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18 août 2008

Fiche artiste des Smashing Orange



Smashing Orange

Ce groupe est à l’origine d’un improbable paradoxe : alors qu’il est un des pionniers de la vague shoegaze américaine, celui-ci est autant adulé en Angleterre qu’inconnu dans son propre pays !
Au début des années 90, Rob Montejo (chant et guitare), Rick Hodgson (guitare), Tim Supplee (batterie), et Stephen Wagner (basse) deviennent vite la coqueluche des médias anglais, comme NME ou Melody Maker. Et les premières années furent formidables : des concerts exceptionnels tous les soirs au Camden Falcon, des back stages mémorables avec les journalistes au cours desquels la drogue abondait, des sessions chez John Peel écoutées par des milliers de fans la nuit, des singles mythiques à la pelle, dont pourtant aucun ne fut sorti aux Etats-Unis ! Smashing Orange était devenu une sorte d’attraction, tout le monde désirant voir sur scène un groupe qui reprenait un style proche de My Bloody Valentine tout en y ajoutant une forte dose de psychédélisme sixties, avec des paroles crues et quelque peu porté sur le sexe, formation dont on regrettait également l’absence de Sara Montejo, petite sœur de seize ans, qui prêta sa voix sur certains morceaux mais qui n’était pas du voyage en Angleterre, la loi interdisant les mineurs de travailler.
De l’autre côté de l’Atlantique, et plus particulièrement dans le Cleveland dont ils sont originaires, personne n’a entendu parler des Smashing Orange. Le groupe espère donc compter sur une tournée en compagnie de Lush pour y faire décoller leur carrière, mais sans succès. En 1991, c’était l’année de Nirvana, et de personne d’autres.
Dès lors, Rob Montejo essaye de se plier aux modes et durcit le ton sur leur premier album « The Glass Bead Game ». Désireux d’être enfin reconnu, Smashing Orange signera par la suite un opus en 1994 produit par Jack Endino, toujours aussi psychédélique, mais plus proche du grunge. Seulement celui-ci ne sera pas très réussi et d’une qualité bien en deçà de ce que le groupe pouvait faire à leur tout début. Si bien que le groupe finit par se séparer dans l’anonymat le plus complet, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Angleterre.
Fort heureusement, des rééditions permettent aujourd’hui de combler les lacunes.

26 juin 2007

Smashing Orange : 1991


1991 de Smashing Orange
Sortie : 2005
Produit par Stephen Pala
Label : Elephant Stone


Cette année 1991 fut pour Smashing Orange une année de folie pure : concerts psychédéliques, tournées à battons rompus, orgies dans les loges et fêtes à n'en plus finir, comme aux plus belles heures des années 60.

Rob Montejo (qui fondera plus tard The Sky Drops) se remémore : « Les premières chansons étaient rafraîchissantes et excitantes. On faisait du shoegaze avec une petite inflexion psychédélique façon sixties. C’était une époque où les concerts étaient spectaculaires »[i].
Et à l'écoute des chansons sauvages qui composent ce recueil, on comprend pourquoi. Le ton est relâché, le batteur maintient un tempo psychédélique, les guitares sont déchaînées et les larsens, effets fuzz et pédales steel abondent dans cette surenchère sonore. « Not very much to see » ou le tourbillonnant « Sugar » sont de vraies déflagrations sonores, crasseuses et pourries. On dirait du shoegaze garage !
Les mélodies sont pourtant là, derrière la crasse et la souillure, des miracles de fraîcheur, les refrains sont prenants et les harmonies évidentes (« Just before I come » ou « Any further, it’s all over »). L’ambiance peut se faire carrément vaporeuse, lorsque le ton ralentit et que la paresse prend le dessus. Ainsi « Strange young girl », où est conviée Sara Montejo est une longue traînée de lendemain de fête, où les esprits s’égarent et se laissent dériver par facilité pour approcher une certaine poésie. Car pour Rob, l’influence ultime, ce n’est pas My Bloody Valentine, mais bien « Syd Barett, le premier shoegazer »[ii].
Ces purs bijoux pop sont enveloppés dans un écrin sortie de la boue, riche en réverbs dégueulasses et autres pédales de distorsions, dignes des premiers albums de Dinosaur Jr (« Slivewinter » ou « Felt like nothing »). Les musiciens ne semblent même pas se rendre compte de leur fureur branleuse. Ils feignent l'indifférence, parfois jusqu’à la nonchalance. Témoignages d’un laisser-aller psychotrope, les fuzz masquent le désabusement des chants, souvent traînards et complètement camés (« Only complete with you »). C'est cet équilibre toujours fragile, malgré la vindicte de la revendication, qui confère à cette musique unique une grâce agressive de toute beauté.



[i] Interview de Rob Montejo sur When the sun hits, 14 octobre 2010, [en ligne] http://whenthesunhitsblog.blogspot.fr/2010/10/interview-rob-montejo-of-sky-drops-and.html
[ii] Idem