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12 mars 2008

Fiche artiste de Half String



Half String

Groupe fondamental de la scène de Phoenix en Arizona puisque leur leader, Brandon Capps, sera à l'initiative de la série inoubliable de festivals intitulés Beautiful Noise.

11 mars 2008

Half String : Eclipse Oval Hue


Eclipse Oval Hue de Half String

Sortie : 1993
Produit par Dan Nelson
Label : Independant Project Records


Refusant de se laisser aller aux explosions et préférant développer des plages privilégiant les espaces, Half String voue tout son amour à ses débuts au rock ample et ouaté.
C'est comme si les guitares cristallines, la basse, les coups de batterie n'avaient aucun but précis, car les instruments cèdent vite à la contemplation. De temps à autre, ça semble bien se mouvoir et désirer une prise sur la réalité, comme une sorte de revendication de sa propre existence, seulement, le chant trop suave ou bien les flots de délicatesses finement tracées rappellent toujours que le groupe est traversé par une mélancolie qui obligera constamment les acteurs à renoncer. Renoncer au combat, car inutile d'avance. En fait, on n'a jamais le temps de savoir exactement où le groupe veut nous mener, et progressivement, on se rend compte avec enchantement, qu'il n'y a pas de direction précise. Half String n'est pas un groupe punk, ce sont des esthètes, des lunatiques. Ils se contentent juste de regarder défiler les choses.
Le voyage dure longtemps : on traverse des accalmies étranges où les repères vacillent, car manquant de structure précise pour s'appuyer ("Sun Less Sea" et ses arpèges cristallins), des moments où règne un peu de lumière, mais blafarde ("Pelican"), des montées en puissance incroyables, qui évoquent les grâces shoegaze que le groupe revendique ("Maps for sleep" qui se coupe brusquement pour céder la place à une voix magique de douceur), ou bien des apparitions fantomatiques (l’instrumental presque tribal "Slow Engine Kill Over" enregistré sur une 4-pistes).
Et même les moments de pure beauté, comme le single "Eclipse", avec sa guitare lancinante, ses textes emplis de doute, sa batterie monolithique, son atmosphère aérienne, ou bien le merveilleux "Hue" et son intro sorti d'un rêve, paraissent à chaque fois manquer de souffle épique, préférant s'exposer dans l'authenticité la plus austère.
Non pas qu'il faille en conclure une musique frugale, bien au contraire, mais ici l'instrumentalisation, l'art des effets qui relèverait presque de l'orfèvrerie, l'emploi de la retenue comme valeur primaire, tout concourt à dépeindre bien des nuances, bien des richesses, des rebonds en intensité mais tout cela avec un détachement incroyable et une élévation quasi-céleste. Le ton est toujours posé, le jeu finement travaillé à coup de superpositions implicites de lignes rythmiques, d'harmonies de guitares occupées à soutenir une ambiance plutôt qu'à imposer leur son électrique, et on est vite ébahis devant cette majesté hypnotique (« Oval » et son refrain de toute beauté).
Au cours de ces morceaux, qui composent ce recueil des trois premiers EPs, on voit bien que les ambitions de Brandon Capps se situent ailleurs, plutôt dans le domaine de l'apaisement, du repos, voire de la méditation.
Et ainsi de donner au passage, sans le vouloir, sans y réfléchir, une définition du post-rock : une façon d'aborder la musique plus comme quelque chose de beaucoup plus grand et de moins manipulable que ce qui a été perçu auparavant. Brandon Capps se rapproche ici plus de For Against, voire aussi Bark Psychosis que des assauts soniques de Ride, dont il était pourtant fan. Avec à chaque fois, le même effet : une sensation de flottement. En fait, Half String abandonne même l'idée de sens : il n'y a aucun sens à ces singles, juste une rêverie. On peut qualifier cela d'abandon, de lâcheté, mais avec ces yeux nouveaux, la beauté apparaît, non travestie par les attentes ou les espoirs, la beauté pure, cristalline, celle qui se dévoile le temps d'une fraction de secondes, au détour d'une voix, d'un arpège virginal, d'un souffle...

25 novembre 2007

Half String : Tripping Up Breathing


Tripping Up Breathing

Sortie : 1995
Produit par Brandon Capps
Label : Independent Project Records


Brandon Capps se risque enfin à durcir son ton et à se doter d’une force supplémentaire sur les cinq chansons qui composent ce maxi. Comme pour se convaincre lui-même de son attachement à la réalité, alors que cela fait bien longtemps qu’il ne représente plus qu’un continent à la dérive.
Toujours aidés de guitares sèches et d’une surenchère d’instruments électriques, le rythme devient beaucoup plus tonique, tourbillonnant (« Quiet Like Seeds »), sans pour autant oublier les arpèges, véritables signatures du groupe (« Brief Like Photograph »). Avec « Evergreen », on dirait Moose à ses débuts, lorsque ceux-ci mettaient en scène une fuite en avant, mais sans conviction, juste pour regarder ce qu’il se passe lorsqu’on court. Le reste demeure contemplatif. Le dernier morceau, instrumental, fait appel à des sonorités étranges, évoquant le cold-wave.
La voix de Brandon Capps a quelque chose de fatigué, ce qui n’est pas sans évoquer le chanteur de Red House Painters. L’esprit n’est pas à la fête, il est juste en mode passif. Cela s’en ressent avec « Slipknot », beaucoup plus calme et reposé.
Cet EP paraîtra une fois de plus sur Independent Project, emballé dans une somptueuse pochette en carton (signé Bruce Litcher), comme la majorité des artistes signés sur ce label, renforçant cette musique rêveuse, sensorielle et parfois inquiétante, parcourue d’accords noisy, de guitares sèches ou de rythmes glacées.
L'intensité sonore se construit lentement et s'impose à coup d'ambiance délicate ou d'éclairs de guitares.

3 novembre 2007

Half String : A Fascination With Heights


A Fascination With Heights de Half String

Sortie : 1996
Produit par Ken Mari
Label : Independent Project Records


Il aura fallu pas moins de quatre années pour que le groupe provenant de l’Arizona puisse publier son premier album. Et le moindre que l’on puisse dire, c’est que ça ne ressemble en rien à une musique qui pourrait provenir de l’Arizona.
Adoptant des textures très soignés (ah ! la basse de « Shell Life ») et vaporeuses hérités de groupes anglais, Brandon Capps, faute de pouvoir quitter la platitude rattaché à son état natal, lancera son groupe dans une échappée folle, une cavale aussi bien dans la finesse que la majesté.
Seulement cela est tellement éloigné de ce qui se faisait à l'époque aux Etats-Unis que la formation ne trouva aucun écho.
D'autant que ce premier album ne survint qu'en 1996, au moment où le shoegazing n'était qu'un lointain et mauvais souvenir (pour la plupart des gens). Et ce n'est pas l'obscur et très arty label Independent Project Records qui allait aider la formation à trouver une large diffusion.
Mais cela convenait très bien à Bradon Capps, dont l'ambition réelle était de pouvoir pratiquer une musique personnelle, tout en restant le plus discret possible. Une musique rêveuse, innocente et vaporeuse, parfois nerveuse (« Backstroke »), même si les chants célestes évitent toute affectation rageuse (« Lolligag »). L'intensité se retrouve plutôt dans les arpèges cristallins, la sécheresse de la basse, le rythme souple et la multiplication des partitions de guitares, virant parfois à la création d'un mur du son enivrant (« Hurrah ? »). Plus que sur les premiers singles, le ton est concis, direct, dessinant des chansons accrocheuses (« A Fascination With Heights » prend ainsi des airs de bossa nova noisy), tout en gardant ce caractère volubile. Les textures s'envolent vite, notamment quand les saturations décollent ou que les guitares s'emballent. L'ivresse survient surtout lorsque l'ambiance se met en pause au cours de passages atmosphériques irrésistibles. Et que les parties de guitares dérivent de manière léthargique, composant un climat élégiaque, qui n’est pas sans rappeler des groupes anciens comme Felt ou Durutti Collumn.
Brandon Capps était tout aussi bien porté sur les groupes shoegaze dont il était adulateur mais il reconnaissait des influences flânant volontiers vers le post-rock, de Bark Psychosis à Savage Republic, en passant par For Against, groupe fondamental des années 80. De ces formations, il conservera le goût pour la longueur, la prédominance pour l'instrumental et les tendances compulsives pour contourner insidieusement tous les schémas structurels pré-conçus (« Departures », démarrant de façon grave avant de s’ouvrir au soleil). Il est ainsi surprenant de se rendre compte qu’il est difficile de se souvenir des mélodies entendues, comme s’il avait s’agit d’un rêve.
On sent l'envie de conduire sa musique vers une grâce chimérique, tant l'application à poser une ambiance légère et funambule se ressent partout.
A Fascination With Heights est l'album idéal pour se plonger dans de longues heures à flâner et dont les mystères se révèlent en fonction de sa disposition.