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23 octobre 2009

Fiche artiste de The Telescopes


The Telescopes
Ah ! Stephen Lawrie ! Inénarrable personnage.

D'abord junkie repenti, ensuite hippie chez Creation et enfin personnage avant-gardiste, proche des milieux post-rock. En tout cas, un auteur incontournable qui aura emmené le shoegaze flirter avec l'évanescence sixties, comme si les époques ne faisaient plus qu'une.


10 septembre 2008

The Telescopes : Taste


Taste de The TelescopesSortie : 1989
Produit par Richard Formby
Label : What Goes On


C’est vicieusement que « And let me drift away » est placé en ouverture.
Tandis que le tempo nonchalant installe tranquillement une atmosphère enfumée mais particulièrement cool (aahhh… son violon !), c’est un assaut brouillon qui prend à la gorge et surprend, dès « I Fall, She Screams », avec ses cris sauvages et ses crispations douloureuses.
Violent et agressif, le groupe de Stephen Lawrie, à ses débuts, ne ménageait pas ses propos : le rapport que ce dernier entretenait avec le monde était confus. Car détourné de la réalité par la main mise des substances psychotropes sur sa perception, il ne retiendra que des échos vils, rauques et vitreux. Des titres comme « Oil Seed Rape » ou « Threadbare » ne feront que succéder des sursauts furieux et soudains à des chutes de tensions atropes, pour assommer l’auditeur. Des fulgurances hardcore dans un monde de pop. A l’époque, on n’avait jamais osé.
Bousculant, malade, brumeux, l'ensemble de l'album transpire la sueur, et une sueur riche en produits malhonnêtes. C'est que Stephan Lawrie, génial leader mais perturbé, nage dans la drogue avec autant de facilité que s'il s'agissait de sucres en sachet, et ce, malgré ses overdoses. Et ce n'est plus des chansons que l'on retrouve mais de véritables témoignages d'une déchéance assumée, revendiquée et élevée au rang d'éthique à suivre.
Ce groupe est aujourd'hui rentré dans la légende, pour avoir signé, par ses chansons terribles et terrifiantes de noirceur et de tendances psychotropes, l’une des œuvres les plus influentes des années 80.
Et leur façon de recouvrir, de dénaturer leurs mélodies, jusqu'à agresser et les rendre inaudible, sera l'occasion pour beaucoup de renouer avec l'idée que l'on peut maltraiter la pop pour la sublimer plus encore. Implacable et presque effrayant de pessimisme camé, « Violence » se fait porteur d’un laïus qui laisse pantois de consternation, à base de couches de saturation et de déclamations répétées et appuyées avec la force d’un drogué, complètement allumé mais accroché à son discours décousu. Le tourbillon de « Anticipating Nowhere » se suspend au bon vouloir des caprices de Stephen Lawrie qui s’offre un pur moment de nonchalance, avec une basse géniale. Quant à « Please, before you go », sa lourdeur pèsera tant qu’elle élèvera la chanson au rang de supplique suprême à la paresse et l‘indolence. C’est une chape sonore qui ressort de cet album. L’idée que tout est saccagé, que rien ne sortira indemne et qu’ici, les pédales wah-wah ou les distorsions sont là pour prendre d’assaut. Les hurlements de Stephen Lawrie sur l’hyper-distordu (et monumental) « Suicide » sont atterrants d’acharnement, avant de laisser la place à un véritable carnage.
C'est ainsi que les chansons de cet album se verront passés à la moulinette, portés par une voix malade et fatiguée, et massacrées par des guitares magnifiques de saturation, le tout soutenu par un rythme (basse comprise) effréné et emporté. Lorsque le groupe ralentit le tempo, il en ressort un single, autrefois culte, aujourd’hui mythique, à savoir l’insurpassable « Perfect Needle », dont la mollesse et les violons rouillées ne sont pas sans rappeler le Velvet Underground, autre formation de drogués notoires.
Ce disque, premier jet d’un groupe encore furibond et qui allait par la suite œuvrer dans les longues descentes de trip, demeure un sacré choc dans la culture anglaise : lançant le shoegaze à venir par ses saturations constantes, il se risque pourtant à des prises de positions effarantes. Clameur, goût malsain pour la rage et la vulgarité, esthétique psychédélique, sueur, relent de sexe et de débauche, le choc est à la fois sonique comme plus profond. C’est une éthique qui est lancée là, à la vue de tous.
Usant de guitares méchantes et tranchantes, le groupe livrera des titres consternant, en parodie de groupes défoncés par la drogue, cultivant le goût de la débauche tout en se dégoûtant eux-mêmes et en paradant dans leur crasse. Volutes de fumée à tous les étages et structures autodestructrices, l’album est avant tout un déclencheur : il provoque des envies de fuites, de trip, d’évasions. Un désir, surtout, qui s’imposera furieusement, comme une pulsion.
Personne ne le sait, mais tout le monde devrait le savoir, The Telescopes a influencé bien plus de groupes que tous les groupes majeurs de son époque.

12 mai 2008

The Telescopes : Singles Compilation


Singles Compilation de The Telescopes

Indispensable ! 

Date : 1990-91
Produit par Richard Formby
Label : Mind Expansion


The Telescopes est un groupe culte, notamment parce que c'est un groupe à singles. Ceux qu'ils ont sorti au début des années 90 sont incroyables, opérant un virage du psychédélisme hardcore au psychédélisme coulant. Cette compilation sortie en 2008 est à ce titre indispensable, bien qu'un peu courte.
Avec ces cheveux hirsutes à la Jim Reid et ses tee-shirts délavés à la javel, Stephen Lawries déversait ses doses de trip sonores avec une nonchalance éhontée de branleur. Brouillons, limite potaches, ses premiers morceaux sont presque une souffrance pour les oreilles chastes. Une cacophonie ambiante, faite de feedback pullulant (« To Kill a Slow Girl Walking »), à la fois rétro (on pense au Velvet), comme éminemment ancrée dans son temps (on pense à Loop), qui consume l’auditeur. Car c’est cela qui caractérise les Telescopes et les a érigé au statut de culte. Leur désir de torpiller, de foncer dans le tas, sans faire de détail, tant pis pour les écorchures, il faut que ça sorte, qu’on se fasse plaisir, qu’on bousille les enceintes, c’est là, lorsque tout se recouvre, qu’on ne distingue plus rien, que l’on sent le psychédélisme s’exprimer sans contrainte (« Sadness Pale »).
C’est en signant chez Creation que le groupe délaisse les agressions et se jette à corps perdu dans l’évanescence. Avec « Precious Little », une parfaite réussite de bout en bout, on plane sous l'effet conjugué des guitares remplies de fuzz, mais aussi des tambourins lancinant, des voix nonchalantes, et surtout de ce groove incroyable, qui baigne l’ensemble de la chanson. Stephen Lawrie commence à s’alanguir, succomber à la torpeur et à convoquer les esprits hippies des années 60 (le splendide « I sense »). 
Avec « Everso », dont les ‘’aaaaaaah aaaaaaaaaaah aaaaaaaah’’ sont symptomatiques de la neurasthénie qui enveloppe le style de The Telescopes, la transformation est flagrante par rapport aux débuts. A considérer l’ecstasy comme le sixième membre du groupe, on peut observer son effet sur leur musique, plus lente, plus cool, plus tranquille. Les guitares caressantes, rêveuses parfois, beaucoup moins lourdes qu’autrefois, ainsi que les saturations en arrière fond, les quelques effets de cithares qu’on devine à peine, concourront à dessiner cette plage d’ouverture à l’évasion la plus folle, ouvrant les portes de la perception. C’est encore plus vrai avec « Celeste » : clavier, chœur légers, rythmique groovy (la basse évoque Madchester), guitares glissantes, tout y est. Loin d’être agressif, ce single entraîne un long voyage planant vers un lit douillet. Petit à petit les guitares dures s’effacent, au même titre que la batterie qui se fait moins violente, chaque instrument prend moins d’ampleur mais se diffuse plus longuement, l’instrumentalisation se fait plus riche, les voix n’hésitent plus à être soufflées, se répondant en écho (le vaporeux « All a dreams »). 

Dernier single de l’impressionnante série sortie sur Creation, « Flying » achève la fulgurante déliquescence qu’entame Stephen Lawrie pour s’épanouir dans le psychédélisme le plus complet. Moins de bruits et plus d’espaces, plus d’étirements, plus de longueurs et de langueurs. Ce sont des guitares sèches et de longs slides qui ouvrent le bal, avant que des voix shootées, masculines comme féminines, qu’on n’arrive d’ailleurs plus très bien à distinguer entre elles, ne viennent se répandre paresseusement. Le groupe ne se posait à l'époque plus aucune limite.

20 juillet 2007

The Telescopes : The Telescopes


The TelescopesSortie : 1992
Produit par Guy Fixen
Label : Creation Records / Tristar


Ça y est, Stephen Lawrie est définitivement parti. Ailleurs. Sans doute loin de tout.
Complètement shooté, l'homme à la base des Telescopes s'évade au-delà de tout horizon. Ses chansons ne ressemblent plus à rien, non pas suite à une déstructuration, mais par l'absence même de structure, d'ossature pour être précis. Ces sortes de plages sonores sont comme molles, étirables, vaporeuses. Bien souvent les saturations sont bannies, remplacées par des larsens lointains, tandis que un piano, une cithare ou une guitare sèche viennent s'immiscer dans les mélodies (« The presence of your grace »), tout juste appuyées de ci, de là par une batterie lointaine ou des touches de tambourins hérités du psychédélisme sixties (« Splashdown »). Et encore, les mélodies prennent leur temps, sans se presser, et finissent par s'étendre sur la longueur, dans une paresse infinie.
Stephen Lawrie, à l'origine de toute cette atmosphère, ne chante quasiment plus, préférant murmurer ou souffler de sa douce voix. Ces râles tendres et légers traversent ces nuages mélancoliques, aidés en cela de temps en temps par le chant aérien de Joanna Doran. Cela peut parfois être somptueux comme avec « High on Fire », avec ses cithares, son tambourin, ses voix doublées qui arrivent par vague, son instant de répit à la guitare sèche, avant la lente et savoureuse montée en puissance se terminant dans un refrain lumineux. D’autres fois, c’est proche du radicalisme, comme avec « And », étrange et minimaliste. 

The Telescopes est sans doute très déroutant, long en bouche, mais c'est l'œuvre la plus méditative de Stephen Lawrie. « Yeah » a en cela un petit côté presque jazz. Et « Please tell mother » laisse énormément de place à l’espace. Préférant côtoyer le sublime et le méditatif, le leader du groupe fait découvrir une autre facette de sa personnalité, plus intimiste et plus porté sur l'évasion atmosphérique. D’ailleurs au cours de ces chansons, tout sera mou, nonchalant, céleste, alangui.