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21 mars 2008

Fiche artiste de Colfax Abbey


Colfax Abbey

Chef de file du mouvement shoegaze de Minneapolis, avec entre autres February ou Shapeshifter, le groupe du label Prospective Records allait proposer une version radicale de la définition du « bruit blanc » : vaporeux, flottant et brouillé.
Après un premier single « Chameleons », accompagné de la face-b «Silver », la formation impose son nom dans la scène locale : la batterie de Rob Walsh, la guitare de Mark Magossian, la basse de Troy De Goot et surtout la voix doucereuse de Christian Rangel (connu pour avoir jouer de la guitare avec les Brian Jonestown Massacre en 1997) resteront comme les exemples parfaits de l’enchantement par voie expérimentale.
Aidé par les producteurs Keith Cleversy (qui a travaillé avec les Flaming Lips ou Spiritualized) et Ed Ackerson, le groupe sort un premier album en 1996. La volonté de fouiller au plus loin dans la recherche de sons durs et de flouter les cartes aboutira à la parution dans la foulée d’un mini-album « Penetrate » regorgeant de saturations dissonantes et autres sampling distordus.
Mais le groupe n’a pas tenu bien longtemps, disparaissant dans les méandres des formations reconnus puis oubliées.

10 mars 2008

Colfax Abbey : Drop


Drop de Colfax Abbey

Sortie : 1996
Produit par Keith Clerversly et Ed Ackerson
Label : Prospective Records


La musique devrait toujours ressembler au turbulent single « Snowshine » : un miracle d’emballement et de merveilleux. Une mélodie cristalline en guise de mantra tout droit sorti d’un rêve et qui nous prend par la main pour un voyage glacé mais fastueux. La légèreté des voix et la féerie de la mélodie se rajoutent au caractère divin du morceau, subtile et racé, qui semble glisser sur nous. Comme un fluide, en même temps que ces coulis de guitares sèches qu’on distingue en arrière fond et ces rivières de brouillages électriques.
Pour le reste, Colfax Abbey semble surtout vouloir dresser des panneaux entiers d’étrangeté et de nébulosité, parfois inquiétant (les percussions de « On the edge of a heathery moor »), parfois difficilement tangibles (le caractère nuageux de « Chameleon ») et souvent flottant (les passages instrumentaux qui concluent les chansons et qui ressemblent à des remous cosmiques). C’est par ces dépôts successifs, le maintien d’une cadence rythmique régulière, le refus d’élever la voix et de se l’écorcher, que Colfax Abbey approche le plus de la déification de la musique (les superbes « Feel » et « Silver Drop » où Christian Rangel se risquerait presque à forcer son chant et y laisser paraître des émotions). On s’y perdrait presque. Le groupe américain capture des instants volés de sustentation, de moments étouffés, et d’écho. On aboutit à une sorte de ressac vaguement matériel, dont le poids ne pas s’élever bien haut.
Les guitares et les voix ne s’accrochent à rien et se laissent volontairement dériver vers l’effilochement et le déplumage. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un vague passage de sons et de bruits cotonneux (le monumental « Shanesong »).
Une musique plus au service d’une atmosphère que de la concision, pour un caractère finalement très effacé malgré le bruit ambiant.