proposer de superbes mélodies venant de nulle part. Il s’y cache beaucoup de surprises qui deviennent alors de véritables délices, comme le magnifique « Mrs Peel ».
Les riffs sont tourbillonnant, le tempo est rapide, le son presque noise, le chant quasiment inaudible et pourtant très doux, la structure est éclatée, les distorsions sont légions. Et la très belle voix mutine et légère d’Isa n’est pas étrangère dans le pouvoir d’attraction qu’exerce 13th Hole. Surtout lorsqu’elle scande des paroles sibyllines issues des textes de Lovecraft (« Crazy », « City ») ! Ou lorsqu’elle gueule comme une furie (« Stand in line »).
On a souvent comparé ce groupe français à Sonic Youth, et il y a un peu de vrai tant ça va très vite sans regarder en arrière. Surtout sur « He is ill », acéré, écorchant. La batterie sonne tellement fort et vite que l'on a l'impression que tout va s'écrouler autour d'eux. Et les guitares s'emballent parfois dans des discours alambiquées et frénétiques qui rappellent le mythique "Daydream Nation". Mais il y a toujours de la douceur, qui ici, devient presque une forme de perversité, façon My Bloody Valentine.
Les saturations énormes de « Wave », saupoudré d’un chant aussi félin qu’angélique, s’inscrit dans un style shoegaze passé au mixeur. Quant à « City », ce n’est qu’une déferlante de distorsions à n’en plus finir, et c’est à peine si on entend la voix d’Isa au milieu de ce vacarme infernal.
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