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7 septembre 2008

Fiche artiste de Seefeel


Seefeel


Après s’être très vite ennuyés à reprendre des chansons pop classiques, le groupe, qui s’est formé naturellement autour du guitariste Mark Clifford et du batteur Justin Fletcher (tous deux de l’Université de Londres) en 1992, avec l’ajout du bassiste Darren Seymour et de la chanteuse Sarah Peacock, décide de concevoir les choses autrement.
Inaugurant les voix de l’electronica, les travaux de Seefeel au cours de leurs singles et premier album "Quique" se rapprocheront de ceux d’artistes comme Aphex Twins ou Autechre, et c’est fort logiquement que le groupe signe sur le label Warp, pionnier dans la matière. Au sein de cette structure, sortira en 1995, leur deuxième album « Succour », qui les verra s’immiscer complètement dans l’univers de la techno ambient. Plus sombre et plus minimaliste, l’album sonnera en fait plus comme l’œuvre solo de Mark Clifford, que comme une réelle concertation, ce qui ne provoquera une première séparation l’année suivante.
Même si le groupe revient fin 1996 avec un nouvel album, « Ch-Vox », ainsi qu’un concert avec Boards of Canada, la préoccupation constante de Mark Clifford pour ses projets personnels mettra définitivement un terme à l’existence de ce groupe culte et fondateur.

12 août 2008

Seefeel : Polyfusia


Polyfusia de Seefeel

Indispensable !

Sortie : 1994
Produit par Seefeel
Label : Astralweeks


On nage.
Pour un peu, on aurait l’impression d’être enveloppée dans cette musique. C’en est presque physique. Le but n’est pas de se concentrer sur les mélodies, qui en réalité ne varient pas pendant plusieurs minutes, mais de donner une texture au silence et de recouvrir, via les oreilles, la totalité du corps. D’une incroyable douceur et texture vaporeuse, les premières chansons de Seefeel proposent un effet relaxant. De temps à autre, on se surprend à reconnaître ça et là quelques bidouillages électroniques, mais ce sont essentiellement les glissades sirupeuses des guitares, les claviers féeriques et les voix angéliques en arrière-fond qui relâchent les tensions et apaisent. La musique prendra l’allure d’une caresse sensuelle. Les répétitions des thèmes flirteront délicatement avec l’ambient tout juste naissant pour insuffler une torpeur presque magique, tant on a du mal à y croire. Les guitares sont employées de manière dérivée, samplées comme des chants de sirènes (« Moodswing »). Du moment qu’il reste discret et ne joue d’aucune nuance qui pourrait déranger l’état lunatique, le rythme soutient les morceaux, en une sorte de dub qui évite les contrastes captant l’attention, mais qui fait défiler les plages vers un froissement d’ailes de papillons.
On ferme les yeux et on se laisse enveloppé chaleureusement par cette musique divine, programmée en boucle ou en mode repeat, et d’une détente de l’ordre du mystique (le divin « Plainsong »). Difficile de croire qu’il y a des musiciens derrière tout ça : les voix sortent de l’irréel, les chansons sont essentiellement instrumentales et la volonté de parler, de paraître ou de se montrer est tout bonnement inexistante. Les nappes féeriques (le splendide et monumental « Minky Starmine »), à peine perturbées par des distorsions, effleurent les oreilles dans un calme aérien de toute beauté. Pour la toute première fois, l’organique se dissout, refond et renaît sous une nouvelle forme samplée, mais toujours aussi vivante, riche et pleine de mystères. A force de répéter les beats, l’esprit s’envole très loin, traversé de sonorités suaves : chœurs angéliques, clavier issu tout droit de la dream-pop, touches de synthé tombées des nuages, des plaintes de guitares, une batterie économique et bizarroïde, le tout enchevêtré de manière délicieuse et sans heurt.
Ce n’est pas du vide, mais au contraire de la densité : planante, mélodique, émotionnelle. Le voyage est flottant. Les guitares de « More Like Space » sont distordues comme le bruit des vagues, le rythme coule et le chant léger et mixé en retrait se fait aussi circonspect qu’une écume. Les vocalises féminines semblent surgir d’un monde situé au-delà de la réalité, au-delà même des simples mots pour les décrire. Ces marées de guitares inondent l’espace, le noient presque, en tout cas l’immergent dans une bulle.
Les premiers essais du groupe, rassemblés ici sur Polyfusia, auxquels s’additionnent des remixes produits par Aphex Twin himself, permettent de saisir la complexité et la majesté du détournement des instruments rock à des fins planantes et relaxantes. Tout est en suspension avec Seefeel, en grâce éperdue (les voix tristes et belles de « Time to find me »), succession fluide de longs titres d’une placidité troublante. Les souffles sont chaleureux, d’une lumière fragile, se mouvant par ondes sur une ligne de batterie lancinante, quasiment charnelle. Des pléiades d’interventions synthétiques ou de stries d’acier (les saturations mixées de « Come Alive », presque indus) donnent aux titres de la rondeur, de la plasticité, de l’évidence en réalité. Car, abandonné, on se retrouve devant un monde perplexe mais rassurant, dont la rencontre génère des sensations viscérales.
Probablement étrange, évidemment novateur, cette compilation essentielle ne cesse pourtant de façonner un univers nouveau pour celui qui sera prêt à mettre de côté pour un temps sa soif de réponses et de slogans, et qui cherchera ici un moyen de s’échapper. De quitter temporairement les frasques de la réalité pour rejoindre une chimère accueillante et bienveillante.