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21 septembre 2013

Fiche artiste de Kitchens of Distinction



Kitchens of Distinction

Dan Goodwin, Patrick Fitzgerald et Julian Swales sont trois amis inséparables amoureux de dream-pop et de shoegaze apprêté. Ils livreront quelques albums réussis sans arriver toutefois à percer vraiment. La faute à un style qui refuse la modernité et se complaît dans un monde féerique dont les gens finiront pas décrocher. Sans compter les effarants préjugés dont le groupe fut injustement la victime...



11 juillet 2013

Kitchens of Distinction : Love is hell

Love is hell de Kitchens of Distinction

Sortie : 1989
Produit par Kitchens of Distinction
Label : One Little Indians

Alors que le groupe livre là son premier album, faisant apparaître pour la première fois ce son si particulier, à base de surcharges constantes, tout le monde interprète cet euphuisme comme la preuve de vouloir être le porte-drapeau de la communauté gay, ce qu’ils n’étaient absolument pas le cas. Même s’il faut dire que la pochette n’aide pas, la confusion a empêché de s’intéresser à cette musique si particulière, pompière et saturée.
Bien-sûr, on ne va pas se mentir, ce premier album n'est pas le meilleur de Kitchens of Distinction, qui sortiront deux chefs d'œuvre par la suite. Cela sonne un peu brouillon, notamment dans la production, qui a un peu de mal à gérer cette surenchère, sans vraiment réussir à équilibrer toutes les parties, guitares ou percussions ou voix. « Hammer » par exemple. Et le tempo est souvent lancinant, voire un peu soporifique, ce qui ne rendra pas service aux montées en puissance qui se veulent époustouflantes, mais sonnent un peu incongrues (« Shiver »). Le chant n'est pas encore tout à fait assuré.
Mais on devine déjà une qualité d'écriture nettement au-dessus de la moyenne, en témoignent les excellents « Prize » ou le célébrissime « The 3rd time we opened the capsule ». Les guitares remplissent tout l'espace, qui se veut le plus travaillé possible, le plus raffiné. Elles peuvent être féériques, lancinantes ou saturées, du moment qu’on a cette tenace impression qu’elles surgissent d’un monde luxueux. On sent d'ailleurs toute l'influence dream-pop, avec « Time to groan », qui évoque AR Kane.
Il ne s'agit donc que de prémisses, une sorte d'introduction à l'univers unique de Kitchens of Distinction, une sorte de passerelle entre la new-wave des années 80 et le shoegaze grandiloquent à venir (le magnifique « In a cave »).

5 juin 2013

Kitchens of Distinction : Strange Free World


Strange Free World de Kitchens of Distinction

Indispensable !

Sortie : 1990
Produit par Hugh Jones
Label : One Little Indian

Dès les premières notes, celles de « Railwayed », cette tornade de guitares et cette explosion d'effets fantaisistes, on est littéralement béats devant le monde féerique de Kitchens Of Distinction. Classieux, maniérée et raffinée, sa pop-rock émerveille à force d'éblouir comme des paillettes étincelantes. Que ce soit sur un rythme tournoyant (« Quick as raibow ») ou un crescendo vaporeux (« He holds her, he needs her »), impossible de décrocher. On reste enchanté par tant de virtuosité et d'intensité.
Pourtant leur deuxième opus, Strange Free World est une pure merveille où l'accrochage sonore fait place à une superposition de textures incroyables, de guitares carillonnantes, de vagues romantiques et d'effets de production imaginatifs (grâce à Hugh Jones). On est vite subjugué par ces cloches, ces étincelles, ces feux d'artifices qui tombent en pluie pour couvrir d'or des chansons impeccables. On sent clairement le groupe en parfaite maîtrise technique et assumant pleinement son univers.
L'emphase ambiante qui sert d'apparat à l'album n'hésite pas à surcharger les effets, jusqu'à noyer les mélodies accrocheuses, dynamiques, sous un flot incroyable d'arrangements mirifiques, tout droit sorti d'un rêve fantasmagorique, comme si les membres du groupe refusaient d'accepter la dure réalité de leur spleen, préférant le polir, l'enrober de decorum artificiel et féérique. Quitte à passer pour des romantiques décalés, ils réussissent tout de même à transformer des morceaux, « Polaroids » ou le magnifique « Drive that fast », en déferlante savoureuse de fantasme onirique.
Ça n'arrête pas, ça va vite, c'est tourbillonnant, un vrai kaléidoscope.
De bout en bout on a l'impression d'être dans un rêve où la magie aurait tous les pouvoirs. Rien n’est refusé, tout s’accumule, claviers, guitares sèches, coups à la batterie, tambourins, réverb, distorsions, arpèges, basse, c’est un véritable mur du son magique qui se déploie. C’est une musique à la fois terriblement ancrée dans son époque et en même temps éternelle, car tellement onirique. Kitchens Of Distinction est décidément un groupe à part, prodigieux et décalé. 

8 mai 2013

Kitchens of Distinction : The Death of Cool


The Death of Cool de Kitchens of Distinction

Sortie : 1992
Produit par Hugh Jones
Label : One Little Indian

A l'occasion de son troisième album, le groupe britannique décide d'assombrir son ton, et de se lancer dans une démonstration plus magistrale, plus étirée et plus planante parfois.
Chaque passage éclatant est construit de façon magistrale, par une superposition instrumentale et une surenchère frénétique, jusqu'à un épanouissement torturé. Cette musique irradie comme une lumière jaillissante mais troublée. Le trio anglais tire de leurs instruments et surtout d'une production sublime (due au bidouilleur qu'est Hugh Jones) toutes les possibilités pour atteindre une grâce sans pareil (« What happens now ? » ou « When in heaven »). On reste conquis devant ces démonstrations splendides, ces confettis sonores, cette corne d'abondance, ces effets stroboscopiques atteignant des degrés d'intensité inégalés (« 4 Men » et ses ‘’aaah yiiii huuuuuh’’).
La musique de Kitchens Of Distinction est affligée, exubérante, luxueuse et nouvelle. Elle est l'occasion à chaque fois d'un voyage imaginaire et fantasmagorique, vers un monde présidé par la sensibilité exacerbée de ce groupe atypique, ainsi que par ses doutes, voire de la colère. The Death Of Cool est leur troisième album mais sans doute leur plus varié et étoffé. Les morceaux prennent le temps de monter en intensité, certains sont aériens et trainants, soulignés par des réverbérations perdues (le superbe « On tooting broadway station »). D’autres sont plus obscurs encore, souterrains et étranges (« Gone Word Gone » et son intro à la basse). Mais dès que le groupe laisse sa puissance inonder au cours d'une tempête saturée, c'est un véritable mur du son qui s'impose, brillant, ébouriffant et tourbillonnant. Les nappes d'effets, les déferlantes de guitares, cette magie ambiante et marque de fabrique du groupe, élèvent les compositions pour leur confier une valeur proche du sublime (« Blue Pedal » qui se termine en apothéose). Comme tout groupe de shoegazing de l'époque, ce ton saturé n'est qu'un miroir déformant à la mélancolie et la rêverie.
On a bien du mal à revenir après la fin de l'écoute. Kitchens of Distinction assume sa mélancolie (le faux-tranquille « Mad as snow ») jusqu'à se laisser perdre lui-même et s’envoler très haut.