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13 septembre 2007

Fiche artiste de Candle


Candle
Julien et Isabelle se sont rencontrés à Paris et ont décidé de former tout d'abord un groupe shoegaze. Mais face à l'étroitesse d'une partie de la presse et de la pression de leur label Lithium, ils préféreront se désengager, monter leur propre structure et s'initier au post-rock sous le nom bien plus connu de Carmine.

Note : merci à Cocteaukid qui a permis à ce que ce groupe français ait place sur ce site.

Candle : Beginning Blue


Beginning Blue de Candle

Sortie : 1992
Produit par Julien Retaillaud
Label : Lithium


L’état de grâce que peuvent atteindre les groupes shoegaze se situe exactement là, à 3 min 36 de « No Eyes », lorsque le rythme ralentit et que les guitares s’effacent pour céder la place à une lente coulée de voix célestes et innocentes qui finira par s’éteindre progressivement, alors que la chanson avait pourtant évoqué une banale construction à base de saturations acérées et de rythmes répétitifs et entêtés. La magie résulte de la combinaison, troublante, antinomique, de la section batterie/basse très groovy, et du chant, lymphatique. Jamais roulement de caisse n’avait autant suscité le désir de secouer la tête dans tous les sens. Pris dans ce vertige, les sens s’égarent, on est proche du vertige et les douces voix de Julien et Isabelle traversent alors l’esprit comme s’il s’agissait d’apparitions, qui viendraient de loin et qui donneraient l’impression de flotter.
L’entrée en matière met ainsi dans les meilleures dispositions, les guitares lentes, saturées et saignantes n’ont plus qu’à englober l’auditeur et le plonger dans une atmosphère très étrange, vaguement floue et vaporeuse. Le duo de voix, semi-chantées, semi-parlées, sur « Harmony » sème la confusion. Et tout le jeu est basé sur le contre-pied, que ce soit par l’utilisation d’un rythme sans cesse sur le fil ou sur les coupures incessantes d’éclairs noisy. Les boucles harmoniques, l’apparition d’un tambourin et les superpositions de saturations ne font que concourir à l’effet hypnotique que procure Candle. Les titres prennent alors plus d’ampleur pour insuffler un courant planant à l’œuvre.
Une évasion qui permettra de s’évader de la chape de plomb que représentent la vie quotidienne et ses astreintes. Le désir d’un monde sans douleur (on se rappellera du poème laissé par Isabelle sur un des albums de Carmine où elle parle de sa première expérience sexuelle comme d’une souffrance étouffante) qui pourra être atteint au travers la quête des plaisirs. Et le paradoxe sera d’autant plus étonnant que les plaisirs naîtront justement de la douleur (Isabelle compare l’orgasme à « un bruissement d’ailes très doux » à l’endroit même où « la bête mordait le plus férocement »). Confronté à la réalité que l’épanouissement adulte ne peut être complet ou ne peut être délaissé de certaines désillusions, notamment celui des limites corporelles, l’individu ne peut que chercher refuge dans l’art et la musique. Seuls champs apparemment sans limite.
C’est vers cela que se tourne Candle, un certain esprit transcendantal, encore naïf et juvénile, mais qui ne manque pas d’audace. A l’instar des nombreuses dissonances qui parcourront les sept minutes de « Beginning Blue ». On devine ici même les aspirations futures du groupe et qui emmèneront Carmine, leur projet à venir, vers des sentiers proche du kautrock et des nuisances sonores de Moonshake ou Pram. Cette recherche de la déstabilisation sonique s’accompagnera d’une nonchalance dans le chant qui marquera là, une volonté délibérée de se noyer dans sa propre musique, pour s’y étouffer (on retrouve aussi ces idées de claustrophobie corporelle dans les poèmes d’Isabelle) et déclencher ainsi l’exaltation. Cela est particulièrement flagrant lorsque le chant d’Isabelle, mutine, se répétera inlassablement, et que les guitares ne cesseront de jouer avec les coupures, avant qu’une déferlante de sons ne vienne conclure le morceaux.
Et ce recouvrement sonore, ce remplissage obsessionnel, ne tire sa source que du désir compulsif de s’astreindre de toutes règles formatées et de créer des courts-circuits dans le cerveau. Pour se déconnecter un court instant de son corps. En sachant très bien que l’entreprise sera inutile, tout au mieux éphémère.
Dès lors, de ce constat d’échec assumé, une certaine mélancolie s’installe et vient se lover au cœur de ce marasme désabusé, à l’instar de la voix d’Isabelle sur « Burning Blind », emphatique et d’une légèreté inégalable, qui s’immisce dans les entrelacements de guitares dissonantes et d’arpèges tristes et espacés. La lenteur de cette complainte élégiaque noisy prendra une ampleur telle qu’elle pincera le cœur. Là, au détour d’une voix, d’une harmonie d’accords de guitares, d’une superposition subtile, on pourra y trouver des motifs gracieux. L’évasion n’en sera que plus belle.