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22 décembre 2009

Fiche artiste de Toyen



Toyen

Bien qu'ayant démarré officiellement en 1989, peu de temps après la Révolution de Prague, Toyen était particulièrement attendu, tant par la presse que par une frange importante de la jeunesse estudiantine, car ses membres faisaient auparavant parti du groupe légendaire Letadlo, réputé pour avoir été censuré à de maintes reprises par le régime communiste.
A la base : Petr Chromosky à la guitare et au chant, Ivo Heger, le guitariste qui écrira la majorité des chansons, Petr Vaclavek, le bassiste qui écrira quant à lui toutes les paroles et Jimi Simecek, à la batterie, leader du groupe.
Le miracle de Toyen (dont le nom fait écho à celui choisi par la célèbre peintre suréaliste tchèque, Marie Cerminova) est d'avoir eu un temps d'avance à chaque fois sur ses contemporains. Ce sont eux qui les premiers vont dénicher dans les disquaires, à la sauvette, sous le manteau parfois, des vinyls de formations indépendantes, Echo and the Bunnymen, New Order, Ride, Jesus and Mary Chain, The Smiths, qui oseront chanter à la fois dans leur langue natale et en anglais, qui pratiqueront une musique innovante pour la scène tchèque, low-tempo, mélancolique, teinté de new-wave, comme sur leur premier maxi "Following the disappeared railroads", en 1991, qui se hisseront au sommet des charts tchèque, une première pour un groupe alternatif, et qui se feront remarqués par les chaînes de télé américaine (c'est Scott Murphy, superviseur de la chaîne ABC, qui prendra le groupe sous son aile après avoir vu quelques concerts dans les pubs de Prague) à tel point qu'on leur proposera une tournée dont le point d'orgue fut certainement une session au célèbre BCBG's, le club de New-York.
Le groupe voit alors sa carrière décoller avec une signature sur une division de Sony Records, un album, "Last Free Swans!" en 1992, beaucoup plus dur et lourd, produit par Colin Stuart, qui fera rentrer Toyen de plein pied dans la vague shoegaze du pays, une nomination aux Grammys local, des concerts en Angleterre, et enfin une reconnaissance de la part de MTV Londres, où durant la célèbre émission 120 minutes, Toyen aura le droit à un portrait, avec des extraits de live et un clip vidéo, réalisé par David Ondricek, ami du groupe, et futur réalisateur du film culte Septej.
C'est lorsque le groupe est au top que Ivo Heger décide de partir se consacrer à un autre projet, The Way. C'est un coup dur, car malgré le remplacement par Jiri Krivka, le groupe pert de son identité d'antant. Pourtant en 1993, Toyen signe sur BMG et prépare un deuxième album avec Jan Muchow, le leader de Ecstasy of Saint Theresa. Il sera même invité par Depeche Mode pour faire leur première partie. Alors qu'on pourrait croire à la consécration, Jiri quitte lui aussi le groupe, en pleine tournée aux Etats-Unis, qui avait été organisée de nouveau par Scott Murphy, et c'est le glas du groupe.
En 1997, le troisième et dernier album, "Ia Orana", dont le style revient à celui des débuts, est publié, produit par Ivo Heger, l'ex-guitariste, accompagné d'un documentaire tourné par David Ondricek qui paraitra à la télé tchèque uniquement, afin de sceller définitivement l'histoire de ce groupe ô combien fondamental pour l'histoire du rock indépendant en République Tchèque.

18 décembre 2009

Toyen : Last Free Swans !


Last Free Swans ! de Toyen

Sortie : 1992
Produit par Colin Stuart
Label : Bonton Music

Quelqu’un a dit un jour : « les années 90 semblent plus éloignées de nous que les années 60 ». Et ça parait tellement vrai lorsqu’on constate que la majorité des groupes indépendants de cette époque sont tombés dans l’oubli. C’est une grande erreur car durant ces années-là, ils furent nombreux à signer de véritables tubes à peine sortis du magasin de location de guitares.
Aussi, il est à la fois tout à fait logique et imparablement injuste que Toyen, formation tchèque, figure parmi les inconnus de la scène des nineties. Figure incourtounable et tutélaire en son pays, Toyen n’évoque rien dans le reste du monde. Quel dommage !
Car avec Last Free Swans !, en 1992, Toyen mérite le détour et se présente comme un des trésors cachés de la scène indie pop et shoegaze.
Simples, entraînants, tourbillonnants, hautement mélodiques, les titres (on peut citer « The Flower Inside », « Don’t turn away » ou encore « Freight Train ») charment d'entrée de jeu, sans se compliquer et en misant sur la mise en relief de refrains impeccables. Les guitares se mélangent énergiquement pour composer des ambiances dynamiques et saturées, sur lesquelles vient se poser la voix claire et forte de Petr Chromovsky. On retrouve cette fausse classe, mélange de timidité et de morgue qui faisait l'attrait de cette époque intemporelle.
La seule exception est peut-être cette guitare métallique tremblante, accompagnant la voix grave et lyrique sur « Perfect Person », le tout parsemé de distorsions fantomatiques, qui glisse vers un flou artistique plus assombri.
Toyen fait preuve également d’un incroyable don d’écriture avec des chansons au tempo plus catchy et à la production plus éclatante, signé Colin Stuart, qui une fois encore aura tant fait pour la scène tchèque.
C’est un goût pour la magie et l’évasion qui pousse le groupe à se risquer à de superbes ballades comme l’extraordinaire « Last Free Swans ! », joyaux shoegaze méconnu, qui s’ouvre sur une intro arabisante, s’immerge dans la féerie et la douceur avec sa guitare sèche, avant d’être zébré par des guitares électriques, ou encore le final « I am rolling », avec une ambiance entre piano-bar et dream-pop.
On retiendra tout de même, pour finir, le génial « Puppet Show », où tout y est, tout est dit, superbe titre accrocheur, qui se permet de n’avoir rien à envier aux autres tubes de l’époque.