Mercromina
Après le split du groupe culte de l'indé espagnol, The Surfin' Bichos, Fernando Alfaro a monté son projet Chucho, tandis que le reste du groupe, Joaquín Pascual, Carlos Cuevas et José Manuel Mora ont continué ensemble sous le nom de Mercromina, pour deux albums de shoegaze pop un peu fou-fou.
Shoegaze pour "regarder ses chaussures". Ce terme anglais fut employé pour désigner les groupes rock qui apparurent dans les années 80-90, menés par My Bloody Valentine ou Ride, et qui pratiquaient une musique remplie de saturations et de mélodies sucrées, à base de vocalises béates. Ce blog musical est entièrement dédié au mouvement shoegaze et comprend toutes les chroniques des productions cultes de cette période.
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14 février 2018
12 mai 2016
Mercromina : Acrobacia
Acrobacia de Mercromina Date : 1995
Production : Joaquín Pascual
Label : Subterfuge
Ce premier album est tout en guitares. Des guitares en veux-tu, en voilà. Du fuzz, des gros riffs, des distos, des solos, des nappes saturées, des sèches, des juste grattées. C'est à si perdre délicieusement.
Il n'y a d'ailleurs pas ou peu de relâche. A l'époque, pour les ex-membres des Surfin' Bichos, il s'agissait de découvrir tout un nouveau son, épais, bourré et proche du shoegaze, du rock alternatif ou de Sonic Youth. "El Cometo", avec sa batterie frappé calmement et détermination, ses trompettes étonnantes et ses guitares tout en fuzz, rappelle les Smashing Pumpkins ou des groupes grunge comme Green Apple Quick Step. Tandis que "Ciencia Ficción", qui démarre pourtant comme un mid-tempo, est en fait un tourbillon où on se laisse emporté.
Il y a bien-sûr des mélodies évidentes comme s'il en pleuvait et malgré le départ de Fernando Alfaro (parti former Chucho), les autres, notamment Joaquín Pascual, démontrent alors un vrai savoir faire en matière de songwriting. Et puis il y a la voix superbe de Joaquín Pascual, râpeuse, chaude, latine, veloutée. On constate une fois de plus que l'espagnol s’accommode parfaitement du style shoegaze. Ces paroles tout en voyelle et aspiration, sans parler des fameuses "jotas", prennent un accent encore plus sexy lorsqu'il est chanté suavement.
Et puis, dans l'écriture et les mélodies, vives et assumées, Mercromina s'inscrit dans la droite ligne du shoegaze espagnol : Automatics, Los Planetas, de vrais exemples de rock alternatif. Avec le riff qui tue de "Pájaros", mélangé à un petit arpège, Joaquín Pascual impose le message suivant en Espagne : il va falloir compter avec son groupe.
14 février 2016
Mercromina : Hulahop
Hulahop de Mercromina
Date : 1997
Production : Fino Oyonarte
Label : Subterfuge
Date : 1997
Production : Fino Oyonarte
Label : Subterfuge
Ce groupe se moque gentiment du monde : ce sont des grosses guitares à tous les étages, mais chaque titre regorge de petites trouvailles qui s’immiscent discrètement, entre trompettes, clavier cheap, guitare sèche, ou riff qui tue. Au milieu de tout ça, un équilibre précaire se fait malgré tout, entre riffs distordus et gonflés à bloc d’une part, et une myriade d’inventions et de mélodies pop d’autre part. Et puis il y le chant de Joaquín Pascual qui dépasse toutes ces instruments. Il est tout dans le souffle et le râle, ce qui adoucit ses textes, les rend caressants et ce qui souligne son accent espagnol. C’est une forme de nonchalance mais elle est adorable.
Innovant et attachant, ça surprend, que ce soit sur « Japon » et son clavier ambient ou l'extraordinaire « Raspas de pez », car en réalité, sous les couches de guitares, c'est sans cesse changeant, une accélération fulgurante, un ralentissement, une cadence plus street-punk ou plus indie, une pause délicieuse et poétique, des sons riches et pourtant crades, des chants variés, entre soupir suave et refrain fédérateur, (« Rayos Uva », démarrant sur un riff rapide avant de ralentir brutalement sur des guitares splendides, du piano et un clavier), un groove intelligent mené par une batterie complètement folle et une programmation au clavier rusée et maligne.
Cela reste malgré tout un exercice pop aux guitares saturées, et on se rend compte immédiatement que le groupe est à son sommet, signant des tubes imparables, aux mélodies immédiates, comme « Hulahop » (addictif et plein de bonne humeur) ou « Espuma » (comme si Grandaddy s’était mis au shoegaze). Mais comme s’ils voulaient jouer avec l’auditeur, Joaquín Pascal et les ex-membres des Surfin’ Bichos, incrustent des intermèdes bizarres, impromptues mais magnifiques, comme des trompettes sur « Pequeña Depression » ou une déferlante après un début tout en guitare sèche et violons folkloriques sur « Una tarde ». C’est énergique et plein d’allant mais cet album n’est en fait que douceurs et sucreries.
A ce titre « En un mundo tan pequeño » est peut-être le plus représentatif du talent de Mercromina : une voix angélique sensuelle (celle de Mariá Angeles Martinez), une guitare sèche, des violons et une batterie qui se fait militaire, puis enfin arrivent un mur du son vivifiant et bruyant. Magique et fantaisiste. Joaquín Pascal prouve quel grand compositeur il est.
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