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6 juillet 2007

Fiche artiste de The Veldt


The Veldt

The Veldt a été sans doute victime des préjugés. Dans le monde du rock, il s’agit de rentrer dans des cases, et dès lors que l’on ne correspond plus à ce qui est conforme, on devient une énigme.
Formé en 1986 par les frères jumeaux Daniel et Danny Chavis, rejoints par le batteur Martin Levi deux ans plus tard, le groupe vient de Chapell Hill, une toute petite ville de Caroline du Nord. Non seulement le groupe fut rapidement associé à la scène de l’époque, avec Polvo ou Superchunk, pratiquant un punk lo-fi sauvage, alors qu’il n’avait rien à voir avec ce style, mais en plus on les rangea vite dans la catégorie de « black band ».
Certes, la majorité des membres de The Veldt sont blacks, mais les frères Chavis ont toujours détesté être comparé à Living Coulour ou Fishbone, formations qu’ils respectaient énormément mais dont ils se sentaient peu d’affinité. « On a ouvert pour Jesus and Mary Chain à Toronto à The Masonic Lodge. Certaines personnes dans le public nous appelaient Living Colour entre chaque chanson. Je leur ai dit de sucer ma bite »[a]. Ce qu’ils regrettaient surtout, c’est que personne ne se focalisait réellement sur leur musique. Ils seront d’ailleurs baladés de labels en labels, personne n’arrivant à comprendre qui ils sont et ce qu’ils veulent. Un gars de A&R leur a même demandé de prendre un blanc comme bassiste. « On a été obligé de sortir pour échafauder de quoi lui faire comprendre ce qu’on faisait. On a découpé des photos dans les magazines des groupes qui nous influençaient. ‘’oui, on est black, mais vous pouvez comprendre ce qu’on dit ? vous pouvez arrêter de vous focaliser sur nos gueules ?’’ »[b].

Eux, n’en font qu’à leur tête et souhaitent proposer une musique personnelle, noisy et rêveuse, résultats des goûts de Daniel pour Jimmi Hendrix et de Danny pour les groupes anglais, dont Echo and The Bunnymen, AR Kane ou My Bloody Valentine. « Tout le monde nous disait constamment qu’on s’y prenait mal et qu’on brassait trop de styles. Mais, pour une raison inconnue, on s’est senti différents et on n’en a pas tenu compte. On a suivi notre instinct, ce qu’on aimait écouter et ce qui nous motivait à avancer »[c].
Ce mélange particulier entre dream pop et soul music est étonnant mais incontestablement une réussite, notamment lorsque le groupe américain se livre à quelques fantaisies (chanteuse de soul invitée, refrain funky, interludes ressemblant à des jingles de radio etc ...). On notera également la participation de Robin Guthrie ou Lincoln Song de Moose. « Notre album a un certain côté raffiné qui s’est parfois retourné contre nous, surtout de la part de ceux qui sont branchés, mordus du rock alternatif, mais j’en ai rien à cirer de ces gens-là »[d] affirme avec aplomb Dany.
On retrouve une langueur inimitable digne des plus belles heures de la musique black seventies : « La sensualité a toujours eu une grande place dans la musique avec la soul ou des influences comme Marvin Gaye, Curtis Mayfield et The DelPhonics. Dans notre musique, ça rend les choses plus authentiques et moins prévisible. Liz Frazer de Cocteau Twins ont leur lot de soul, tout comme Dead Can Dance et AR Kane. Ils ont leur propre sensualité si vous allez par là »[e]. Si ce style les place comme une curiosité shoegaze à ne pas manquer, cela les a particulièrement entravés.
« Les gens déboulaient et nous disait qu’on essayait de sonner comme quelque chose qu’on n’était pas, juste pour frimer. Mais on faisait ça naturellement. La communauté black a toujours joué du rock, on l’a même inventé »[f]. Leur style n’avait rien à voir avec ce qui se faisait aux Etats-Unis à l’époque, surtout à Chapell Hill, qui abritait une scène lo-fi et rock (Superchunk, Polvo). The Veldt avait tout pour passer pour une incongruité musicale. « Chapell Hill est une sorte de communauté. Si tu ne sonnes pas comme eux, ils ne veulent pas que tu en fasses parti »[g] reconnait Danny Chavis. The Veldt fut donc vite exclu, et ne dépassa pas le cercle de quelques initiés.


[a] Interview de Danny Chavis sur Anon Magazine, 24 mars 2016, [en ligne] http://anonmagazine.com/two-decades-in-the-making-an-interview-with-the-veldt/
[b] Danny Chavis cité par Mike Doherty, sur The Guardian, 5 février 2016, [en ligne] https://www.theguardian.com/music/2016/feb/05/the-veldt-chavis-brothers-apollo-heights-shoegazer-soul-music
[c] Interview de Daniel Chavis par Judy Lyon, sur Stereo Embers, avril 2016, [en ligne] http://stereoembersmagazine.com/pioneering-vision-interview-veldt/
[d] Daniel Chavis cité par James Doolittle, sur Daily Collegian, 18 mars 1994, [en ligne] http://www.collegian.psu.edu/arts_and_entertainment/article_9a304fa3-41dd-5380-b3ea-f4ad4fe7ac1f.html
[e] Interview de Danny Chavis par Patrice Vibert, sur Le Champs Sonore, 10 décembre 2016, [en ligne] http://lechampsonore.fr/2016/12/interview-the-veldt-english-version/
[f] Daniel Chavis cité par James Doolittle, op. cit.
[g] Idem


4 juillet 2007

The Veldt : Marigolds


Marigolds de The Veldt

Sortie : 1992
Produit par Lincoln Fog
Label : Stardog Records


Le premier maxi de The Veldt est l'occasion de découvrir les débuts tâtonnants du groupe. Affectionnant les délires cosmiques, effrénés et saturés d'effets, parfois abusifs encore et mal assurés, The Veldt livrait déjà ici des curiosités. Le son est bien pesant, les riffs percutant, comme sur "She Stoops To Conquer", les distorsions agressives et la rythmique implacable, presque sombre, à l'instar de la basse de "Tinsel Town". Mais on retrouve aussi une envie folle d'en découdre avec un psychédélisme féerique. Que ce soit au niveau de la pochette, toujours aussi kitch chez le groupe, au niveau des arrangements, apportant une couleur magique à des morceaux, qui pourtant démarrait lourdement, comme sur le très bon "Pleasure Toy", ou aux mélodies incandescentes, le sens de la pop n'est jamais laissé à l'abandon.
Pour l'instant, le groupe n'a pas trouvé encore son style propre, évoluant soit dans une musique entêtante, soit euphorisante. Ainsi "CCCP" ressemble à du Chapterhouse.
Mais là où The Veldt se détache des autres groupes du mouvement shoegazing, c'est dans leur groove inimitable, insufflé par les frères black que sont Daniel Chavis et Danny Chavis, qu'on perçoit dans le chant ou au cours des jungles servis en interlude, sorte de mix radio funk et soul. Style génial qu'on allait surtout retrouver sur l'excellent album Afrodisiac, sorti deux ans plus tard.
Et là où le groupe se détache aussi, c'est surtout dans sa capacité à faire preuve d'un réel talent pour enchanter et servir de purs joyaux délicieux : "Willow Tree" est ainsi une des plus belles chansons jamais écrite, et reste, malgré sa simplicité d'écriture, une des plus évocatrice du mouvement shoegazing. L'intensité du chant de Daniel Chavis, la douceur de début, les saturations de fin, les mélodies cristallines, tout y est, et l'ensemble fait tout simplement rêver.

The Veldt : Afrodisiac


Afrodisiac de The Veldt

Coup de coeur !

Sortie : 1994
Produit par Ray Shulman
Label : Mercury

The Veldt figure parmi les oubliés du mouvement shoegaze. Déjà qu'à la base, les groupes de ce mouvement qui associait mélodies et saturations bruitistes, n'étaient pas très connus, on imagine sans peine dans quelques tréfonds de l'histoire se terre la discographie de cette formation américaine.
La faute à qui ? Au mauvais sort ? A l'impopularité de ce style musical ? Au fait que ses membres étaient essentiellement noirs, une curiosité pour un groupe de rock ?
Peu importe, cet opus de The Veldt mérite qu'on lui rende hommage. Afrodisiac, sortis en 1994, est sans doute ce qui restera comme la meilleure réussite du groupe, notamment grâce à son esprit funk attachant et original.
Ça commence par un échange amoureux et mielleux sur fond de vieux vinyle et de groove magistral avant de s'ouvrir sur un morceau qui tue, toute guitares dehors et morgue sur le bord des lèvres ("It's Over") avant d'achever l'auditeur sur le single "Soul In The Jar" (repris en bonus track par Jesus and Mary Chain eux-mêmes, qui, rappelons-le, ne sont ni plus ni moins que les parrains du shoegaze).
On se remet difficilement de la claque subite sur cet album tant le son décoiffant s'associe à merveille à ce qui s'apparente à un talent miraculeux. Aucune chanson ne marque la moindre baisse de créativité. Tout est parfait ici, du rythme incroyable ("You Take The Word"), aux saturations tourbillonnantes ("Dusty Blood") en passant par les petits interludes de quelques secondes.
Bien sûr, ce qui domine ce sont les chansons nerveuses, sorte de pop-song lumineuses portées par un déluge de gros son, d'arrangements synthétiques et de guitares furibondes ("Revolutionary Sister" ou le renversant "Juicy Sandwitch"), absolument irrésistibles grâce à leurs très nombreuses mélodies accrocheuses. Mais là où le groupe se démarque, c'est par son style inimitable qui s'approprie les recettes du shoegazing pour en faire quelque chose de bien personnel. Les frères Chavis ont su insuffler un groove particulier dans leur façon de jouer, rendant les chansons quelques peu lancinantes et funky. Cela se ressent dans le rythme, très chaloupée (cf : la basse sur "Until You're Forever"), ou dans la voix incroyable de Daniel Chavis, marquée par ses origines black.
Ce mélange particulier entre dream pop et soul music est étonnant mais incontestablement une réussite, notamment lorsque le groupe américain se livre à quelques fantaisies (chanteuse de soul invitée, refrain funky, interludes ressemblant à des jingles de radio etc ...).
Construisant une texture sonore très condensée, parfois lourde, sur lequel va venir se poser un chant habité et accrocheur, le groupe fait planer très loin sur des déferlantes de guitares impressionnantes qui ont l'air d'être beaucoup plus imposantes que ce que le ton pop du morceau laisserait supposer ("Wanna Be Were You Are" ou "Last Call", avec ses éclairs ahurissants). Beaucoup plus mature, uni, soudé que les précédents singles, Afrodisiac sonne comme un tout, cohérent, passionnant et formidable de panache. Un morceau comme "Hearther", long moment vaporeux tout en saturation de sept minutes au cours duquel vient s'immiscer un saxo fantomatique est un vrai tour de force.
Autrement, The Veldt règne également en maître sur des terrains plus calmes, plus langoureux où la voix suave et caressante de Daniel Chavis fait des ravages. "Juicy Sandwich" ou "Daisy Chain" (sommet langoureux) sont de purs bonheurs de dérapages vaporeux, rêveurs et sexy, renforcés par une saturation sans fin et un mur du son exquis. Les effets très riches sont là pour faire rêver et ajouter une touche de féerie à un ensemble pourtant énergique. La dernière chanson "I Couldn't Care Less", est un pur voyage de rêve, slow magnifique ou berceuse onirique, au choix, qui se termine dans les nappes incontrôlées de saturations électriques.
Ce groupe n'a de cesse de se rendre attachant au fil de l'album, tant il est original sans oublier d'être accessible. Si bien que son oubli est vécu comme une injustice. Afrodisiac apparaît aujourd'hui comme une curiosité qu'il ne faut pas mépriser. Ne serait-ce que pour se rendre compte de l'immense influence de ce mouvement sur la mouvance actuelle.